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A UNE CHERE ET NOBLE MÉMOIRE ^ .' » N AVERTISSEMENT Ce volume est le recueil posthume de mémoires et de travaux d'archéologie dont Fauteur, enlevé préma- turément, a laissé dans cette science un nom déjà connu. En présentant aujourd'hui ce livre au public, il a paru naturel de le faire précéder de quelques pages empruntés à la Revue archéologique^ où l'on a essayé de retracer succinctement la vie et les travaux du jeune et regretté savant, à la mémoire duquel sa famille et ses amis ont voulu rendre ce pieux et dernier hom- mage. GEORGES COLONNA-CECCALDI (Extrait de la Revue archéologique ^ décembre 1879) C'est avec un vif sentiment de regret que nous faisons part aux lecteurs de la Revue archéologique de la mort d*un jeune savant dont ils ont été à même d'apprécier maintes fois les remarquables travaux. M. Georges Colonna-Ceccaldi a succombé le 3 septembre dernier ^ à une longue et cruelle maladie, sur Tissue fatale de la- I. 1879. 4 AVERTISSEMENT quelle ses parents et ses amis ne pouvaient plus, depuis des années, conserver d'illusion. M. Georges Colonna-Ceccaldî n'était âgé que de trente-neuf ans. Il avait longtemps résidé en Orient. Les fatigues supportées sous un climat déprimant, dans des recherches qui le passionnaient, n'ont pas été sans influence sur l'origine et le développement du mal qui l'a emporté, et contre lequel il a lutté jusqu'au dernier jour avec le courage d'une nature d'élite. Il avait la souffrance concen- trée et discrète, autant par une rare énergie de volonté que par affection pour les siens. Il se rendait cependant un compte exact de la gravité de son état. Il savait depuis longtemps que ses jours étaient comptés, et il ne craignait pas de mesurer d'un œil stoïque l'étendue de la tâche qu'il s'était imposée au court espace de temps qui lui restait à vivre. Cette tâche, il n'a pu l'accomplir entière- ment; mais s'il ne lui a pas été donné de rendre à la science ar- chéologique tous les services qu'elle était en droit d'attendre d'un esprit aussi bien doué^ il lui en a néanmoins rendu assez pour que son nom reste définitivement attaché à l'histoire des antiquités chypriotes et syriennes. M. Georges Colonna-Ceccaldi a été le premier à faire coimaître en France les belles trouvailles faites à Chypre par le général P. di Cesnola et par M. Lang. Grâce à la position qu'il occupait au con- sulat général de France à Beyrouth, grâce aussi à la présence de son frire, le comte T. Colonna-Ceccaldi », consul de France à Chy- pre (de 1866 à 1869), il avait pu sui^re de très près les excavations et recueillir sur les lieux mêmes une foule de renseignements et d'ob- servations qui ont aujourd'hui un grand prix. Les articles de la Re- vue archéologique où il a consigné une partie de ses recherches et de ses découvertes sur ce terrain si intéressant et si neuf sont des documents que les archéologues consulteront toujours avec fruit. Ils y trouveront, à côté de vues pénétrantes et justes, alliées à une cer- taine hardiesse d'interprétation, la plus scrupuleuse précision dans I. A qui Ton doit aussi quelques communications intéressantes sur les fouilles de Chypre, Revue archéologique, XVIII» p. 367 ; XIX, p. 267, pi. V et VI ; XX, p. 208, plé XVI. AVERTISSEMENT 5 la description des monuments, et des reproductions d'une exactitude toujours rigoureuse. Et cependant c'est d'une main demi-paralysée, mais commandée par une volonté sans défaillance, qu'ont été relevés beaucoup de ces dessins si nets, si consciencieux. M. Georges Colonna-Ceccaldî était né à Paris le 7 janvier 1840. Il avait fait ses études au collège Rollin. Son premier séjour en Orient date de 1860, époque à laquelle il se rendit à Alexandrie, où il résida plus de deux ans, de mars 1860 à mai 1862. C'est en Egypte qu'il prit le goût de l'archéologie et des langues orientales. Il s'occupa activement d'organiser la bibliothèque et le petit musée de l'Institut égyptien. Entre autres recherches, il essaya de retrouver les traces du canal d'Alexandrie, qui faisait communiquer dans l'antiquité cette ville avec le Nil. Il ne perdit jamais de vue, depuis lors, cette diffi- cile question de topographie, sur laquelle il avait rassemblé une foule de données et de matériaux dont la mort l'empêcha de faire usage. C'est l'Egypte qui lui fournit la matière de son premief mé- moire archéologique (sur l'inscription du camp de César à Nicopo- lis). La copie qu'il prit de ce texte important est citée avec raison comme autorité par les éditeurs du Corpus inscriptionum latina- rum ». Un peu plus tard, il tira de ses notes et croquis, recueillis alors, la matière d'un intéressant mémoire sur le temple de Vénus Arsînoé au cap Zéphyrium 2. Revenu à Paris en 1862, M. Georges Colonna-Ceccaldi suivit les cours de l'école des Jeunes de langue et se livra avec ardeur à Pétude des langues orientales, arabe, turc et persan, sous la direction d'un maître émincnt, M. A. Pavet de Courteille. En 1866, après avoir passé les examens de cette école, il entra dans le service consulaire en qualité d'attaché au consulat général de France à Beyrouth. Il résida à Beyrouth de septembre 1866 à octobre 1871, date à laquelle l'état de sa santé le contraignit à rentrer définitivement en France. Pendant ce séjour de cinq années, interrompu seulement par un congé de quelques mois, il fit plusieurs excursions en Syrie et de nombreux voyages à l'île de Chypre, où il passa souvent jusqu'à 1. Vol. III, n» 14, p. 7. 2. Voir, au présent volume, Troisième partie, H. 6 AVERTISSEMENT quatre et cinq semaines consécutives. Sa première visite à Chypre remonte au mois d'octobre 1866. Il y retourna deux fois en 1867, une fois en 1868, une fois en 1869, et à plusieurs reprises pendant le cours des années 1 869-1 871. Cest Chypre qui lui fournit sa plus abondante moisson archéologique. Le terrain, moins riche, mais non moins intéressant de la Syrie lui offrit cependant aussi plus d'un sujet de recherches. M. G. Co- lonna-Ceccaldi, qui possédait une rare expérience numismatique, y recueillit nombre de médailles curieuses et inédites. Il examina avec un soin particulier les inscriptions gravées sur les rochers escarpés du fleuve du Chien (l'ancien Lykus), et eut la bonne fortune d'en signaler d'inconnues. Il réussit même, non sans peine, et parfois non sans danger», à prendre des estampages de plusieurs d'entre elles 2. Il faut citer encore son étude approfondie sur le monument de Sarba et le site de Palaebyblos, ainsi que sa notice sur l'emplace- ment de Léontopolis de Syrie. Les dissertations de M. G. Colonna-Ceccaldi sur les antiquités de Chypre sont trop nombreuses et trop étendues pour pouvoir être analysées ici. Nous croyons rendre à la mémoire de ce jeune savant prématurément enlevé le meilleur et le plus sérieux des hommages, en même temps qu'un service à la science, en dressant la liste détail- lée et précise de ses travaux, publiés pour la plupart dans la Revue archéologique, 1 . — 1864. Inscription du camp de César à Nicopolis (Egypte). {Revue archéologique^ volume X, page 211, planche XVIIl.) 2. — 1869. Sépulture des environs de Beyrouth. {Rev, arch,^ XIX, p. 225.) 3. — 1869. Le temple de Vénus Arsinoé au cap Zéphyrium (envi- rons d'Alexandrie d'Egypte). {Rev, arch., XIX, pp. 268-272, pi. VII.) 4. — 1870-71. Découvertes de Chypre. (Rev. arch,^ XXI, pp. 23-36.) 1. Un jour, exposé sans abri, au sommet d'un échafaudage, à toutes les ardeurs de ce soleil si redoutable de Syrie, il achevait d'exécuter un de ces estampages, quand il sentit tout à coup Pinsolation le prendre. (1 n^eut que le temps de se précipiter en bas et de se plonger tout habillé dans le fleuve. 2. Ces estampages doivent se trouver entre les mains de M. Waddington. AVERTISSEMENT 7 5. — 1870-71. Découvertes en Chypre. {Rev. arch.^ XXII, pp. 361-372, 9 figures et pi. XXIII et XXIV.) 6. — 1872. Léontopolis de Syrie. {ReVé arch.^ XXIII, pp. 169-172.) 7. — 1872. Stèle inédite de Beyrouth. (Rev,arch,, XXIII, pp. 253-256. 8. — 1872. Découvertes en Chypre (suite). (/îev. arch,^ XXIV, pp. 221- 228, pi. XXI.) 9. — 1872. La patère d'Idalie. (Rev. arch,^ XXIV, pp. 304- 3 16, 2 fig. dans le texte, et pi. XXIV.) 10. — 1873. La patère d'Idalie (suite et fin). {Rev, arch,^ XXV, pp. 18- 3o, I fig. dans le texte.) 11. — 1873. Découvertes en Chypre (note additionnelle). (Rev. arch., XXV, p. 3i, pi. I.) 12. — 1873. Bas- relief votif à Apollon. {Rev. arch,^ XXV, pp. 159- 165} I fig. dans le texte.) i3. — 1874. Nouvelles inscriptions grecques de Chypre; Larnaca, Dali, val de Lympia. {Rey. arch.^ XXVII, pp. 69-95, pi. III, 3 fig. dans le texte.) 14. — 1874. Inscriptions grecques du Lykus, près Beyrouth. {Rev. orcA., XXVII, p. 273.) i5. — 1875. Un sarcophage d'Athiénau (Chypre). {Rev. arch.^ XXIX, pp. 22-29, I fig. et pi. II.) 16. — 1875. Nouvelles inscriptions grecques de Chypre. (Rev, arch,^ XXIX, pp. 95-101, pLII.) 17. — 1876. Patère et rondache trouvées dans un tombeau de la nécro- pole d'Amathonte. {Rev. arch.^ XXXI, pp. 25-36, pi. I et II.) 18. -* 1876. Sur le déchiffrement des inscriptions prétendues anarien- nesde nie de Chypre, par M. L. Rodet (compte rendu). {Rev, arch.^ XXXII, p. 280.) 19. — 1877. Découvertes en Chypre: les fouilles de Curium. {Rev.arch,^ XXXIII, pp. i-ii, pl.I et 2 fig.) 20. — 1877. Découvertes en Chypre (suite et fin) : une patère de Cu- rium. {Rev, arch.y XXXIII, pp. 177-189.) 21. — 1878. Le monument de Sarba (Djouni de Phénicie) et le site de Palaebyblos. (Rev, arch,^ XXXV, pp. 1-22, pi. II, et 12 fig. dans le texte.) 22. — 1878, Le Bulletin de l'Institut égyptien et le temple de Vénus Arsinoé. {Rev. arch., XXXVI, pp. 390-391.) •«^ .f « AVERTISSEMENT 23. — 1879. Notice sur la sigyne et le vcrutum des anciens et sur deux armes provenant d'Idalie. {Rev. arch,, XXXVII, pp. 363-375, fig. dans le texte.) 24. — i87(). CjyruSy ils history^ etc., par M. Hamilton Lang, et Cy- prus^ Us ancient dites, etc., par le général L. Palma di Cesnola (compte rendu). (Rev.arch., XXXVIII, pp. 324-326.) 