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BIBLiOTHECA NORMANNiCA.
BIBLIOTHECA NORMANNICA.
Denkmâler Normannischer Literatur und Sprache
herausgegeben
Hermann Suchîer
«
Die Nortnannen — durch ihre An- schauungen, Sitten vnd ganze Cultur die ersten Repràsentanten des Ritter- thums.
Ten Brink, Gesch. d. Engl. Lit. S. 151.
y.
LA CLEF D'AMORS.
HALLE. MAX NIEMEYER.
1890.
LA CLEF DAMOBS
texte critique avec introduction, appendice et g,os.i,e
par
Auguste Doutrepont.
Traient soy en sus les ^elous
"' ^'' ^^^«^^-^ ^^ les vilaines^ (V. 175-177.)
HALLE.
MAX NIEMEYEK.
J890.
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A MESSIEURS
GASTON PARIS
et
HERMANN SUCHIER
hommage de respectueuse gratitude
Auguste Doutrepont.
Combien que tel chose pot vaille, si est cen une remeinbr aille.
(V. 1515—0.)
%-
INTRODUCTION.
ir
Les défauts et l'insuffisance scientifique du texte de la Clef d'amors donné par M. Tross en 1866 1) avaient immé- diatement frappé les philologues. Dans son compte-rendu de la Revue critique'^) ^ M. P. Meyer, tout en louant l'exécution typographique de l'ouvrage, reprochait à l'éditeur de n'avoir pas essayé, dans la mesure du possible, de satisfaire «aux exigences très- naturelles de ceux qui aiment à comprendre ce qu'on leur donne à lire». Et il faisait ressortir, par quelques exemples typiques, le parti que M. Tross aurait pu tirer, pour améliorer les leçons défectueuses de son manuscrit, d'un petit imprimé gothique du seizième siècle'-^).
M. G. Paris ^), ayant eu à s'occuper en passant de cette imitation d'Ovide, regrettait qu'on n'eût pas un meilleur texte de cet ouvrage «en somme intéressant».
Enfin un examen comparatif de deux nouveaux manuscrits découverts depuis peu à Florence et en Angleterre et des deux éditions connues m'a convaincu que le texte de Tross pouvait être complété et considérablement amélioré. Telles sont les raisons qui m'ont déterminé à entreprendre ce travail. J'ai copié moi-même les deux manuscrits; l'édition de Tross, qui est purement diplomatique, m'a servi de troisième manus-
^) La Clef cV amour, poème publié d'après un manuscrit du XIV e siècle, par E divin Tross, avec une introduction et des remarques par M. H. Michelant Imprimé à Lyon par Louis Perrin, pour la librairie Tross, à Paris, M.D.CCC.LXVI. Pet. in S'\ XXIX et 1 25 pages, avec un fac-similé. — Prix: 12 fr.
'-*) Rev. crit. d'hist et de litt, 186B, II, pp. 19—22.
•^) Voyez-en la description dans la préface de Michelant, pp. XV— XXI.
^) Histoire littéraire de la France, t. XXIX: Chrétien Le- gouais et autres traducteurs et imitateurs d'Ovide, pp. 455— .525. Pour la Clef d'amors, voyez particulièrement pp. 4G1 — 408.
X INTRODUCTION
sent*); enfin j'ai eonsidéré l'imprimé gothique comme un qua- trième manuscrit, bien imparfait sans doute, mais quelque- fois très utile.
Avant de donner la description de ces manuscrits et d'en essayer une classification, il me paraît intéressant d'insister, un peu plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici, sur les rapports qui existent entre VArs amaloria et la Clef d'amors.
^) On y relève facilement quelques fautes de lecture.
I. Comparaison avec VArs amatoria.
Plusieurs historiens littéraires se sont occupés des traduc- teurs et imitateurs d'Ovide au moyen âge. Bartsch dans son Albrecht von Halberstadt und Ovid im MUtelalter^)^ Holland dans son Crestien von Troyes, Miclielant dans la préface à l'édition de Tross, Korting en tête de l'Art d'Atnoi^s und H Remèdes d'Amors% dont le premier ouvrage seul, quoiqu'il en dise, appartient à Jakes d'Amiens, ensuite P. Meyer»), Bartsch^) et Brakelmann^) dans des comptes-rendus, avaient déjà abordé divers points de cette étude. Enfin M. G. Paris 6) a repris la question pour la traiter d'une façon magistrale et complète, qui dispense désormais d'y revenir.
La Clef d'amors est une imitation non dissimulée de VArs \ amatoria d'Ovide. Mais pourquoi notre auteur ne s'est-il pas ^ contenté de traduire le titre du poème latin? Pourquoi n'a-t-il pas, comme Jakes d'Amiens par exemple, intitulé son ouvrage l'Art d'amors? L'image de la serrure et de la clef i d'amour est assez familière aux écrivains du moyen âge: !
Car à cascun mot le baisoit
Si doucement et si souef
Que elle li metoit la clef
B'amor en la serre del cuer (Perceval, 3810).
0 Quedlinburg und Leipzig, 1861.
'^) Zwei altfranzôsische Lehrgedichte von Jacques d'Amiens, nach der Dresdener Handschrift zum ersten Maie herausgegeben von Dr. Gustav Kôrting. Leipzig, 1868. 8. XXXIL 102 pp.
'') Rev. crit., 1866, II, 19—21 et 1868, 11,401—405.
*) Literarisches Centralblatt, 22. Augiist 1868.
^) Jahrbuch f. r. u. e. Literatur, 1868, 338—343 et 403—431.
^) Loc. cit.
XII INTRODUCTION
Je n'ai de vos cure. Li us est fermez, Robin s a les des De la serreure.
(Bartsch, Rom. u. Past. II, p. 133. i)
Cependant notre auteur emploie l'expression dans un sens diffé- rent, qu'il explique du reste dans ces vers:
Icest livre que j'ai sommé
la clef d'amors sera nommé;
quer par lui porra l'en ouvrir
les ars d'amours et descouvrir (v. 169—72).
Peut-être a-t-il voulu, par le choix de ce titre, distinguer son ouvrage des compositions analogues de ses devanciers. Car il paraît les avoir connues; et, tout comme un auteur moderne, il prend soin, pour justifier son entreprise, d'en faire ressortir les défauts. Il n'ignore pas que d'autres ont déjà traité ce sujet; mais
si est cen par mos si prolis
que les fins amourous jolis
ne puent pas hriement entendre
que les auctours veulent comprendre.
Ne chescun ne puet pas savoir
Latin (v. 87—92).
A cause de cette prolixité, il considère les œuvres antérieures comme non avenues; car il se fait dire par le dieu d'amour:
Or voi je que en ma doctrine ....
n'a pas reulles en tel manière,
ne n'a eii cha en arrière (v. 79—82).
Il se propose donc de «comprendre en brieve escripture» le code des amoureux, sorte de vade-mecum
que l'amant pour soy conforter
puisse touz diz o soi porter,
soit résident ou auge hors,
en lieu d'un petit portehors (v. 99 — 102).
^) V. aussi Ihid., p. 134. Cf. une des versions ^q \2k Claire fontaine, dans le Rec. d'airs de cramignons et de chansons popid. à Liège, p. 380.
I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XIII
C'est pourquoi il a délayé en 8426 octosyllabes le concision didactique du poète latin. Généralement il emploie deux vers pour rendre un hexamètre ou un pentamètre, par exemple:
Elige cui dicas: Tu mihi sola places (I, 41) est ainsi traduit:
Eslié a qui tu puisses dire:
«Dame, sur toutes vous désire» (v. 199—200). De même:
Et si nullus erit pulvis, tamen cxcule nullum (1, 151) est rendu par:
Et se poudre n'i est trouvée,
si doit el par toi estre ostee (v. 485 —6). On pourrait multiplier les exemples. Cependant il lui arrive de reproduire avec bonheur la concision de son modèle.
Parva levés capiunt animos (I, 159) devient sous sa plume*
De poi se muet legier courage (v. 500). Ne faites pas votre choix la nuit, dit-il, car
Tout bren semble par nuit ferine (v. 220). Pouvait-il traduire plus heureusement cette pensée d'Ovide:
Nocte latent mendae, vitioque ignoscitur omni (I, 249)? Et, comme le remarque M. Michelanti), le vers suivant:
In gremium pulvis si .... deciderit (I, 149) n'est-il point rendu aussi exactement que possible par:
Se il chiet poudre en son geron (v. 481) 2)?
Le traducteur de MArs amatoria n'était donc pas un poète sans mérite. Loin de se borner à suivre servilement son mo- dèle, il montre souvent de l'originalité et se laisse aller aux caprices de sa libre fantaisie. Tantôt il écourte la pensfifi. d'Ovide; tantôt il la développe complaisamment; tantôt, sur- tout dans les passages purement didactiques, il la suit pas à pas et presque vers par vers. En général cependant, ne per- dant pas de vue son but de ne faire qu'un cours sommaire de
1) Loc. cit., XXIV.
2) Cf. encore Ovide III, 425 avec 2698.
XIV INTRODUCTION
galanterie, il retranche plus volontiers qu'il n'ajoute, ce qui fait que son exposition est assez sèche et quelquefois heurtée. En effet il lui arrive de réunir dans un même chapitre deux idées qui ne paraissent pas s'enchaîner logiquement; et la pensée semble tronquée ou déplacée. C'est que, dans sa pré- occupation exclusive de ne jamais quitter son sujet, il vient d'écarter l'une ou l'autre digression d'Ovide, sans songer à rattacher la chaîne brisée des idées. Cependant il aime la clarté et la méthode, car il affectionne la transition formelle. Rarement il commence un nouveau chapitre sans résumer le précédent et annoncer le sujet qu'il va traiter. Voyez, par exemple, les vers 213— 16, 237—40, 285—89, 317—20, 537—44 etc. Naturellement notre poète a déchargé sa traduction des brillants récits mythologiques, développés par Ovide avec une imagination si complaisante, et qui, du reste, comme l'a observé Laharpe (Lycée, II, 10), sont presque tous des hors-d'œuvre. Il a pourtant essayé de traduire l'histoire de Céphale et Procris, et son récit ne manque ni de grâce ni d'intérêt. Encore a-t-il si bien élagué les détails descriptifs qui encombrent la brillante narration d'Ovide, qu'il a réussi à condenser en 27 octo- syllabes (v. 3179—206) les 61 longs vers de VArs a?natona (m, 686—746).
Ce n'est point qu'il ignorât l'antiquité. Il cite avec com- plaisance les passages où il est question de Jupiter (v. 1053—56), Circé, Médée, Jason (1324—25), Ulysse (793, 1326, 1355), Ho- mère (1521), Perséei), Hector, Andromaque (1905 — 8), Diane (1916), Vénus (147, 1918), Hector et Achille (2025), la Sirène (2593), Pallas (2866), Thebaïs (3303), Paris et Hélène (3249). A propos de ces derniers, il est curieux de voir notre poète changer en fait ce qui n'était chez Ovide qu'une supposition et rendre les vers:
Priamides Helenen avide si spectet edentem,
Oderit; et dicat, Stulta rapina mea est! (III, 759 — 60) par:
Paris Hélène ledengeit
pour cen que gloutement mengeit
^) Remarquez que Persée n'est qu'indiqué, et non nommé, dans le texte latin.
I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XV
et par cest point l'avoit haingeouse,
combien qu'elle fust graciouse (3249 — 52). Ce n'est point le seul endroit où notre auteur semble avoir altéré inconsciemment ou à dessein la pensée d'Ovide, à moins qu'il n'ait eu entre les mains un texte fautif ou mal glosé. Ainsi les vers:
Innuei illa? feras: scribet? ne tange tahellas,
Unde volet, veniat; quoque lihehit, eat (11,543 — 44) sont ainsi traduits:
Sueffre toi quant el guingnera,
et es cri quant elle escrira.
Va ou elle commandera;
vien a lié quant le mandera (1841 — 43). Le traducteur attribue à l'amant ce qu' Ovide disait de l'amante. De même il retourne la pensée du v. 229, ch. II, en disant:
S'elle est as chans (1441). 0
At incipiens omnia sentit amor (II, 648) est ainsi rendu, sans que la traduction ait le moindre rapport avec le passage où elle se trouve:
Amor n'esgarde ou el se fiche:
el n'esparne povre ne riche (v. 1911 — 12). Dans sa traduction des vers:
Anguibus exaitur tenui cu?n pelle velus tas;
Nec faciunt cervos cornua jacta -senes (III, 77 — 78), il substitue à la pensée d'Ovide une superstition de son temps:
Le cherf sa biauté renouvelé
por mengier une serpentele (v. 2153 — i)P) C'est ainsi que le traducteur a su, non sans art, moderniser son sujet. Son (euvre témoigne d'une certaine habitude d'ob- server et souvent aussi d'une pointe de malice. Rarement il laisse de côté un détail qui peut s'adapter à son époque; et alors il nous donne souvent d'intéressantes indications sur la
*) Cf. aussi (v. 1849 et suiv.) la curieuse façon dont il rend un passage on Ovide se met lui-même en scène (II, 550 — 1).
2) Cf. Isidore, Etym. XII, 1, 18: Hi {cervi) serpentium inimici, quum se grauatos in infir-mitate persenserint, spiritu narium eos extrahunt de cauernis (cf Pline, VIII, 32) et superata pernicie veneni eorum pabulo reparantur.
XVI INTRODUCTION
vie et la société du temps. Un usage décrit par Ovide a-t-il disparu, il lui substitue une coutume moderne.
Ce qui le distingue peut-être le plus vivement de son modèle, c'est qu'il aime à moraliser. Rarement il termine un développement sans y clouer un précepte. De là sa prédi- lection pour le proverbe:
Amour lointaingne est trop musarde (v. 208), Tout bren semble par nuit ferine (v. 220), Il fet mal querre et esprouver cen que nen ne veut pas trouver (v. 3209), Miex vaut euf donné qu'euf mengié (v. 1492). Cf. aussi 167, 256, 275 et suiv., 315—6, 683—4, 725 et suiv., 747, 824, 896, 931, 1295 etc. etc. Il insiste aussi plus souvent et plus longuement qu' Ovide sur les qualités morales. Il s'élève à plusieurs reprises contre les femmes cupides et contre les riches, qui trouvent des amours si faciles. Sans doute il n'était point en état de faire de somptueux cadeaux à sa maî- tresse.^) Peut-être même avait-il à se plaindre de ses exi- gences excessives et voulait-il s'épargner l'ennui d'en subir de nouvelles. Ce ne sont pas les seuls détails qu'il laisse percer sur lui-même. Assurément il était clerc: le bien qu'il dit des «clers soutilz, douz et avables», qui «d'amer sevent la guise et l'art» 2), ne permet pas d'en douter. En outre, comme l'a déjà remarqué M. Paris 3), notre poète, en parlant des joutes, y fait figurer son disciple comme simple spectateur, ce qui donne à supposer qu'il s'adresse aux jeunes clercs plutôt qu'aux jeunes cbevaliers. Du même passage il semble résulter qu'il n'habi- tait point Paris, car il parle d'une visite du roi comme d'un événement extraordinaire (v. 449 — 458). Et le vers 507:
Cil est Francheis, cesti Certain, c'est-à-dire Chartrain, ne trahirait-il pas la véritable patrie de l'auteur? Il nous donne de curieux détails sur les modes du temps, sur la coiffure qui 'convient le mieux à telle ou telle figure. Et, pour que nous n'ignorions pas que sa maîtresse
') Il aurait pu dire avec Ovide : Pauperibus vates ego sum, quia pau- per amavi (II, 165).
2) V. 2925, 2929.
3) Loc. cit., p. 464.
I. COMPARAISON AVEC VArs afiiatoria XVII
avait la «fâche rondete», il a soin d'exprimer ainsi sa pré- férence:
Face ronde est plus désirée ....
plus plesante et plus graciouse
que toutes autres, dire l'ose.
Donc doit chescune mètre cure
de resembler a tel figure (v. 2289— 94).
Notre poète ne déclare pas formellement qu'il traduit ou imite \ Ovide; seulement il le cite souvent et il invoque à plusieurs reprises son témoignage (v. 274, 2568) i) et même une fois d'une façon assez inattendue (v. 380). Traduisant le passage où le poète latin dit qu'Homère lui-même, vînt-il escorté des neuf Muses, serait bien mal reçu par son amante s'il se présentait les mains vides, notre auteur lui donne Ovide pour compagnon:
S' Ovide ou Homer y venoit
et touz ses biauz ditiez tenoit,
s'il n'aportoit aucune chose,
tost li seroit la porte close (v. 1521—24).
N'est-ce pas une heureuse idée d'avoir pris comme exemple Ovide lui-même, qu'il traduit, et qui, sans doute, ne se plaindra pas d'être en si bonne compagnie?
Le traducteur remplace les 34 premiers vers de \Ars amatoria par une fiction de son invention. Un jour qu'il avait rêvé à sa «très douce dame et amie» (et ici longue énumération des qua- lités de la belle), le dieu d'amour lui apparut en songe et lui ordonna, en lui promettant une belle récompense, de composer un abrégé des règles de son art. Puis le poète expose les deux raisons (théologique et physique) qui le déterminèrent à croire que c'était bien «Amors, le filz Venus,» qui lui était apparu. Après s'être excusé sur son insuffisance, il entre en matière. Cette introduction comprend 180 vers.
Comme Ovide, notre poète divise son sujet en trois points: choisir une maîtresse, lui plaire, la conserver. Après cette division, il indique l'endroit que la belle doit habiter:
Ne la fay loing ne hors de ville (v. 201 — 212), et le moment où il faut choisir: Que ce ne soit ni la nuit, ni *) V. aussi les V. 1933—60, où il est cité quatre fois.
BibUotheca Normannica. V. Jj
XVIII INTRODUCTION
quand la femme aura bu (215 — 236). i) Ensuite, qui doit-on choisir? Quelles qualités doit réunir la belle? Ici le poète énumère douze perfections qu'il requiert chez l'amante (v. 241 — 44). Qu'elle soit aussi de noble parage:
fille a vilain se fet proier (v. 256).
Après avoir exposé quelles doivent être les qualités morales (287 — 316) et physiques (319 — 421) de son disciple, il en revient à Ovide et, comme lui, indique les endroits où il faut tendre ses filets: le marché, la place commune, le temple, les dances, les «caroles», les «bastiauz»^), les joutes et autres assemblées. Tout ce chapitre est des plus intéressants; il renferme les détails les plus curieux sur la façon dont s'habillait un jeune élégant de l'époque.^) L'auteur substitue avec bonheur les spectacles donnés par les jongleurs et le tournoi aux jeux de l'amphithéâtre et aux courses de l'arène, et il s'efforce de rendre le Speciaium veniunt (I, 99):
La viennent il lies et drues
por veer et estre veiies (v. 447 — 8).
Et plus loin nous le voyons remplacer une pensée quelque peu lubrique de son modèle (I, 155 — 6) par cette traduction
discrète :
De servir puet grant bien venir; souvent le veon avenir (v. 491 — 2).
C'est un procédé que l'on constate en plusieurs passages. Notre traducteur ne connaît pas ces raffinements d'élégance, ces images si vives sous une expression toujours décente. Sans doute, ce n'est point pruderie de sa part; c'est que l'art lui fait défaut pour gazer ces détails lubriques; et, lorsque l'occasion s'en présente, il dit les choses avec une crudité cynique, surtout quand il parle de la «contenance segree». Là, tandis qu' Ovide semble avoir hâte de toucher au port, il s'attarde et s'étend avec une évidente complaisance.
Il laisse naturellement de côté le panégyrique d'Auguste,
1) Ovide traite cette question plus loin (I, 243—52), ce qui prouve que le traducteur ne s'est pas astreint à suivre rigoureusement le texte latin.
2) Cf. aussi les v. 821— 4.
•'') Ovide traite cette partie beaucoup plus loin (I, 505 — 24) et, comme on le voit, beaucoup plus brièvement.
I. COMPARAISON AVEC VArs amatona XIX
auquel Ovide consacre plus de 50 vers; mais il profite ha- bilement du vers: Ihunt ante duces (I, 215) pour introduire la description d'un tournoi (v. 501—20).
Au vers 537 commence la seconde partie. Toutes les femmes sont sensibles à l'amour, dit le poète, même les pape- lardes. Et ici nous retrouvons une des rares comparaisons qu'il a reprises à son modèle (I, 271 — 3):
Les oisiaux leront le chanter
et les lévriers lièvres hanter
ainz assez que famé escondie
genne homs d'amer qui biau la prie (v. 549—52). Ovide conseille-t-il de gagner les bonnes grâces de la sui- vante (I, 351), notre auteur développe longuement sa pensée (v. 585) et ajoute avec finesse:
quer ja n'iert famé si bien prise
comme se par famé est conquise (v. 651 — 2). Mais, à rencontre d'Ovide, il veut qu'on s'abstienne absolument de la «chambrière»:
il convient trop droit carier
qui vers amours se veut lier (v. 671—2). Si, comme son modèle, il engage l'amoureux à écrire à sa maîtresse «soit en parchemin ou en chire», il n'oublie pas, comme lui, de lui recommander de ne pas signer ses billets doux (v. 695 — 716). Promettez, promettez, dit Ovide, et ne donnez jamais:
Hic opus, hic labor est, primo sine munere jungi (I, 451). Notre auteur est moins absolu et conseille les petits cadeaux:
Parprendre et donner, ce me semble,
sont mère et fille bien ensemble (v. 747 — 8). Refuse-t-on tes lettres, persévère. Le temps triomphe de toutes les résistances, dit Ovide (1,471 — 8); et notre auteur trouve tout au contraire que:
famé mue plus tost pensée
que n'aroies ta main tournée (v. 763 — 4). 11 est vrai qu'il ajoute plus bas, v. 791 — 2:
Et fust or plus dure que marbre,
au preuiier coup ne chiet pas l'arbre.
b*
XX INTRODUCTION
Et, cliofle étonnante, nous le voyons ici de son propre gré (car Ovide naturellement n'en dit mot) invoquer l'exemple d'Ulysse, qu'il semble confondre avec Énée et qui fit touz ses debiaus
des greignors dames de Cartage,
tant fist il par son biau langage (v. 793 — 6)! A table, dit Ovide, tâche de plaire au mari de ta belle et ôte ta couronne pour en orner sa tête (I, 579—88). Le traduc- teur ne parle pas du mari; mais, voulant cependant rendre le detur corona^ par une singulière inadvertance, il engage l'amant à donner son chapeau à sa dame.i) On ne sait pas trop ce qu'elle en pourra faire. Évite surtout les disputes, ajoute- t-il, et montre tes talents:
Il n'apartient fors a merdaille
a faire tenchons ne bataille
Tu peus chanter, se le sez fere,
ou de bêles bordes retrere (v. 905 — 12). Ici le traducteur intercale, un peu étourdiment, ses conseils sur le choix d'un messager (v. 965 — 1000). Que ce ne soit pas un homme, car l'homme
se fet chief dont il est coue,
et de ta cause fet la soue.
Deables aient tels messages
qui vont entre l'arc et la corde . . (983 — 8). Avec le même cynisme qu'Ovide, il justifie les moyens par la fin, conseille la violation des serments (1049 et suiv.) et déve- loppe complaisamment le Faillie fallentes (T, 645), avec pro- verbes à l'appui (v. 1063, 1069—76, 1081—4). Et, pour com- pléter son code d'hypocrisie, il suggère à son disciple, en lui recommandant les larmes, un artifice dont Ovide ne s'était point avisé:
Et si tu ne pues avoir lermes
en poinz devisez et en termes,
tu porras un oignon tegnir
qui tantost les fera venir (v. 1097 — 100).
*) Cf. aussi aussi Ovide 1, 581 et la traduction des v. 873—4. Si notre auteur a compris le vers latin, il l'a singulièrement rendu.
I. COMPARAISON AVEC VArs aniatoria XXI
Et, sur la fin de cette première partie, s'écartant encore une fois de son modèle, il revient sur ces préceptes d'hypocrisie en conseillant de dissimuler son état (v. 1241 — 56). Enfin il s'en prend avec aigreur aux riches, pour qui ses règles ne sont point faites:
Qui assez a deniers ou prendre
n'a mestier de mon art aprendre . . .
Chescun fait au riche grant feste,
combien que ce soit rude beste . . . (1257 — 96). ^) Les préceptes qui constituent l'art de conserver sa maîtresse, auxquels Ovide consacre son second chant, commencent chez notre poète au vers 1397. Laissant de côté le panégyrique que fait de lui-même son modèle ainsi que le long récit de la fuite de Dédale, il signale l'impuissance des sortilèges et des philtres amoureux:
Ja n'iert par les ars de Toulete
fine amour quise ne parfete (v. 1317 — 18). Ovide engage-t-il l'amant à faire de petits cadeaux à sa belle, notre auteur, sans doute très entendu en la matière 2), lui conseille d'envoyer:
Gans, couteals, borses, cheinturetes
propres et friquetes,
pommes et cherises,
noiz, resinz ou fruis d'autres guises, le tout «en un panier propre et net» (v. 1495—1506). Il recom- mande aussi naturellement l'envoi de «canchons et biaus ditiés» (v. 1513). Mais il semble avoir peu de confiance dans l'in- fluence de la poésie sur les belles, car il en revient à son thème favori sur la puissance de l'or: «Amor est par or con- seillie», dit-il mélancoliquement (v. 1520), traduisant tant bien que mal l'exclamation d'Ovide: Auro concilialur amor (11,278). Parmi les compliments conseillés par Ovide pour flatter la vanité des femmes, il ne s'était pas avisé de dire comment on pourrait s'en tirer avec une ignorante. Son traducteur a comblé cette lacune:
*) Peut-être s'est-il inspiré du Ch. II, 161 — 4.