25. — Découvertes de Chypre: Une partie de campagne à Idalie dans Tantiquité. {Magasin pittoresque^ 'S76, juillet, pp. 228-229, avec gra- vures.) Dissertations et notes relatives : A rÉgypte, n<»» 1, 3, 22 ; A la Syrie, n®* 2, 6, 7, 14, 21 ; A Chypre, n^* 4, 5, 8-1 3, i5-2o, 23-2 5. A cette liste il faut ajouter deux articles de fond très remarqués que M. G. Colon na-Ceccaldi publia dans le Temps (23 mai 1873 et 3i août 1878) sur la question de la réforme monétaire, où il mon- tra, avec une grande originalité, quelle lumière et quelles indications pratiques Ton peut souvent tirer de l'antiquité même, pour la solu- tion des plus graves problèmes économiques de notre époque. M. Georges Colonna-Ceccaldi a donné en outre, à r Intermédiaire^ sous différents pseudonymes, de nombreuses notes sur divers pro- blèmes d'histoire et de littérature, et publié une curieuse étude sur Tévasion du Temple du dauphin Louis XVII '. Une grande partie des mémoires archéologiques et des planches qui les accompagnent ont été tirés à part, mais à un fort petit nombre d'exemplaires, distribués à quelques amis. II serait bien désirable de voir ces pages éparses réunies en un volume, qui ne saurait man- quer d'être accueilli avec faveur par tous ceux qui s'occupent des antiquités orifotalcs. Entre autres travaux inachevés, M. G. Colonna-Ceccaldi laisse un Corpus des inscriptions chypriotes, auquel il mettait la dernière main lorsque la mort l'a frappé. Ce recueil, qui avait pour base une reproduction scrupuleuse et rationnelle des textes, faite directement !. La brochure est signée Horace Edmèe. lo AVERTISSEMENT valeur. Néanmoins Ton a cru devoir faire connaître tels quels ceux d'entre eux qui étaient en état de voir le jour. Les savants trouveront là plus d'un document in- téressant. L'on signalera notamment le plan des fouilles entreprises à Dali par M. Lang, qui a été reproduit sur une planche à part '. Sauf de rares et très légères retouches nécessitées par certains raccords, quelques corrections de fautes typographiques, des renvois et des références rendus indispensables par l'agencement forcément un peu artificiel du volume, et çà et là, en note, quelques brèves remarques sur le fond même du sujet, l'on a scrupuleusement respecté le texte des mémoires repro- duits. Ces menues additions sont d'ailleurs précédées d'un astérisque. En outre. Ton a cru devoir intercaler çà et là quel- ques notes plus ou moins étendues, retrouvées dans les papiers de Tauteur et contenant d'intéressants rensei- gnements complémentaires. Ces passages sont mis entre crochets. L'auteur aurait peut-être, sur certains points de détail, modifié lui-même un peu, ou complété sa façon de voir et de dire, s'il lui avait été donné de réunir de ses propres mains, en les revisant, ces arti- cles écrits à des dates successives, dans un espace de quinze années; mais nul, parmi ceux mêmes qui l'ont le plus approché et qui étaient au courant de ses re- I. Planche I.' 1^ CHYPRE Le choléra (i865) fit oublier, puis abandonner les fouilles^ et ce n'est qu'au milieu de Tannée 1866 que Ton se remit à travailler au même endroit. Le nombre et la valeur artis- tique des figurines qu'on en tira encouragèrent les amateurs dans leurs recherches; mais bientôt lamine parut s'épuiser, et, au milieu de Tannée 1867, Tattention commença à se porter d'un autre côté. Des paysans apportèrent un jour de Dali des figures de terre cuite d'un type particulier, de demi-grandeur naturelle, et qu'ils cédèrent avantageusement. Des objets identiques et d'innombrables poteries arrivèrent plus tard de la même localité, et les prix de plus en plus élevés qu'on en ofFrit encouragèrent les Daliotes à donner aux fouilles une impul- sion et une activité qu'elles conservent encore. L'exemple gagna les autres parties de Tîle, et on se mit à travailler dans les lieux circonvoisins de Larnaca et de Dali, puis à Limassol, BafFo, au Carpas, et dans l'intérieur, à Hagi Héracliti, Athiénau, Chytri, etc. Avant de classer et d'énumérer tous les monuments mis à jour depuis trois ans, je décrirai sommairement les localités où curent lieu les principales découvertes et où les travaux con- tinuent. Leurs situations respectives pourront être facilement déterminées sur des cartes détaillées, telles que celles de MM, A. Gaudry et de Mas-Latrie pour Tintérieur de Tîle, et du capitaine Graves, R. N., pour les côtes. L'on se rendra compte ainsi des accidents naturels et, jusqu'à un certain point, des paysages. g I. — LARNACA (Aapva^). La ville actuelle se divise en marine et ville proprement dite. Sept minutes de chemin séparent les deux Larnaca. A f% CHYPRE près du couvent^ , des morceaux de statuettes de marbre blanc, etc. — Sur un de^ chemins les plus fréquentes et les plus directs qui vont de la marine à la ville, on rencontre, sur remplacement probable de la cite grcco-romaine, des restes de substructions en briques et des traces de mosaïques. Dans les rue-», Ion voit souvent des chapiteaux brisés servant de bornes, des tronçons de colonnes, etc. (2cttc plaine, qui va de Larnaca aux salines, est une carrière continuellement exploitée, où, à une profondeur qui varie de I à 3 mètres, on extrait de larges dalles carrées de gypse lamel- leux blanc,* des tuiles de grande dimension et d'excellente fabri- cation, de gros blocs tout taillés et de grand appareil. Ces trous, qui rendent la plaine dangereuse à traverser dans Tobscurité, se succèdent presque sans interruption jusqu'aux rives de la grande lagune. Les salines s'étendent vers le sud parallèlement à la mer et au port de Larnaca. Elles sont au même niveau qu'un vaste ter- rain placé entre elles et la côte. Ce terrain, très fertile, entre- coupé de cloaques d'eau saumàtre, est séparé de la mer par une levée de galets fort basse, et des salines par une chaîne de colli- nes dont la base forme de ce côté un plateau qui surplombe le sol d'une hauteur d'environ i o à 1 5 pieds. Évidemment taillé de main d'homme en quelques endroits, ce plateau formait en quelque sorte le quai de cet ancien port de Citium. La pente des collines est assez douce de ce côté. Au bas de cette pente et sur une grande partie de la longueur du plateau dont je viens de parler, on a découvert des tombeaux où con- duisaient des escaliers pratiqués dans la terre sèche elle-même. Ces tombeaux contenaient de grands sarcophages rectangulaires en pierre calcaire, couverts d'une seule dalle, et des stèles rondes, ornées de moulures et portant des inscriptions termi- nées par la rubrique bien connue : XPHCTE XAIPE^ * I. Voir plus loin, Première partie, chapitre vi. DÉCOUVERTES 19 Du côté des salines, le versant de ces mêmes collines est assez raide. A sa base, à quelques mètres de distance du marais, on a mis à jour des restes de maçonnerie et quantité de figu- rines en terre cuite appartenant à Tépoque gréco-romaine, quelques verreries et quelques fragments de marbre et de pierre calcaire. Les eaux du marais venaient peut-être jadis baigner le pied de Tédifice qu'il y avait là : des murs de refend par- taient du mur principal adossé à la colline, et formaient des compartiments carrés, dallés de gypse, et dont je comptai jusqu'à quatre. Parmi les décombres, je trouvai des frag- ments de fresque; sujets ou simples ornements, je ne pus rien déterminer. Quelques pierres portaient la trace du feu. C'est à cet endroit même qu'eurent lieu les premières décou- vertes dites des salines. Si de cet endroit on suit le rivage vers le sud, on dépasse les meules de sel, la maison du garde, et on arrive, par une levée assez étroite et évidemment artificielle (et qui sert aussi de chemin pour gagner le Tekieh de la Sultane), à un monti- cule élevé d'une quinzaine de mètres, isolé au milieu de la lagune et la dominant. Au sommet, rien n'indiquait qu'il eût existé sur ce petit plateau un édifice quelconque. Le consul d'Amérique voulut bien, sur mes indications, y faire travailler ses fouilleurs. Ils mirent à découvert des restes de maçonnerie, substructions en petits moellons enfouies peu profondément, et récoltèrent, éparpillés en divers endroits, un assez grand nombre de frag- ments de marbre portant tous sur leur bord, gravées en carac- tères lapidaires assez nets, des inscriptions phéniciennes. Un tertre de même genre existe sur la rive opposée du marais, à un mille environ du Tekieh de la Sultane, sur une langue de terre qui s'avance assez loin dans l'eau. Des travaux suivis amèneraient peut-être en cet endroit des découvertes d'antiquités également phéniciennes. 20 CHYPRE Pour en revenir à Larnaca, nous ajouterons que c'est dans un terrain situé non loin de la ville, à la limite nord de l'ancien port supposé de Citium, que Ton a trouvé la stèle de caractère assyrien du musée de Berlin. Quelques tombeaux de caractère monumental se trouvent à Larnaca ville ou aux environs. Je ne les décrirai point ici. Je me réserve d'en parler dans une étude géographique plus détaillée sur l'ancienne Citium. Quelques autres sépultures, assez semblables à celles de Dali (une chambre en cul-de-four fermée d'une dalle), ont fourni des poteries de genres divers et entre autres des jarres portant des inscriptions phéniciennes, tracées à l'encre, et dont nous reparlerons en détail au titre de la Céramique de Chypre '. g 2. — PYLA (lluXa), ALASSO ('AXa.ivYi, et, après avoir franchi un massif de roches calcaires fort basses, on atteint Pyla. Pyla est un village placé comme en sentinelle au pied des colli- nes qui séparent en cet endroit la plaine de laMessaorée de celle de Larnaca. On ne peut entrer dans laMessaorée qu'en passant par Pyla, point stratégique où une tour carrée vénitienne se voit encore. Une inscription (latine ou grecque?) sur pierre !• Appendice, f^ \ 22 CHYPRE (AnOAAON MAFEIPIOS), cuiseur ou maturateur des fruits. Il paraît avoir été circulaire. Dans Tenceinte du temple, la confusion entre les statues chypriotes et grecques avait été soigneusement évitée, et les statues chypriotes se trouvaient en rang, placées vis-à-vis des statues à inscriptions grecques, également en rang.] Si Ton gravit le sentier de la colline marno-calcaire qui domine Pyla, et sous laquelle passait un aqueduc récemment découvert, on entre dans la Messaorée, et, en se dirigeant au nord vers Arsous, ^'Afco;, on atteint, après trois quarts d'heure de marche environ, un mamelon couvert de débris. On y a trouvé en grande quantité des fragments de statues. Tous ceux que j'ai vus étaient de caractère romain. Une tête colossale d*untype particulier (juif ou assyrien?), et dont la coiffure est assez originale, a été trouvée au même endroit. Elle avait servi d'applique ou de bas-relief à un monument quelconque. Je n'ai point visité le lieu nommé dans le pays Alasso. Quand on va de Pyla à Famagouste, il faut se détourner de sa route et aller à gauche pour voir Alasso. A Oromidia, village situé non loin de la côte, à deux heures de marche environ de Pyla, à l'est, on a trouvé des poteries et des vases peints, dont quelques-uns de caractère très archaïque. g 3. — DALI ('l^a>.iov), ATHIÉNAU (AÔtévou), CORNO (Kopvo;), ETC. Deux routes conduisent de Larnaca à Dali. La plus courte et la plus fréquentée pénètre, à une lieue de la ville, dans une chaîne de collines peu élevées et de calcaire blanc (en grande partie de calcaire statuaii^e). Elle les traverse en longeant des ravins et le lit d'un torrent à sec pendant l'été, passe par Coschi, 24 CHYPRE qu'on suppose avoir été l'ancienne Golgos. D'importantes découvertes, consistant surtout en statues de pierre calcaire de l'époque grecque et d'un âge plus ancien, ont été faites dans le bourg même et aux environs. La plaine d'Athiénau est bornée au nord-ouest par des collines ou plutôt des ondulations de terrain qui, une fois franchies, permettent d'apercevoir une vallée verdoyante, large d'environ une lieue et demie, et arrosée l'été par un ruisseau. L'hiver, un torrent assez considérable la traverse. Ce torrent, qui sort du massif du Mâchera, est un affluent de l'Aoûs. Il arrose le petit village de Nysso, près du tchiftik Mattei, et, faisant un coude vers le nord, atteint la petite ville de Dali, qu'il laisse au sud, enfouie dans la verdure et les jardins. Au sortir de Dali, ce torrent, se dirigeant toujours vers Test, longe une chaîne de collines, atteint Potamia, ïloTajjiia, et entre dans la Messaorée. Qu'on vienne de Larnaca par Coschi ou par Athiénau, on remarque dans les plaines des élévations complètement isolées qu'on serait tenté de prime abord de prendre pour des tumulus artificiels ou des amas de décombres. Ils se trouvent surtout dans l'est et le sud, à peu de distance des collines. Quelques- unes de ces élévations sont très hautes. Aucune n'a été fouillée, que je sache. Le Dali actuel occupe-t-il l'emplacement de l'ancienne cité d'Idalium? C'est ce que je ne saurais préciser. J'ai vu dans la ville de nombreuses traces de l'antiquité, telles que chapi- teaux corinthiens, tronçons de colonnes, et, dans deux maisons de paysans, des statues mutilées ; mais point de ruines d'édi- fices. La ville de Dali ' est limitée au sud par un ruisseau qui n'est * I. Cf. le plan partiel, à plus grande échelle, donné au chapitre m, l'Appen- dice et la planche I. V DÉCOUVERTES 25 presque jamais à sec. Entre ce ruisseau et la chaîne de collines qui, partant du Mâchera, ''Opo; ty;; Ma)(^aipa^oç, court de Touest à Test, s'étendent des champs ensemences de céréales, de vignes et de chanvres, et présentant, des collines au ruisseau, une décli- vité peu prononcée. Ce sol, où les eaux ne séjournent pas, est léger et sec, et renferme une nécropole dont on n'a pas encore déterminé les limites. Une autre chaîne de collines, située au nord de Dali, court parallèlement à la chaîne du sud, presque en ligne droite. Elle prend naissance à quelque distance de TAoûs, à Péra, Il^pa Xwpfov, et se termine brusquement, presque à pic, à la hauteur du village de Potamia, à Test de Dali. C'est dans ces collines, m'a-t-on dit, à environ deux milles de la ville, que l'on fit, en janvier 1868, les premières découvertes de tombes creusées dans le roc même. La forme de ces tombes est celle d'un cul-de-four d'environ i"*,5o de haut sur i",8o à 2™,5o de diamètre. Un trou, percé dans la paroi et à égale dis- tance du plancher et de la voûte, qui est hémisphérique, donne accès à l'intérieur, ne laissant passer que juste le corps d'un homme. Cette entrée se trouve fermée par une pierre plate de o"',6o à i",2o. Généralement un étroit et court couloir conduit à la porte. On ne trouve dans ces tombeaux aucune trace de maçonnerie. Les objets qu'on y a découverts sont : des poteries à raies noires et rouges, entrecroisées et formant des espèces de ha- chures ; des vases vernis ou non, brunâtres ou noirs et sans peintures; des lampes dites romaines, à sujets, et des lampions grossiers en forme de godets, pareils à ceux dont on se sert encore dans l'île ; des animaux et des oiseaux de terre cuite, creux et ayant servi de vases ; des lances de bronze; quelques coupes de bronze, hémisphériques et unies; enfin une très grande quantité d'ossements. A 200 mètres de là, au pied d'un mamelon, sont disséminées 26 CHYPRE des pierres de taille de grand appareil et qui semblent indiquer l'existence d'une ancienne ville, ou village, dont dépendait la nécropole. Des sépultures identiques furent découvertes au pied des col- lines du sud, en février 1868, dans des champs que traverse un chemin qui part de Dali, côtoie un petit tertre, et conduit dans les vallées voisines de Lympia et d'Alambra, après avoir tra- versé la chaîne de hauteurs par une coupure où le dominent, en cet endroit, les deux collines d'Ambelliri. C'est après les récoltes que les fouilles se font ordinairement. Elles ont commencé à droite du sentier en quittant Dali, dans un champ de vigne et de blé, parsemé de gros cailloux roulés et de rognons de pierre dure et noirâtre. Les tombeaux, en cet endroit, sont presque tous les mêmes : un couloir d'environ 4 mètres de long conduit à une ouverture fermée d'une dalle de 2 à 3 pieds carrés, et donnant accès dans une grotte en cul-de-four d'environ 7 à 8 pieds de long sur 6 à 7 de large et autant de haut. Les corps sont, soit couchés avec soin le long des parois, soit ramassés pêle-mêle dans un coin et les ossements confondus. A terre sont épars des vases de toutes sortes, dont les ornements caractéristiques consistent en cercles concentriques ou en des lignes rouges et noires entrecroisées, ou en des figures en relief (très rares); peu de vases avec vernis; quelques lampes et lampions. Je visitai, dans le même terrain, un tombeau trouvé à 2",5o environ sous terre et d'une remarquable construction : un esca- lier de vingt marches, de très belles pierres de taille, pratiqué dans un couloir de même appareil, donnait accès à l'intérieur d'une chambre sépulcrale, construite en pierres soigneusement équarries et toutes de même dimension. La voûte, effondrée, était angulaire, ainsi que le montrent les arrachements, visibles sur la paroi du fond. Au centre, je vis un sarcophage violé et brisé. Tout l'intérieur de ce caveau était noirci, et la pierre cal- DÉCOUVERTES 27 cinée en plusieurs endroits, comme si un violent incendie y eût été allumé. On trouva près du sarcophage deux anses de bronze affectant la forme d'étriers et pourvues, à la partie supérieure de la courbe, d'une sorte de fleur de lis, quelques débris de vases de bronze et une lampe à trois anneaux et à deux becs de même métal. Dans la partie de ce même terrain qui touche la route, vers Dali, quelques tombes renfermaient des verreries et des bijoux ; Ton m'a assuré que les curieux vases à personnages (que je décrirai dans la Céramique de Chypre) proviennent tous, sauf un seul, de ces mêmes sépultures. Au pied de la colline Est d'Ambelliri, est une chapelle grecque fort délabrée. De ce point au chemin et au ruisseau de Dali, s'étendent des champs où l'on a ouvert des tombeaux, toujours de même genre que les précédents, peut-être un peu plus grands, et qui ont fourni des poteries unies, des verreries plus ou moins irisées, selon la nature plus ou moins calcaire et sèche du terrain, des lampes dites romaines à sujets et à inscriptions, des lampions et des poteries grossières qui ne semblent pas avoir été travaillées au tour. Presque toujours les ossements sont entassés par couches séparées entre elles par de la terre. L'exploration de ces nécropoles a fait constater ce fait impor- tant que, toutes les fois qu'on rencontre dans une sépulture des poteries communes, les verres et les bijoux manquent, et les ossements de plusieurs cadavres sont entassés dans un coin. Ces tombes, dont l'arrangement intérieur dénote de la négli- gence et de la précipitation, sont vraisemblablement celles des pauvres. Quant à celles des riches, elles sont, bien entendu, en moins grand nombre et caractérisées par des vases peints ou ornés, des verreries et des bijoux, soit funéraires (c'est-à-dire fabriqués exprès et économiquement), soit usuels. A l'inspection des premiers objets qu'ils tirent des tombes, les 28 CHYPRE Dâliotes savent à quoi s'en tenir sur leur contenu et s'ils doivent continuer à les fouiller. Ils ne se trompent jamais. Si Ton se dirige vers la chapelle grecque dont j'ai parlé, au pied de la colline Est d'Ambelliri,on se trouve, en faisant quel- ques pas vers le sud, au bas d'une rampe évidemment factice, d'une pente uniforme, assez raide, et qui permet d'atteindre le double mamelon qui forme le sommet de ladite colline. Cette rampe était-elle primitivement un escalier? C'est ce que la présence de quelques fragments de maçonnerie m'a fait sup- poser. Sur le mamelon de droite se trouvent les restes d'un édifice qui a dû être important. Construit en belles pierres de taille et en moellons, il n'en reste plus que quelques tronçons de mur et une sorte de grande citerne carrée, de bel appareil, au fond de laquelle je remarquai des ouvertures rondes qui me parurent être des orifices de tuyaux. Quelques débris de statues de pierre calcaire jonchent le sol en cet endroit. Une dépression de terrain ensemencé sépare cet édifice de l'autre mamelon, celui de gauche, distant de 5o mètres en- viron. Là se voient également des restes de maçonnerie, dépen- dances sans doute de l'édifice principal. Le sol est profondément bouleversé et l'on y trouve une immense quantité de figures de pierre cassées, et de débris de statues de terre cuite, le tout appartenant à différentes époques. La grande statue, mainte- nant au Louvre, publiée par mon frère dans le numéro d'avril 1869 de la Revue archéologique ', provient de là. On y a trouvé aussi des pieds chaussés de brodequins richement ornés et brodés, des mains chargées de bracelets et d'ornements, des têtes de type chypriote (yeux très grands, nez gros, droit et un peu arrondi du bout, bouche petite et sensuelle, petit menton), * I. Voir à TAppendice. V, et pi. XVIII. DÉCOUVERTES 2g