2) Il en appelle plusieurs fois à sa propre expérience, spécialement pour appuyer ses préceptes négatifs, voy. les v. 923, 967.
XXII INTRODUCTION
Et se elle soit poi de chose,
dire peus qu'ele est vergondose
et que miex vaut ainsi couverte
que se elle estoit plus aperte (v. 1593—6). Plus loin, voulant faire comprendre combien un amant doit endurer de peines, il traduit assez malicieusement la compa- raison d'Ovide (11,515-8):
En munde n'a pas tant puceles
comme il a doulors en amer (1801 — 4). Parlant avec Ovide (II, 619) du moment le plus favorable aux entretiens amoureux, notre auteur, par une allusion à un conte très répandu au moyen âge, «avertit son disciple de se méfier des substitutions que l'obscurité de la nuit peut favoriser».') Il met en scène un forgeron, ce qui semble indiquer qu'il con- naissait une version différente de celles qui nous sont par- venues et où l'on voit figurer soit un meunier, soit un foulon, soit un bourgeois, soit un laboureur.2)
Ovide (II, 667 — 702) recommande le commerce des vieilles comme très agréable et très profitable. Notre moraliste^ après avoir reproduit ses arguments avec une complaisance et une crudité qui sont loin de leur enlever toute leur force (1933—56), trouve que cela
n'est pas amor, mes convoitise:
amor qui les finz amans lie
vient but a but sanz symonie (1968 — 70). Puis il établit un parallèle où, prenant la contre-partie d'Ovide, il s'efforce de démontrer que l'amour des jeunes est préférable (1971—92). Plus loin (2005— 16), il trouve des arguments inconnus à Ovide pour engager les jeunes gens à aimer:
Amors font les vilainz gentis . . .
et les avaricious larges,
et les couars hardiz sanz targes. Nous laisserons notre auteur pénétrer seul dans le sanctuaire, où il ne s'arrêtera que trop longtemps, et nous jetterons un
1) Cf. Hist lut, XXIX, p. 465. Clef d'amors, v. 1869—1900. '-î) Voyez Hist litt de la France, t. XXIII, p. 198, et L'Hejytameron de la reine de Navarre, pub. p. A. de Montaiglou, t. IV, p. 231.
I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XXIII
rapide coup d'œil sur la seconde partie de son poème, où il imite le troisième chant d'Ovide. Elle commence au vers 2069. Les prédécesseurs de notre poète, maître Elie et Jakes d'Amiens, ne semblent pas avoir connu ce chant ou bien ils l'ont laissé de côté avec intention. Après s'être excusé sur son ignoranîîe auprès des dames et des «borjoises de value», il s'empresse de mettre le mariage hors de question^):
Des mariz ne me parlez mie:
ce n'est ne mes sochonnerie.
Le mari se veut fere creindre
Famé par mariage prise
est aussi comme en prison mise (2093 — 98). Aimez, dit-il aux jeunes gens; comme l'eau s'écoulent les années:
quer le temps passe en la manière
que l'eve court par la rivière,
ne le temps passé ne retorne
plus que l'eve, qui ne sejorne (2127 — 30).
Puis, ce que néglige Ovide, il énumère les qualités morales qui peuvent rendre une jeune fille aimable et en faire une «famé bien aprise» (2189—2212). Vient ensuite une longue et minutieuse énumération de préceptes sur la propreté. Que votre «grève» soit bien faite, vos cheveux bien tressés. As-tu la figure arrondie, dit-il à son élève, tu dois être tousele ou avoir cornes petites (2273 — 5). As-tu le visage allongé, ton chief en chaperon atache, si que ton front en appetiche (2282 — 3);
tu peux aussi
grans cornes avoir,
si que ta fâche en arondisse
et par la rondeche enbelisse (2286— 8).^) Aligne tes sourcils, nettoie chaque matin tes dents, tes yeux et tes oreilles (2297—2324).
Se tu as bêle poiterine
et beau col, ne les encortine,
1) Il s'inspire peut-être d'Ovide, III, 23—28.
*'*) V. Jiibinal, Dits^ Contes, Fabliaux II, 174—6.
XXIV INTRODUCTION
mes soit ta robe escoletee
si que chescun y muse et bee (2325 — 8).
Suit le chapitre de la toilette. Ici encore le traducteur a su introduire d'intéressants détails sur les modes de son temps. Veux-tu conserver à ta main sa blancheur, dit-il à son élève, tu dois porter «gans ou mitaines» (2361 — 2).
Se tu veus estre bien fétiche,
fay .iii. rescours en ta peliche
ou .iiii., pour fere la roe
et pour estre loing de la boe (2365 — 8).
Si ton état te le permet,
ne lesse pour pel ne pour fil
que sercot n'aies a pourfil (2369—72).
Que ton pied soit étroitement chaussé et que ta robe, un peu trop courte, en laisse entrevoir l'élégance (2373 — 80). Et ici notre auteur intercale un détail qui nous permettrait à lui seul de dater son poème, si l'on était certain que les modes, au moyen âge, étaient moins variables qu'aujourd'hui:
Que que des courtes robes die,
sachiez que m'entente n'est mie
que je despise la manière
des cotes longues par derrière:
ce me semble la meillor guise
qui soit de nouvel avant mise (2385 — 90). Puis, avec une crudité digne d'un auteur de fablel, il fait ressortir les avantages de ces robes traînantes (2391 — 400).
Son chapitre sur la façon dont une femme peut réparer les outrages des ans (2405 — 28), n'est pas moins curieux. Un homme est-il chauve ou chenu, il ne peut dissimuler ce défaut «pour coiffe de lin ne de see». Mais une femme achète au mercier soit une herbe colorante, soit un «chief de quanvre ou d'autre forreure ou d'estrange cheveleiire». D'autres dissi- mulent si bien leur tête dans leur chaperon qu'on ne sait »s'elz ont chief de quanvre ou d'estoupes».^) Si tu te fardes, que ce soit dans le plus grand secret:
^) V. de curieuses anecdotes dans Etienne de Bourbon IV, 273—289.
I. COMPARAISON AVEC VArs amatorta XXV
... tel chose est lede en fesant
qui depuis est bêle et plesant.
Mont lede chose est a veer
piaux et mesgueïs conreer;
si en fet l'en gans et peliches (2447 — 51). De même, si tu peignes tes cheveux trop rares:
quer trop lede est beste escouee,
champ sanz herbe, bois sanz verdure
et teste sanz cheveletire
(2474—6. Ovide, III, 249—50). Après quelques détails sur la façon dont une belle doit se conduire devant une table de jeu, notre auteur énumère les prétextes qu'une de ses contemporaines pouvait invoquer pour sortir. Il recommande certains petits pèlerinages, les églises «encortinees», les «caroles», les assemblées (2657 — 88), et plus loin (3081—8) les «estuves et sainz et saintes», les visites pro- longées aux «tavernieres segrees».
S'agit-il de choisir le messager qui portera les tablettes,
Pignora nec juveni crédite vestra novo, dit Ovide (III, 486). Plus circonspect, le traducteur recommande à sa belle écolière
que du petit eiil bien se gart
quer effant ne seit riens celer.
Se sus lor mères riens savoient,
aussi tost les descouvreroient (2824 . . . 30). Veut-on dissimuler les secrets d'une correspondance amou- reuse, il conseille des procédés qui tenaient alors lieu de nos encres sympathiques:
... tu porras de nois de gales
escrire letres toutes pales,
que ja n'ierent apercheues
sanz couperose ne lelles.
Aussi de lait frais letres faites
ou de bouchel de lin pourtraites
ne puent pas estre avisées
se de charbon ne sont poudrées (3065—72). Il s'étend avec une complaisance puérile sur la «contenance de table», multipliant les préceptes sur Fart de manger pro-
XXVI
INTRODUCTION
prement (3213 — 84). Il en vient enfin au chapitre «de la con- tenance segree» où, quoiqu'on dise M. Paris i), il dépasse son modèle en cynisme et en crudité. 11 ajoute:
Grès au dieu d'amors ci define
la clef d'amors et la doctrine.
Diex doinst que a ma dame hete
por qui amor elle fut fête (3373 — 6). Les cinquante derniers vers sont consacrés à l'exposition de l'énigme dans laquelle l'auteur a caché ses nom et surnom, les nom et surnom de sa dame ainsi que la date de la compo- sition de son poème.
Le tableau comparatif suivant, qui est comme un résumé de ce qui précède, permettra de constater ce que le poète français a emprunté à son modèle, ce qu'il a ajouté de son propre crû, les interversions qu'il a fait subir au texte latin et enfin
|
la longueur de ses développemeni |
;s. |
||
|
V. 181—192 |
cf. |
Ovide ; |
[ V. 35-38 |
|
„ 197—200 |
11 |
11 J |
[ „ 41-42 |
|
„ 245—248 |
« |
11 ^ |
. „ 65 — ^Q |
|
„ 441-442 |
11 |
11 |
[ „ 89 |
|
„ 445—448 |
11 |
11 ^ |
[ „ 97—99 |
|
„ 461—480 |
11 |
11 -i |
[ „ 139—146 |
|
„ 481—492 |
11 |
11 |
[ „ 149—154 |
|
„ 493-500 |
11 |
>? -^ |
[ „ 157—159 |
|
„ 501—514 |
11 |
15 -^ |
[ „ 215—222 |
|
„ 521—524 |
« |
51 ^ |
[ „ 229 |
|
„ 531—532 |
11 |
11 -l |
[ „ 237—238 |
|
„ 525—528 |
11 |
51 -l |
[ „ 239—242 |
|
„ 537—544 |
11 |
11 |
[ „ 264—266 |
|
„ 545—548 |
11 |
51 J |
[ „ 268—317 |
|
„ 573—584 |
11 |
55 -' |
L „ 343—345 |
|
„ 585-636 |
11 |
11 J |
[ „ 351—372 |
|
„ 653etsuiv |
11 |
11 J |
[ „ 375 et suiv |
|
„ 673—688 |
15 |
15 -' |
[ „ 437—442 |
|
„ 717—740 |
11 |
15 J |
[ „ 443—449 |
|
„ 753—754 |
11 |
15 -' |
[ „ 466 |
|
„ 757—760 |
11 |
55 ^ |
[ „ 469—470 |
|
1) Loc. cit., p. 468. |
I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria
XXVII
|
V. 7(55—796 cf. |
Ovide ] |
[ V. 479—484 |
|
„ 801-808 „ |
51 ^ |
[ „ 487-492 |
|
„ 833—841 „ |
« ^ |
[ „ 493-496 |
|
„ 821 et suiv. „ |
1? ^ |
[ „ 497 |
|
„ 813-815 „ |
11 ^ |
[ „ 503 |
|
„ 833-872 „ |
"Il |
[ „ 565-578 |
|
„ 873 et suiv. „ |
11 |
[ „ 581 et suiv |
|
„ 897-912 „ |
11 -' |
[ „ 589—595 |
|
„ 925—936 „ |
11 ^ |
[ „ 606 |
|
„ 937—945 „ |
1? ■' |
[ „ 603—605 |
|
„ 956-964 „ |
51 -' |
[ „ 598—600 |
|
„ 1001—1020 „ |
11 J |
[ „ 621-624 |
|
„ 1029—1032 „ |
55 ^ |
[ „ 625—626 |
|
„ 1033—1040 „ |
55 -' |
[ „ 614-615 |
|
„ 1045-1056 „ |
55 J |
[ „ 631-634 |
|
„ 1065—1069 „ |
55 |
[ „ 645-646 |
|
„ 1070—1076 „ |
15 J |
{ „ 657 |
|
„ 1085—1104 „ |
11 J |
[ „ 659—662 |
|
„ 1109-1152 „ |
51 J |
[ „ 663-678 |
|
„ 1161-1192 „ |
15 ^ |
[ „ 707—722 |
|
„ 1197—1200 „ |
51 J |
[ „ 734 et 738 |
|
„ 1201-1204 „ |
11 J |
[ „ 741—742 |
|
„ 1205-1212 „ |
51 J |
[ „ 751—754 |
|
„ 1221—1236 „ |
51 -^ |
[ „ 755—756 |
|
„ 1237—1240 „ |
55 J |
[ ,, 769-770 |
|
„ 1297—1312 „ |
15 ^^ |
[ „ 11-13 |
|
„ 1313 1328 „ |
55 ^^ |
L „ 99—104 |
|
„ 1329-1336 „ |
15 ^ |
[ „ 107-108 |
|
„ 1341-1343 „ |
55 -"-J |
[ „ 113-114 |
|
„ 1337-1339 „ |
55 -*•-' |
[ „ 119—122 |
|
„ 1357—1360 „ |
1) J-J |
[ „ 145 |
|
„ 1361—1375 „ |
11 -*-^ |
[ „ 151—160 |
|
„ 1377—1380 „ |
„ IJ |
[ „ 167-168 |
|
„ 1385—1388 „ |
15 ^^ |
[ „ 175-178 |
|
„ 1399-1420 „ |
15 ^^ |
[ „ 197—208 |
|
„ 1405—1406 „ |
'Il ■*-J |
[ „ 198 |
|
„ 1421-1424 „ |
15 ■*"' |
[ „ 210 |
|
„ 1425 1426 „ |
51 •'-' |
[ „ 212 |
|
„ 1429 |
,5 I] |
[ 51 216 |
XXVIII
|
INTRODUCTION |
||
|
V. 1430—1432 cf. Ovide II V. 213—214 |
||
|
„ 1433-1440 „ |
„ Il , |
223—226 |
|
„ 1441-1461 „ |
„ Il , |
, 228—238 |
|
„ 1465 |
„ II , |
, 246 |
|
„ 1469-1472 „ |
„ II , |
, 247—248 |
|
„ 1481-1492 „ |
„ II , |
, 251 suiv. |
|
„ 1493—1506 „ |
„ II , |
, 261 suiv. |
|
„ 1513-1592 „ |
„ II , |
, 273-313 |
|
„ 1597-1598 „ |
„ II , |
, 329 |
|
„ 1599—1600 „ |
„ II , |
, 320 |
|
„ 1619—1628 „ |
„ II , |
, 322—346 |
|
„ 1629—1632 „ |
„ Il , |
, 339—340 |
|
„ 1657-1667 „ |
„ II , |
347-351 |
|
„ 1669—1672 „ |
„ II , |
, 356 357 |
|
„ 1673—1678 „ |
„ II , |
, 377 |
|
„ 1685—1687 „ |
„ II , |
, 389-390 |
|
„ 1693-1696 „ |
„ II , |
, 392 |
|
„ 1697—1712 „ |
„ Il , |
, 409—414 |
|
„ 1713-1714 „ |
„ II , |
, 428 |
|
„ 1717-1768 „ |
„ II , |
435—465 |
|
„ 1773—1780 „ |
„ II , |
, 489-492 |
|
„ 1781-1787 „ |
„ II , |
, 503-506 |
|
„ 1793—1794 „ |
„ II , |
511—512 |
|
„ 1797—1804 „ |
„ II , |
, 515—519 |
|
„ 1805-1828 „ |
„ II , |
, 521—534 |
|
„ 1829—1834 „ |
„ II , |
, 537-540 |
|
„ 1841-1846 „ |
„ II , |
, 543-545 |
|
„ 1849 et siiiv. „ |
„ II , |
, 550-551 |
|
„ 1859—1869 „ |
„ II , |
, 604 et suiv. |
|
„ 1901—1912 „ |
„ II , |
, 641-648 |
|
„ 1913-1931 „ |
„ II , |
, 657-664 |
|
„ 1933-1956 „ |
„ II , |
, 674(665—8)680 |
|
„ 1993—2003 „ |
„ II , |
, 669—674 |
|
,,2017—2028 „ |
„ II , |
, 703-711 |
|
„ 2029-2064 „ |
„ II , |
, 717—733 |
|
„ 2065 et suiv. „ |
„ II , |
, 746 |
|
„ 2081,2087—8,, |
„ III , |
, 57 |
|
„ 2089—2090 „ |
„ III , |
, 29 |
|
„ 2121-2134 „ |
„ III , |
, 59-67 |
I. COMPARAISON AVEC VArs mtmtoria
XXIX
|
L 2141—2160 cf. Ovide III v. 69—80 |
||
|
„ 2161—2184 , |
, „ in , |
, 87—98 |
|
„ 2213—2216 , |
, „ ni , |
, 105 |
|
,, 2225 et suiv. , |
, „ ni , |
, 129 |
|
„ 2249 „ „ , |
, „ ni |
, 133 et suiv. |
|
Il 2333 „ „ |
. „ m |
, 169 „ „ |
|
„ 2297—2324 , |
, „ ni |
, IJl „ ,, |
|
„ 2405—2408 , |
, „ ni |
, 159—168 |
|
„ 2429—2460 , |
, „ m |
, 210-234 |
|
„ 2461—2476 , |
, „ ni , |
, 235—250 |
|
„ 2472 et suiv. , |
, „ ni |
, 256—268 |
|
„ 2482 |
, „ m |
, 261 |
|
„ 2489—2538 , |
, „ ni , |
, 263-306 |
|
„ 2589—2592 , |
, „ ni |
, 315 |
|
„ 2593—2594 , |
, „ m |
, 311—312 |
|
„ 2605—2608 , |
, „ ni |
, 327—328 |
|
„ 2609 et suiv. |
, „ ni |
, 329 et suiv. |
|
« 2613 „ „ , |
, „ ni |
, 349 |
|
„ 2616—2632 , |
, „ ni , |
, 353 ... . 368 |
|
„ 2633—2656 , |
, „ ni , |
, 369 ... . 380 |
|
„ 2657-2672 , |
, „ m |
, 387 et suiv. |
|
„ 2673—2698 , |
, „ ni |
, 397—426 |
|
„ 2701—2748 , |
, „ m |
, 433 .. . 466 |
|
„ 2749—2784 , |
, „ ni |
, 469-480 |
|
„ 2813 et suiv. |
, „ ni |
, 485—486 |
|
„ 2841—2847 , |
, „ ni , |
, 495-498. |
|
„ 2853—2868 , |
, „ ni |
, 501—510 |
|
„ 2873—2896 , |
, . ni , |
, 511 ...518 |
|
„ 2901.... 2932, |
, „ m |
, 529 et suiv. |
|
„ 2933.... 2956, |
, „ ni |
, 55o „ „ |
|
,, 2957—2968 , |
, „ ni , |
, 579—580 |
|
„ 2969.... 2980, |
, „ ni , |
, 581 .. . 588 |
|
„ 2981—3008 , |
, « ni |
, 591—596 |
|
„ 3009—3040 , |
, „ m |
, 600—610 |
|
„ 3041.... 3132, |
, „ ni , |
, 611 .. . 654 |
|
„ 3133.... 3136, |
, „ ni |
, 661 |
|
„ 3145—3168 , |
, „ ni |
, 673-682 |
|
„ 3173—3204 , |
, „ ni |
, 683 .. . 737 |
|
„ 3213.... 3284, |
, „ ni |
, 749... 768 |
XXX
|
INTRODUCTION |
||
|
V. 3285- |
-3336 cf. Ovide III v. 769- |
-786 |
|
„ 3337- |
-3344 „ „ Iir ., 793- |
-796 |
|
„ 3353- |
-3360 „ „ III „ 797- |
-802 |
|
„ 3357- |
-3372 „ „ III „ 807- |
-808. |
II. Manuscrits et éditions. ^
1. Le manuscrit A, que je considère comme la plus an- cienne rédaction et qui est aussi la plus complète, m'a servi de base et pour la graphie') et pour la constitution du texte. Il a été acquis en Angleterre, le 29 juin 1889, par la Bibliothèque nationale de Paris. Ce manuscrit était resté inconnu jusque-là. Il figure actuellement aux Nouvelles acquisitions françaises sous le n^ 4531. C'est un volume de 97 feuillets, relié en car- ton et présentant en général 35 vers à la colonne. Le î^ 2 est blanc; les f''^ 1, 60 et 78 sont mutilés. Il renferme les œuvres suivantes:
Le rommans du conte d'anjou qui voit desflourer sa fille'^\ fo4ro à 63 ro c. 2.
La clef d'amour, f» 63 v« c. 1 à 88 r« c. 1.
De la chastelainne de Vergy, P 88 r» c. 2 à 94 v» c. 2.
Chest là proiere d'un chevalier (lisez clerc) el la response d'une dame (sur une colonne), f ^^ 95 r^ c. 1 à 97 y^.
Le texte de la Clef d'amors est illustré de cinq méchantes miniatures d'environ 6 centimètres de large sur 5 de haut: P {P 63 v^ avant le l^"" vers) Un génie ailé (le dieu d'amour), perché sur un arbre, semble parler à un homme et à une femme placés à ses côtés; 2^ (f^ 64 r<^, av. le v. 61) Le poète,
') Je donne en note, sous les variantes de sens, les particularités extérieures, les abréviations de A et les quelques graphies que j'ai cru pouvoir modifier soit parce qu'elles m'ont paru trop modernes {z pour s), soit pour donner plus de symétrie aux rimes.
2) Cette œuvre a été composée en 1316. V. De la Rue, Essais, I, p. 190, et P. Paris, Manuscrits français, VI, p. 40. V. aussi Beau- manoir, I, XXXVII. Notre manuscrit est donc du XIV^ siècle.
II. ISTANUSCRITS ET ÉDITIONS XXXI
pendant son sommeil, est visité par le dieu d'amour; S^ (fo65vo, après le v. 128) Le poète s'éveille: on voit encore une des ailes du petit dieu qui s'envole; 4^ (f *^ 65 r^', ap. le v. 180) Le poète, assis, expose sa doctrine à un auditoire masculin très attentif; 5<^ (f^ 78 v^, ap. le v. 2064) Le poète expose ses pré- ceptes aux dames.
A partir du vers 133, on remarque, devant l'initiale de chaque groupe de 4 vers, un petit croissant alternativement bleu et rouge. Le ms. 4531 nous présente le texte de la de/' d'amors dans toute son intégrité. Il a donc, entre autres avantages sur les trois autres rédactions, celui de nous donner l'énigme de la fin. Cette copie paraît venir d'un scribe intel- ligent: on y relève peu de fautes. Elle a du reste été revue par une main postérieure, ce que témoignent l'encre jaunie des corrections ajoutées dans les interlignes ou dans les marges (p. ex. l'en au v. 525) et les vers 1404 et 1840 ajoutés au bas des colonnes. C'est à tort que le copiste et son correcteur écrivent clelf', les conditions requises pour la solution de l'énigme prouvent que le mot ne peut avoir que quatre lettres. De même, toutes les fois que à est noté par ei {neiz, neis)^ on peut rétablir Vé.
2. Le manuscrit florentin de la Laurentienne i), que je désigne par B à cause de son étroite parenté avec A, présente un texte rajeuni par un scribe français du XV^ siècle. C'est ainsi qu'il rétablit / vocalisé (doulcement, moult, ueult, baul- droy, uouldra, hault, default), b tombé entre voyelles (doubte, doibt). Il emploie fréquemment Vij (toy, ennuy, suyre), subs- titue z à s dans les finales féminines du pluriel (facez, ellez, livrez, paroUez) et note à par ai devant /, r, v, f (quail, tail, amaire, faivre, claif). Il donne à chambrière quatre syllabes et réduit mëismes à mesmez. Cependant il s'efforce d'éviter les fautes de métrique. Le dernier feuillet, qui devait comprendre 79 vers (à partir de 3347), est enlevé. Le texte présente en outre deux lacunes, de 689 à 693 et de 919 à 956, la pre- mière probablement produite par bourdon.
') Voyez-en la description dans la Notice des Indici e cataloghi, fasc. VITI: I codici Ashburnhamiani délia R. Biblioteca Mediceo-Lmiren- ziana di Firenze, Vol. I, Fasc. 1,44 (117-49).
XXXII INTRODUCTION
3. Le manuscrit de M. Tross ^), que je désigne par C, est Tœuvre d'un ou de deux copistes, anglais selon M. Michelant^), normands selon M. Paris ^). L'orthographe et le texte laissent beaucoup à désirer. On y constate l'absence des vers 784, 799, 960, 1207, 2937—40, 3105—31, 3249—52, 3277—80, 3293 — 311. A partir du v. 3369, C devient incompréhensible par suite de la mutilation du dernier feuillet, mais il paraît bien concorder jusqu'à la fin avec A.
Il présente les rubriques suivantes:
Après 805: si comme la dame eshatre se vient.
„ 896: si comme la damoy selle dorme a clé d'argent
a boire a sun ami. „ 1000: si comme el se treche et sun ami bien la
révère. „ 1124: si comme elz s'entrebeissent. „ 1452: comme il reveste à la fenestre, si verrait
aveement de s'amie chiere. „ 1640: si comme son meistre l'enseigne. „ 2016: si comme els se gissent ensemble en un liet. „ 2248: si comme la béasse lie donne lesive a laver
son chief. „ 2428: si comme la dame se farde.
4. De l'édition du XVP siècle, que je désigne par D, il existe, comme l'a démontré Brakelraann''), 11 exemplaires. Tous reproduisent le texte de l'édition de Genève décrite par Miche- lant.5) J'ai collationué mes manuscrits avec l'exemplaire qui figure à la Bibliothèque nationale de Paris sons l'indication Y2 1363 A, le même dont s'est servi Brakelmann pour ses ob- servations critiques sur l'édition de Korting. Il comprend les Cinquante el un arrêts d'amour, etc., l'Art d'amour de Jakes d'Amiens, la chief (lisez clef) d'amours avecques les sept ars
^) Michelant, l. c, xxij — xxiij et G. Paris, l. c, p. 462, en ont donné la description. Pour l'orthographe, v. Michelant, xxvj.