portant de curieuses coiffures, le tout en terre cuite, de gran- deur presque nature, d'un travail très soigné et ayant appar- tenu à des statues entières dont on ne saurait trop regretter la perte. L'autre colline d'Ambelliri, située en face, de l'autre côté du chemin, est plus élevée que sa voisine. De son sommet on domine le chemin, la plaine de Dali, le grand carrefour formé par la rencontre des deux vallées de Lympia et d'AIambra- On gravit la colline par le côté nord, car au sud elle se termine en falaise à pic. Un peu avant d'arriver au piton, on se trouve sur un terrain aplani de main d'homme peut-être, et où le consul de France fit fouiller il y a près d'un an. On n'y trouva que deux ou trois grandes pierres de taille, un trou circulaire peu pro- fond, quelques fragments de bronze et quelques décombres. C'est là que la plaque dite de Dali, la massue, les coupes du cabinet de Luynes et des armes de bronze auraient été décou- vertes. Au pied même des collines d'Ambelliri, entre les deux et à l'entrée des vallées voisines de Lympia et d'Alambra, se trouve un petit tertre que longe le chemin. Au pied de ce tertre et au bord du chemin on a découvert, en mars 1869, un amas consi- dérable de statues de pierre de tous genres, de toutes dimensions et toutes de caractère hiératique. Presque toutes étaient brisées. Les têtes de plusieurs étaient entassées dans une vasque ronde en pierre. Un petit chapiteau en pierre, ayant appartenu à une colonnette ionique, gisait à côté. Un buste colossal, fragment d'une statue entière brisée à mi-corps, fut tiré de là. Il est d'un beau travail et d'une conservation hors ligne. Il semble appar- tenir à l'âge de transition du v* siècle avant J.-C, âge carac- térisé par la symétrie et les détails du costume, la régularité des boucles de la barbe, de la coiffure, par les yeux encore taillés en amande et un peu relevés, le nez droit, le menton moins pointu que dans les figures d'art archaïque, la bouche plus hori- 3o CHYPRE zontale, c'est-à-dire moins relevée par le rictus des figures plus anciennes. Encouragé par ces belles trouvailles, M. Lang donna une impulsion vigoureuse aux fouilles, et son intelligente persévé- rance vient d'être récompensée, il y a deiix mois, par la décou- verte de substructions importantes, de deux autres vasques de pierre, d'un grand nombre de statues, de débris de colonnes et de neuf inscriptions sur marbre, dont six phéniciennes, une grecque, une chypriote de huit lettres et qui paraît complète, et une bilingue, phénicienne et chypriote. Le texte phénicien se compose de cinquante lettres en trois lignes, et est très mutilé. Le texte chypriote, presque entier et en très beaux caractères, se compose de cent lettres en quatre lignes. Quelques pierres calcaires, rongées par le temps, portaient aussi des inscriptions presque exclusivement chypriotes et reconnaissables seulement à quelques caractères encore visibles çà et là. Les inscriptions sur marbre sont fort rares à Ch3^pre. Cette matière manque dans Tile, et les Chypriotes semblent ne Tavoir connue que fort tard et par les Phéniciens, M. Lang trouva aussi des bronzes qui sont pour la plupart des statuettes de caractère égyptien, sauf une, de travail grec et représentant un athlète nu; des ornements d'émail bleu ou blanc, paraissant avoir appartenu à des colliers, de petites figures grotesques de même matière, des verreries presque toutes brisées, des débris de vases grecs à peintures noires, genre de Vulci ». [2 On a trouvé à Dali, à la chapelle d'Ambelliri, des os d'ani- maux, des dents de chameau, des os de mouton, des parcelles * I L'on a reproduit, planche I, le plan de ces fouilles tel qu'on Ta retrouvé dans les papiers de lauieiir. • 2. Fragment inédit retrouvé dans les papiers de Tauteur. DÉCOUVERTES 3i de charbon et même, m'a affirmé M. Lang, des os de nou- veau-nés. Les belles têtes de terre cuite viennent presque toutes de la chapelle de la colline occidentale d'Ambelliri. On y a trouvé encore des pieds de terre cuite d'un beau travail et remarqua- blement chaussés, ainsi qu'un grand nombre de statues de toutes époques, grecques, chypriotes, même romaines. Le temple d'Ambelliri était dédié à Apollon Amycléen. Il était entouré de tombeaux, et proche de la colline (orientale) où Ton a trouvé la plaque de la collection de Luynes, les armes et les coupes. Ce lieu, qui, contrairement à l'opinion reçue, n'était pas un champ de bataille, était un endroit consacré, et il y avait peut- être là un temple.] §4. — LYMPIA ('oWjJWÇta), AL AMBRA ( 'AXàfATupa). Le chemin qui, de Dali, va vers le sud, passe entre les deux collines d'Ambelliri et se bifurque dans une sorte de carrefour où aboutissent deux vallées. Celle qu'on a devant soi conduit à Lympia, celle de droite, à Alambra. Dans la première, à 600 mètres environ d'Ambelliri, àgauche, sur la déclivité que forme la base d'un contrefort, on mit à jour une nécropole. Même genre de tombeaux que dans la plaine de Dali. On en a tiré des pots et des verreries. Mon frère y fit fouiller et ne trouva rien qu'un massif de pierres de taille et un fût de colonne cannelée, brisée par le milieu. Sur la déclivité de la base des collines opposées, à droite, est une autre nécropole plus importante. Elle est située à 800 mètres environ de la première. Même genre de tombes, d'où Ton a tiré : des poteries à cercles concentriques, à traits croisés, des lampions, des verres, des poteries grossières et d'un caractère primitif, des lampes gréco-romaines, des bijoux et plusieurs 32 CHYPRE Stèles rondes, en forme de petits fûts de colonnes, ornées de moulures et portant des inscriptions qui finissent toutes par la rubrique XPHCTf XAIPE. Une de ces tombes présentait une particularité remarquable. Elle était dallée. Sous les dalles, on rencontra un autre tombeau dont rentrée s'ouvrait juste au-dessous de celle de l'autre. On trouva dans ces deux réduits des ossements et douze pièces de verre épais, d'un blanc verdàtre, travaillé à la meule et portant, fondues avec lui, des lentilles de verre bleu tirant sur le violet, placées symétriquement sur la paroi des vases qu'elles ornaient. Ces vases consistent en coupes coniques ou cornets sans pied, tasses hémisphériques, assiettes, etc. Ces pièces sont les seules de ce genre découvertes jusqu'à présent, et on ne les a trouvées que là. On n'a point fouillé dans la vallée voisine d'Alambra, mais les terrains en pente qui se trouvent au pied des collines et quelques tumulus isolés donneraient, je pense, avec des travaux bien conduits, d'intéressants résultats. Les tombeaux de la plaine de Dali appartenaient à la cité et aux villages voisins. Ceux de la vallée de Lympia dépendaient vraisemblablement d'une autre ville. Où était cette ville? je ne saurais le préciser. Toutefois, en partant, avec mon frère, de la nécropole où Ton a trouvé les stèles et nous dirigeant vers Lambra, sans suivre les sentiers tracés, nous gravîmes une col- line qui se trouve au point d'intersection des deux vallées et forme un musoir qui les domine toutes deux. Le sommet et le liane de cette hauteur étaient couverts d'une grande quantité de grosses pierres qui sentaient d'une lieue leurs décombres d'édi- fices antiques. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que rien n^indique que la présence de ces pierres soit due à un cboulcment venu d*un lieu plus élevé ou à un accident géo- logique. ^ DECOUVERTES 33 g 5. — AUTRES LIEUX DE DÉCOUVERTES. A Hagi Héracliti, "Ayio; 'H^fxxktiTnç (rancienne Témessus), à rentrée d'une vallée dont la Mâchera forme le fond et où Ton recueille de la terre verte, existaient de riches mines de cuivre. On y voit encore des ruines importantes et très étendues. Je ne les ai point visitées. Près de là sont des nécropoles qui ont donné des verreries et, m'a-t-ondit, beaucoup de médailles. A Péra, nepa, village situé au nord-est de Témessus, à l'entrée de la plaine de Dali, on a découvert aussi des tombes, et, il y a quelques années, une grande statue de bronze. Les habitants la cassèrent, s'en partagèrent les morceaux et les vendirent à Nicosie 2 piastres et demie Toque. A Salamine, on trouve des médailles. A Tricomo, dans le Carpas, on a trouvé des statues. Sur la côte nord de l'île, au Carpas, vers le cap Saint-André, au lieu nommé 'Axttiv 'Apyîwv, la présence de nombreux débris, tombeaux, statues, colonnes, promet une riche moisson aux fouilleurs. A Cérinia, Morphou, Chrysocou, sur la côte, à Tembria et Nicosie, dans l'Intérieur, aucun coup de pioche ne serait donné en vain, Chypre est une terre pour ainsi dire vierge, qui réserve à l'archéologue les découvertes les plus intéressantes et les plus inattendues. Centre d'un admirable culte, toutes les nations du continent voisin s'y sont donné rendez-vous et y ont laissé leurs traces. Au milieu de tant de débris divers, les monuments de style chypriote se reconnaissent à leur originalité typique, et font désirer de connaître davantage une île si peu ex- plorée. Il est extrêmement difficile, sinon impossible, d'arriver à savoir au juste à quel endroit tel morceau a été trouvé. La mé- fiance des Chypriotes est si grande, leurs réponses sont si 3 -^ iï.:er^. la ta le ^ *>■■>■ S^Sa^ ..* ' l^ ' C«JÏ .«V. ■ ■ t i^^nia»» .aK^Sâilk^ - I II ■ •■ ■■ - *■ isns '::is H'-.sc n nut ^ B FI r :n D hr-A Z £;;.- F A G £r:j H .if" is- x«f ru -Ci ri"f' * :. Ce::.- ' rîas -1:13 i TArw CHAPITRE DEUXIÈME GOLGOS I LES SANCTUAIRES CHYPRIOTES- § I. — REMARQUES GÉNÉRALES. Avant d'énumérer et de décrire les monuments des huit classes mentionnées précédemment, je compléterai mes études préliminaires par des notices spéciales sur les temples de Golgos, Dali, Pyla et les tombeaux avoisinants*. Afin d'éviter les redites, voici les généralités applicables aux monuments susdits et, je pense, aussi à ceux qu'on découvrira plus tard. Les sanctuaires chypriotes sont, à l'inverse de ceux de Phé- nicie, situés dans les vallées, dans des lieux bas où l'humus, d'une plus grande épaisseur que sur les hauteurs, assurait * I. Revue archéologique, XXII, p. 36i et suiv. (iSyo-iSyi)* Le mémoire est daté du 22 novembre 1871. * 2. Comme on le sait, une mort prématurée a empêché l'auteur d*exécu ter à la lettre le programme quMI sMtait tracé. Seuls les sanctuaires de Golgos ont pu être décrits par lui avec quelque détail. 36 CHYPRE Texistencc d'une végétation abondante qui contribuait à rendre les abords du temple frais et salubrcs. On peut regarder comme relativement récents et contemporains des dominations phéni- cienne ou grecque les édifices religieux dont les ruines se ren- contrent sur les hauteurs. Par la consécration des forêts atte- nantes, forêts peuplées d'oiseaux et surtout de colombes (Athén., XIV), ils empêchaient le déboisement des cimes et, par suite, le tarissement des sources fertilisatrices du pays'. Les temples chypriotes avaient ainsi, comme les temples phéniciens, un côté éminemment utilitaire. Ils sont entourés de nécropoles. On remarque la même chose dans certaines localités de Phénicie, notamment à Palaebyblos [Sarba-Djouni^ près de Beyrouth), où le seul temple phénicien presque intact qui existe encore est entouré d'une multitude de tombeaux taillés dans le rocher^. L'ensevelissement autour des sanctuaires contribuait à augmenter la vigueur de la végéta- tion environnante et assurait aux cendres des morts un repos et un respect inviolables^. I. [Quelques sanctuaires toutefois étaient situés sur des hauteurs (à Dali par exemple, sur Tune des deux collines d^Ambelliri), qui alors devaient être boisées. ....Fotum grtmio dea tollit in altos Idalia lucos. (Virg., JEn., h vers 693.) II est probable que c'est le siteseul, boisé, qui fitTimportance d*Idalie. Servius, en effet, dit : « Idalium Cypri nemus est in quo oppidum brève ; ut paullo poste Idaliœ lucos. i De plus, une rivière, affluent du fleuve Pidaeus, arrosait le vallon et assurait à tout le territoire environnant une fertilité qu'il possède encore. Autre* fois comme aujourd'hui c'éuit Vldalium frondosum de Catulle (Carm. LXV, épi» thalame de Pelée, vers 96).] (* Note retrouvée dans les papiers de Tauteur.) * 2. Voir Deuxième partie, IV. 3. [La forme générale des tombes chypriotes est celle-ci : Grotte à fond en cul-de- four. Hauteur, 3 à 7 pieds ; largeur, 6 à 12. I^ porte s'ouvre à égale distance du plancher et de la voûte; demi-circulaire, elle laisse juste passer le corps d^un homme et est toujours fermée par une pierre plate de 6 à 8 pieds de surface. Parfois un étroit couloir conduit à cette entrée. Ces tombes sont toujours situées à la biise de collines dans des terrains dont la déclivité assurait la sécheresse. Dans les terrains purement calcaires, le sol est d'une siccité à peu près absolue. Aussi les verreries qu'on en tire sont-elles peu ou point irisées.] (* Note rcirouvéc dans les papiers de l'auteur.) GOLGOS 37 A Golgos, Dali, Pyla, les ruines des temples consistent en lignes de soubassement de maçonnerie dessinant les contours de l'édifice. Peu ou point de décombres, jamais de traces de hauts murs. A Dali, un tronçon d'une muraille percée de fenêtres et bâtie de grosses pierres de taille est d'une époque postérieure, grecque probablement, et n'a point fait partie du sanctuaire primitif. Dans l'intérieur de l'enceinte on trouve des chapiteaux, colonnettes, socles, restes de portes, dalles, piédes- taux de statues, fragments d'architecture, statues, ex-voto, bas- reliefs, inscriptions et graffiti, bronzes, vases, médailles, usten- siles divers, le tout généralement en très bon état. On ne voit point de traces d'édifice à la surface du sol . Tous les débris sont enfouis. L'intégrité des parements, l'absence de décombres, les assises de maçonnerie basses et de même niveau dessinant le plan du temple, la conservation parfaite des objets découverts, la couche de terre fine qui recouvre le tout, amènent à supposer que les sanctuaires étaient bâtis comme les maisons chypriotes d'au- jourd'hui, en briques crues ou mattons sur soubassements de maçonnerie. Les tremblements de terre, le fanatisme chrétien, d'autres causes peut-être, ont renversé les statues et tout le reste, et fait écrouler, par dessus, les murs de terre séchée qui, en se pulvérisant, ont conservé tous les débris sous une épaisse couche de poussière. L'emploi de la brique crue était, comme aujourd'hui, préféré parce que la fabrication en est très simple, ne nécessite point de construction difficile de fours à brique,' économise le com- bustible et évite ainsi des abattis d'arbres trop considérables; enfin, parce que l'on peut construire rapidement des murs de forte épaisseur, frais l'été, chauds l'hiver, toujours secs et sains à habiter. La bâtisse en mattons était donc et est encore une nécessite de climat, et cependant ni la pierre ni la chaux ne font défaut dans Tilc. 38 CHYPRE Le temple seul de Paphos était hypèthrc et l'autel de Vénus à découvert'. Je suppose donc que les autres sanctuaires de Chypre avaient une toiture, laquelle ne différait guère de celle des maisons actuelles. Celle-ci consiste en chevrons soutenus par des poutres (ces bois sont quelquefois en grume) et recou- verts d'abord de nattes ou de roseaux, puis d^une épaisse couche de terre tassée (20 à 3o centimètres), parfaitement im- perméable, formant terrasse et se couvrant, au printemps, de gazon et de fleurs. Les temples étaient dallés en calcaire de Chypre. Les dalles ont environ 10 centimètres d'épaisseur. Dans chaque temple, les dieux étrangers avaient leur cha- pelle comme les saints dans les églises chrétiennes. Les divi- nités adorées de préférence en compagnie de la grande déesse sont : Apollon, Hercule, Diane. On a trouvé aussi beaucoup de monuments relatifs au culte du cyprès, qui se rattache au mythe de Cybèle. Les sanctuaires chypriotes n'ont pas changé de place pendant tout le règne du paganisme et ont conservé leur aspect primitif: un simple clos ou une cabane de mattons couverte de clayons et de terre. Les éléments d'architecture qui les ornaient révè- lent les uns l'influence de Tart assyro-phénicien, les autres celle de l'art grec; ils n'appartiennent pas au plan primitif et ont été ajoutés au monument déjà construit. Plus tard enfin, la chapelle primitive, que l'affluence des pèlerins avait rendue insuffisante, fut agrandie ou entourée d'édifices qui lui servirent de succursales. 1. Cette particularité a été, pour ce seul temple de Pile, remarquée des anciens, qui prétendaient même que la pluie ne mouillait jamais l'autel. (Parisot, Biog, univ, mytholog.y art. Vénus.) * Pline, liv. Il, ch. C, xc. [« Célèbre fanum habet Veneris Paphos in cujus quamdam aram non impluit. »] (* Citation ajoutée par Pauteur dans une note manuscrite.) GOLGOS 39 g 2. — LES SANCTUAIRES DE GOLGOS. Dans la nuit du 6 au 7 mars 1870, on vint avertir le général Palma de Cesnola, consul des États-Unis à Chypre, que des paysans, en travaillant dans un vallon aux environs d'Athié- nau, avaient rencontré une portion de statue colossale et d'autres plus petites. Le consul se transporta immédiate- ment sur les lieux, constata l'importance de la découverte, loua tout le champ où les fouilles avaient commencé, et donna au plus intelligent de ses ouvriers ses instructions pour déblayer complètement et avec grandes précautions les monuments enfouis. Les collines ou plutôt les ondulations très accentuées de ter- rain qui environnent et dominent l'emplacement des fouilles avaient déjà été explorées. Les gens d'Athiénau, trouvant plus de profit à vendre des antiquités aux amateurs de Larnaca qu'à cultiver leurs champs, avaient rencontré là, sous leur pioche, des tombeaux qui leur avaient fourni des verreries grecques, des bijoux et des terres cuites. Quand la nécropole ne leur donna plus rien, ils allèrent dans le vallon. Lorsque je visitai Golgos au mois de mai 1870, je pus m'as- surer que les fouilles avaient été faites dans deux endroits différents. Arrivé par l'ouest, je m'arrêtai au milieu d'un ter- rain bouleversé par des excavations récentes. M. de Cesnola, qui m'accompagnait, me dit qu'en cet endroit on avait trouvé des statues rappelant, pour la plupart, le style égyptien quant aux costumes et aux attitudes, mais non quant au type; qu'il avait tout lieu de croire qu'il avait existé là un temple circu- laire et fort ancien, abandonné ou détruit plus tard, et que beaucoup de ses statues et ornements avaient dû être trans- 40 C H Y P R K férés dans un édifice plus moderne, sa succursale, qui était devenu bientôt en quelque sorte la paroisse métropolitaine de Golgos. Cette hypothèse était, selon lui, corroborée par l'ab- sence dans le vieux sanctuaire de statues en bon état, celles qu'on y trouva étant plus ou moins frustes ou brisées, de pièces de style plus moderne et de la belle époque, de bas- reliefs, inscriptions, ex-voto comme on en trouva dans l'autre temple; enfin par la découverte dans celui-ci d'un torse de très vieille statue, nue, creusé en alvéole carrée et destiné à servir de piédestal. Nous franchîmes, à l'ouest, une ondulation de terrain qui séparait les deux champs de fouilles, distants entre eux d'en- viron 200 mètres, et nous mîmes pied à terre sur un sol pro- fondément bouleversé et retourné par les hommes de M. de Cesnola. Découragés sans doute dans leurs recherches au vallon voisin, les paysans avaient attaqué une portion de champ con- tiguë à celle où, peu d'années avant, M. de Vogué avait fait faire des excavations dont les déblais existent encore. Ces excavations n'avaient donné que des résultats médiocres. Elles n'avaient eu lieu que sur un espace très restreint et dans la direction oblique du sud à l'ouest. Les paysans espéraient qu'en travaillant, dans la direction du sud au nord, le sol vierge d'à côté, ils seraient à peu près payés de leur peine. Ils ne furent pas déçus, et dès les premiers coups leurs outils rencon- trèrent le beau colosse dont la gravure est ci-jointe (pi. II et III). Un an auparavant, les fouilles du temple de Dali avaient commencé de même par la découverte d^un colosse, et M. Lang, encouragé, avait donné aux travaux une impulsion qui amena la trouvaille de trésors archéologiques d'une extrême impor- tance. M. de Cesnola, à l'exemple de son devancier, résolut de savoir le plus tôt possible à quoi s'en tenir sur la valeur de ce nouveau placer^ et cinquante hommes furent mis à l'œuvre. ^ GOLGOS 4» Un déblayement progressif fit bientôt mettre à jour une ligne de maçonnerie que je ne pus voir malheureusement, M. de Cesnola m*ayant dit que les ouvriers l'avaient recou- verte de terres; cette ligne de maçonnerie, qui délimitait pro- bablement Tédifice construit là, formait