2) lUd.
3) Ihid.
. ^) Jahrbuch f. r. u. e. l, IX, pp. 403—404.
^) L. c, xvj — xxj. Pour les différentes éditions de Genève, Paris et Anvers, consultez Brunet, Manuel du libraire, 5e édit., et Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, II, p. 528, n^ 13500.
II. MANUSCRITS ET ÉDITIONS XXXIII
libéraux F^ 4 v^, et V Amoureux transi sans espoir. Mais, tandis que la première et la dernière de ces œuvres sont «nouvelle- ment imprimez a Paris», les trois autres sont la reproduction pure et simple de l'édition de Genève: Cy finist Ovide de Vart d'aymer avec les sept ars libéraux nouvellement imprime a Genefve.
L'imprimé genevois, s'efforçant de rajeunir la langue, modifie les formes anciennes et remplace les mots vieillis. Il présente des interversions, des interpolations et de nombreuses lacunes dont quelques-unes considérables. Il place les vers 377—81 après 384, 515—6 après 520, 1357—60 après 1395. Il ajoute 2 vers après 263, 443, 1294, 2950. Il supprime les passages suivants: 19—20, 23—4, 171—2, 191—2, 249—55, 275—8, 418—9, 429-30, 470, 493-5, 537—83, 595-8, 678, 705—6, 789, 839—40, 863—4, 875—6, 973—4, 993—4, 1143—4, 1153—6, 1239—40, 1395, 1483—2844, 2984, 3005-8.
Après le v. 1024, D intercale 50 vers (sur le baiser) qui ne sont qu'une paraphrase du texte, qu'il rejoint au v. 1117. A partir du v. 3031, il abandonne l'original et nous indique par quelle série d'anagrammes puériles on peut dissimuler les noms d'Ovide, d'Ysabeau, etc., (presque tout le calendrier y passe) et cacher les secrets d'une correspondance amoureuse. 0 Le remanieur a soin d'ajouter que son poème contient deux mille vers et qu'il fut achevé le 25 octobre 1509. Je donne cette fin en appendice: les amateurs de rébus pourront y exercer leur sa- gacité. J'y joins la petite pièce de 147 vers qui comprend les sept ars libéraux d'amours, lesquels ne sont au fond qu'une imitation libre et abrégée de \Ars amatoria.
Malgré ses nombreux défauts, l'imprimé genevois est quel- quefois très utile pour la constitution du texte; dans quelques endroits même il paraît avoir conservé seul la bonne leçon, p. ex. 483, 2855.
^) La règle est de trois membres, selon que l'on veut arranger son nom littérallement, sillabement ou sibillement, d'une manière entrelacée.
Bibliotheca Normannica V.
XXXIV
INTRODUCTION
III. Classification des manuscrits.
Le rapport intime de A avec B est établi par de nom- breuses fautes communes:
V. 224: V. 257:
V. 373:
Tant veïst il a la ehandele. Por cen voil gen que harde-
ment ainges et prenges hardement. Aies soit de cuir ou de soie
V. 501: De quoy se muet legier co-
rage. V. 1010: Sa bouche petite et bien fête, Bouche riant et vermeillete.
CD cler
CD hautement
C chaint D Sainc-
ture
C poi (cf. Ov. I, 159)
C Douche, riant D Doulce, plaisante . . . • C n'oisseroit D n'ose- roit
C traire (cf. Ov. 111,419)
CD ami
C a mi D en my
V. 1141: James famé ne sareit (sau- roit) dire de bouche cen que tant désire. V. 2684: Quant une em puet estre a
sa sente. V. 2957: Au premier, quant o ton mari seras, se tu veuz crere ami.
Voyez aussi les v. 22, 211—2, 494, 533, 542—4, 546, 595—6, 1076, 1110, 1371, 1813, 1897, 2283, 2276—8, 2453, 2765, toutes fautes communes dont quelques-unes pourraient bien être fortuites, mais dont la réunion atteste l'étroite pa- renté des deux rédactions. Comme B est de beaucoup posté- rieur à A, on pourrait se demander s'il n'a pas été copié sur celui-ci. Mais A a des fautes propres (p. ex. v. 378, 432, 481, 708, 2664, 2805—6), fautes que B aurait reprises s'il l'avait eu pour modèle. Donc A et B proviennent d'un même ori- ginal perdu, que nous désignerons par a, dont ils ont repris les fautes et altéré, chacun de son côté, certaines bonnes leçons.
Le ms. C ne paraît pas se rattacher aussi intimement à A. Les légers rapports que l'on constate entre eux aux v. 640, 1100, 1708, 1973, 3004, 3148 sont en général de simples faute
III. CLASSIFICATION DES MANUSCRITS XXXV
d'orthographe. Avec B, il semble à première vue en relation plus intime. Mais les fautes communes des v. 1112, 1490, 1588, 1651, 1936, 2031, 2490, 2653, 2892, 2990 ont parfaite- ment pu être commises par des scribes indépendants, tant elles paraissent insignifiantes.^) Au vers 2001:
ou les dames vielles servir, A voilliez,
la faute commune n'est qu'apparente. B seul est fautif; sa mauvaise leçon provient de ce que le poète vient de parler de l'amour des vieilles femmes. Mais vielles dans C n'est pas la forme féminine de vieux\ c'est le subjonctif de vouloir. Car c'est ainsi qu'il orthographie souvent les formes de ce verbe: vielle p. 47, 54, 76, viel p. 68, 86, etc.
Du reste, vu l'étroite parenté constatée entre A et B, si C avait quelque relation avec l'un des deux, cette relation devrait aussi exister avec l'autre; ce qui n'est pas. Car les légers rapports que nous avons relevés entre CA et CB sont tout-à-fait indépendants. Enfin C n'a pas connu davantage a. car il ne possède pas les fautes communes que nous avons constatées entre A et B.
Mais si a et C ne sont pas de même famille, ne remon- tent-ils pas à une même souche originale? N'ont-ils pas de faute commune? Je n'en ai relevé qu'une seule:
V. 2855: Quer douche doit estre et pesible
famé qui veut estre pesible. D servible.^)
Mais elle est évidemment accidentelle: les copistes respectifs
*) Franche (545) et enchantant (1179), leçons du ms. C, sont sans doute des fautes de lecture pour flanche, enchauçant. La pour Zes (1112) est un simple changement de régime. Bourras, donras (1490) est entraîné par dons qui précède. Tendra pour tendras (2031), faute entraînée par sanz qui suit immédiatement ou par un changement de sujet, etc.
2) La leçon de D s'accorde parfaitement pour le sens avec le con- texte. La forme a pu aussi bien exister que paisible. Le wallon, par exemple, a chervule à côté de pâhule. Il dit d'une personne serviable qu'elle est chervule.
V. 483 AB Escorre la doiz et oster, C sanz oster, D sanz hurter qui paraît bien être la bonne leçon. La faute est évidemment entraînée dans a et C par la rime acoster. Voy. P. Meyer, Bev. crit., 1866, II, 21. Je laisse de côté les vers 1122, 1514, 2458 pour lesquels D fait défaut et qui présentent des fautes de mesure sans conséquence.
XXXVI INTRODUCTION
de « et de C ont parfaitement pu la commettre indépendam- ment. Au V. 257, a présente encore une faute analogue. Mais C, œuvre d'un copiste négligent et inintelligent, en possède un très grand nombre d'exemples: 1382, 1414, 2080, 2084, 2096, 2190, 2680, 2761, 2884, 2922, 2923, 2936, 3056, 3364.
Si nous admettions que la leçon fautive de ûs C se trou- vait dans un original commun, nous serions obligés de rat- tacher D à un autre original, qui aurait conservé la bonne leçon. Or nous allons voir que D possède deux fautes com- munes avec a, aux v. 256 et 2293, ce qui nous forcerait de sup- poser ou qu'il a connu deux rédactions, ou qu'il a corrigé le vers 2855, suppositions qui ne paraissent guère admissibles ni l'une ni l'autre.
L'édition de 1509 se laisse aussi facilement classer. Avec A, elle présente, aux vers 885 et 1345, deux fautes communes tout-à-fait sans importance. D'un autre côté, s'il n'a pas les fautes propres à B, D n'est pas une copie de celui-ci. Si donc, aux vers 31, 327, 371, 484, 718, 800 et 2933, nous cons- tatons entre eux quelques rapprochements, nous pouvons les considérer en général comme des rajeunissements imposés à ces rédactions relativement modernes par leurs scribes respectifs.
Aux V. 1152 et 1279, C et D ont deux petites fautes com- munes, mais parfaitement explicables chez deux copistes in- dépendants. Et dans les autres cas où ils s'accordant contre «, nous pouvons supposer qu'ils offrent la bonne leçon, p. ex. aux V. 402, 456, 826, 827, 1270.
D paraît donc jusqu'ici tout-à-fait étranger à a et à C, car il ne présente aucune des fautes communes à ceux-ci et il pa- raît même avoir conservé une ou deux fois la bonne leçon. Cependant il a deux fautes communes avec aS) Dabord au vers 256 :
Filz de vilain se fet preer. C Fille a vilain.
Ensuite au v. 2293:
^) Je ne tiens pas compte du v. 769 où ACD donnent: Quant (ta dame) une8 (lettres) auras leiies, B aura, où la faute est évidemment accidentelle.
IV. LANGUE DE L' AUTEUR
XXXVII
Bon cheval met sa vertu toute
a poindre quand il point en route. C est.
Donc D a connu l'original de «, soit y. Quant à C, il doit évidemment ses bonnes leçons à l'original de y, celui-ci ayant commis les fautes communes à a D. C étant indépendant des trois autres manuscrits, nous pouvons établir le schéma suivant:
B
X
C
D
L'accord de a C contre D nous donnera presque toujours la bonne leçon. De même AC, BC, DC l'emportent respectivement contre BD, AD, a. D fait malheureusement souvent défaut ou est gravement altéré. Cependant, sous l'altération, on retrouve souvent, sinon la forme, au moins le sens de la véritable leçon.
1. Contraction, compte encore pour
IV. La langue de l'auteur.
A. Métrique.
atone n'est pas
e atone nest pas encore contracté et une syllabe: veu 14, meiX : apercheu 66, eu 82, veïst 224, beu 225, 235, aleilre 842, peilsi 935, peûsses 936, neû (nocutus) 967, pescheor 1425, vesteûre 2499, recheûe, 3222, etc. — ie reste dissyllabique là où il comptait originai- rement pour deux syllabes: théologien: ancien 137, fusiciën : cres- tiën 1639, escient 1980, enciëni 2646, atendriëra 1090, mariez 1365, 1369 {nient est monosyllabique 2518, 2673) — neïz est dissyllabique 380.
XXXVIII INTRODUCTION
Se vos est contracté en sos 2406, 2657. — Vrité 135, 228; basse 1887, 2299 ne comptent que pour deux syllabes; corchie (corruptiata) 1151, 1677; vritahle 222 etc. en ont trois.
Suivant les besoins de la mesure, le poète emploie el 268, 486, 513 etc. à côté de elle 15, 29, 285 etc.; els, elz, eulz 83, 648, 1243 il 265, 447, 548 à côté de elles 1947, 2887; illec 429, 435, 445 à côté de illeques 814; ovec 502, 601, 2316 à côté de oveques 913, 2193, 3420; onc 68, 143 à côté de onques 13, 34, 1156; donc 573, donques 1157; adonc 1813, adonques 2335; com 186, 818, 1640 à côté de comme 149, 296, 559; méisme (une fois 1514) à côté de meïsmes 553, 685, 993; sique (une fois 3230) à côté de siques 298, 537. i)
Ce sont aussi les besoins de la mesure qui déterminent l'emploi simultané de garde 388, 695, 738, 1489, 1699, 1902, 2349 et de gar 333, 858, 753, 901, 1329, 2528 (impératifs de garder et de garer)\ de homs et de homme (voy. la déclinaison); enfin des doubles formes d'une même personne du verbe estre {iers, estois; iert, esloit; esmes, sommes: voy. au glossaire).
2. Élision. La voyelle des monosyllabes ma, ta, sa, la, me, te, se, le, ne, de, je s'élide devant un mot commençant par une voyelle. Nous trouvons cependant: mon ignorance 2076; ton entente 270, 3360 (à côté de C entente 812, m' entente 1500, 2836).
Ce, se, que, devant une voyelle, s'élident ou non suivant les exigences de la mesure: ce est 16, 18, c'est 21, clert 147 etc.; ^g 27 189, 245,294, 481, .9^ ^//e 433, 490, se en \\\, se aucun 163, se homme 3121, s'el 269, s'il 396, 449, 521; que en 79, que a 165, qiie il 495, 498, que elle 473, qu'en 52, qu'ai QQ^ qu'a 68, qu'il 85, 323, 366, qu'elle 428, 476, 477.
Le et les sont enclitiques comme articles après de, a, en (du, au, des, as, es). En le devient el dans l'exemple: el munde 630.
B. Flexion.
L'examen des rimes et de la mesure de notre poème nous révèle quelques traces de l'ancienne grammaire, particu- lièrement dans l'emploi de certains cas sujets (surtout avec s) et dans l'accord des adjectifs avec les substantifs féminins.
1) Voy. aussi la note 587 sur chamberiere et chambrière.
IV. LANGUE DE L' AUTEUR XXXIX
1. Substantif. Nous trouvons dex, diex 13, 2931 : ex (oculos) (mais H dieu 55, iy théologien 137); fez (factos) : fez (factus) 93 (cf. 2009); amis : mis 635, 1024; sire (vocatif) 945, (nomin.) 2649: dire (à côté de seignor 3004); mendre : atendre 2803, comprendre 2843 (à côte de menour 1251, 1416); lecherre 3109 : querre (à côté de pescheor : lahoreor 1447). Dans l'inté- rieur des vers, nous avons: hiaus amis 61; // rois 450; roys 510; Amors (Cupidon) constamment écrit avec \s du nominatif: 1, 147 (le /îlz Venus), 166; aucunz 2400; nulz homs 221, telz homs 631, 635, homs 311, 552 est assuré par la mesure à côté de homme 279, 562, 632, etc.
2. Adjectif, pronom, participe. Exemples nombreux: ententis 67 : mentis; Venus : t^em/^ 147; amés : c/am^'^ 159; fetis : joe^/^ 357; debiaus : hiaus 793; acouardis : hardis 1157; canus : nus 1347 (cf. nus 701); assez : lassez 3183. A remarquer aussi les graphies suivantes à la rime: confortez : portez 33; trans- portez : desconfortez 123; hetez : acoquetez 343; vis (visum) : vis (vivus) 1005; lassez : passez 2995. Dr ois 1170; pensis 131, 1647; riens (v. au glossaire).
3. Pour ce qui concerne l'accord des adjectifs, nous ne rele- vons que quelques exemples où ceux qui proviennent d'adjectifs latins à deux terminaisons ont déjà pris \e au féminin: 42, 96, 718, 879, 1403, 1585, 1745, 1863, 2191, 2291, 2336, 2884, 2885. De même douce^ courtoise, gente etc.
Les adverbes sont naturellement, dans certains cas, déjà formés sur ces nouvelles formes de féminins. A côté de hrie- ment 89, finalment 281, 3365, generalment 282, granment 852, especiàument 2590, forment 2862, nous trouvons grandement 1858, pesantement 2582.
4. Pronoms. Les formes toniques du pronom personnel se trouvent généralement après les prépositions: de sey : sey 659, 1289; ami : a mi 2965. Cependant on les trouve aussi devant le verbe, p. ex. 202, 1417, 2906. — A la troisième per- sonne, la forme atone est li pour les deux genres; la forme tonique est lui pour le masculin, lié pour le féminin (voy. le glossaire). — A côté de cil on trouve icel', à côté de cest^ icest; à côté de tel, itel (v. le gloss.). Qui = k qui 471, de qui 3376.
5. Verbe. La première personne du pluriel, dans l'inté-
XL INTRODUCTION
rieur des vers, se termine toujours en -on 491, 746, 2631; nous avons cependant la rime solons: coulons 1765.
Infinitif. Nous trouvons faillir 3425 à côté de faudre 2682, saillir 2860 à côté de sandre 3200, assaudre 2681. A noter fuire 276, 2878; cuidre 2575, acuidre 1727.
Futur. Donner fait dorras 1047 : porras, 1075, 1490 dorra 938; entrer fait enterras 1821 à côté de entrera 830; vouloir donne une fois vorra 436 à côté de voudra 114, 476, 556. Lessier présente au fut. et au cond. un radical monosyllabique: lera 1231, leront 549, leroit 44, 1748.
Ind. prés. Désir: désir (desidero) 63 sans e inorganique se rencontre à côté de: dire : désire 199. Henor 23. — Pas dV analogique dans: sey : sey (sapio) 659, 980, 1289.
Subj. prés, de la P conj. ne présente pas dV: regart : gart 2839; deliet : deliet 2030.
Participe. A remarquer repentue : letie 761.
C. Yoyelles et diphthongiies.
1. a + i, libre ou entravé, rime avec ç: frêles (fragiles) : eles (illas) 1451; requere : relrere 513; el (habeat) : touset 321; nete : fête 349 : vermeillete 1012; fêtes : metes 695; Toulete : par fête 1317; soumete : hete 2099; lesse : promesse 731, cesse 1337; gresse : déesse 1917; mestre : estre 639, 1947, 3004, fenestre 1467, celestre 1777; estre : apàrestre 2381; est : nest (*nascit) 2483.
2. La terminaison -âta, -iee est réduite à -ie: prie : en- voisie 611, paie 1535; amie : conseillie 1519, muchie 1805, assi- gnie 2931 (cf. 735, 3159); marrie : lessie\ fadie : fronchie 2149. Notons aussi dechie: monteplie 1343 (cf. 1790). Cette termi- naison, bien que plus particulièrement propre aux dialectes du Nord, se rencontre aussi dans des textes normands, par exemple dans VAdvocacie Notre-Dame.^)
^) Voyez aussi dans le Musée des archives départementales, 1878, p. 198, n^ 97. Censier de Verson: conte des censiers de Verson (qui rele- vaient de l'abbaye du Mont-Saint-Michel) par Estout de Goz, XIII e siècle, 235 vers.
V. 209—10: Comble ne sera pas demie
Et puis si prendra sa poignie.
IV. LANGUE DE L' AUTEUR XLI
3. Nous relevons encore pour à les rimes suivantes: achaie : mate 1653 — vielleehe : meneche 2123 — père (pa- rât) : réfère 2333 — lermes : termes 1097. Je ne relève pas d'exemple de la confusion de an et en.
4. é (lat. ë, ï) n'est pas passé à oL C'est ainsi que l'infinitif de la deuxième conjugaison {-ère) rime avec celui de la pre- mière {-are): trouver : mouver 193, 619, 1105, 3197, 3273 (A écrit une fois trouuoir : mouuoir) esmouver 2023, 2665; veer, voier (videre) : preer, proier 255, 703, conreer 2449, deleer 2977; deleer : asseer 1751; prouver : mouver 3359.1)
Nous trouvons aussi: fiëe (vicata) : envee (invitât) 1531, vee (via) 591, 1951 (B écrit une fois fioie : uoie). Cf. d'autre part: fiëe : espiëe 1713, lohee 1828, avisée 1882, aimée 2572 etc.
Dans les exemples qui précèdent, e paraît donc se pro- noncer comme e. Dans les suivants au contraire, il semble devoir se prononcer ç: crere : fere 233, 555, 585, 995, 1063, 3163, atrere 1203, retrere 1807. Crere rime aussi avec querre (quaerere) 667.
Nous relevons aussi les rimes: puceles : esteles 1801; deies (debeas) : aies (habeas) 385; veeni : cent 2707; tree : crée 1191, vee 2677; soustree : vee 3139; sey (sapio) : sey (se) 659, 980, 1289; soit, seit (sapit) : soit, seit (sit) 847, 1691, 1879; soivent : doivent 2911.
Pour ces dernières formes, les copistes ont presque tou- jours employé la graphie oi. Ainsi soit = sapit et sit. Ils ont dû céder à une analogie bien naturelle. De même que sit était devenu seit, puis soit\ de même sapit sous leur plume devient seit, soit. L'explication est la même pour sai et soi. Cette analogie a passé au pluriel, d'où la graphie soivent (sapiunt).-)
Des exemples qui précèdent, il résulte que, dans notre texte, comme en dialecte normand, é n'est point passé à o/.^)
') Nécessairement toutes les graphies en -oir qui se rencontrent dans notre texte représentent la prononciation normande: -eir. La gra- phie aver 2357 est sans doute causée par le voisinage immédiat de vergoigne.
'^) Les formes monosyllabiques non-terminées par une consonne sont généralement représentées par les scribes avec la diphthongue ay. fay, fey, say, sey, quelquefois fai, sai.
3) A donne ledengeit : mengeit 3249.
XLIl INTRODUCTION
5. e -f N = ein, ain: mainz (manus) : mamz (minus) 1051, 2519; paines : vilaines 177, 261; paine : certaine 1479, 1599, 3017, saine 1611, estraine 1543; fontaine 3189, vilaine : alaine 3243; atainte : crainte 951; craindre : enfraindre 1205; ataindre : taindre (tingere) 1197, faindre 1242; faindre : plaindre 3157, enpeindre 1903, 2933; estreiiidre : eomplaindre 1749; estraintes maintes 2234; mainte : creinte 3027.
e + N = engn, eign: tieagne : plengne 613; prmgnes : restraingnes 401; compaignes : enseignes 3133.
6. Mê = mi: ami (amicum) 2957, rime assez fréquente dans les textes du Nord.
7. La terminaison -rtia = ise. Servise : faintise 1658, guise 1780.
8. e 4- i : e. Desplee (desplica) : devee (deveto) 2461; plee : vee 2293; envoie : desploie 2817.
9. è + i = r dans les exemples suivants: pris (prëtium) : entrepris 109; prie (prëcat) : escondie 279, 581, envoisie 611, oblie 688, die 577, contralie 888, fie 1161, amie 1173, moquerie 2763; desdient : prient 263; guise : prise (prëtiet) 411, atise 1027, aquise 2211; amie : demie 3405.
D'un autre côté, nous trouvons é + i rimant avec -iére (lai arius), caractère phonétique propre au sud de la Nor- mandie: manière : piere (*pejor) 1411; chambrière : piere 1891; lumière : enpiere 3093. i)
Dans l'intérieur des vers, nous retrouvons les mêmes gra- phies. Les manuscrits donnent presque invariablement lié (elle) : 53, 111, 432, 435, 462, etc.; parmié 3204; esliere 183, 1979, esliere : piere 1979; liere 758, 859; liet 765, 3096, liez 1887; deliete 1031, deliet : liet 1577, 3315, deliet 2029, 2047, 2049, 3324, delietera mil, delietemenz SSU] sof/iet 1728; pro-
') Voyez P. Schulzke: Betontes e -}- i und o -\- i in der normanni- schen Mundart. Il classe la Clef d'amour parmi les textes de la Tou- raine, p. 33. 11 considère à tort la forme enmie (Tross, p, 62 et 77) comme venant de in média. C'est la graphie habituelle du ms. C pour amie (amica). Il suffisait du reste, pour éviter l'erreur, de lire les deux vers. La rime manière : soffire, relevée par Schulzke (Tross, p. 1 8), est fautive. Cf. 465.
IV. LANGUE DE L' AUTEUR. XLIII
fiez 1940, 2003, pro/iel 2908; priez (prëtium) 1982; giez 2493, giest 3258; piez (pejus) 989, 2871.
Remarquable est la rime querre : deserre (desiderat) 2699, dont nous rapprocherons derre (dicere) : aquerre 1305.^
10. ï rime avec ui, rime que Tobler^) considère comme insuffisante et qui est propre aux textes normands: dédire : descrire 421, dire 525, 1417, rire 2659, désire 2627, 2903; de- duie : amie 1253, die 1567, compagnie 2051; déduit : dit 637, 2111, 2785; destrie : senefie 1591; destrire : rescrire 2765, dire 3138; adieure : Heure 2609; mennies : essies 3233.
11. 6 -\-\ rime avec oi de ei: joie : avoie (habebam) 7, voudroie 19, avoie (ad-viat) 55, proie 283 (cf. prie : escondie 279, 551), doie 451, enploie 1472, croie 2115, voie 2551; soies '.joies 3365; gogoient : croient 1039.^) Cf. §4 où plusieurs de ces mots riment avec a -{■ 1.
12. 0 nous donne: jenne (jovenem) : ahenne 1963.
13. Remarquez encore: sore (supra) : vitore (victoria) 1836. — û = û 4- i: rude : cude (cûgitat) 1233 (cf. rude : estude 1262, 2547).
14. La terminaison -osa parait se prononcer encore -ose, graphie fréquente des mss. A et C: chose, -s : orguilloses 1391, melodiose 1572, vergondose 1594, 2305, 3267, geiose 1733, cu- riose 2351, joioses 2895; ose : dotose 2057, graciose 2292. Cf. chose : suppose 3147, ose 2673, alose 824, closes 853 etc.
0 : û dans sorcoste : ajoste 735; oste : ajoste 1059.
15. La term. -a7îca : -antia. Franche : esperanche 545, dotanche 3021; blanche : semblanche 1017; branche : conte-
. >) Cf. Rou, m, 5651:
Al conte de Pontif Guion
Ala dierre priveement . . . et B. du Mt Si Michel, 411:
Dierre soleit li anceisor . . . Voy. aussi dans le Censier de Verson (cité plus haut) les vers 115 et 116:
Une autre chose vous veil dierre
Qu'il ne puet pas vendre sa tierre. 2) Dis Dou Vrai Aniel, XXII. ^) Voy. Roman. Forschung., Romania X.