un carré long de i8°',20 environ sur 9",io de large. Une porte de 9 pieds anglais de large était pratiquée au nord, non point sur le grand axe du carré, mais reportée vers l'ouest. Sur la face est, une autre porte de 8 pieds anglais était également percée plus près du mur sud que du petit axe du temple. Toutes ces données m'ont été fournies par le plan que M. de Cesnola me communiqua et me permit de reproduire. (Fig. i .) o m Fouilles i» MI de Vo«ue' . ^ m @ j u N .8r±. Ji2i. E Fio. I. Je pris rapidement une vue du site. Le temple était parfaite- ment orienté; ses petits côtés regardent le sud et le nord. Lorsqu'on s'adosse à la façade septentrionale, on a devant soi 41 CHYPRE rentrée du petit vallon; plus loin, au nord-ouest, à 5oo mètres de distance environ, des ruines éparses qu'on croit être celles de l'antique Golgos; dans le lointain la plaine de la Messaorée, et au dernier plan les sommets de Cérines qui se continuent à Test jusqu'au Carpas. Vers le nord-est est Athiénau; au sud, le fond du vallon ; à droite et à gauche, des collines peu élevées où, comme je l'ai dit, des tombes ont été ouvertes^ Je vis et dessinai une multitude de débris curieux dont le général fit transporter plus tard quelques-uns à son logis de Larnaca. Près de la porte nord je mesurai trois fragments d'arc, un petit tronçon de colonnette dorique non cannelée, avec son chapiteau (fig. 2) de o",i3 de hauteur; l'abaque carré a o",3i sur chaque face; à côté était un cube de pierre de o",23 de haut sur o",55 de côté, creusé d'une alvéole ronde de o",37 de diamètre, et où la base de la colonnette était peut-être encastrée; une longue pierre de o",45 de haut sur i",54 de long et ornée d'un bandeau saillant décoré de petites guillochures; une autre pierre haute de o",23 et garnie d'un rebord. Ces pierres faisaient peut-être partie de la maçonnerie du soubas- sement. •--« P'iG. 2. J'ai vu à Larnaca, au consulat américain, deux chapiteaux curieux que M. de Cesnola me dit avoir été apportés de Golgos et qui peut-être viennent de l'ancien temple, le plus primitif des deux du moins, bien certainement. Celui-ci (fig. 3) se com- pose d'un abaque carré de o',57 de côté, et d'un hémisphère un peu allongé, portant sur tout son pourtour des cannelures peu profondes et serpentant verticalement, depuis l'alvéole ronde pratiquée à la base et que l'on coiffait sur le sommet du fût, jusqu'à l'abaque lui-même. L'autre chapiteau, plus petit, est haut de o",29 (fig. 4), Comme le précédent, il est en pierre calcaire. Sa moitié supérieure est un tronc de pyramide ren- versée, carrée et dont la base a o",3i de côté. Chacune des faces est encadrée d'un bandeau plat et divisée par deux ba- guettes, ou trois bandes horizontales, superposées et ornées de zigzags en relief. La moitié inférieure est circulaire et se com- pose de huit rameaux qui, en contact par leurs sommités avec l'abaque, se recourbent gracieusement en rappelant ainsi les bouquets épanouis des acanthes corinthiennes. Il se pourrait que ce chapiteau vînt du grand temple ou même des ruines de Golgos. Je ne sais rien de précis là-dessus. Au milieu de l'enceinte je vis, renversé, un cône de pierre grise, dont le sommet avait été brisé et qui ne mesurait plus que o",65 de haut. La base avait o",3q de diamètre et la stabilité en était assurée par un évidement. Intact, le monument devait avoir un peu plus d'un mètre. Le travail en est très soigné. La ^ GOLGOS 45 figure 5 représente le cône. La partie figurée depuis la cassure jusqu'en haut est de restitution. La figure 6 représente^la base avec son évidcment, d*après une coupe verticale pratiquée seu- lement à partir de A B. On ne trouve point aux environs la pierre dont il est fait. Celle-ci a donc dû être apportée de loin. Nul doute, selon moi, que ce cône n'ait été le simulacre de la Vénus Golgia. Celle-ci était évidemment la même que la Vénus Paphia, adorée sous cette même forme conique et dont le culte fut apporté à Golgos par Golgus, fils de Vénus et d'Adonis ( Pausanias, VIII, 5 ). Outre cette pierre, mon guide me montra tout à côté, et ayant dû occuper à peu près le centre de l'édifice, un piédestal double Fio. 7. en pierre calcaire, long de i",i6, haut de o"',38, large de 0^,49 à la base, de o'",56 en haut, et portant deux alvéoles carrées dans lesquelles étaient encastrés jadis les socles de deux statues, colossales probablement, et adossées comme l'étaient généra- lement toutes les statues chypriotes, dont la partie postérieure est ou à peine dégrossie ou tout à fait plate (fig. 7). M. de Cesnola me dit avoir compté ainsi douze piédestaux doubles disposés en quatre rangs et point pareils. Cela suppose vingt-quatre statues importantes ornant le sanctuaire. D'autres statues plus petites étaient placées vraisemblablement parmi les colosses, car on a trouvé des piédestaux disséminés çà et là et de toutes grandeur\, 46 CHYPRE i quelques-uns assez petits, certains même portant des inscrip- tions en langue chypriote. Je mesurai quelques-uns de ces piédestaux intacts que le général de Cesnola avait fait transporter à Larnaca. L'un avait o",23 de haut et o",29 sur o",3o de côtés. L'alvéole, formant un carré long, a été creusée plus près d'un bord que de l'autre. Un autre bloc a les quatre pans évidés et formant un évasement de la base à la partie supérieure. Il a o",3o de haut, o™,5i de côté à la partie supérieure et o",4i à la base, et présente cette particularité que l'un des bords de l'alvéole est garni de quatre trous carrés; deux autres existent latéralement. Ces six trous — 1^ .ftjf. ÛlSi. a i-i U U Fio. 8 et 9* ont été, je pense, pratiqués après coup et garnis de tenons de bois ou de pierre dure destinés à assujettir la base endomma- gée d'une statue ou à donner plus de fixité à une figure trop haute (fig. 8 et 9). Enfin un piédestal de même genre mesurait o",2i5 de haut sur o",24-o",26 de côtés. Le sanctuaire était peuplé d'une très grande quantité de statues de toutes tailles. Plusieurs étaient colossales; beaucoup GOLGOS 47 • étaient tombées la face en avant et s'étaient brisées en gros fragments faciles à rajuster. Les plus grandes gisaient auprès de leur piédestal. On avait suspendu aussi aux murs des tableaux gravés ou sculptés sur plaques de pierre, quelques-uns accompagnés de longues inscriptions chypriotes, et des ex-voto travaillés de même; les lambris, à l'intérieur, étaient formés par une suite de tableaux sculptés sur pierre, en relief peu saillant. Un frag- ment que M. de Cesnola conserve dans son musée représente Hercule et les troupeaux de Géryon. Je suppose donc que les tableaux se rapportaient pour la plupart aux principaux traits de la vie d'Hercule, à ses douze travaux. Ces sculptures sont traitées à la façon des bas-reliefs assyriens. L'on trouva mille débris d'ustensiles, etc., objets ayant servi au culte et que nous décrirons en temps et lieu. Enfin l'on mit à jour le dallage du temple, fait de beaux carrés de calcaire de Chypre et épais de o"*,io. Avec les données qui précèdent, il est possible, je pense, de faire une restitution idéale du temple de Golgos.Il était construit en briques séchées au soleil ou mattons, formant quatre murs, dont la base était assise sur les pierres à rebords du soubasse- ment. Ces murs étaient revêtus d'un crépi blanc ou de couleur et imperméable à la pluie. Au nord et à l'est, peut-être aussi à l'ouest, des portes qui furent ornées, plus tard sans doute, de colonnettes doriques remplaçant les primitifs chambranles de bois. Des piliers soutenaient à l'intérieur un toit qui était à double pente très peu sensible, vu la largeur de l'édifice; il for- mait ainsi terrasse, comme les toits chypriotes actuels. Ce toit se composait de pièces de bois très rapprochées; par-dessus, des nattes et des roseaux recouverts d'une couche épaisse de terre battue, aussi imperméable à l'humidité qu'aux ardeurs du soleil. L'extérieurdu temple de Golgos devait donc être fort modeste. TUiTi '>»! ja rriz^erti'.-: Tî^t^^T icnr r-m-nz 2a:eir xan^ïw f^TXa JSA 3UIS ZnHilcS ^Tt^Ti*^. ^ riilîT ensile 3£ XI3E3S pCJt* * ' - - ■ . , .» - « ^r» troiA sy^rrya t: -i tiS c .es r:e-i5 s Lùn (Je* ddx a2rrlb::i5. zze cclcziie- fie i« F^^r^ par ci>ry:LIe» de bod.î. lit retrs vive pe*^ irrès. Les bris xT-iîest été traraîlléi séparéznent c: ar-istés cgilezieiit par ie grosses chc- rille%dt bois, qa: furect £ic:Ienie:i: rernpljbcses. IXcux des ioîgcs de U main droite araicat été brisés. La gravure d-yoînte pi. II et Iir est la repcoductxoa très exacte de ce magnifique morceau. I^ coiffure consiste en demi-fuseaux« dont la réunion forme un bonnet ^'ajustant bien sur la tête. Le cimier est une tète d V nimaL peut-être de lion ; le tout rappelle le bonnet phrygien. Une rangée de mèches frisées rondes et s\*métriques couvre le front. Une triple bandelene gaufrée ou une triple mèche de cheveux ondulés et à brins séparés tombe de la coiffure sur chaque épaule. 