XLIV INTRODUCTION
nanche 3186. De même: escorche (ex-coricat) : forche 303; fâche (facia) : attache (*attaceat) 2282; fâche (faciat) : sache 2453, 2831; fâchiez : sachiez 2592; muchier : huchier 3035; tenchier : trenchier 2641; efforchier : chier (carum) 2689; peliches : riches 2451. Aussi la terminaison -ïtia a dû donner -eche dans des mots comme rlchece, grandeche, simpleche^ etc.
D. Consonnes.
16. Le pron. ten se présente presque toujours sous la forme nen\ de même mont pour moU\ monteplïèr 1344 — gen^ j'en se trouvent à côté de je, et ce ne se rencontre guère que sous la forme nasalisée cen (v. au glossaire).
17. l's : s (z): cortois : oriois (articulos) 297; dex, diex : ex (oculos) 13, 2921; periz (*periculos) : meriz 1469; ententis : gentis (gentilis) 2006.
18. s : V 4- s: vis (visum) : vis (vivus) 1005; ententis : mentis 67.
19. s : z (t, I + s): Venus : venus (venutus) 147; diz (dictos) : mesdiz (*mesdicis) 959; cayius : nus (nullus) 1347; mes (mittis) : entremes (intermissum) 3011.
20. s + t : t dans fête: contrete 781; les graphies con- treitant 786, friquetes 1496, mcllees 1769 (à c. de meslees 902) ne sont donc peut-être pas le fait des copistes.
L'exposé qui précède (et particulièrement les phénomènes énumérés sous les § 4, 9, 10, 15) ne permettent pas de douter que la Clef d'amors ne soit l'œuvre d'un Normand. Nous pou- vons même, dans une certaine mesure, circonscrire la région qu'habitait le poète. La présence du phénomène e -\- i = ié nous permet d'exclure la partie tout-à-fait orientale de la Nor- mandie. Ce phénomène se constate à Caen, S* Evroult, Al- menéches, Chartres et même au Mans.^) Mais l'existence simul- tanée de cet autre caractère phonétique {franche : esperanche etc.) constaté au § 15 nous interdit de dépasser au sud la limite tracée par Joret.2) Nous nous trouvons ainsi renfermés
*) Voyez Grôber: Grundriss der roman, phil, I, carte XII.
2) Des caractères et de l'extension des patois normands. V. la carte.
V. L'ÉNIGME XLV
dans la région Nord-Ouest de la Normandie, sur le territoire
occupé par les départements actuels de la Manche et du Calvados.
V. Lénigme.
Avec une remarquable modestie, la majeure partie des auteurs du moyen âge nous ont laissé ignorer leur nom. Quelques-uns cependant se sont fait connaître (comme Crestien de Troyes, Jehan de Boves), mais rarement en se nommant directement. Souvent ils ont eu recours à des procédés in- génieux qui ont parfois résisté à la sagacité des modernes. L'auteur de la Moralité de la Maladie de chrestiennelé a 18 personnages avait caché son nom de Mathieu Malingre dans un acrostiche.
D'autres écrivains ont indiqué toutes les lettres qui com- posent leurs noms, comme Jehan Alai-t, auteur du Roman du conte âAnjou\ mais ils en ont quelquefois tellement bouleversé l'ordre, qu'il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de réaliser les combinaisons voulues. Ainsi l'ont fait l'auteur du Roi Modus et de la reine Ratio, et celui de la Clef d'amors.
Les philologues du XVP siècle, qui ne paraissent pas avoir connu la véritable fin de ^ notre poème, se sont aussi mépris sur la personnalité de l'auteur. Du Verdier^, qui a connu une réimpression de l'édition de Genève, donnée par Estienne Groulleau, Paris, 8^ attribue toutes les pièces de ce recueil à Albin des Jvenelles, chanoine de l'Eglise de Soissons. L'abbé Goujet^) signale plusieurs auti*es éditions et trouve que les œuvres qu'elles renferment «paraissent toutes à-peu-près du même style». Il fait cependant remarquer que le nom diAaslre Albin des Avenelles ne se trouve qu'en tête de la tra- duction en vers du Remède d'amours^ composé d'abord en latin par Aeneas Sylvius, depuis pape sous le nom de Pie IL
Le président Bouhier^) attribue la Clef d'amors à Raoul de Beauvais, poète du XIP siècle, qui, selon Antoine Galland^),
*) La bibliothèQue d'Antoine Du Verdier, 1585, p. 20. 2) Bibliothèque françoise ...de l'abbé Goulet, VI, 3—4. 2) Cité par Barbier, l. c. *) Acad. des Imcript., II, 730.
XLVI INTRODUCTION
serait l'auteur du Roman de Perceval (!) et aurait aussi mis en roman VArt d'aimer d'Ovide. Brunet, qui estime que l'Art d'aimer (qu'il ne savait pas être de Jakes d'Amiens), la Clef d'amour et les Sept arts Ube?^anx d'amours sont bien d'un même auteur et qui ne se doute pas que notre poème, dans les édi- tions du XVP siècle, présente une fin postiche, se base sur la date de 1509 pour réfuter l'opinion du président Bouhier. S'il a raison, ce n'est donc point par l'argument qu'il invoque.
J'avoue que je ne suis guère plus avancé que Bouhier et Du Verdier. Après bien des efforts inutiles, j'ai dû renoncer à trouver la solution de l'énigme compliquée que l'auteur nous propose et je dois accepter l'épithète d' «enverrez» qu'il a des- tinée (v. 48) à ceux qui ne montreraient pas la sagacité suf- fisante pour deviner sou rébus. A d'autres plus habiles le bonheur de trouver le secret de sa merveilleuse c/// d'argent (v. 36 et suiv.). S'il faut en croire ce que notre poète annonce au début de son ouvrage, la découverte de l'un des noms amène infailliblement celle des trois autres.
La première difficulté réside dans la formation des quatre lettres à former, par certains changements, hors des onze lettres de clef d'argent et à joindre à celles-ci pour avoir les quinze caractères dont la combinaison formera les divers noms. Une de ces quatre lettres înanquées (et, par suite du vague des indications, il paraît possible d'en former plus de quatre), toutes les déductions peuvent être fausses.
Naturellement, on ne peut pas songer à construire théori- quement les noms voulus: on ne sortirait pas des combi- naisons infinies auxquelles se prêtent les 31 lettres qui com- posent ceux-ci. Il s'agit donc de réunir une certaine quantité de noms et de surnoms qui présentent le nombre de lettres requises, soit 7 et 8 (dont deux répétées) pour les nom et surnom de l'auteur, 7 (différentes) pour le nom de sa dame, et pour son surnom 9 (dont une seule redoublée). Cela fait, il faut en trouver quatre qui repondent en même temps aux conditions posées. Et c'est ici que se trouve la difficulté: on peut arriver à former trois noms qui ne laissent pas les lettres nécessaires pour réaliser le quatrième.
La catégorie des noms qui, comme celui de notre auteur, présentent deux lettres répétées, n'est pas nombreuse. D'au-
V. L'ÉNIGME XLVII
tant plus que nous pouvons a priori éliminer ceux qui renfer- ment des lettres qu'on ne peut former hors des onze carac- tères de clef d'argent, comme h, m, p, x, zJ) Il nous reste des noms comme Adeodat, Bénigne {b pouvant se former de / et de c retourné), Cirille, Everart, Georges, Gerbert, Jeflfroi, Nevelon.
Pour le nom de la dame, outre que le lexte de notre ma- nuscrit unique paraît fautif en ce passage, on peut se deman- der si la seconde et 2) la troisième lettre du nom du poète doi- vent venir en tête de celui-là ou seulement se placer dans l'intérieur du mot. Parmi les noms de femmes composés de 7 lettres différentes, nous trouvons: Alienor, Apoline, Aygline, Batilde, Euriant, lolande, Pauline. Nous écartons naturelle- ment ceux qui offrent une des lettres énumérées plus haut.
La formation des surnoms est évidemment la plus grosse difficulté du problème. Sommes-nous en présence de surnoms très répandus au moyen âge? Sinon, nous sommes obligés de les construire théoriquement. Les obstacles s'accumulent donc à mesure que l'on croit avancer vers la solution.
Nous devoDS en effet travailler par un procédé qui est tout-à-fait l'inverse de celui de l'auteur. Tandis qu'il se trou- vait en présence de données certaines et déterminées, nous devons retourner du général au particulier, ce qui rend la so- lution du problème si compliquée, sinon impossible, à moins que d'être servi par un heureux hasard. Encore peut-il arriver qu'on trouve plusieurs résultats également conformes à l'énoncé.
La date donnée par l'auteur ne se laisse pas non plus deviner avec une entière certitude. On entend par gardes d'un clef les entailles du panneton dans lesquelles passent les gar- nitures de la serrure (Littré). Ces gardes rappellent assez bien la figure d'un C, lettre numérale qui équivaut à 100. Nous avons donc déjà: 13xC = MCCC.
Maintenant, de quelle lettre moyenne veut parler l'auteur? Et d'abord qu'entend-il par lettres moyennes? Veut-il parler de lettres qui ont une dimension moyenne, ou de lettres qui occupent une position moyenne? Dans le premier cas, sont-ce celles qui dépassent la ligne ou celles qui restent en-dessous?
^) Les lettres à adopter sont vraisemblablement d^ s, 0, u. ^) U faut sans doute substituer et à en, v. 340 L
XLVIII INTRODUCTION
En tout cas, parmi les lettres numérales qui peuvent servir à former les dizaines, nous n'avons le choix qu'entre celles qui, renversées, peuvent donner des unités. Nous devons donc écarter X et V. L (1) (qui vaut 50) se présente tout naturellement et donne (1^|||) c. à. d. 54. Mais comment les treize gardes doivent-elles se regarder? Devons-nous les placer avant ou après le chiffre des dizaines et unités? Dans le premier cas nous aurions la date de 1246, dans le second celle de 1354, la première paraissant trop ancienne, la seconde trop tardive.
Je serais plutôt disposé à admettre l'explication qu'a bien voulu me proposer M. G. Paris. Il prend comme lettre moyenne «, qui occupe précisément le milieu du mot; seulement il le considère comme majuscule. XIII'' se regarde vers A quatre fois renversé = V; or VVVV = XX, et XX placé avant 1300 donnerait 1280.
Halle aVS., 1890.
A. Doutrepont.
LA CLEF D'AMORS
Bibliotheca Normaunica V.
[/*. 63''] Amors, qui les fins cuers esveille
et fet penser a grant merveille, la nuit, quant repos doivent prendre, m'a fet aviser et enprendre 5 a tretier de ceste matière; si vous dirai en quel manière.
En un temps jolis, plain de joie,
doucement regardé avoie
ma très douce dame et amie, 10 la plus bêle qui soit en vie,
por qui sueffre paine et martire.
Bêle voir la puis je bien dire;
quer onques, puis que dex fu dex,
ne fu si bel cors veli d'ex 15 ne si biau vout comme elle porte.
Ce est cen qui mon cuer conforte,
sanz qui ne puis jouer ne rire;
ce est quant que mon cuer désire,
mon délit et toute ma joie, 20 que touz jors mes servir voudroie;
c'est ma très douce chiere dame,
qui mon cuer a, mon cors et m'ame,
quant que je craim, prise et henor.
Variantes: 3 D r. on doit p. — 4 D et entendre — 5 B de tr., D a chercher — 6 quel] C tel — 8 B resg. — 9 douce] C chiere — 12 D Telle V. — 14 D V. des yeulx — 15 D si bon bruyt c; comme] B que — 16 BCD cest ce; D q. tout m. — 17 qui] D ce — 18 BCD cest; quant] A cen, D celle — 19—20 manquent dans D — 22 a] AB et; D qui a m. c. — 23 — 24 manquent dans D
Variantes graphiques de A: 11 pz et ainsi de suite — 13 quer] qz — IG ê ce — 18 ê — 21 chiere] c^e
1*
4 Le poète ^;ewse à sa dame
en qui sens, courtoisie, henor,
25 déduit, soûlas, joie et liësche, douchor, amoreuse noblescbe, simplece, biau contenement et grâce sont parfetement; [/*. 63'^\ quer de valour et de bonté
30 toutes autres a sourmonté.
Et aussi comme elle est très bêle, a très biau non la damoisele. Maintes foiz en sui confortez. Onques si propre non portez
35 ne fu par angres ne par gent, quer il defferme a clef d'argent. Et qui bien torner la saroit, son non et son sornon aroit. Et aussi porroit il de voir
40 mon non et sornon recevoir, se la clef estoit bien tornee d'aucune sotille pensée; quer un des nons ja ne feroit qui l'autre non entier leroit,
45 ne des sornons en la manière, tant est prochaine la matière, si comme en la fin le verrez, se vous n'estes trop enverrez.
Quant issi oi considérée 50 ma douce dame désirée
24 C et h. — 25 D en elle est s. et 1. ; C et manque — 26—28 D oye, doulceur, amour, n.; qui luy faict b. c. ; en toute amour p. — 29 quer] D qui, B cuer — 31 aussi] BD ainsi — 32 B de t.; D a plaisant n. — 37 D q. très b. trouuer s.; C la seroit — 38 C saroit — 39 aussi] D ainsi — 40 D et mon s. scauroit — 41 D la el ne peust estre trou- uee — 42 D se nest par s. p. — 43 quer] BC que — 43—44 D ne les n. scauoir ne pourray; nul ne l'autre ja ne scauray — 45 en] D ne — 47 D le manque — 48 D se par faulte de sens ne errez; B nestrez — 49 BD ainsi et passim
24 honor — 29 et 43 q' r et ainsi de suite — 36 et 41 cleif — 43 etc. .i.
Amour lui apparaît en songe
et ses grans valors et bontez qu'en pièce n'aroie acontez, doucement a lié pris congié. La nuit ensivant ai songié
55 que li dieu d'amors, plain de joie, qui les fins amorous avoie de penser a lui nuit et jor sanz prendre repos ne sejor, jangloit a moi o bonne chiere
60 et parloit en ceste manière:
[f. 64^] «Biaus amis, j'ai bien entendu
que piecb'a t'es a moi rendu;
et voi bien que c'est ton désir
de fere quan que je désir: 65 de quoy tu es mont bien meti.
Et pour cen qu'ai apercbeti
que es vers moi si ententis
et qu'a amours onc ne mentis,
je voil que me faces servise; 70 si te descriray en quel guise.
Trop me sui tenu en silence;
je voi qu'en cescune science
a reulles au commencement
ou aucun entrodissement, 75 par quoy cil qui l'art veut aprendre
puet plus legierement entendre
et estudiër la matière,
qui li en semble plus legiere.
52 D ne auroye rac. — 53 D d. elle a p. — 54 B en soniant — 55 li] C le — 58 D s. aiioir r. nuyt et jor — 59 D m. par belle c. — 64 D f. du tout mon plaisir — 65 AB moult et passim\ D es très b. esm. — 67 D ques a m. si très e. — 68 qu'a] C quan — 70 C si le te dirai e. ; B quel] tel; D et que mon uouloir accomplisse — 72 B si uoei q. — 73 B de r.; D doibt auoir au c. — 74 D quelque peu dintrodu- cement — 75 l'art] C les; B enprendre, D comprendre — 76 D com- prendre — 77 B et esi uoier 1. — 78 C quele l, D car elle en, B q. leur en
53 li — 58 séjour — 66 apcheu — 68 qu'a] q"
6 Amour ordonne au poète
Or voi je que en ma doctrine, 80 qui les fins amans enlumine,
n'a pas reulles en tel manière,
ne n'a eti eha en arrière.
Por quoi je voil qu'elz soient fêtes
et des autres auctours estretes. 85 Quer, combien qu'il m'ait mont hetié
que plusors en aient tretié,
si est cen par mos si prolis
que les fins amourous jolis [f. 64^] ne puent pas briement entendre
90 que les auctours veulent comprendre.
Ne chescun ne puet pas savoir
Latin, ne les livres avoir
qui sus amours ont esté fez.
Si voil que tu prenges le fez 95 et que metes toute ta cure
a comprendre en brieve escripture
mon art, qui les jelous alume;
et si le fey de tel volume
que l'amant pour soy conforter 100 puisse touz diz o soi porter,
soit résident ou auge hors,
en lieu d'un petit portehors.
Et quant issi aras descrites
les reulles que j'ai devant dites, 105 saches que bien le te rendray;
quer en l'ore mon arc tendray,
et ferrey d'un dart amorous
79 B ie bien q. , D le cy quen — 82 C ne ua encha, D ne la ne ça nauât nar. — 83 D parquoi uueil que s., B que s., C quellez s. — §4 C des auctoritez, D a. acteurs — 85 D Et c. que me a. — 86 D a. le tr. — 87 D par uers et par motz si faictis — 88 D suyure ie les uueil si ie puis — 89 D point il nest possible dent. — 90 D acteurs — 93 sus] D sur — 94 D uueil ie que preignes — 96 a] D de, en manque — 98 de] D en — 100 D auec soy le puisse p. — 103 D escriptes — 105 le] B ie, D les
84 estreites — 86 treitie — 103 descriptes — 107 amourous
de composer un art d'aimer
cele au douz fin cuer savorous ou tant a d'enour et de pris,
110 por qui tu es si entrepris. Et se en lié a tant d'amer que por rien ne te voille amer, je te baudrai mon are por traire partout ou il te voudra plaire,
115 et lors soies certain sanz doute que ta volenté feras toute. Or y entent et ne te tarde; et je te retien en ma garde."
Quant issi m'out aresonné 120 cil par qui tous pris est donné, si feri ensemble ses eles, qui tant erent luisans et bêles, et s'est haut en l'air transportez; [/*. 64"^] donc je fui mont desconfortez.
125 Quant issi fu esvanoï, le brit de ses eles oï qui m'esveillierent, ce me semble, si comme il les feri ensemble.
Lors, quant je me fui esveillié, 130 je fui sachiez mont merveillié
et mont très pensis de cest songe, savoir s'il ert voir ou menchonge. Mes .ii. resons si me corurent
113 D mon arc te bailleray p.; A baidrai — 116 B fera — 117 AB Et y, D Or enten icy et regarde — 118 et] D car — 121 B f. dens. — 123 BD et cest; D en l'a. h. t. — 127 B se me s., et de même partout — 129 quant] D comme — 130 D fus si très esmerv. — 131 mont] D si — 132 BD est — 133 D r. sur moy c.
109 de henour — 112 uoeille
8 Le poète se laisse convaincre
qui merveilleusement me murent 135 a crere que ce fu vrité:
l'une quer en divinité
trouvent ly théologien
que souvent en temps ancien
plusors devines visions 140 venoient par avisions.
L'autre reson qui m'esjoï
fu de la noise que j'oï;
quer onc tel embruïssement
ne fu sanz aucun mouvement. 145 Si que, par ceste demoustrance,
vinc je a vraie cognoissance
que c'iert Amors, le filz Venus,
qui ert issi a moi venus,
comme chose espirituël. 150 Ne mon pensé puis ne fu el;
si vi qu'il n'ert a escondire. [/*. 64^] Quer se vers moi ert meii d'ire,
tost me melleroit ma chaintaine;
et se por lui soufïroie paine, 155 bien le me prametoit a rendre:
issi m'estut ceste euvre emprendre.
Or me doinst dex tel chose fere
qui au dieu d'amours puisse plere
et as amans et as amés, 160 si que fol n'en soie clamés.
Et si requier dévotement
a ceulz de bon entendement,
134 D mesraeurent — 135 D que fust uerite, BC uerite — 136 D luDe car en la d. — 137 D trouua lors le th. — 138 en] D au — 142 A (fu manque) en la n. q ie oï; de] D que — 143 D esbahissement — 145 B si en iceste d. — 14() D iauoys bien bonne c. — 147 D cest; C f. neuus(!) — 148 D q. par cy est a m.; C iert a moy ici; B ici — 150 D m. pensement ne fu tel — 151 D si nest il pas a esc. — 152 D Que ce v. m. mest uenu dire — 153 D que face brief chose certaine; C ma . . . . ntaine — 154 D en amour et se souffre p. — 155 C p. atendre — 156 D lors me mys cest oeuure entrep. ; B mestuet; C euure prendre — 157 me] D men — 158 D que — 159 B es a . et es a.
135 croire — 139 divines
H partage son sujet en trois points
se aucune chose y deifaut, que il souppleent mon deffaut,
1(55 quer il veent bien que a force amers a cen fere me force; et cil est bien a escuser qui fait que ne puet refuser. Icest livre que j'ai sommé
170 la clef d'amors sera nommé; quer par lui porra l'en ouvrir les ars d'amours et descouvrir. Or ne le vienge nul aprendre s'il n'a cuer amoureus et tendre:
175 traient soy en sus les gelous as cuers félons et cavelous et les vilains et les vilaines. Telz gens i perdroient lor paines; quer a eulz n'apartient il mie
180 a savoir d'amer la mestrie.
\f. 65''] Qui Testât d'amours veut mener,
premièrement se doit pener d'esliere et querre tel persone qui por amer soit digne et bone. 185 Après la pucele issi quise,
doit prier, si com l'art devise, par paroles a cen avables, douces, plesans et amiables. Outre cen, se il m'en souvient,
104 D quilz me pardonnent m. — 165 CD mefforce — 168 que] C qui], D et — 169 D Le 1. q. iay cy s. — 170 D le chief — 171—172 man- quent dans D — 173 D le uueil an. — 175 D contraire il est a ialou- sie — 176 as] B et, C a; D aux félons et a fantaisie — 177 D aux v. et aux V. — 178 D Iceulx g. — 179 D a ceulx — 180 D de scauoir da- mours 1. — 183 B de eslieure . tail. et q. p.; D et quérir — 185 D la personne ainsi q. — 186 D comme — 187 D parolles fort amyables — 188 D plaisantes délectables — 189 D Retien le bien sil ten s.; B ce que il
165 afforce — 167 excuser — 169 sôme — 170 cleif (i a été ajouté postérieurement)
10 Où et comment trouver une maîtresse?
190 tel pensée avoir li couvient
que eele amour longuement dure, quer amour d'un jour est trop dure. Or pues tu question mouver ou et comment porras trouver
195 eele qui tant te doie plere. A een te voil response fere.
Quant tu vas a ta volenté, se d'amer es entalenté, eslié a qui tu puisses dire:
200 „dame, sur toutes vous désire*. En tel lieu doiz t'amie fere ou aies cause de toi trere; quer tes amours et tes pensées en porront miex estre celées.
205 Ne ia fay loing ne hors de ville; quer l'en saroit tantost la guille, si se prendroit l'en de toy guarde; amour lointaingne est trop musarde. Et se loing la veuz apointier,
210 la doiz un ami acointier, si sera cause du repère que si souvent y voudras fere.
Or as tu veti a ma guise ou t'amie doit estre quise. 215 Après te voil le temps aprendre [/. 65^] que tu doiz a choisir entendre.
190 D t. penser a. te c. — 191—192 manquent dans D — 192 B quar l'am. — 194 D (ou manque) c. tu p. — 195 D celle la q. t. te doit p. — 200 B sus — 201 C En 1. d. tu ta mie f. — 204 D pourroyent — 205 de] D la — 206 D on sen doubteroit coup aquille — 207 se] C sen — 209 la] D te; B acointier — 211 si] D qui — 212 D par quoy pourras ta chose faire; y] AB le — 213 D bien ueu a m,; B a manque — 214 B e. prinse — 216 C achosir, D a ce faire
193—194 mouuoir : trouuoir — 202 aiez — 203. 204 penseez : celeez
Quand faut-il la choisir? 11
% Tu ne doiz pas par nuit choisir
celé ou veuz mètre ton désir.
Icen retieng de ma doctrine: 220 tout bren semble par nuit ferine.
Nulz homs ne porroit bonnement
fere vritable jugement
par nuit, se famé est lede ou bêle,
tant veïst cler a la chandele. 225 Après que famé ara beii,
ne soies d'esliere meli:
vinz font les pensées ouvrir,
et maintes foiz vrité couvrir.
Les vinz font engroissier les veines 230 et les faces fronchies pleines,
et maint vont font il coulourey
qui ainz estoit pale ou morey.
Por quoi qui veut amie fere
soit avisé, s'il me veut crere, 235 de choisir ainz qu'ele ait beti:
si ne sera pas decheii.
Or t'ai je moustré par reson en quel lieu et en quel seson doiz choisir. Or faut que je die 240 de qui tu doiz fere t'amie. Garde que t'amie soit bêle, jeune, tendre, fresche et nouvele, simple, douce, plesant, avable,
218 B mestre ton plesir — 219 Icen] D Ung peu — 220 bren] D ble, C bien — 222 C f. . i. uerit., D f. uray ne bonj. — 223 — 224 so7it intervertis dans D — 223 D (par nuit manque) de femme celle e. — 224 B tout v.; D tant la uist c; cler] AB il — 225 D Ja puis q. — 226 D délie trop esmeu; C esmeu — 227 D uin faict — 228 D et souuent les uices c. — 229 D Le uin faict engrossir — 230 D faces fresches et pi. — 231 D m. uis en est c. — 233 D Par tant qui — 235 B quel — 236 D nen seras — 237 A Or ie te m. — 239 je] C ien — 240 fere] C esliere — 242 B ieune, C genne, D ieune; D f. t. et n. — 243 D douce gaye amyable
226 soiez deslire — 235 qle et passim — 240 deiz — 242 nouuelle
12 Qui faut-il choisir?
sage, courtoise et henorable.
245 Et se il te vient en courage d'amer famé de grant aage, de celles assez trouveras plus que des jeunes ne feras. Aime en haut lieu, se tu es sage,
250 et famé de noble parage. [f. ôâ""] Tant plus sera de noble afere,
plus sera douce et debonere: cuer gentil, douz et debonere fait tantost ce qui est a fere.
255 Et tu pues d'autre part voier: fille a vilain se fet proier. Por cen voil gen que hautement ainges et prenges hardement: ja ne souferra gentillesce
260 que fin amant vive en tritresce. Toutes famés tien a vilaines qui font perdre as amans lors paines et qui refusent et desdiënt ceulz qui sanz faintise les prient.
265 Vilaines sont il voirement; je le te preuve clerement: celé est vilaine a qui l'en donne s'amour, s'el ne le guerredonne. En famé de tel vice esprise
270 ne soit ja ton entente mise: nul ne doit tenir en chierté famé esprise de tel fierté. D'amer haut ne t'esbahiz mie,
248 BD des geimes et passim, C de j. — 249 haut] C bon - 249—254 manquent da^is D — 253 AB quar — 254 C cen quil a a faire — 255 D Congnoistre peulx tout du premier; B uoir — 256 ABD filz de v. — 257 AB hardement — 261 C Toutes tieng celles a.; D f . ie tiens v. -- 262 as] B es; D font aux a. griefz et p.; D ajoute: perdre et bien mal gracieuses, telles ne sont point amoureuses — 263 D et qui] qui; D et] et qui — 265 B Bien uilains sont il v.; D elles; C sunt auerement — 266 B se le ; D te le — 268 B elle ne g., D celle ne le guerd. — 269 D prinse — 272 D prinse; C teille f.
Comment un amoureux doit se conduire 13
quer Ovide nous certefie: 275 famé ne puet, qui biau la tente,
fuire qu'a amer ne s'asente.
En courage te doit monter
a toutes famés sormonter:
a envis homme qui biau prie 280 treuve famé qui l'escondie.
Finalment tu doiz supposer
tout generalment, sanz gloser,
que toutes famés ont grant joie
quant aucuny d'amer les proie.
285 Or as tu vett quels persones [/. ()5'^\ sont por amer dignes et bones.
Or voil a ton estât venir,
comment tu te doiz contenir,
se vers amours veuz assener. 290 D'estre sage te doiz pener:
miex vaut sens sanz biauté avoir
qu'avoir biauté sanz riens savoir.
Qui a biau cors et biau visage,
poy li valent se il n'est sage; 295 quer il est tout en la manière
comme ymage paint en mesiere.
0 tout cen doiz estre cortois
des chevelz siques es ortois:
par courtoisie et par largesce 300 puet l'en monter en grant hautesce.
Biau parlier soies toutes voies
274 nous] C le; D le nous uerifie — 279 D a tard nul h. — 281 D Et si en toi d. — 282 D (tout manque) generallem. et s. — 283 D toute famé a — 284 D aucun homme daymer lessaye — 285 veii] D oy ; B quaillez — 286 por] D a — 288 D comme ; C maintenir — 289 D a. nest assuerez — 290 D A e. s. paruenez - 294 D bien peu luy uault — 296 B cora ; C mai- sere — 297 D De toy tu d. — 298 D du bout du pied iusques aux doys — 301 D Beau parler ayes toutesfois
276 qu am' — 282 g'nalment — 286 bonnes — 295 ê; ê — 301 soiez
14 Préceptes sur la propreté
a toutes gens, ou que tu soies:
en biau parler n'a pas grant forche,
quer biau parler langue n'eseorche. 305 Ne soies orgueillous ne fier;
ne hurte nuluy ne ne fier:
qui maine orguil et felonnie
n'est pas digne d'avoir amie.
Humble dois estre et debonere, 310 se tu te veuz vers amors trere:
homs monte par humilité,
qui par orguil ehiet en vilté.
Prouz, hardi doiz estre et apert;
qu'il soit issi, bien y apert: 315 ti'op maie chose est couardie,
ja couart n'ara bêle amie.
Ces reules que j'ai devant dites
doivent en ton cuer estre escrites.
Qui ma doctrine et mon art tient, 320 or veon qu'au cors apartient. [/. 66^] Je voil que tout amorous et
biau chief et propre ou biau touset.
Issi le fay, que qu'il te coste;
mes par force riens n'i ajoste. 325 Tes ex doiz tenir netement
et tes oreilles ensement.
Oste le peil de tes narilles
et cely d'entredeuz s oreilles.
Tienges tes denz blanches et netes, 330 combien que de ta cure y metes.
Et si te garde bien et paine
que tu n'aies malvaise alaine:
gar que tel vice ne te touche,
307 inaine] D ayme; et] A ne — 311 D homme — 313 D doit estre en a. — 314 qu'il] B que; D ainsi bien et a. — 315 trop] D car — 320 D tout soûlas et desduyt en uient — 322 D chef propre et b. toufet — 323 A quel t. — 324 par] D a — 326 D (et manque) pareillement — 328 BD entre les s. — 333 B garde (te manque) ; D garde ce v.
305 soiez — 314 appert— 318 escriptes — 320 que au — 324 aiouste — 332 naiez
et mr la toilette 15
que il ait limon en ta bouche. 335 Ta barbe fay rere et soustrere
a tel qui bien le sache fere.
S'as poy coulour et tu t'en doilles,
garde que farder ne te voilles
ne contre nature estriver: 340 vont d'omme plest sanz coutiver.
Amant doit estre megre et pale:
amour gresse et coulour avale.
Qui c'onques d'amors est betez,
il n'est gras ne acoquetez: 345 pale doit estre par nature
qui les nuys veille en grant ardure.
Issi le font les amourous
as finz euers douz et savorous.
Robe doiz avoir propre et nete, 350 au cors et au colet bien fête,
si que ton corset ne ta cote
ne facent plique ne hanscote.
Gar que ta chemise ne monte
si haut que tu en aies honte. 355 Soies mignot de bel affere [/. 06^] en cen que poy te couste a fere.
Aies chaperon bien fetis:
trop grant ne soit ne trop petis.
Met le si et enchaperonne 360 que nul par flengue n'en sarmonne.
Au col aies un fermaillet
334 D quil y a. — 336 D qui la s. b. f. — 337 D Se a p. c. et que t. — 340 D car il y eschet grant danger — 341 D Auant doibs — 342 D ta couleur nen est point plus malle — 343 A qui onques; betez] D féru — 344 D ne doibt estre pour gras tenu — 346 D q. v. les n. par a. ; en] B a — 347 B Ainsi, D Aussi — 350 du] D au (les deux fois) — 351 D ton pour- point — 352 D face ply ne haulte coste; B pleet ne hauc; A hauscote, C hancote — 353 D Garde — 354 D tu en] nen — 356 B se tu ueulz a tez amours plaire, D combien que tout te c. a f. ; C ce; A qui — 357 D Ayes chappeau qui soit petis — 359 D En tel guise ten c. — 360 D nul nen gronde ne s.; flengue] C moquier
337 duelles — 354. 357. 361 aiez — 355 soiez
16 Costume d\m amoureuœ
poi parant on un esmaillet net et propre, fetis et gent: il plest mont a aucune gent.
365 Tes manches doiz fere drecbier si qu'il n'i ait que adrecbier. Mes tel nouveauté ne fai mie que l'en le tienge a moquerie. Tes mains tienges saines et netes,
370 qu'il n'i ait roignes ne bubetes: rooigne tes ongles souvent se veuz estre en nostre couvent. Aies cbaint de cuir ou de soie, bêle bourse et bêle coroie,
375 biaus coutealz, bêle gibechiere,
se veuz avoir bonne amour cbiere. Chance toi en bêle manière: tire ta chance a la lasniere, si qu'il n'i ait plique ne fronche.
380 Ovide neïz le te nonche.
0 tout cen, si comme il descript, doit estre ton pié si escript en ton soulier ou estivel que ne semblés pas harivel.
385 S'il avient que chevauchier deies, sele fetisce et biau frain aies et biau sorchaint et bêle espee:
362 D bien ioly ou ung e. — 363 D fay le faire petit et — 364 D a daul- cunes g. — 365 D Oultre tes m. doibs dr. — 366 qu'il] A quel; B que il ni ait quad. ; D que redr. — 368 D le manque — 371 B roigne, D rongne; BD o. bien s. — 372 D se uenir ueulx ou ton uueil tent — 373 chaint] AB soit; D Saincture aye coincte de s. — 374 D et gente courroye — 376 bonne] D ton — 377 D place les 4 vers suivants après 384 — 378 D c. par derrière; C a] en — 379 qu'il] A quel, CD que; C ne] ni — 380 B mesmes le tanonclie; D 0. le te dit et n. — 381 0] C A; comme] B que; D ce que iay cy esc. — 382 escript] D petit — 383 D et si serre en ton soullier — 384 D que point ne ten viengne encombrer — 387 D (et manque) beau bauldrier et
362 pant — 370 que il — 373. 386 aiez — 385 chevaucher doiez
Costume cVun cavalier 17
telz choses sont a grant durée.
S'as biau coutel, pendu doit estre [/*. 66"] 390 a las de soie au costé destre.
Heuses et espérons doiz prendre
en quoy il n'ait riens a reprendre.
Chapel et bouche ou mantelet
doiz avoir, propre et netelet; 395 mes ne les prenges ne ne vestes
s'il ne fet pluies ou tempestes.
Ices choses que j'ai retretes
doiz avoir, propres et bien fêtes.
Tel cointise est assez setire: 400 un biau harnoiz longuement dure.
Se tu n'as gueres ou cen prengnes,
je voil que tes despens restraingnes
ainz que tel chose ne soit fête:
plus dure honte que souffrete. 405 Cointement se doit contenir
qui veut d'amors a chief venir
por fier ne se face clamer,
mes a petis et grans amer.
En tous lieux, ce doiz tu savoir, 410 doivent finz amourous avoir
biaus fez, biaus diz et bêle guise,
si que chescun les loe et prise.
Se tu veuz d'amours a chief trere,
issi le te convient il fere; 415 si que chescun sera message
de toi et de ton vasselage.
388 D telles c. s. de d. — 389 D Se as ung cousteau — 391 D Hou- seaulx — 392 D ou il ny a — 393 D Chappeau dague et m. ; C c. ou h. ; B et m. — 395 D mais garde bien que ne les mettes — 396 B se il, C si ne — 397 D Itelz — 398 C propres nettelettes — 399 D Telle c. — 400 D ung tel harnoys ; B hernez — 40 1 A nas ou ce prenges gueres ; D (tu manque) guieres et que ten plaignes — 402 C reffrengnes, D reffraignes — 406 D q. d. a c. V. — 407 D te faces — 409 ce] D se — 410 D doibs tel mot amou- reux a. — 411 D comme b. f. et -■ 412 D beaulx dictzs si q. c. te p. — 414 D tout ainsi (il manque)\ couvientl B comment
406 chies — 411 bialz f.
Bibliotheca Normannica V. 2
18 Lieux où un amoureux
Quant celé que ton cuer désire de toi orra tant de bien dire, vers toy sera plus amiable 420 et plus douche et plus acointable. Tu voiz comment te doiz dédire. Or te voil après cen descrire en quelz lieuz tu doiz tes reiz tendre por parler a t'amie tendre.
[/*. 66'^] 425 Se t'amie hante au marchié,
va y par le chemin marchié.
Tray toi la ou elle sera
et regarde qu'elle fera.
Illec en la place commune, 430 qui de mainz lieux le pueple aiine,
ou de l'aler ou du venir
peuz a lié parler avenir.
Et se elle repaire au temple,
qui de pueple maintes foiz emple, 435 illec a lié parler porras
en quel guise que tu verras.
A ces dances, a ces karoles
porras dire plusors paroles
ou fere signe, ce me semble, 440 a la bêle qui ton cuer emble.
Es basteaux, es communes places
voil je que tes reiz tendre faces.
As joustes, a telz assemblées
417—418 sont passés dans D — 420 et plus] D plus — 421 D te uoys desduyre ; C d. condire — 422 C v. ien ap. ce dire, D v. cy ap. escripre — 423 D quel lieu — 425 au] D le — 426 C ua il p.; D ou le chemin qui est marche — 427 D la manque — 428 A resg.; C et garde que e.; D ce que f. — 429—430 manquent dans D — 431 ou, ou] D et, et — 432 D a elle pa- raduenir — 433 se elle] A selle, D celle — 434 de] D du ; AC maintes — 435 D adonc a elle; A parler a I. — 436 quel] D tel — 439 A signes, B signez — 441 Es, es] C As; D Sas affaire en c. — 442 D le uueil — 443 D ajoute: de peur daulcuns ialoux peruers — qui compileroyent sur tes uers — 443 A A j., BD Es j.; D j. et es a.
425—426 marchié — 437 cez k. — 438 proies — 441 qmunes
I
peut rencontrer sa belle 19
viennent les dames bien parées. 445 lUec porras tu bien choisir
celle ou veuz mètre ton désir.
La viennent il lies et drues
por veer et estre veues.
Et s'il est issi qu'il avienge 450 que li rois en la ville vienge,
ou que le tornoi estre i doie
que chescun de voier a joie,
tu te doiz lors celle part trere
ou celle est qui tant te doit plere, 455 pour veer et pour regarder
cen qui doit venir sanz tarder.
Sanz souspechon y porras estre,
soit a estai ou a fenestre;
quer il n'est nul, soit fol ou sage, [/*. 67^] 460 qui n'auge lors rendre musage.
Lors ta dame salueras
et bien prez de lié te treras,
soit a destre soit a senestre,
le plus prez que tu porras estre. 465 Par regarder, par manier,
pues ton désir senefïer.
Et issi, sanz aperchevance,
vendra la première aliance.
Aresne la, se tu ez sage, 470 au premier de commun langage:
„qui sont ces chevalx qui la viennent?"
requer, ou „ceulz qui la se tiennent?*
445 D Adonc p. — 446 D ueult — 448 veer] D regarder — 449 AB se il — 450 D le roy — 452 D ou c. ua pour prendre ioye; B uoir — 454 D ou est c. qui te d. — 455 B uoir, D uiser — 456 D se quil d.; AB V. et aler — 458 D a dextre ou a senestre — 459 C n. ou f., D ne f. ne s. — 460 C qui noist 1.; D quil naille hors r. — 461 D ton amante — 462 D délie te tiendras — 463 D soit en huys ou s. en fenestre — 464 tu] C te — 465 C Pren garde par mainte manière ; D Pour r. a ton loysir — 466 C peus ton parler ce peut soffire, D celle ou metz tout ton désir — ■ 469 D Aorne la — 470 D de plaisant et propre 1. — 471—472 manquent dans D — 472 ceulz] C ces
447 liées — 467 apcheuance
2*
20 Moyens de se rendre agréable
Quel chose que elle responge
ne tien a fable n'a menchonge: 475 otrie li sanz contredire
tout cen qu'elle te voudra dire.
Loe cen qu'elle loera;
blasme cen qu'elle blasmera.
Conferme toutes ses paroles 480 a voir, tant seent cen frivoles.
Se il chiet poudre en son geron,
soit sus robe ou sus chaperon,
escorre la doiz sanz hurter
se de lié te veuz acoster. 485 Et se poudre n'i est trouvée,
si doit el par toi estre ostee.
Cescune cause est convenable
par quoy doiz estre serviable.
Lieve sa robe en bêle guise, 490 se elle est trop par terre mise.
De servir puet grant bien venir;
souvent le veon avenir.
Par aprez cen tu doiz veei
qui lez vouz se vendra seer /. 67^ \ 495 que il ne foule ne ne grieve
celle pour qui ton cuer s'eslieve.
Fin amourous doit tout ce fere
que il pense a sa dame plere.
Issi le fay se tu ez sage: 500 de poi se muet legier courage.
473 D Quelque c. — 474 a] A na; n'a] BD ne — 475 D sans la des- dire — 477 D Et 1. — 478 AB et b.; B el — 479 ses] B cez — 480 D pour urayes et fussent f.; tant] B tout — 481 D Et sil c.; A gueton — 482 soit] D ou; A sur — 483 C sanz oster, AB et oster — 484 BD acointer — 486 B si en d. el estre o., D si faings que par toy soit o. — 487 A sause — 488 A seruissable — 489 sa] B la — 490 D selle est en pouldre ou t.; C trop manque — 492 D le uoit on a. — 493—495 manquent dans D — 493 B d. sauoir — 494 B quellez v. se uouldra; A uoudra — 497 D A. d. de bon cueur f. — 498 D tout ce qua sa d. ueult p.; B puisse — 500 AB de quoy s.; D de tout ton pouoir et c.
479 proies
en ces circonstances, à dîner 21
Quant les roys et contes vendront
et ceulz qui ovec se tendront,
ou les barons sanz deleer
iestront as chans pour torneer, 505 se ta dame lors te demande
lor nons, respon a sa demande:
„cil est Franclieiz, cesti Certain".
Feing que de tout soies certain.
Bel et cortoisement li conte: 510 „celi est roys et cestui conte".
Di lors nons, se tu puez, vritables;
se non, si les di convenables.
Et posé qu'el ne les requere,
si doiz tu telz choses retrere: 515 celi ne se doit mie tere
qui par biau langage puet plere.
Par telz plesanz arresnemens
viennent les premiers mouvemens
par quoy les jolies pensées 520 sont des dars amourous naffrees.
S'il avient que a diner soies en tel lieu ou ta dame voies, bien aras accès, ce me semble, de parler toi et lié ensemble. 525 A table se peut l'en dédire et moût de bêles choses dire. Chescun y peut jangler et rire:
501 et] D ou — 504 as] BD es; toraeer] D boniourder — 505 A dame te dem. lors — 506 lor] C les — 507 cil] A sil, B se il; D sil est courtois pour tout certain; C cestui christain — 5u8 D uaillant francois preux et haultain — 509 bel] D bien — 510 C cestuy e. roy cestuy est c. — 511 lors] C les; CD tu manque \ CD uerit. — 513 B quelle ne r., D que ce ne r. — 515, 516 viennent dans D après 520 — 515 D pourtant cil n. s. d. m. traire — 516 puet] B doibt — 517 D Par plaisans arraisonnemens — 520 des] A de — 522 ou] C que — 523 accès] A assez, C ases, B temps, D saison — 525 puet] D doibt — 527 C y manque; jangler] B iaugier, D parler
508 soiez — 519. 520 penseez : naffreez — 521. 522 digner soiez : uoiez — 525 len a été ajouté en marge par une main postérieure
22
Comment se faire aimer,
le droit de table le désire. Lors après boire vient l'esbat, [/*. 67^] 530 qui les gens dédit et esbat.
Les vinz estent cure et tristresce et font venir joie et liësce. Moustre a ta dame bêle chieie. En telz lieuz et en tel manière 535 ont plusors a amer empris
a qui depuis en est bien pris.
Siques ici t'ai devisé
comment porras estre avisé
de querre celé au cler viere 540 de qui tu veuz t'amie fere.
Or te voil tretier la matière
en quel guise et en quel manière
porra de famor estre esprise
celé que issi aras quise. 645 Premièrement ferme fianche
doiz avoir et ferme esperanche
de sormonter toutes puceles,
tant soient il riches et bêles.
Les oisiaux leront le chanter 550 et les lévriers lièvres hanter
ainz assez que famé escondie
genne homs d'amer qui beau la prie.
Meïsmes une papelarde
de qui tu ne te prendras garde 555 et de qui ne le porras crere,
celé plus tost le voudra fere.
Amour nous a si doctrinez
531 cure] D dueil — 533 bêle] AB bonne; D belle et chère — 534 D en seure et bonne m. — 535 D plusieurs a aym. ay aprins; ont] B ou — 536 D et qui d. en e. b. aprins; B est de puis — 537—583 manquent dans D; C Juques — 538 C comme — 539 au] C a — 540 B t' manque — 543 AB p. ta dame e. — 544 A qui — 545 fianche] B et france, C franche — 546 ferme] C feme — 547 de] AB et — 548 tant] B tout; et] C ou — 550 B (et manque) lez leuriers li 1. — 552 C aus hans da. ; A la manque — 553 B Mesmez — 555 ne le] B tu ne
539 cleir — 552 gennes — 557 nos
même des plus rebelles ? 2d
que touz i sommes enelinez,
et les famés comme les hommes: 560 dex soit quelz pèlerins nous sommes.
Mes entre nous a tel distance
que l'omme de parler s'avance,
et la famé, je l'ose dire,
plus couvertement le désire. [f. 67^] 565 L'omme doit le premier preer
et enchaucier et suppléer.
Aprez, quant la famé est conquise,
preera elle sanz faintise.
Famé qui fin amant refuse, 570 mesprent vers nature et mesuse;
quer famés doivent par nature
mètre en amer toute lor cure.
Or enpren donc le hardement
d'amer bien et settrement. 575 A envis en trouveras une
qui n'ait la volenté commune:
toute famé, que qu'ele die,
a grant joie quant nen la prie.
Ne te tien ja pour escondit 580 pour cen que elle t'escondit:
famé si est de tel nature
que, combien qu'elle ait grant ardure,
si veut elle longue proiere,
que nen ne la tienge a legiere.
585 Après cen, se tu me veuz crere, tu doiz tant laborer et fere que cognoisses la chamberiere que ta dame a segree et chiere.
558 B suymes — 562 C paler et passim — 563 je] B se — 564 C le dois dire — 568 B pensser de raler s. — 575 C trouueres — 576 B n' manque — 579 A te manque — 580 B ce quelle ta e., C ce se elle te e. — 583 D tamen elle ueult 1. — 584 D quon nel t. pour 1.; AB la manque — 586 C et manque — 588 D que ton amoureuse tient c.
560 Tï\ cf. 557 e^ 561 — 562 lôme — 587 châbere
24 Utilité de la suivante
Par celle porras tu savoir 590 se sa dame porras avoir.
Bien y sara mètre remiere,
s'elle veut, en mainte manière.
Mes garde que ce soit tel famé
qui sache le conseil sa dame 595 et qui pour rien ne desclorroit
cen qu'elle verroit et orroit.
Tant li doiz proier et prametre
que elle y voille conseil mètre.
S'elle veut, assez de legier [/*. 68^] 600 porra tes griés mais alegier.
Quant ovec sa dame sera,
l'ore et le temps avisera
que ses amors et ses pensées
seront plus de legier tornees. 605 Famé est en un temps douceiouse,
en autre fiere et orgueillouse:
por cen faut il temps esleu;
toutes choses ont temps deii.
En près le temps jolis, nouvel, 610 plain de joie et de renouvel,
que famé est drue et envoisie,
lors est il temps que nen la prie.
Et s'il avient qu'elle se plengne
que son ami une autre tiengne, 615 lors sera de legier meiie
quant se tendra por dechetie.
590 sa] D ta — 591 D pourras trouuer remède — 593 B se e., D celle — 593 D garde bien que soit; ce] C se — 594 sa] BD ta — 595—598 manquent dans D — 595 AB nel — 596 et] C ou — 598 B quelle — 599 B se le V.; D celle v. — 600 C porras, D pourras; D grans m. — 602 D ung temps certain a. — 604 B trouueez — 605 D femme a dancer est cu- rieuse — 606 A et en a., B en laultre; D une autreffois est o. — 607 faut] C ont; D ce te f. — 608 D ont leur t. — 609 A en )?ms iolis et en n., B en un pris iolis et n., D en printemps ioly et n. — 610 B de nouuel — 611 D quant f. e. d. et iolye — 612 D q. len desplye — 613 C si la v. que len s. ; B quil luy souuienge — 614 D s. mary ung a. — 615 D lors elle s. — 616 D car elle s.
603. 604 penseez : torneez
Elle fera l'éloge de Vamant 25
Quant la chambrière cen verra,
qui lez sa dame se serra,
mont bien sara voie trouver 620 par quoy el la porra mouver.
Lors li dira tant de nouveles
de toy plesans, douces et bêles,
de ton bien, de ta courtoisie,
qu'elle en sera toute esbahie. 625 „Cil est douz et cortois et sage,
propre, fetis, de droit aage;
touz jors voudroit jouer et rire:
ce est tout quan que nen puet dire.
Sus touz autres est le nonper; 630 je croi qu'el monde n'a son per.
Telz boms doit bien avoir amie,
se homme l'a qui soit en vie.
Iceli vous aime et désire;
celi por vous plaint et sospire. [f. ôS^^ 635 Telz homs devez vous fere amis,
qui tout son cuer en vous a mis.
De bien amer vient tout déduit;
cescun le tesmoigne et le dit.
Nul ne soit que joie puet estre, 640 s'il n'a d'amors esté a mestre.
Or amez donc seiirement
quant vous avez l'eesement.
Cil qui ne fet quant il puet fere
617 BCD cen manque — 618 B que 1. ; D quen bonnes sa dame sera — 619 AB moult; D lors science et scauoir; B pourra; C uoie de uoir — 620 C quoi la porra esmouuoir; BD elle — 622 D plaisantes doulces b. — 624 BC el — 625 B Seil, D Sil — 626 D faitis et de bonne a. — 628 D cest ce que tout son cueur désire; B cest; A tout manque — 629 D Sur; A cest— 630 B que en m., D quau m. — 631 D auer enuie — 632 D se nul en a q. — 634 C et lui pour, D et pour v. se pi. — 635 B De t. h. devez f., D Tel homme doibt estre uostre a. — 636 D c. a en nous m. — 638 D Guide grant nez le te d.; B tanunce — 640 AB seil; AC a manque — 641 D doncques — 642 BD v. en a. ; BC esement, D aisément — 643 D quil n.