1^ figure a le tj'pe chypriote : gros yeux à fleur de tète, nez droit et fort terminé en pointe d'œuf, bouche petite, lippue et M:nftuellc, jadis colorée en rose, menton rond et peu proémi- nent, ce qui indique peu d'énergie. GOLGOS 49 Au COU, un collier ou plutôt une sorte de hausse-col bordait la tunique et se divisait en deux zones superposées, dont l'or- nementation est caractéristique : dans la première zone est un rang de douze croix grecques cantonnées de points et peintes en rouge; dans la zone inférieure il n'y a que onze de ces croix. Le vêtement se compose d'une draperie dont les plis, traités d'une manière symétrique, peu large et tout à fait archaïque, semblent plutôt gravés que sculptés, tant est faible leur saillie. Cette draperie se relève sur les deux bras, aux coudes, tombe de chaque côté du personnage, en plis pressés, et couvrait une robe. Celle-ci est à découvert à partir de la ceinture. Le bas de cette robe est orné d'une zone de broderie distante d'un pied environ du bord inférieur. A partir de la broderie, l'étoffe tombe sur les pieds nus, raide et droite, en formant des plis réguliers simulant des godrons. Le vêtement, selon la coutume, avait dû être rehaussé de rouge. Je n'ai vu de trace de couleur qu'au hausse-col. Les deux bras sont nus et tendus en avant. La main droite tient une coupe hémisphériqueàpied. L'autre tient une colombe, dont la partie antérieure fait face au spectateur; le corps de l'oiseau est fixé sur le poing et la queue sur l'avant-bras, au K . moyen de deux chevilles carrées; les pattes se voient entre les doigts qui les retenaient. Les ailes sont un peu relevées le long du corps comme sur le point de s'éployer tout à fait. Les pieds de'la statue reposent sur une base carrée. La statue est intacte, pour ainsi dire, car deux doigts seule- ment manquent à la main qui tient la coupe. On sent, à regarder cette œuvre attentivement, qu'elle est vraie, et par conséquent bcllectd'un incontestable mérite comme art, qu'elle exprime une réalité disparue et n'est point le produit d'une fantaisie d'artiste. C'est un portrait, comme l'étaient du reste toutes les figures de pierre trouvées dans les temples, et 4 3o CHYPRK représentant, je pense, des individus qui avaient voulu, en se plaçant en effigie autour de la divinité, lui consacrer pour ainsi dire leur propre personne. La coupe de libations et la colombe, animal consacré à Vénus^ indiquent selon moi un personnage sacerdotal. Les autres sta- tues m'ont paru toutes porter ce caractère, et cela me porte à croire que le costume sacerdotal était de rigueur pour les statues votives. La façon dont les plis du costume sont agencés et traités dénote répoque grecque. La raideur hiératique de la pose, Tarchaîsme des détails, la physionomie placide et béate, le léger riaus des lèvres, le manque de science anatomique dans les parties hues, indiquent une époque contemporaine de celle du colosse de Dali, un peu plus soigné d ailleurs comme exécution; peut-être même la figure de Golgos est-elle antérieure. Gela nous repor- terait au V* siècle avant J.-C; et si Ton admet que le colosse de Golgos n'avait point été primitivement dans le temple voisin, et que par son style, plus archaïque que celui de presque tous les objets trouvés au même lieu, il est un des premiers de ceux qui ornèrent le grand temple au lendemain même de son inau- guration, on pourrait assigner au sanctuaire neuf Tàge même de la statue et fixer au commencement du v* siècle l'abandon de Tancien temple. La tête colossale, dont la gravure accompagne sur la pi. III la reproduction agrandie de la tête du prêtre à la colombe, et que M. de Cesnola me dit avoir été trouvée dans le second temple, serait contemporaine de la statue précédente, peut-être plus ancienne à cause de la façon sommaire et tout égyptienne dont la barbe est traitée. Elle viendrait, dans ce cas, du vieux sanctuaire, malgré son poids énorme et la taille de 8 mètres du personnage tout entier. Cette tête a plus d'un mètre de haut. Elle est coiffée d'un bonnet ovalaire terminé par une pointe; deux jugulaires sont GOLGOS 5i relevées contre le bonnet. Les yeux, en amande, sont à fleur de tête, le nez droit et en pointe d'œuf, la bouche petite et les lèvres accentuées. Le tout est d'un style très archaïque et d'un type identique à celui de la première statue. Ce colosse était probablement costumé à l'égyptienne : tuni- que ou justaucorps collant, bras nus ramenés le long du corps ou repliés dans les poses consacrées; les jambes droites et réunies, ou dans l'attitude de la marche. Vu ses dimensions, il devait être placé hors du temple, peut-être devant une porte. § 3. — CONCLUSIONS '. Dans le numéro de mai 1872 de la Revue archéologique a été insérée, au chapitre des Nouyelles archéologiques, une lettre rectificative concernant mon dernier article sur Golgos'. Cette lettre était datée de Larnaca^. L'auteur, M. Lang, résidant en l'île, a pu suivre, depuis le premier jour de la découverte, tous * !. Revue archéologique j XXIV, p. 221 et suiv. (1872). * 2. Correspondant aux paragraphes précédents i et 2. * 3. L'on croit utile d'en reproduire ici la teneur : « Cher Monsieur, « Je viens de lire attentivement, et avec beaucoup d'intérêt, votre article de la Revue archéologique touchant les fouilles récentes faites par le général de Ces* noiâ, près d'Athiénau en cette île. Votre inviolable respect de la précision en matière archéologique m'étant connu, j'ai cru devoir, à cause de cela, vous donner quelques renseignements positifs sur les première et seconde excava- tions mentionnées par vous, pages 3 et 4 de votre tirage à part. (Livraison de décembre 1871.) « Établir nettement les faits qui se rapportent à ces deux fouilles est, à mon sens, chose extrêmement importante, et j'ai toujours regretté que M. de Ces- nola ait cru devoir mêler ensemble les objets des deux temples, comme s'ils provenaient d'un seul, afin de créer ainsi le temple de Goigos, - K Pour rendre plus claires les remarques qui vont suivre, j'appellerai les fouilles que vous avez vues tout d'abord en arrivant par l'ouest : le premier temple, et celles dont vpus donnez le plan, page 5 : le second temple. « Les gens d'Athiénau découvrirent le premier temple le 6-7 mars 1870, et la 52 CHYPRE les travaux faits aux temples de Golgos. Il a été, pour ainsi dire, témoin oculaire des fouilles; il a constaté leurs résultats et pu établir, d^une façon presque indubitable, l'origine des mo- numents qu'on en a tirés. Ses assertions donc méritent pleine confiance. Cinq points ressortent de cette lettre (ils y sont nettement formulés) : !• Il y avait deux temples ; 2® Le plus ancien (celui qu'on me dit avoir dû être circulaire) est le premier qu'on rencontre en arrivant par l'ouest ; c'est le petit sanctuaire ; pièce qui tout d^abord excita leur étonnement fut la tête colossale figurée dans votre planche 24 (p. 12, votre assertion incllae vers le contraire). « Ce jour-là et le suivant furent trou v^ quelques-unes des plus belles pièces de la collection, entre autres la tétc du beau colosse figuré planche 24. Pour ce qui regarde cette tête^ vous êtes exact dans votre récit (p. 10) en mettant sa découverte au 6-7 mars, et inexact (p. 4) en la donnant comme ayant été ren- contrée c dès les premiers coups » dans le second temple. « Ces morceaux^ et d'autres encore que je pourrais citcr^ me causèrent la plus vive admiration lorsque je visitai le musée de M. de Cesnola quelques jours après leur découverte et plusieurs jours avant celle du second temple. Et sur ce point une méprise est impossible. « Je choisis les photographies de ceux des morceaux que je reconnus parfai- tement provenir du premier temple ; parmi eux les statues se distinguent comme les plus intéressantes du musée, et sont remarquables par leur nombre et leur délicate conservation. « J'ajouterai qu^ aucune pièce à inscription n*a été trouvée dans ce premier temple, u Une quinzaine de jours plus tard, environ, quelques paysans d'Athiénau découvrirent des statues sur remplacement du second temple dont vous donnez le plan. Le propriétaire du terrain m'envoya avertir et je me transportai immé« diatement sur les lieux. Je me rappelle très bien avoir rencontré sur ma route un chariot du pays chargé de statues extraites du premier temple. te«*étaient en train d^excaver (à ce qu'ils m'ont dit). Aucune pi4ce d'ailleurs 'ii'MKt encore été extraite de ce premier champ, car les statues reçues ce jout^à par M. de Cesnola provenaient encore du premier temple. «( Après mon retour à Larnaca, M. de Cesnola vint en personne surveiller les travaux, et c'est à son intelligente direction et à ses soins que nous sommes redevables d'un plan du second temple. « Les fouilles appartiennent à deux édifices bien distincts et cela ne peut faire aucun doute. Mon impression est aussi que le premier est le plus ancien des deux, très certainement, et sur ce point ma conviction est bien arrêtée. Quant à la coexistence des deux temples, j'éprouve quelque difficulté à me former une opinion là-dessus. « J'insinuerai toutefois que le premier sanctuaire a pu être détruit par un tremblement de terre et le deuxième élevé après le renversement. «c Cependant la coexistence des deux temples ne me paraît en aucune Êiçon improbable, en supposant, bien entendu, qu'ils ont été consacrés à une seule et même divinité, et ce l'un après l'autre. Mais si le premier temple a été, comme j'en suis persuadé, le plus ancien des deux, vous admettrez que c'était bien là le vieux sanctuaire de Golgos en le supposant établi là. « Je crois que vous êtes dans le vrai en émettant l'hypothèse que le beau colosse représenté dans votre planche 23 est un peu plus ancien que celui que j'ai découvert à Dali. Je placerais volontiers le colosse de M. de Cesnola au VI* siècle avant J.-C. comme dernière date. « Cette collection (dont l'ensemble est présenté comme le contenu du temple de Golgos) est du plus haut intérêt, et le musée qui sera assez fortuné pour se l'assurer garnira ses salles de sujets dignes d'une étude archéologique des plus curieuses. «< R. W. Lang. » 54 CHYPRE 3® Toutes les têtes, statues et tableaux de style grec ou romain viennent de là. De tout ce qui précède on peut inférer que : i"" Les morceaux d'un style plus ancien que celui du colosse à la colombe viennent tous du premier temple ; 2"* Les objets de style plus moderne que celui du colosse viennent peut-être du second temple ; 3" Les pièces de style grec bien déterminé en proviennent sûrement ; 4*" L'on peut assigner à Torigine du grand sanctuaire une date intermédiaire entre l'époque accusée par les statues figurées pi. II et III et celle de l'apparition de l'influence grecque. Examinons chacune de ces conclusions. i" Les statues qui m'ont paru les plus vieilles sont de toutes grandeurs, mais la plupart sont de taille normale ou plus haute. Elles sont coiffées du bonnet pointu qui couvre la tête colossale figurée dans notre précédent article, pi. III. Sous ce bonnet les cheveux forment un bandeau de boucles symétriques enca- drant le front. Les yeux très saillants, ainsi que les pommettes ; le nez proéminent, la bouche moyenne et les lèvres fortes ; la barbe bien étalée et divisée en petites boucles formant plusieurs zones superposées. Les cheveux ramassés en un volumineux paquet sur la nuque. Les bras, très gros, ornés parfois de bra- celets, pendent le long du corps, les poings fermés. Les mains et les pieds sont petits et les attaches fines. Le vêtement consiste en une robe tombant sans plis jusqu'à la cheville et ornée par- fois d'un listel à son bord inférieur. Une bande saillante, découpée et analogue à de la passementerie, descend de l'épaule gauche, perpendiculairement, puis, décrivant