620 mouuoir
26 II faut s'abstenir de la suivante
ne fet quant son vouloir repère." 645 Par telz paroles ou semblables propres a cen et convenables sera tost la dame acordee a bien amer et estre amee. Se la chambrière y veut entendre, 650 nule meillor rey n'i peus tendre; quer ja n'iert famé si bien prise comme se par famé est conquise.
Mes garde bien que lu ne couches
0 la chambrière ne ne touches. 655 Se tu l'avees acointie,
ta cause en seroit retargie.
Tantost de toi s'apreucheroit
et sa mestresse esloigneroit.
Issi le feroit, bien le sey; 660 quer il n'i a tel comme sey.
Si te seroit trop mescheli
se de ta dame estoit seli;
quer tu perdroies a une hore
cen que tu veuz qui te secore. 665 Si en seroit il verement;
quer famés sont en tel dément
de nouveles cherchier et querre . qu'il n'est rien qui le puisse crere.
Or te garde donc de cen fere, [/*. OS''] 670 se d'amors veus a bon chief trere:
644 D son plaisir et du tout parfaire — 645 telz] C ces, D ses — 646 D p. et a ce c. — 647 A tost manque — 649 B veult est rejeté au com- mencement de 650; D ueult tendre — 650 rey] B manque, C rer; D ne doibt t. — 651 D mieulx ne peut femme estre soubzmise — 652 D par homme ce p. femme nest prise — 653 BD touches — 654 BD a la cham- beriere ne t. ; D couches — 655 D Car s. tu 1. auois accointée — 656 D cause s. esloingnee — 662 A tamie — 663 D perdrois tout a; a] B en — 664 qui] D que — 665 A Sen s., B Ainsi s. ; D II seroit tost sceu uoir. ; C en man- que — 666 C que f.; D f. ont lentendement — 670 A d' manque
645 pôles — 649. 654 châb^ere — 655. 656 acointiee : retargiee — 663 perdroies — 667 ch'ch'
V amoureux doit écrire à sa belle 27
il convient trop droit carier qui vers amours se veut lier.
Apres doiz a ta dame escrire, soit en parchemin ou en chire,
675 ta volenté et ton courage,
humblement et par douz langage. Ne sees de preer escars, combien qu'el die ses escars: par douz parler et biau prier
680 fait l'en dur cuer amoliër. Ne tien prières a frivoles: dex lessa vertu en paroles. Par biau parler vient grant eîir, par mesparler grant meseiir.
685 Dex meïsmes, qui tout cria, quant aucuny mesfet ly a, ne soit refuser, qui le prie, mes son mesfet tantost oublie. Or escri donc en tel manière
690 au premier a ta dame chiere qu'il n'i ait mot de vilanie, mes d'enor et de cortoisie. Par tes letres p orras aquerre s'amour et son courage enquerre.
695 Mes garde qu'elz soient si fêtes que ton non ne le soen n'i metes: tel, se devient, les ouvriroit qui tantost vous descouvriroit.
672 D uers amours et le deprier — 677 de] D du — 678 D manque (bourdon); B elle — 680 D peult, amolir — 681 a] D en — 682 D uertus — 683 D V. ung g. — 684 D et p. mal p. g. maleur — 685 D Jhesus mesmes — 686 C aucun, D aucun homme — 687 B ueult — 689 — 693 matiquent dans B — 689 escri] D es tu — 690 D a ta d. plaisante et c. — 691 C qui ni — 692 D mais tout dhonneur et c. — 693 tes] C ces, D ses — 695 B quelle, CD que s. — 696 D son n. ne le tien — 697 D tel peut estre 1.
674 pchemin — 678 côbien — 682 em — 692 de h.
28 Comment il faut faire sa lettre
Et amour qui n'est bien celée 700 ne puet estre a longue durée.
Nus ne peut fere greignor perte
que quant s'amor est descouverte.
Cescun le dit, cescun le crie;
si en sort blasme et vilanie. [f. 68'^] 705 Et por cen seut il avenir
que tel amour ne puet tenir;
quer telz pies et tel janglerie
sont cause de la départie.
Amors qui ne sont bien celées 710 sont sur toutes riens diffamées;
car chescun les monstre o le doi,
bien le te puis nonchier et doi.
Pour cen doiz si fere ta letre
que non ne sornon n'i doiz mètre: 715 folie est de cen descouvrir
que nen doit celer et couvrir.
Pramet li assez de pramesses,
grosses et grandes et espesses:
de bone hore fu mis a letre 720 qui cortoisement soit prametre.
Assez prametre petit grieve,
et si sort le courage et lieve.
Chescun puet pramesses avoir,
combien qu'il ait poi de l'avoir. 725 Pramesses treent les puceles
et font venir a nos cordeles;
pramesses ou nen a fianche
699 Et] D Car — 700 D peult auoir 1. — 705—706 manquent dans D — 705 seut] B peut, C sont — 706 C que el t. — 707 A que t.; D aussi telz par leur j.; B tail p. et tail glanglerie — 708 D causes; A la partie — 709 bien] D point —710 BD sus; BC toute; B rien — 711 car] A que; D ch. si 1. m. au doy — 712 D uueil annoncer — 713 D cy — 715 D cest grant folie de d.; cen] B se — 716 que] B ou; D ce quon d.; nen] C ne — 718 BD grand, et gross.; et] D fort — 719 D fus — 724 A poi manque; D ilz ayent bien pou dauoir — 725 B croient — 726 D le plus souuent a; a nos] C as; A cordeles nos
713, 719, 753, 757, 762 leitre
Promesses, cadeaux; leur pouvoir 29
donnent lonc temps grant esperanche;
pramesses tornent les courages 730 a toutes gens de touz aages.
N'enteins un fol qui va en lesse
se fet lié de bêle pramesse.
Fain touz jors que donner li doies
le don que pramiz li avoies; 735 lors se tendra bien assignée
de la pramesse recordee.
Mes, quelz pramesses que tu fâches,
garde bien que ne les perfaches:
ens en Tore au bas te metrees, [/*. 09''] 740 se telz choses li amordees.
Je ne di pas que jouelés
petis, propres et netelés,
ne doies tel foiz est donner:
bien le sara guerredonner. 745 Par donner pu et grant bien venir:
souvent le veon avenir.
Parprendre et donner, ce me semble,
sont mère et fille bien ensemble.
Au premier est fort, sanz don fere, 750 que tu te puisses vers lié trere;
pour cen faut il que sagement
aquerges son acointement.
Gar que ta letre ne contienge
chose qui a ennuy li vienge. 755 En tel letre ne doit avoir
tritesche, ce doiz tu savoir.
728 C doiuent; D d. ung t. bonne e. — 729 C trouent — 731 A Ne teins, C Nen tient, BD Mesmez; D q. na lyesse — 732 D est lye — 733—740 C doiz : aiioiz — 735 D tien; C signée — 737 B quail promesse — 738 D bien manque; CD q. tu n. ; A les manque — 739 ens] B manque, D car — 740 D leur apportoys — 741 D qua iouuencelles; C ioules — 742 D ne leur donnes choses nouuelles — 743 D tu doibs a ycelles d.; B doingez; C estre donner — 744 D b. te le scaiiront guerd. ; C seira — 745 C Pour d.; D peulx a b. — 740 veon] D uoys — 747 D Pour p.; ce] BC se — 748 D m. et f. sont — 751 C fait — 753 D garde q. ta 1. ne tiengne — 754 D c. parquoy e. — 755 En] D Et — 756 ce] D si
733. 744 doiez : auoiez — 743 doiez — 750 puissez
30 Si Von ne répond pas ou qu'on te repousse,
S'ele ne veut ta letre prendre,
mes sanz liere la te fet rendre,
suy ton propos, se tu ez sage; 760 quar el muera son courage.
Tantost se sera repentue
que ta letre n'ara leiie:
famé mue plus tost pensée
que n'aroies ta main tournée. 765 S'ele la liet et ne rescrive,
ne li contraing ne n'en estrive;
mes doiz lors souvent envoler
bêles letres pour lié proier.
Quant unes en ara leiles, 770 les autres seront recettes.
Apres sera entalentee
de rescrire toi sa pensée.
Premièrement a aventure
te rendra letre tristre et dure, [f. 69^] 775 par quoy te voudra suppléer
que ne la veilles plus preer.
Mes pour cen ne t'esbahiz mie;
quar, combien que tel chose escrie,
sa volonté est du contrere. 780 El le fet pour toi miex atrere:
el a grant désir que soit fête
la chose que elle contrete;
mes issi le fet pour veer
se tu la saras miex preer. 785 Donc doiz suyrre aviseement,
757 B Se el, D Celle; ta] A la — 758 D et sen Iheure; B fay; C tendre — 760 D car elle; C mura — 761 se] D ce - 762 D 1. elle n. ueue — 764 A que ta main naroiez t.; D que tu nauroys; C arois; B leuee — 765 B Se el, D Celle ; ne] C len — 766 B ne len c, D nen soyes dolent — 767 D m. tu doibs s. — 768 B belle; lie] BD la — 769 D Car q. une un auras, AC aras — 770 D tantost les aultres sont r. — 772 D de te rescripre s. — 773 D a laduent. — 774 B uendra, D tenuoyera — 777 C tesbahnnie — 778 D (quar manque) rescrie — 780 D Car elle le f. pour mieulx tattraire — 781 D et a; que] A quel — 782 B contraite, D contraicte — 783 D aussi; B ueir, C uaer — 784 manque dans C; D scaurois; BD preir — 785 D d. tu suyure seurement
764 aroiez
persévère, et tu réussiras 31
non contreitant, tel mandement.
Et s'el le fet .iii. foiz ou quatre,
si te doiz tu touz diz esbatre.
Se par biauz diz la soiz proier, 790 s'amor ne te porra voier.
Et fiist or plus dure que marbre,
au premier coup ne chiet pas l'arbre.
Ulixes n'estoit mie biaus,
et si fist il touz ses debiaus 795 des greignors dames de Cartage,
tant fist il par son biau langage.
Or escri donc choses creables,
douces, entrans et vraisemblables,
et de tels diz li fay présent, 800 comme se tu ères présent.
Entre tant, s'il puet avenir que seule la puisses tenir, soit en chanbre soit en cortine, se tu peus, ton désir affine. 805 Et se hors esbatre se vient, que le fet pour toi, se devient, arreste toy la ens en l'ore: illec doiz tu fere demore. A quel gieu qu'el voudra joer, [/. 69'] 810 celi doiz tu fere et loer.
786 C contrestant, D contractant mon c, B contre tail; BD comman- dement — 787 C Et ce le, D Et se ainsi trois — 788 D si tj d. tu tousiours B enbatre — 789 manque dans D — 790 D scaura nyer; B ueir — 791 D Et manque ; or] D elle, C orre — 792 chiet] D quiers — 793 D U. qui nestois — 794 C fest, D faisoit t. s. aueaulx — 796 C biau manque — 797 escri] B rescri, D est ce — 798 D doulces parolles amyables; C urais s. — 799 telz] D beaulx — 800 manque dans C; B comment se tu estoiez; D si tu estoys — 801 s'il] B se, C ce il, DU — 802 C puise, D pourras — 803 B soit en c. ou c. — 805 se] C ce deux fois — 806 C quelle, D elle f. — 807 la ens] D o elle — 808 D tu manque, ta demeure — 809 BC que V.; D elle — 810 B se ly; D accorder luy doibs et 1.
788 esbatre — 792 chit — 809 iouer
32 Fais partout compagnie à ta dame
Tant comme illec sera présente,
met a son gre toute t'entente.
Tant comme el se voudra ester,
en estant te doiz arrester. 815 S'elle s'asiet, tu t'aserras:
issi son amor aquerras.
Regarde bien sa contenanche,
com cil qui en lié a fianche.
Lors porra bien aperchevoir 820 que tu l'aimes a dire voir.
Se aucun se vient la enbatre
pour les genz déduire et esbatre,
donner li doiz aucune chose:
poi de chose nuist ou alose. 825 Tu doiz faire en tote manière
cen qui plaist a ta dame chiere.
Otrie li quant qu'el dira.
Départ toy quant el s'en ira.
Quant elle s'en sera alee, 830 si entrera en grant pensée.
Lors li pleira bien estre toue,
quant ta volenté est la soue.
S'ele se veut ou que soit trere, va 0 lié se tu le pues fere: 835 famé aime mont la compaignie de cil qui la tient pour amie. Pren en alant bêle manière,
811 — 812 dans C viennent après 814 — 811 comme] B que; illec] D elle — 812 D faitz a s. gre et en son e.; t'] C s — 813 comme] B que; D elle uouldra illec estre — 814 D tu te doibs tenir a sadextre; B doibz tu ester — 815 B Se el, C se la siet, D Celle sass. tu te a. — 818 D entant que tu y as fiance — 819 D pourras — 820 D celle tayme a — 821 D Et saulcun se v. la esbatre — 822 D desduyre — 824 D affin que son cueur en toy pose ; ou] A et — 825 D Tu manque, Faire doibs — 826 D ce quil; AB tamie — 827 B (li manque) quanquez elle, D tant quelle; AC quele; A uoudra, B uouldra — 828 B Va ten q. elle se toudra — 830 D cherra — 834 D ua celle part se le peulx f. — 835 mont] D bien — 836 C enmie
819 apcheuoir
Comment on peut montrer son amour à table 33
primes devant, primes derrière; primes iras hastivement. 840 A chief de foiz, tout bêlement, n'aies honte d'aler sorcoste. Nule ame souspechon n'ajoste en telz fes n'en tele aleiire: il semble que c'est aventure.
[f. 69"^] 845 Soies courtoiz et henorable,
se tu te siez o lié a table
et en quel lieu que elle soit:
grant chose est qui fere le soit.
Issi porras sa grâce avoir, 850 s'il a en toi tant de savoir;
quer saches: bêle contenanche
granment les amourous avanche.
La porras dire mont de choses
qui seront couvertes et closes, 855 si porra elle aperchevoir
que pour lié le diras de voir.
Escrire pues en tel manière
sus pain ou sus autre matière
qu'elle porra liere a la table, 860 que ta vraye dame est sanz fable.'
Ses eux si doucement regarde
qu'il perge bien que ton cuer arde:
vont teisant mainte foiz parole
sanz signe faire et sanz parole.
838 D premier — 839-840 manquent dans D — 841 D aller a sa couste — 842 B Nuli s., D Nule manque-, n'] BD ny, C ni — 843 n'] B ne D ny, C manque; tele] B tail, CD tel — 846 D auec elle — 847 D quelque 1. quelle — 848 D cest g. bien q.-, le] B la — 849 B Ainsi, D Aussi — 850 tant] D fain — 851 D que faces belles c. — 852 B les amourous moult en a., D grandement les amours a. — 855 D ainsi pourra a. — 856 lié] D elle;' le] C li; CD de manque — 857 D telle — 859 D lyre en — 860 D que la tiens tamye s. — 861 D Des yeulx si — 802 perge] B prenge, D pert — 863 — 864 manquent dans D
841 naiez — 842 Nul; aiouste — 845 Soiez; bon. — 855 apcheuoir — 859 liere, re a été ajouté plus tard — 862 pge
BibUotheca Normannica V. 3
34 Comment un amoureux doit se conduire
865 Quant la damoisele bera,
regarde par ou ce sera:
par icel lieu propre doiz boire;
c'est demoustrance d'amor voire.
Quelle viande qu'elle touche, 870 celle doiz porter a ta bouche.
En prenant, se tu ez a main,
porras bien toucher a sa main.
Se boire veuz, tu li doiz tendre,
que première le voille prendre. 875 Soit per a toi ou plus arrière,
toutes choses preng-e première.
Se sus ton chief a biau chapel,
tantost li donne sanz rapel.
Toutes ytelz choses doiz fere [f. 70''] 880 a la fin que li puisses plere.
Tout ton cuer met sanz demorer
a lié servir et honorer:
si t'en ara plus aggreable
et plus douz et plus amiable. 885 Lors li puez requerre et prier
que s'amor te voille otriër
por tes maulz refraindre et tes ires,
quer il n'est riens que tant desires.
Mes en tel guise la rechoive 890 que nule ame ne l'aperchoive.
Quant les autres verras entendre
aillors, lors li peus telz mos rendre.
865 D uerra — 866 ce] D se — 867 D du uin quelle beura d.; icel] C itel, lieu manque — 869 C Que v. que, D Telle v. — 872 a] D en — 873 D ueult — 874 D ains q. premier; le] B la — 875—876 manquent dans D; Soit] B Sert; per] C par — 877 D sur — 879 D Tous; C ycelx — 880 D affin que tu luy p.; B quil li puissent; C puisse — 881 C Tout manque — 882 lié] D la — 883 — 884 D intervertit les mots qui sont à la rime — 885 Lors] D Tu; C puet — 886 AD qui — 887 D par ton dueil r.; tes m.] C telx m. — 889 D Et par tel façon la maintien — 890 D que cognoistre ou {lisez on) ny puisse rien — 89 1 C les uerras aillors e. — 892 C aillors manque-, telz] B tez, D ces
890 nul; a perchoiue
près de sa belle à table 35
Se lors ne veut que nen la prie, n'argue ne ne eontralie: vers lié tantost aroies guerre. Ce n'est pas bon que trop enquerre.
A table boif en tel manière
que n'en mues semblant ne eliiere
et que tes pies et ta pensée 900 n'aient lor office oubliée.
Gar toi de touz poinz de tencbier
et de meslees commencbier:
ja n'iert par bomme de value
noise ne meslee esmeiie. 905 II n'apartient fors a merdaille
a faire tenchons ne bataille.
Pour cen voil gen que tu te gardes
de faire choses si musardes.
Mont de choses pues faire et dire, 910 tout sanz mesfere et sanz mesdire:
tu peus chanter, se le sez fere,
ou de bêles bordes retrere.
Quant le bacin et l'eaue oveques
seront pour laver mis illeques, [f. 70^] 915 pren par la main ta dame chiere
pour prendre l'eve la première.
En touchant peus fere semblant
que tout le cuer te va tremblant
por l'ardour et le désirer 920 du gent cors que sens remirer.
893 D V. pas que; BD len, C nem — 895 D v. elle bien tantost aurois; B auriez — 896 C Cen; D conquerre — 898 C nem; D semblance — 900 D n' manque; A oublie — 901 B Garde toy tous dis d., D Garde — 902 B mesleer, D meslee — 903 B quar ja nert par genz d.; D est — 906 a] D de; ne] BD et — 907 BD ce v. ie ■— 908 C faires — 909 D chose; C puet — 910 D meflfaire ne s. — 911 se] D si — 914 mis] C nus, D mains — 915 B tamie — 919—957 manquent dans B — 919 D et pour le désir — 920 D du corps qui est a ton plaisir; C seurs; A remuer
895 aroiez — 902 mellees; cômëchier — 903 p home — 913 leau — 914 illecques
86 Toucher le pied de sa belle sous la table
Or entent bien ceste lechon:
la n'a il point de soupechon.
Mainte fois ai issi servi
qui puis m'a esté deservi. 925 Ne soies ja trop delictable
de marebier son pié souz la table:
grant péril en porroit venir;
si qu'il t'en vendroit miex tenir.
Tu porroies tel pié marebier 930 qui la se voudroit enarchier
por savoir ta volenté toute:
cen que l'en ne voit est en doute.
Je ne di pas, s'en tel manière
estoies lez ta dame ebiere 935 qu'autri pié ne s'i peiist trere,
que lors ne le pelisses fere.
Quant les tables seront ostees
et les dames seront levées,
lors te dorra accès et lieu 940 la presse si comme le lien.
Bien prez de ta dame t'acoste;
marche son pié, touche sa coste:
lors sara elle bien de voir
que tu fes d'amer ton devoir. 945 Se ta dame lors te veut dire:
„traiez vous arrière, biau sire",
pren poour, si feras que sage;
obeïs a tout son courage.
922 D ny ait — 923 D Mainteffois — 926 son] C le — 928 D tant q. t. uauldroit; C que cen — 929 C pouroies biem te p., D pourrois sur t. — 930 C uendroit; D solacier — 931 ta] D sa — 932 voit] C soit — 933 s'en] D quen — 934 D estois deuers — 935 C que aucu pie nie poues crere, D quantreprie {lisez autre pie) ne se peult; A ni peust — 936 C le manque; D les puisses bien f. — 939 accès] C ancies, D bien temps — 940 D que pourras parler de ton ieu; C prisse si c. le leu — 941 C près ta dame chiere t., D près de la tacouste — 942 son] C ton — 943 C seira le biem — 944 C fes bien demer — 946 D tirez ; biau] C bien — 947 D p. doue p. — 948 D et o., tout manque
925 soiez — 929 porroiez — 934 ëstoiez leiz — 936 peussez faire
Feindre l'ivresse. Cîioix d'un messager 37
Se ne cremees sa parole, [/. 70''] 950 ta pensée seroit trop foie.
Tantost seroit ta boule atainte, quer ja n'ieii; vraie amor sanz crainte. Quant elle verra que tu doutes ses faiz et ses paroles toutes, 955 lors s'aperchevra clerement que tu l'aimes parfaitement.
Faing a chief de foiz un poi l'ivre, se tu crois mon art et mon livre, pour couvrir tes faiz et tes diz 960 se tu mesfaiz ne ne mesdiz.
Se tu faiz rien dont nen te blasme, le vin en portera le blasme. Issi seras tu escusé, se tu as un poy mesusé.
965 Ne fai ja d'omme ton message
vers ta dame, se tu es sage:
itels messages m'ont nett;
je m'en sui bien aperclieu.
Trouver i puez trop bonnes causes, 970 se par vive reson te causes.
Ja si tost ne diroit ta dame
son gre a homme comme a famé:
949 D Si ne crains les siennes paroles — 950 D tes pensées seroyent t. folles — 951 D bouche — 952 ja] A la, C manque^ D ia amour ne yra s. — 953 D ajoute avant ce vers: Or note donc ce petit dit — selon que Ouide le dit — 953 C uerras q. tu la d. — 955 D adonc uerra tout c; C uroiement — 957 D Faing de faire ung pou lyure — 958 C mont a. et mont 1. — 959 C ces dis et ces fes — 9G0 manque dans C — 961 D Dont len te tence ne ne b.; C fres; B don; A te manque — 962 CD v. em- portera — 964 D ce dont les auras abuse; B mal use — 965 B Et ne fay d. — 967 D trop n. — 968 D suis depuis — 969 A puis, C poues; trop] D de — 970 D uiues raisons, C une reisson te causse — 971 tost] C tout
952 une corrigé en uraie — 955 apercheura — 956 pfaitement — 958 creis — 968 apcheu
38 Un homme est un dangereux messager
famé a autre dit son corage
qui vers les hommes est sauvage.
975 Donc est ta voie plus legiere se famé faiz ta messagiere. Famés puent parler ensemble toutes les fois que bon lor semble. Homme ne puet pas issi faire;
980 mes pour doute Testent retraire. Plus, homme peut parler de soi, la famé non, quer bien le soy. Lors se fet chief dont il est coue, [f. 70"^] et de ta cause fet la soue.
985 Deables aient tels messages
(quer il ne sont cortois ne sages) qui vont entre l'arc et la corde quant il veent que nen s'acorde. Et quant il ne puent piez fere,
990 si seulent il blasmes retrere, a celle fin que la meslee soit entre l'amant et l'amee. Famés meïsmes sont meiies d'amer les personnes veues:
995 pour ce ne doiz tu d'omme fere ton message, se me veuz crere. Tel message doiz espiër en qui tu te puisses fier: il fet mal tel serjant tenir 1000 dont blasme et ennuy peut venir.
973—974 manquent dans D — 974 C sont — 975 D Dont, ta] la — 977 C puet paler — 978 les] C le — 979 D Ung h. ne peut ainsi f — 980 D le fault — 981 C homme parler de soi puet — 983 C illest; D il en court — 984 D dautres causes f. le sourt — 985 D Dyables y est de t. — 986 B quar eulz, D lesquelz — 987 qui] D mais — 989 C puet; D peuent nulz pis — 990 A blasme ; D leurs recours est blasmes et braire — 993—994 manquent dans D — 993 B meus — 994 B ueus — 995 C doit, tu manque — 996 se] B si — 999 tel] B le; D seruant
978 fois en marge — 998 puisse?
L'amant doit louer les charmes de sa dame o9
Quant a ta dame parleras
en lieu ou cen fere oseras,
loe son biau chief propre et gent,
digne a loer de toute gent. 1005 Loe sa face et son cler vis,
pour qui tu ne peuz durer vis,
mes t'esteut perdre contenanche,
se tu faus a ton esperanclie.
Loe ses eux parfetement, 1010 son nez assiz très proprement,
sa bouche petite et bien fête,
douche, riant et vermeillete.
En tel manière que el Toe
son biau menton et ses denz loe, 1015 et son col de propre fachon,
par qui tu ez pris au lachon.
Loer doiz toute sa semblance,
son cors, ses bras et sa main blance, [/*. 71^] et ses dois rondes et tretis,
1020 et ses piez propres et petis.
Loe son sens, sa cortoisie,
et sa valour ne lesse mie,
et tôt cen que dex y a mis.
Lors seras tenu pour amis.
1001 D Et q. a table p. — 1002 D esteras — 1004 D toutes — 1006 C quoi — 1007 D te fault — 1008 D fais — 1010 D n. traictis tant p. — 1011 petite] D riant — 1012 AB bouche r.; D doulce plaisante et V.; C riante — 1013 D Et en telle manière loue — 1014 D son menton ses denz puis la ioue; C biaus, dents — 1015 col] D corps — 1010 D re- corde donc bien ta leçon — 1018 C sez mains blanches — 1019 D aussi ses doys rons et faictis — 1020 D traictifz, C petit — 1022 B nen — Apres 1024 D ajoute les 50 vers suivants:
Note ses rigles devant dictes
qui par Ovide sont escriptes.
Apres les dessusdictz traictiez,
te diray, mais qu'en soy(e)s haletiez,
ung pou du baiser gracieulx,
advenant et délicieux.
S'il advient que t'amye soit
1009 pfet. — 1010 neiz
40 Puissance de la flatterie,
1025 Par bien loer, seron m'entente,
en lieu ou place que ce soit, tu doibs ton baiser acomplir, voire ce c'est le sien plaisir. Tel[le] faint par quelque adventure que n'atouches a sa figure. Tu ne doibs pas pourtant retraire que ne dois ton plaisir [par]faire: combien que ton baiser reflfuse, a ce toutesfoys son cueur muse; car el le faict pour toy prier. Or retien bien donc se dictier. Mais regarde bien en quel lieu tu feras de baiser le jeu: baiser faict devant le commun, en tournay ou est ung chascun, ou en tel aultre lieu semblable, n'est pas plaisant ne convenable. Baiser se doibt faire secrettement (sic) et non pas si evidamment. S'aulcune[s] cliose[s] a touché celle ou ton cueur as bouté, icelles choses doibs baiser, se vers elle (li?) te veulx allier; car quant te verra cecy faire, elle te sera débonnaire. Pour l'amour du seigneuriant baise la dame son servant. Mais tel baiser fay saigement, que reprins n'en soy(e)s devant gens. Regarde qu'âme ne te voye se du baiser veulx avoir joye. Baiser est d'amours ung des latz: pourtant donc(ques) ne l'oublie pas; car baiser est engendrement du jeu d'amours ou ton cueur tend. Quant as présenté a t'amye ung baiser, je ne doubte mye que ne soit de t'amour attaincte. Pour tant donc de baiser t'acoincte: pour baiser (donc) vient grande savour; baiser est un signe d'amour; pour le baiser qui est donné
doibt estre le corp shabandonné (lisez: le corps estre). D fait ensuite défaut jusqu'au v. 1117 — 1025 B segon, C selon
des promesses et des serments 41
aras gre de ta dame gente.
Il n'est riens qui tant famé atise
comme qui bien la loe et prise.
Meïsmes une famé chaste, 1030 qui bien par loenge la taste,
s'i deliete parfetement
et en fet grant richeement.
11 n'est dame ne damoisele
qui n'ait grant talent d'estre bêle; 1035 et qui sa beauté li retret,
tantost vers li son cuer se tret.
Meïsmes les ledes puceles,
quant nen lor dit qu'eles sont bêles,
soies certain que il le créent 1040 et très durement s'en gogueent.
Pour cen doiz tu cortoisement
loer ta dame et sagement;
quer grant prou i porras avoir.
Cen te faiz jen bien assavoir. 1045 Se aucune pramesse as fête
que tu n'as pas encor parfete,
afferme que tu la dorras
le plus brement que tu porras.
Par jurer ta dame assetire: 1050 ne te chaut, se tu es parjure,
mes que tu l'aies entre mains,
du serement ne plus ne mains.
Jupiter, le dieu souverain, 1/. 7P] qui estoit en temps premerain,
1055 rioit des amans qui rompeent
les seremens que fes aveent.
Tel serement, que que il monte,
1029 B Et mesmez — 1031 B deleta — 1034 C grant manque — 1037 B Mesmez — 1038 C que elz — 1039 C soient c. que elle c. — 1042 B et manque — 1043 prou] C louier — 1044 Cen] B Se — 1049 jurer] C muer — 1050 se] C ce — 1051 B que laiez entre tez m. — 1052 du] B deu — 1054 B t. souuerain — 1055 C rioient d. a. que il r.
1039 soiez — 1045 pfete — 1048 pourras
42 Parjure pour parjure. Utilité des larmes
n'est a ramentevoir en conte;
quel* le vent ens en l'oiire l'oste. lOGO II est fol qui foi y ajoste.
D'ilec vient cen que l'en seut dire
communément, sanz contredire:
nule ame ne doit ribaut crere
pour serement que sache fere. 1065 Famés meïsmes se parjurent
tant de fois près comme elles jurent.
Donc dois troquier de lor esteurse
celés qui ont tele hart teurse:
cil qui de gleve seut ferir, 1070 doit par droit a gleve mourir.
Aussi doit serement muable
estre veugié par son semblable:
foi ne doit estre a cil tenue
qui la soue foy a rompue. 1075 Por cen dit l'en (or l'aprendras):
'tel li dorras, tel li prendras'.
Por cen doiz tu ta cure mètre
a bien jurer et a prametre,
et soutillier en mainte guise 1080 tant que ta dame aies conquise.
Les decbevans doiz decbevoir
et as vritables dire voir.
Qui rienz ne fet que autri voille,
de son propre essample se doille.
1085 Les lermes meïsmes profetent a celz qui sagement les getent.
105S B reumenteuoir ; A en nul c. — 1059 ens] B a eulz — 1061 B uint; A sout — 1064 que] B quil — 1065 B Et f. mesmez — 1066 C comment — 1067 C cromer de lor effense; B leurestense; A lor] tele — 1068 B taillez hars teurses, C celé har tursse — 1069 gleve] C geul — 1070 a] B de; A périr — 1075 B 1' manque — 1076 li p.] AB y p. — 1079 mainte] C quelle — 1081 Les] C Le — 1082 as] B es, C lez; uer. —
1083 C autre — 1084 C essamble — 1085 B Et les 1. mesmez; lermes] C liures — 1086 les] C se
1060 aiouste — 1066 corne -- 1069 glaiue — 1075 di — 1080 aiez -
1084 duille
Moyens d'en obtenir. Le baiser 43
Donc doiz tu tel foiz est plorer pour sa grâce miex implorer. [/. 71"] Quant tes lermes avisera,
1090 le cuer li attendriëra;
quer il n'est rien si debonere comme famé a qui li soit plere. Lors li prendra de toi pitié, qui si te seras aquitié.
1095 Lors pensera en son courage de restorer toi cest damage. Et se tu ne pues avoir lermes en poinz devisez et en termes, tu porras un oignon tenir
1100 qui tantost les fera venir.
Ou tu porras, seron m'entente, a la fin que l'oignon ne sente, moillier tes ex en autre guise. Issi sera ta dame prise.
1105 Se tu la peus soûle trouver,
lors te doiz proprement mouver
a fere quan que li doit plere
et a tout son désir parfere.
En disant li bêles paroles, 1110 voil que la beses et acoles.
Se tes besiers ne veut atendre,
toutes voies les doiz tu prendre.
De tant te garde soulement
que ne beses trop durement 1115 et que les lèvres ne li cuisent
1087 C foiz manque — 1089 C telx 1. deualera — 1090 C cur — 1094 qui] B que; BC sera — 1095 C Lors songera en son langage — 1096 cest] A ton — 1100 les] C le; AC feras — 1101 C porra; B selon — 1103 C moille te ex — 1107 G affaire quantque li doiz feire — 1108 son] A ton — 1110 AB lacoles — 1112 B toute uis, C en t.; BC la — 1113 C follement [lisez soUement)
1088 ïplorer — 1091 debeneire, cf. 1388 — 1098 em p.
44 La femme veut être prise par force
de cen que tes besiers lor nuisent. A qui le besier est donné doit le cors estre abandonné; quer le besier est du lignage .1120 a l'outreplus et son message. Par le besier est otriëe l'amour par devant deniëe et la pensée descouverte [/. 71"^] qui lone temps a esté couverte.
1125 Cil qui le besier ara pris,
niche sera et mal apris
et plain de toute vilanie,
s'il ne parfait la courtoisie.
Nul ne se doit vers amors trere 1130 s'il n'ose son désir parfere.
Digne est de perdre tout déduit
qui en tel guise se déduit.
En l'outreplus par aventure
sera par semblant fiere et dure, 1135 si veut elle que l'en la forche
et qu'elle soit vaincue a forche.
Et combien que forche l'appelés,
tel forche plest mont as puceles:
ne lesse mie por lor fet 1140 a fere cen qui bien lor fet.
James famé n'oseroit dire
de bouche cen que tant désire;
1116 lor] Cli— 1117 D Pour le baiser qui e. — 1118 D doibt estre le corps liab. — 1120 a] B au; D au duc damours prudent et saige — 1 121 D Par baiser cest habandonnee ; AC otree — 1 122 D lamour de ta dame et donnée; ABC denee ou deuee — 1123 la] D sa — 1128 A se il, BC sel — 1129 C Nus; B amour — 1130 AC se il, B sel — 1131—1132 D desduyt — 1132 B desduit — 1133 outre] D autre — 1134 sera] C est — 1135 l'en] C ne, D tu la forces — 1136 C que s.; a] CD par — 1138 tel] D si; as] B a — 1139 D plait — 1140 B que; D plaist — 1141 D leune f ; A ne sareit, B ne sauroit
1136 que elle — 1138 mot en marge
C'est l'homme qui doit faire les premières avances 45
mes mont H plest que nen la prenge
mal gre soeii; comment qu'il avienge. 1145 Pucele soudement ravie
a grant joie, que qu'ele die;
quer tel mauvestié, sanz doutance,
a forme de don et semblance,
et se nen la lesse eschaper 1150 au point que nen la puet haper,
saches qu'elle en est mont corchie,
combien qu'elle en faigne estre lie.
De touz tens issi se maintiennent;
les unes as autres l'aprennent, 1155 qu'els ne soient prises prouvées
c'onques s'i fussent accordées.
Or donques ne t'acouardis,
mes soies apert et hardis [f. 72''] de donner en tens et en hore
1160 le don d'amors qui tant demore.
Se l'omme en sa biauté se lie tant qu'il atent que nen le prie, amours ne li doit nul bien fere; quer il li fet tout son contrere. 1165 L'omme se doit premièrement preer bel et cortoisement, et sa dame, que tant désire,
1143 — 1144 manquent dans D — 1144 A ql, C que ill; avienge] B en prenge — 1145 D Fille soubdainenent ; C renie (lisez revie) — 1146 C quel el d., D quoy q. — 1149 D si la laisses — 1150 C bau p. que ne; D pointz q. tu la peulx — 1151 B sachez moult en est courocie, C sachez que el en e. moût courouchie, D saiches q. en e. moult coursée — 1152 C que f., D que faint; elle] B el — 1153—1157 manquent dans D — 1154 B dez unez lez aultrez le tiennent — 1155 C que ne; B ellez — 1156 B que onquez — 1157 f] D te — 1158 C soient, D soys — 1160 B amour — 1 161 D Se homme — 1162 D et aduis luy soit quon le; C quil en eut q. — 1 163 BD amour — 1 164 tout] C tant; son] D le — 1 165 D Car Ihomme d. — 1166 belj D bien — 1167 C a sa d. quel t.
1151. 1152 qelle — 1151. 1152 corchiee : liée — 1153. 1159 tes
46 Persévère, et tu vaincras
le doit molement escondire. Se il le fet en autre gnise,
1170 il n'est pas drois que nen le prise; quer homme ne vaut un bouton a qui nen requiert le mouton. Premièrement prie t'amie: el n'atent fors que nen la prie.
1175 Donne cause de son désir, se tu veus fere son plesir. Se ta dame deliciouse est au premier trop orgueillouse, en enchauchant tout bêlement
1180 doiz querre son acointement. Por lyé henorer et servir porras bien s'amor deservir: pucele sauvage a l'entrée devient bien amie privée.
1185 Soies prest de tout son gre fere; issi la porras bien atrere, combien que tu n'oses ouvrir ta volenté ne descouvrir. Por demoustrer ton désirer
1190 puez sanz mot dire souspirer: lors notera en sa pensée que elle est bien de toi amee. L'amant ne doit pas toz jors dire [/. 72^] ne requerre cen qu'il désire;
1195 mes doit entrer amor couverte
1168 D la doibt noblement — 1169 il le] B elle — 1170 D se n. p. a droiet quelle p.; B droit q. len len p. — 1171 D car Ih. — 1172 nen] B len, D le — 1174 D et nattendz pas quelle te p. — 1175 son] D ton — 1177 B d. est d. ; C delecteusse — 1178 est] B et — 1179 B en chan- tant trez t., C a enchantant t., D en exerçant t. — 1180 D auoir doibs s., C dois faire son couoitement — 1181 A p; C H, D elle — 1184 C enmie — 1185 C Soyez preus, D S. tousiours prest de s. — 1188 ta] D la — 1190 mot] B moult — 1192 D quelle est très b. — 1194 cen] D ce; qu'il] C que — 1195 C doiz e. enmor; D d. estre lamour
1187 côbien
Garde-toi de tes meilleurs amis 47
SOUS ombre d'amistié aperte. Por miex a ton désir ataindre te doit megresce le vis taindre, que chescun die que tu aimes, 1200 combien qu'a nuluy ne t'en claimes.
A ton compaignon ne doiz mie dire loenge de t'amie: il porroit ta loenge crere et soy pener de lié atrere.
1205 Nul homme estrange ne doiz craindre qu'il voille tes amors enfraindre. De tes feaus amis te garde: s'ainsi le fez, tu n'aras garde. Qui son cuer en amors a mis,
1210 pas ne le die a ses amis;
quer saches que il li nuireent plus tost qu'il ne li aidereent. Un compaignon puet bien avoir qui son segré porra savoir;
1215 mes le non ne li doit pas dire de sa dame que tant désire. Celi le porra conforter des griés mais qu'il a a porter: miex vaut un bon ami avoir
1220 que ne fait ne or ne avoir.
1196 ABC sus, D soubz; D a . parfaicte — 1198 D ne d. maigrette les V. — 1199 D dit — 1202 G d. la 1. — Î203 BC traire — 1206 C que il ne uielle t. a. effaindre; qu'il] D qui — 1207 manque dans C — 1208 s'] B se — 1209 A en amor, C a enmer — 1210 C le manque — 1211 B saeliiez que eulz; li] D te; jusqu'à 1218, D emploie la 2»^^ pers. sing.; C nuiroit — 1212 qu'il] CD que; il] A el; C aideroit — 1214 C son gre — 1215 C dois — 1216 D tamye — 1217 le] D te — 1218 D que as — 1220 C ni or ni a., D f. tout or ny a.
1205 home — 1213 côpaignon — 1219 mex
48 Moyens de séduire les différents caractères
En famés a mont de eorages
et mont de guises et d'usages.
Donc doiz en plusors guises tendre,
a la fin que les puisses prendre. 1225 L'une veut par donz estre prise;
l'autre par preeres conquise;
l'autre se veut abandonner
tout sanz prier et sanz donner. [f. 72'^] S'il est avis a famé sage
1230 que tu aies legier courage,
tantost t'en lera aler quite:
trop miex ameroit un hermite.
Et s'il est avis a la rude
que soies sage, tantost cude 1235 que een ne soit que moquerie:
por cen ne veut estre t'amie.
De tels famés seut avenir
que nen n'en puet a chief venir;
quer a un vaillant homme fuient 1240 et a une briche s'aliënt.
Qui veut a tels famés ataindre,
son estât doit celer et faindre,
qu'eulz ne puissent apercevoir
que nen les voille décevoir. 1245 En un tens face l'ipocrite,
que il perge estre un saint hermite;
en autre tens soit pescheor,
en un autre laboreor.
1222 B dez g. et; AB de u.; C guisse et de sauuages; D m. fantasient les sages — 1223 C dois empeschemens guisses t. — 1224 D affin que tu la p. — 1226 C pr. estre c. — 1228 et] D ne — 1229 BC Se il — 1232 trop] B quar; C enmeroit — 1235 que m.] A a m. — 1236 C ne manque; B t' manque — 1237 B peut, D sceust — 1238 D quon ne p. ; peut] B soit — 1239—1240 manquent dans D — 1210 C .i. rice, A puche — 1243 B quel nel, D que ne — 1244 D q. ne 1. veuilles — 1245 C facent, D faces — 1246 D qui semble e. ; B un manque; C saint wangwe — 1247 0 en ancien t. s. peceour, D et en ung aultre temps pesclieur — 1248 A ou en, B et en un aultre labourour, C ou . i . a., D tixier masson ou laboureur
1230 aie? — 1233 ABC se il — 1236 ABD ce — 1239 home — 1243 qeulz — 1245 têps — 1247 tes
L^ argent tient lieu de toutes les qualités 49
Se tu veuz que amor te vaille, 1250 issi le fay, et ne te cliaille
se ton estât en est mener:
nen fait mont pour avoir henor.
Qui veut amer si se deduie
de touz poinz au gre de s'amie, 1255 ou ja n'en ara autrement
ne beau ne bien l'acointement.
Ces reuUes que je t'ai retretes ne sont pas por les riches fêtes. Qui assez a deniers ou prendre,
1260 n'a mestier de mon art aprendre. Qui donne, combien qu'il soit rude, il n'a que fere d'autre estude: famé de legier s'abandonne [/*. 72'] a qui biaux donz et granz li donne.
1265 N'entains a un plus noir que More, soit de Hongrie ou d'Aygremore, tantost li est amie sorse pour tant qu'il mete main a borse. Chescun fait au riche grant feste,
1270 conbien que ce soit rude beste: le riche est partout bien venu et le povre pour fol tenu. Famé qui si les genz escorche, n'en prise rien ne mes l'escorche.
1275 Quant les donz a telz amans faillent.
1249 D Se iieulx q. son araour te baille; C enmour — 1250 te] C manque^ D ten — 1251 D est en rumeur — 1252 B len, D on — 1253 D desduye — 1256 bien 1'] A bel — 1257 D Les rigles — . 1259 D Qui a des d. ou que p. — 1260 art] D liure — 1262 il] B si — 1265 A Nientains, C Nus teins; D Et fust il p.; noir] C cuir — 1266 D fust de h. ou daigre meure; B egremoure, C Esgremore — 1267 amie] C a une [mauvaise lec- ture) — 1268 D mais quil ayt monsieur en bource; C que m.; B bouse — 1269 C grant manque — 1270 D quil s.; C cen; A niche b., B niée feste — 1271 D (le manque) riche partout est b. — 1273 si] D cy — 1274 C ne p. r. ne me lezcorclie, D ne laisse rien après lescorce
Bibliotheca Normannica V. 4
50 Aimez un homme pour lui-même, non pour ses richesses!
lor barbes escouant s'en aillent.
Il n'a ne joie ne dédit
en famé qui si se dédit;
el ne veut pas ami avoir: 1280 rien ne prise fors son avoir.
Ja famé de bonne value
n'iert par donner plus tost mette;
mes le sens et la courtoisie
de son ami la fait amie. 1285 Qui son cuer en amer esdreche,
ne prenge pas garde a richesce;
mes que la persone aamee
soit de grans bontés aornee.
Homme qui ne vaut riens de sey, 1290 ne vaut por avoir, bien le sey;
quer quant ses ricbesces s'abessent,
toutes ses values le lessent.
Qui veut amer parfetement
ainge le cors premièrement: 1295 senz et bonté touz jors demore,
mes richesce faut en poy d'ore.
Or as veii en quel manière tu doiz preer t'amie chiere. [f. 73''] Or te voil dire sanz tarder
1300 comment doiz tes amors garder.
1276 B lours b.; D lors fault quamourettes s. — 1277 D desduyt — 1278 D ainsi se desduyt — 1279 D elle ne ueult p. amye, C amie — 1280 C riens ne p. for sun a. — 1282 BC ert; par donner] C ia; D (n'iert manque) pour don ne sera p. — 1285 C (en manque) se dreeche; D uers amours adresse; B adrece — 1286 D prent point g. a la r. — 1287 AB amee, D aymee — 1288 D grant bonté; C aouree — 1289 BD rien — 1290 avoir] A amer — 1291 C quer grant sens r. — 1292 C ualuet — 1294 Après ce vers, D ajoute: et puis le sens et la bonté | et en amour seras monte — 1295 B tous dis — 1296 mes] D et — 1297 BD quelle — 1298 C ta dame — 1299 C uoil du sens t. — 1300 C comment tu dois
1296 de hore
Comment conserver ses amours? 51
Poy te vaudroit a fere amie,
se t'amor estoit tost faillie.
Pour cen faut il qu'amour venue
par art soit par art maintenue. 1305 Aussi fort est, ce seut nen derre,
a bien garder comme aquerre;
quer les aqués petit vaudroient
se sagement gardez n'estoient.
Pour cen doit cil grant cure mètre, 1310 qui d'amer se veut entremetre,
que ses amors longuement durent
qui si son courage assetirent.
Ne créez, pour rien qu'il avienge,
que par carmes amors retienge: 1315 cil est couart et deceli
qui de tel creanche est metl.
Ja n'ieii par les ars de Toulete
fine amour quise ne parfete.
Ne croi ja en telz sorcheries, 1320 quer ce ne sont que moqueries.
Se carmes et herbes vausissent,
jamés amors ne départissent.
Mes il n'est pas issi de voir:
Circé s'en pout apercevoir. 1325 Onques a Jason par Medee
ne pout la vee estre veee,
ne a Ulixés par s'amie.
1301 a fere] B auoir -- 1303 BCD ce; B que a.; D amours — 1305 fort] C fout; C cen; D ainsi quon nerre; BC len; B deree — 1306 comme a] C et; B enquerre — 1307 B aquis, C aquas, D acquetz — 1309 C doit leng c; cure] B euure — 1311 que] B quar, D qui; longuement] A du- rement — 1312 si] C manque, D ainsi — 1313 B croiz, D croy p", r. quoy quil adueingne; rien] A rien manque, C riens; A q; C qui a. — 1314 A carnes, D carreaux; A amor, B amour; D a. si uiennent — 1315 D sil e. cognart et bien d.; B cornart — 1316 D esmeu — 1317 B ert, D est p, 1. a. de toilette — 1318 B qui ne; D qui ne setollette — 1319 C en fnanque — 1320 C cen — 1321 A carnes ; D fruictz et h. ne v. ; et] C ou — 1323 C ill n. p. eissi — 1324 D chascun se peult; C sem puet — 1325 par] D ne — 1326 D estre ne peut deux choses née; C trouée — 1327 D ne aussi dulixes et samye
4*
52 Beauté passe; sens demeure
pour carme ne pour sorcherie. Gar toi de toute felonnie, 1330 se veuz estre bien de t'amie. Soies douz, cortois, amiable, se vers lié veuz estre aggreable. Ta douchour et ta courtoisie te vaudront miex, que que nul die, [/. 75^] 1335 que ta beauté ne porroit fere: douz parler fet toute gent plere.
Se tu veuz qu'amor ne te lesse,
de bons ars aprendre ne cesse;
quer il te feront compaignie 1340 quant ta biauté sera faillie.
Biauté ne puet lonc temps durer;
nul ne s'i doit asseiirer.
Il n'est nul jour qu'el ne dechie;
mes le sens touz jors monteplie. 1345 Homme est contre sa volenté
tantost fronchi ou esdenté,
ou il a les chevelz canus;
autrement n'enviellira nus.
Pour cen doiz tu, se tu es sage, 1350 si entrodire ton courage
que senz et valeur te secorge,
comment que biauté s'escolorge.
1328 A carnes, D carreaulx — 1329 D Garde toy fort de f — 1330 D se tu veulx bien estre samye — 1331 B c. et aimable, CD c. et a. — 1332 lié] D elle — 1334 D uauldroit m. quoy q. — 1335 D scauroit — 1336 BD toutez(s) gens — 1337 D amours — 1340 C passée — 1342 D nuUy; s'i] B sen, C se; B peut — 1343 II] D la; B quelle, C que ne, D qui ne; B nedchie, D desuye — 1344 le] C les; sens] D seur; jors] B dis; B moutip., D multyp. — 1346 ou] AD et — 1347 D et si les che- ueulx a chanuz — 1348 D ou peult estre quil nen a nulz; B ne uuillira; C nenuillira — 1350 B entrodira — 1351 D que sans ualeur ne te se- queure; valour] C cortoissie — 1352 C comme b. qui sescourlourge, D or y entendz fort et labeure
1343. 1344 dechiee : môtepliee — 1348 ne uiellira — 1351 secourge
L'amant doit obéir, éviter les disputes 53
Ne forche a ta biauté guarder par toi coutiver ne farder: 1355 Ulixés sanz avoir biauté out des amans la reâuté.
Par obeïr dévotement puet amor durer longuement; et qui veut fere le contrere,
1360 amor seut ses cornes retrere.
Tenchons sus toutes riens eschive, se veus qu'amor longuement vive: fine amor veut, sanz fausserie, de douz parler estre norrie.
1365 Tenehier affiert as mariez; quer euz sont ensemble liez, si que tenchons ne jelousie n'en peuënt fere départie. Les mariez n'i peuënt perdre;
1370 quer il ne se peuënt desherdre. [/. 73'^] Des amans issi ne va mie:
famé n'est riens avers d'amie. Amie doit touz jors oïr chose dont se doit esjoïr,
1375 afin qu'ele soit lie et drue de l'amant et de sa venue.
1353 AB Nesforche — 1354 C por t. c. et; B coustiuer, D acoustrer — 1357 — 1360 viennent dans D après 1395 — 1357 Par] D Pour — 1358 D amours — 1360 D amours se scet tousiours r. — 1361 AD sur; AB toute; ABD rien — 1362 B q; D amours — 1363 A fin amour — 1364 C paler — 1365 C affier; as] B es, D a — 1367 B tenson — 1368 B si nen peut, C ne puet; D ne peut deulx f. — 1369 D Les gens m. ny peut prendre; n'i] C ne — 1370 AB quar, D car; C ill ne puet deserdre; D peut desprendre; B dez h. — 1371 ne] AB nen — 1372 D rien enuers; BD d' manque-^ C denmie — 1373 C dois; jors] B dis — 1374 D peut resiouyr — 1375 C a la fin que elle soit d.; D que s. lyee
1366 elz — 1372 riens ajouté postérieurement — 1375 liée
54 II doit être soumis, patient, complaisant
Povre homme a mont a endurer, se veut amor fere durer: mont li faut souifrir pour s'amie, 1380 que le riche ne fereit mie.
Finz amans doivent, ce me semble, toutes foiz avoir paiz ensemble, et gieus et glangles deletables: telz choses font amours durables.
1385 Se ta dame veut dire ou fere chose qui te doie desplere, vers lié te doiz soufrir et tere: el sera aprez debonnere. Se tu seuffres et obeïs,
1390 onques si grant sens ne feïs: paciënce vaint toutes choses, combien qu'il soient orgueilloses. S'ele veut vers toi estriver, tu ne la doiz pas aviver
1395 de haut parler ne de noisier, mes par douz langage apeisier.
S'ele veut arguer, argue pour lié, qu'el ne soit esperdue; preuve quant qu'ele prouvera; 1400 nie quant qu'ele niera.
1377 C homes; BD moult — 1378 C sil, D qui ueult amours — 1380 D ce q. — 1381 D Amours loyalles; ce] C cen, BD se - 1382 D requièrent a.; C pais ce me semble — 1383 A iangles, D esbatz — 1384 C cete chosse — 1385 D tamye — 1386—1387 sont intervertis dans C — 1386 B doie te; C plaire — 1387 D souffrir le doibs aussi te t.; B traire — 1388 D après te sera — 1389 B Si — 1390 D sens tu ne fis — 1391 C p. souffre vient t. — 1 392 A qil, B quelle, C quel ; D que soyent rigoureuses — 1393 D uient— 1394 D renuyer — 1395 manque dans D — 1396 C langaigez; D lapaise — 1398 lié] D elle; CD que ne — 1399 D tant quelle; C que elle — 1400 D et nye ce quelle uouldra; C que elle
1379 moût — 1383 delict. — 1400 quan q.
Au jeu, qu'il sache j^e'f'dre galamment! 55
Se rire veut, o lié doiz rire; se pleurer veut, pleure et sospire. Touz jors doiz fere autele chiere comme fera ta dame chiere. 1405 Quel commandement qu'ele face, fai le sanz arrester en place; si ne sera ja départie [/*. 73'^\ l'amor, de toi ne de t'amie.
Se ele a les gieuz aggreables 1410 des dez, des esches ou des tables,
joue 0 lié en tele manière
que tu aies du gieu le piere.
Tu doiz ton gieu a honte fere
ou ta caance mal retrere, 1415 si qu'el ait le priz et l'enour
et que tu soies le meneur.
Se ele veut, por soi dédire,
aucun nombre geter ou dire,
tu doiz mesgeter por fere umbre 1420 qu'el sache plus que toi de nombre.
En quel lieu que ta dame viengne, de fere li lieu te souviengne; si que elle ne soit grevée en presse ne en assemblée. 1425 En touz lieuz la doiz aiesier sanz rioter et sanz noisier. Chance son pié a la fiëe,
1401 D ueult lors doibs tu r. — 1403 jors] C iour, B dis; AB autel, D telle — 1404 D tamye — 1405 D Quelque c. q. te f. — 1406 le] C lui — 1407 ia] B la — 1408 toi] D roy; ne] C et — 1409 D Et celle — 1410 D de d. de cartes ou de t.; C et de t. — 1411 lié] D elle; C tel — 1412 B tu naiez deu ieu; D la prière — 1413 — 2844 manquent dans D — 1414 B chance doibz; C canche a honte faire — 1415 C et len honour — 141 H B meilleur — 1419 B doibz mesmez jeter — 1420 C que saches — 1421 En] C Pu — 1424 C emprise ni — 1425 C eessier
1404 ajouté sous la colonne, encre plus jaunie — 1410 deiz
56 Si la dame V appelle, que rien ne le retienne!
OU deschauce, s'il li agrée. Son mireour doiz soustenir 1430 et ses mains en ton sain tenir
pour eschaufer, se il sont froides, ja soit cen que tu en refroides.
S'ele commande que tu soies au marchié et que tu l'i voies,
1435 va hastivement celé part
et plus taii; de lié t'en départ. Se aucun veut que tu remaignes, va touz diz et ne te refraignes: garde que por rien ne t'aviengne
1440 que compaignie te retiengne.
S'elle est as chans et elle voille que vienges la, qui que s'en doille, tantost vers lié ta voie esdreche: [f. 74'^'] amours n'ont cure de peresche.
1445 Va de pié, se tu n'as cheval.
Tu ne doiz douter mont ne val '; ne neif ne pluie ne gelée avers ta dame désirée.
Amors sont, que que nul me die, 1450 espèce de chevalerie:
genz poorous et vouilz et frêles ne sont mie dignes pour eles. Qui fine amor veut maintenir, grans dolours a a soustenir;
1428 AC se il — 1429 B miceour — 1431 B ilz; C son — 1432 B ce — 1433 C commandez — 1434 C tu manque-, l'i] B la — 1436 de] C que 1. te d.; B do 1. ne te part — 1438 te] A ten — 1441 A Sel, C Se e.; as] B es; C vielle — 1442 C (la manque) cen — 1443 C ta uoie uers lie — 1448 C enuers — 1449 B Amours si s., me manque; C quique —
1451 B pourous et uifz, C pecorous et uuille — 1452 B si ne sont pas d.
1433 soiez — 1436 départ, de ajouté plus tard — 1442 duille —
1452 elles — 1453 uelt
V amour est une esjyèce de chevalerie 57
1455 il n'est pas mestier qu'il s'ennuie
de froit ne de vent ne de pluie.
Mainte foiz froit et engelé
te gerras de lonc et de lé
de la nuit a la nue terre 1460 pour le gre de t'amie aquerre.
Mainte foiz perdras ton repos
pour espiër les lieux repos
ou ta dame porras tenir,
que blasme n'en puisse venir. 1465 Pour jouer o ta dame tendre,
te faudra a la foiz descendre
par une doutouse fenestre.
Qui a amie, si a mestre.
Se por lié seufres telz periz, 1470 de fin cuer te seront meriz;
quer famé n'a de rien tel joie
comme qui bien vers lié s'enploie.
Par un soûl point se tu l'oublies,
seront tes amours départies. 1475 En bouglier n'a pas tant de gardes
comme en amors, se bien i gardes.
De note n'est pas délivre [/: 74^] qwi en Testât d'amer veut vivre;
quer il n'est mal, doulor ne paine 1480 qui ne soit en amor certaine.
Aies amiables et chieres les genz ta dame et ses chanbrieres. Saluer doiz par son droit non
1455 C que il, A cô — 1457 C (foiz manque) et] est — 1458 B g. ne longe — 1459 C a lamie terre (mauvaise lecture) — 1460 C de manque — 1461 B Maintez — 1463 C porra — 1465 C d. chiere — 1467 doutouse] C doucherousse — 1468 C Qui aime si — 1470 C sera — 1471 C riens — 1472 B comment; C semplie — 1473 point] C péril — 1475 B bouchier, C blouglier — 1476 C emours — 1478 C denmours — 1480 C enmour — 1481 C Aie — 1482 les] C le; AB et manque — 1483 C doit
1469. 1470 perilz : meris — 1475 guardes
58 Cadeaux qu'on peut faire à sa belle
chascune, comment qu'el ait non. 1485 Donner lor doiz a borse ouverte,
a chascun seron sa déserte.
Petit de chose lor agrée,
mes que gayement soit donnée.
Saches que bien enpleeras 1490 touz les donz que tu lor dorras:
ja n'ieres par eulz ledengié.
Miex vaut euf donné qu'euf mengié.
Grans donz ne doinses a t'amie. Je ne le te commande mie.
1495 Gans, couteals, borses, cheinturetes li doinses, propres et friquetes. En temps que pommes et cherises, noiz, resinz ou fruis d'autres guises seront bons, lors 11 en présente;
1500 mont li plera, seron m'entente. Envoie li en un panier propre et net; n'en soies lanier. Dire porras, se tu es sage, qu'envoiez te sunt du vilage.
1505 En tens jolis et nouvelet pues envoler un chapelet. Cen prouvera, que que nul die, que bien te menbre de t'amie. Onques vivant qui bien selist,
1510 ne dist que en donz blasme eiist.
i486 B chescune pour s.; C checum — 1487 C agre — 1488 C sa- gement — 1490 A feras — 1491 C iers p. e, lesdengiez : mengiez — 1493 et 1496 B doingez, C dones - 1495 Gans] B Grans, B Gentis — 1496 B propre — 1497 et] C ou — 1498 B raisis, C raissins; C fris dautre — 1499 C bon — 1500 B selon — 1502 nen] C ne — 1503 B sagez — 1504 C enuois te s. dun v.; B dez uilagez — 1508 que] C quen — 1510 C donz manque; AB quen; B blasmez
1492 Mex — 1512 neit
Objets de toilette, fruits, chansons et poésies 59
Dex li toille cors et avoir
qui dit qu'en donz puet blasme avoir.
[/; 74''] Canchons envoie et biaus ditiés
que tu meïsme aras ditiés.
1515 Combien que tel chose poi vaille, si est cen une remenbraille. Ditiez ont un poi de loenge; mes amie granz donz calenge. Qui fait granz donz, tost a amie:
1520 amor est par or conseillie. S'Ovide ou Homer y venoit et touz ses biauz ditiez tenoit, s'il n'aportoit aucune cbose, tost li seroit la porte close.
1525 Famé n'est mie bien aprise que convoitise a si esprise. Mes poi en est qui sages seent, combien que estre le voudreent. Met douz parler en ton ditié,
1530 se tu veuz bien estre aquitié. Biau ditié, qui souvent l'envee, vaut bien un don a la fiëe.
Se aucune chose veuz fere que tu peuz profetable trere, 1535 fai que ta dame le te prie: si s'en tendra pour bien paie.
1511 B Dieu — 1512 G dist q. d. p. blâme peust — 1513 C et manque
— 1514 B mesmez — 1515 poi] C ne — 1516 B si esse u.; C ci est ce — 1517 ont] C ou — 1519 B Que — 1522 B et se tous b. — 1523 A se il, B sel; C napercoit — 1525 mie] C pas; B aprinse — 1526 C assi; BC prinse — 1529 C Mez tom paler et t. — 1530 C estre bien — 1531 C l'envee manque
— 1532. 1533 B envoie : fiole — 1534 C proues p. faire; B perfettable — 1536 C cen t. p. b. paiee
1514 AC meïsmes — 1521 hosmer — 1535, 1536 priée : paiee
60 Loue ses toilettes, sa danse, sa voix!
Se veuz a ton serjant donner ou aucun mesfet pardonner, auge a ta dame et li requere,
1540 si que fait soit a sa preere. Et s'elle te fait entremetre de chose ou il conviengne mètre, mete du suen en bonne estraine; et tu en soustienges la paine.
1545 Combien que du fere aies feste, tu doiz tout fere a sa requeste. Les grâces et grez en retiengne [/*. 74'^] et le profit devers toy viengne.
Se bien veuz amors retenir, 1550 pour esbahi te doiz tenir
des grans biautés ta dame cbiere
et de sa très noble manière.
S'elle a vestu robe moree
ou blanche ou verte ou asuree 1555 ou mellee ou jaune ou vermeille,
di qu'ele li siet a merveille.
Se de jouaux d'or est parée
et proprement enluminée,
di que sa biauté tout sormonte; 1560 avers lié n'est des jouaux conte.
S'elle est en cote, sanz tarder
di qu'ele te fet vif arder;
mes prie ly que garde prenge
que blasme ou froit ne li sorvienge. 1565 Se elle a guinple ou queuvrechief,
1537 ton] C ten — 1539 C li conpere — 1541 C se elle — 1543 C meitre; B deu suien — 1514 C paigne — 1546 C dois touz iourz f. — 1547 B Lez grez lez gracez en; C et les grès — 1548 C profiet pardeuers — 1549 C enmours — 1550 C esbahir — 1553 C Se elle — 1555 C meille — 1556 C que li — 1559 C die — 1560 C enuers li, des manque — 1561 C Se elle; B coste; C sanz tacer — 1562 C que elle te fait tôt a. — 1564 C plasme ou f. ne li sorprenge — 1565 BC Selle; C coillechief
1543 AC estriene — 1565 guïnple
Que ta physionomie ne démente pas tes paroles! 61
loe son abit de rechief.
En quel guise qu'el se dédie,
di qu'il li siet, que que nul die.
S'elle carole ou s'elle dance, 1570 tu doiz loer sa contenance.
S'elle chante, sus toute chose
loe sa voiz melodiose.
Quant le gieu sera abessié
et ta dame ara delessié 1575 a chanter ou a caroler,
complaindre t'en doiz et doler.
Tu doiz loer tout son deliet
et sa contenance de liet.
Issi porras tu sagement 1580 garder tes amors longuement.
Qui veut amer ne fâche mie
son gre, mes le gre de s'amie: [/. 75 «] amor et seignorie ensemble
ne puent durer, ce me semble.
1585 Se ta dame est cruële et dure,
pour cen ne te desassetire;
quer ce sont les famés qui soient
qui miex vers lors amors s'enploient.
Si sagement la loe et prise, 1590 que ce ne perge estre feintise;
ne fay pas que ton vout destrie
cen que ton parler senefie.
Et se elle soit poi de chose,
dire peus qu'ele est vergondose
1567 C que se — 1568 C que — 1569 C Se e. c. ou se e. — 1571 C Se e.; A sur — 1576 A ce plaindre; C te dois — 1582 C tamie — 1583 C amours; B et son gre mis e. — 1584 B peut moult d. se me, C puet d. or ce me cenble — 1585 B tamie — 1587 ce] B se, C cen s. le f — 1588 C qui uers miex 1. amours emploient; A lor amans; B lourz a. sup- ploient — 1589 C prinsse — 1590 cen] B ce, C ren — 1591 vout] C uent — 1593 C elle ne s. — 1594 C que elle, B quel; A est manque
1573 abeissie
62 Si ta belle est malade, soigne-la, conforte-la!
1595 et que miex vaut issi couverte que se elle estoit plus aperte. Et s'il avient tant que t'amie chie en aucune maladie, grant cure doiz mètre et grant paine
1600 a moustrer li amor certaine. Lors porra elle aperchevoir se tu es son ami de voir; quer au besoing peut nen sentir qui est ami vrai sanz mentir.
1605 Doucement la doiz conforter
pour ses doulors miex déporter, et curieusement entendre a lié; bien le te sara rendre. Se elle a longue maladie,
1610 pour cen ne t'en ennuyé mie; mes de lié servir miex te paine cent ytans que s'elle estoit saine. Lors doiz plorer piteusement et besier la estroitement,
1615 si qu'en besant tes lermes sente qu'amoros désir ly présente. Par douz confort, par douz langage [f. 75^] pues mont esjoïr son courage.
Plainz de joie soient tes songes,
1620 ou autrement nul n'en esponges. Se lors aucune vielle vient de mal courage, se devient, seuffre quan qu'ele voudra fere sanz dire li chose contrere.
1597 ABC se il — 1598 chiel B soit — 1G03 B que au; C bessoig; BC len — 1604 C amie vraie — 1606 ses] C ces — 1608 C seira — 1610 BC ce — 1612 C cen uaut miex que; B sel — 1614 C beissir — 1615 C que em beissant les 1. — 1616 B enmourous, C amouraus — 1617 B con- fort et douls; C langages — 1618 C puet m. e. s. courages; AB moult; B essoier — 1619 C joies s. touz tes — 1621 C lors en aucune uille uient — 1623 C que que elle — 1624 C lui c. couuerte
1601 apcheuoir
Invite ta belle à dîner et sois gai à table! 63
1625 A ta dame ne soit veee par toy viande désirée ne chose amere abandonnée ne aigre ne mal savoree.
Amor de novel esdreehie 1630 seut par usage estre esforchie.
Se au premier est bien norrie,
lonc tens durra sanz départie.
Ne lesse pour la maladie
a jouer ovecques t'amie. 1635 Trop est grief, ce seut l'en baillier,
celi qui ne peut baaillier.
Mont ara ferm et aggreable
cel dédit douz et deletable;
quer il n'est nul fusiciën 1640 si bon com jenne crestiën.
Fay la disner a ta meson
de foiz en autre; c'est reson.
Par disner et hanter ensemble
se norrist amor, ce me semble. 1645 Lors dois fere la raeillor chiere
que tu peus en nule manière;
quer, se tristre ou pensis estoies,
ja de ton disner gre n'aroies.
Qui c'unques veut feste tenir, 1650 il doit grant joie maintenir;
quer s'il tenche ou a autre entente,
1625 AC liée, B ueiee — 1626 C uîande ne d. — 1628 C ni egre — 1629 C amours — 1630 C efforchie — 1632 C sera san — 1633 C Ne leisse — 1636 B peut mez baillier — 1637 B aura sue et; C frem agr. — 1638 B sel — 1639 C fussiem — 1640 C si uois con ieiine c. — 1642 A autres — 1643 C et par h. — 1647 C que si triste — 1649 C Quiconque f. feste — 1651 A se il, C cil; BC a manque
1629. 1630 esdrechiee : efforchiee — 1637 aggraable — 1638 delict. — 1639 phisicien
64 Que tes absences soient courtes et pas d'infidélités!
il semble que il s'en repente. [f.75'-\ Chierement son disner achate
cil qui le prent a cliiere mate.
1655 Pour cen doiz tu ta feste fere si que il doie a cheseun plere. Souvent doiz visiter t'amie, a la fin qu'elle ne t'oublie. Nuit et jour, sanz nule feintise,
1660 doiz estre prest a son servise.
S'il avient tant que tu t'esloingnes pour la cure de tes besoingnes, pren repos et ne gaste mie cen que doiz garder a t'amie.
1665 La terre qui s'est reposée
rent greignors fruiz en une anee que par devant ne souloit fere: si doiz a cen prendre essemplere. Mes ne fay pas longue demore:
1670 nouvel ami feroit en Fore.
Souvent par longues demorees seulent amours estre muëes.
Tu ne doiz avoir compaignie
a autre famé qu'a t'amie; 1675 quer, se de lié estoit seti,
deables t'aroient veu.
Famé n'est de riens tant corchie
comme quant pour autre est lessie.
Si ne te doiz a autre aberdre, 1680 se tu ne veus tes amors perdre.
Se ta dame par tel merveille
1655 B debz — 1656 C il manque — 1661 AB Se il; C auint — 1663 gaste] B garde, C te gabe — 1664 C garder ta a. — 1665 s'est] B cest, C set — 1666 A fr. une autre a.; C ennee — 1668 C prenge — 1675 C li — 1676 B dyable; C tesroient; BC bien ueu — 1677 BC rien; C courou- chie, B marrie — 1678 B comment — 1679 aherdre] B herdre, C a rendre
1662 besoignes — 1677. 1678 corchiee : lessiee
I
As-tu trompé ta maîtresse, dissimule ta faute!
t'en haïst, pas ne t'en merveille: bien doivent estre armes portées vers amors par tel point faussées.
1685 Se prens o autre esbatement, faire le doiz celeement. Comment que tu aies pecbié, {/. 75'^] ne pren gloire de ton pecbié.
A ta dame riens n'en sera
1690 quant de cen ne s'avisera:
cuer ne se deut, cescun le seit, de een qu'il ne voit ne ne seit. Mes tu ne la doiz pas atrere en lieu ou ta dame repère:
1695 toute famé ne doit pas estre
par toy assemblée en un estre. S'il avient en aucune guise tant que ta dame s'en avise, garde pour maus ne pour angoisses
1700 que tel mesfet ne requenoisses. Se de lié es souspecbonné, n'en soies plus abandonné, plus soujet ne plus decbevant que tu estoies par devant.
1705 Forfet a, cen pert, vers s'amie qui plus que ne seut s'umelie; quer telz signes sont demonstrance que de son mesfet quert finance. Pour tant ne li doiz deneer
1710 le gieu d'amors ne deleer:
par le douz gieu, qui tant agrée, sera tost la pais acordee.
1(182 C no m. — 1085 Se] C No — 1087 B Comme; C pecie - 1089 B Et ta d. rien n. saura — lOlK C cur — 1692 A qil, C quel; B que uil ne net ne s. — 1094 C d. sara trecte — 1096 toy] B tail — 1099 A gardez — 1703 dechevant] C soudeant — 1705 C Forfait cen p. auers — 1700 BC se humilie — 1708 quert] AC quer — 1709 C deueer — 1711 A tant tagree
1087 aiez — 1099 mais — 1702 soiez
Bibliotheca Normannica V. 5
66 Si ta belle se refroidit, excite sa jalousie!
Tu redois feindre a la fiëe
que autre amie as espiëe: 1715 par een porront estre avivées
tes amors par devant hantées.
Quant les amans trop obéissent,
les famés d'amer s'alentissent.
Lors sont amors enlangorees, 1720 se d'autres ne sont guerreees.
Chose de nului convoitie
seut mont petit estre prisie; [/*. 7^**] et quant nen la crient estre enblee,
de plus prez seut estre gardée. 1725 Courage croist au suen deffendre
quant nen voit qu'autri le veut prendre:
grief seroit d'acuidre a partie
autre en cen qui ne soufflet mie.
Donc, se veis amors perechouse, 1730 doiz t'amie fere jelouse:
amors doit estre, qu'il ne chie,
par aigres aguillons drechie.
Eurous est sus toute chose
cil pour qui s'amie est gélose: 1735 lors sont amors de prez tenues,
a fin qu'elz ne soient perdues.
Fai donc tant que de toy se doute
ta dame, et de cen n'aies doute:
par cest point sera reschaufee 1740 sa cremetonnose pensée.
Se por ton fet plore et souspire,
et ses cheveulz ront et detire,
et 0 crueulz y ex te regarde,
1714 espiee] C trouue — 1715 par] A pour; cen] C ce; B pourroit — 1719 B alangoureez — 1720 A autre; A guerrees, B guerreez, C gueriees
— 1722 C precie — 1723 nen] C ne — 1726 C qua autre — 1728 C souffrent
— 1729 B ueulz; B amour, C amor — 1731 BC amour — 1733 Eurous] C Enmours — 1734 C est samie — 1736 B ellez — 1737 C donc que de toi ne se — 1738 C et manque — 1740 C sa torme tenuesse pressée — 1742 ses] C ce — 1743 yex] C oex
1731. 1732 chiee : drechiee — 1734 gelouse
Mais bientôt (i2)res calme-la j^nr des caresses! 67
ne cloute lors que pour toy n'arde. 1745 Mes gar que l'espace soit brieve
qui tant contraint ta dame et grieve ;
quer saches: par longue demore
te leroit pour un autre en Tore.
Quant issi la verras conplaindre, 1750 acoler la dois et estreindre
et puis beisier sanz deleer
et en ton gueron asseer.
Après ses plors et ses clamors,
li requier les joies d'amors 1755 humblement et en dechevant.
Lors t'amera miex que devant.
En ses plors douz besiers li donne [f. 70^] et ton cors au soen abandonne;
par cen sera tost apesie 1760 et toute sen ire lessie.
Illeques maint pais et concorde,
qui touz contens fine et acorde;
en tel lieu propre est grâce née,
par qui toute hainge est quassee. 1765 Communément veer solons
qu'après la guerre des coulons
seulent il beisier doucement,
en fesant douz murmurement.
Autressi aprez les mellees 1770 seulent amors estre doublées.
Nul ne puet miex qu'aprez tristresce
quenoistre joie ne liesce.
Or fay donc ceste medicine,
se tu veuz que la guerre fine 1775 de t'amie; en autre manière
1744 lors] 0 pas — 1748 C te llesroit — 1749 B aiuci — 1751 C bessir et s. — 1754 C ioez denmours — 1755 C hublement — 1758 B (et manque) cors] besier — 1759 A pour c. s. t. rapeisie — 1761 B Illec; maint] C mauint — 1702 B tous iours afine — 1703 tel lieu] C ceul; B grâce est propre; est] Aï— 1707 beisier] C reissir — 1709 les] C la — 1770 C estre amours — 1771 Nul] C Ans — 1772 ne] C ou
68 Montre tes qualités ai présence de ta belle!
n'i puez mètre meillor remiere. Itel medicine est celestre; chasenii la prent sanz avoir mestre. Venus l'ordena en tel guise 1780 por nous tenir en son servise.
Qui a Liante se prenge garde que sa dame souvent l'esgarde. Au eouchier, a veue aperte doit s'espaule estre deseouverte.
1785 Cil ne doit pas estre tesant
qui a biau langage et plesant. Qui seit chanter, biau le doit fere; ou se ce non, il se doit tere. [f. 76"] Cil qui a voiz empeeschie
1790 se tese, qu'il ne l'en mescbie. Cescun doit a fere lessier cen qui son priz peut abessier. Cil qui amera sagement vaintra, cen saches vraiement;
1795 quer par cest art porra il prendre celé a qui son désir seut tendre. Mes s'il seuffre mont pour s'amie, pour cen ne s'esbahisse mie. Mont de