une courbe au niveau des mains, va rejoindre le côté droit. Cette bande semble indiquer la fermeture du vêtement. De nombreux plis suivent la même direction. Les pieds sont nus. GOLGOS 53 Le Style assyrien caractérise ces statues d'un art assez pri- mitif. Elles sont, selon moi, contemporaines de ce Sargon dont une stèle fut découverte à Larnaca, au milieu des débris d'un riche édifice'. Sous le règne de ce roi, TAssyrie prétendit à la possession ou du moins à la suzeraineté de Tîle de Chypre (725). Mais cette domination ne fut jamais que nominale et se borna vraisemblablement à des relations commerciales effectives. Tou- tefois Torgueil et la flatterie firent ajouter l'île de Chypre aux conquêtes de Sargon, énumérées sur les monuments de Babylone *. Ce qui est vrai, c'est qu'à partir de cette époque les Chypriotes commencèrent à envoyer en Assyrie beaucoup de marchandises (produits bruts et manufacturés) et entre autres des statues de pierre^. Le style asiatique a dû naturellement être adopté par les sculpteurs, qui travaillaient presque exclusi- vement pour rOrient, et appliqué même aux œuvres destinées à ne pas sortir du pays. C'est à l'époque de l'influence assyrienne en Chypre que je rapporterai le beau bas-relief représentant un épisode de la vie d'Hercule (dixième travail) et provenant très probablement du vieux sanctuaire. Le tableau a été exécuté sur une table de pierre de o",85 de long sur o",53 de large et o",io d'épaisseur. Le sujet est traité à la manière assyrienne : relief peu saillant, simplement sur champlevé ; les détails anatomiques des figures sont scrupuleuse- ment reproduits : muscles, veines, saillies fortement accentués. L'ensemble de la composition est mouvementé, vigoureux et porte l'empreinte d'un talent réel. La voici : A la gauche du spectateur. Hercule, monté sur une sorte de piédestal, est représenté nu. Sur son dos, la peau du lion dont 1. Cette stèle est au musée de Berlin. 2. Rawlinson^ The five great monarchies of the ancient eastern world, t. II, ch. IX, p. 421. 3. Id., note. Voyez p. 482 (construction du palais d'Âssarhaddon}. 56 CHYPRE la queue se voit entre les jambes du héros. La jambe gauche est portée en avant. Sur la droite, tendue en arrière, s'arc-boute le haut du corps qui est presque effacé. La tête a disparu. Le bras droit, visible en partie, est levé et replié; la main, au niveau de l'oreille, tient une arme (la massue ?) qu'elle brandit. Le dieu était d'une stature double de celle du personnage placé à ses pieds. Il égale en hauteur les deux registres superposés du bas-relief. Au registre supérieur, le chien Orthros, pourvu de trois têtes, est tourné vers Hercule, dans une attitude menaçante pour celui-ci, et semble atteint d'un dard ou plutôt armé d'une pique fixée entre la seconde et la troisième tête, et dont il présente la pointe à son ennemi. Au registre inférieur, les troupeaux de Gér3'on. Taureaux, vaches et veaux s'éloignent du dieu, suivis d'Eurytion, barbu, chevelu et les épaules couvertes d'un manteau tombant d'une seule pièce par derrière comme une chasuble. Tourné à demi, il montre à Hercule, d'un air menaçant, sa main droite tenant un objet rond, tandis qu'il serre avec le bras gauche, sur sa poitrine, un arbre entier qui semble être un saule. Le champ du bas- relief était peint en rouge. Cette scène, comme on le voit, est tout entière empruntée à la mythologie tyrienne. Elle tend à prouver que l'île était restée à cette époque phénicienne de religion, et que, tout en subissant l'influence assyrienne très superficiellement et seulement par nécessité industrielle et commerciale, elle avait néanmoins gardé son autonomie. Ceci est l'évidente conclusion de ce passage d'Hérodote ' : « Amasis... est le premier des hommes qui prit Chypre, la subjugua et la réduisit au tribut. » Les Égyptiens sont donc Iqs premiers qui aient véritablement conquis l'île de Chypre. En travaillant pour les vainqueurs, les artistes indigènes changèrent le style de leurs œuvres, comme I . 'AjJLaoïç ... eUe 5à Kuic^v HPÛTOI àvOpcoTcuv xal xaTearpé^j/ocTO i; fdpoi» dcnotYcoYi^. Liv. II, ch. CLXXxii. GOLGOS 57 on le voit sur les nombreux spécimens trouvés à Golgos et ailleurs. Le bonnet pointu se montre parfois comme une rémi- niscence assyrienne, mais le plus souvent ces têtes sont coiffées du pschent, du KxxqT, etc. '. Le costume consiste en une tunique collante et sans manches, tombant presque jusqu'aux genoux et serrée à la taille par une ceinture ornée. Les deux pans, en se réunissant par devant, forment une échancrure analogue à celle d'une jaquette. Une petite pièce d'étoffe, plus ou moins brodée, et simulant un petit tablier, voile cette échancrure, mais quelquefois manque. Cer- taines statues ont les bras ornés d'armilles, la poitrine, le cou, les épaules couverts d'une riche collerette de broderie ou d'or- fèvrerie tout égyptienne de style. Les jambes, les pieds et les bras sont nus. L'attitude est d'une raideur hiératique. Le bras gauche, replié, appuie sur la poitrine son poing fermé; le bras droit pend le long du corps, la main également fermée. Le person- nage semble marcher, ayant la jambe droite tendue en arrière et l'autre portée en avant. Les figures sont chypriotes, mais la grosseur du cou, l'ar- rangement des cheveux tantôt courts et bouclés, tantôt réunis en paquet sur la nuque, et, dans certaines statues, la frisure de la barbe, dénotent la persistance des traditions asiatiques. Plusieurs statues que nous publierons bientôt* offrent un remarquable échantillon de cet art cyprio-égyptien de Golgos, et c'est à la même époque que je rapporte la statue mutilée représentant le triple corps de Géryon, dans l'attitude du com- bat, avec ses six jambes, ses six bras, ses trois boucliers ornés de curieux bas-reliefs, et les broderies de la jupe de sa tunique représentant des luttes d'hommes et d'animaux. I. V. ChampolHon, Dict. hiéroglyphique, n» 3o5. * 2. Cette promesse n'a pu être tenue* rS CHYFRH A la chute du dernier Pharaon, vers 525 avant J.-C, les Chypriotes se soumirent à Cambyse; mais chez eux bientôt la domination persane ne fut plus que nominale, et dès le com- mencement du V* siècle tous les royaumes de Chypre, sauf Amathonte', se révoltèrent contre Darius et firent alliance avec les Grecs d'Ionie. La lutte fut longue et, grâce à sa durée, rinfluence ionienne put s'établir dans Tîle et s'exerça sur les produits de Tart indigène. C'est à cette période gréco-perse que je rapporte le colosse à la colombe. Le personnage n'a déjà plus autant que les statues des époques antérieures l'attitude hiératique et raide. La coif- fure est une réminiscence asiatique ainsi que l'agencement des cheveux et de la barbe, divisés en boucles disposées symétri- quement. Mais le vêtement, la manière dont ses plis sont traités, les trois tresses tombant sur les épaules, sont bien d'origine anatolicnne. Le visage a encore le type chypriote caractéristique et cette per- sistance à affirmer la race dans les statues peut s'expliquer ainsi : Les insulaires étaient d'origines diverses et l'avouaient eux- mêmes, au dire d'Hérodote^ : « De ceux-ci (des Chypriotes) voici les diverses nations : les unes ont pour origine Sala- mine et Athènes, les autres TArcadie, celles-ci Cythnos, celles-là la Phénicie, d'autres enfin l'Ethiopie, au dire des Chy- priotes eux-mêmes. » Comme on le voit, ils étaient Grecs en grande partie. Les Éthiopiens et les Phéniciens seuls avaient pu s'établir dans l'île; ces derniers, grâce à leurs tendances toutes pacifiques et toutes commerciales^. 1. KuTcpioi Se èOÉXovraC a^iTcâvre; npoccf^vovro nXi^é *A(JiaOov9((i>v. Hérodote^ liv. V^ ch. civ. 2. Tgvtcov Se TOoaSe êOvea hxty ol (ùv àTro £aXoi(iTvo; xai *AOr,v£b)v, ol tï &ic* *Apxa2{riC, O'. Se àiib KOOvou, oi Se àn6 4>otv{xT)c, ol Se an ' Ai6i07c{r,; û; aùxoi Kvnptoi Xsfouot. Liv. VII, ch. xc. 3. Ces colons sidonicns et tyriens, apportant avec eux les cultes de Vénus et GOLGOS 5o Tous ces peuples, en communication forcée et constante, sur ce territoire restreint, avaient fini par se confondre tout en étant divisés politiquement en neuf souverainetés, toujours unies entre elles pour sauvegarder leur indépendance contre Tétranger, et formant ainsi la nation chypriote. Du mélange des trois races grecque, phénicienne, africaine, naquit un type qui aujourd'hui encore n'a point entièrement disparu. Tant que Chypre eut à lutter contre des tentatives d'invasion et d^absorption, elle conserva à ses œuvres d'art, à défaut du costume, ce type autochtone, affirmant ainsi sa résistance à des races antipathiques à son origine et à ses mœurs. Mais lorsque Tinfluence grecque commença à s'exercer dans le pays à l'époque de Talliance ionico-anatolienne, les divergences de race, de tempérament, d'idées tendirent à disparaître. Et si, d'un côté, les spécimens du commencement du v* siècle (colosse à la colombe) conservent encore le type indigène, on voit d'autre part succéder à celui-ci, dans les statues archaïques, le type anatolien, immédiatement antérieur au style purement grec. Appelés constamment en Chypre depuis Darius, comme alliés de race et d'intérêts, les Grecs firent facilement la con- quête de rîle, qui se trouva tout hellénisée à l'avènement d'Alexandre. Cette conquête fut toute pacifique d'ailleurs. La langue indi- gène se conserva (monuments épigraphiques du deuxième sanctuaire, médailles de fabrique grecque à légendes chy- priotes) ou se juxtaposa au grec (graffito bilingue de Soli, publié dans le Journal asiatique^ 1868) avant de disparaître tout à fait. d*Hercule, fondèrent leurs premiers comptoirs sur la côte sud, et leur principal établissement, Citium, devint la capitale d'un État dont les rois étendirent pli'^ tard leur domination jusqu'à Idalie, dans Tintérieur. (Cf. les inscriptions de C* > tium et dUdalie.} 6o CHYPRE 2* D'après ce qui précède, le st}'le anatolien est un style de transition entre les époques cyprio-asiadque et purement grecque. Le bonnet oriental est remplacé par une couronne de feuilles ou de narcisses et souvent des unes et des autres. La chevelure est disposée en boucles symétriques encapuchonnant le front, comme le joli buste de Jupiter Trophonius au Louvre en offre un exemple. Une fine moustache retombe aux deux coins de la bouche sur la barbe, qui^ bouclée régulièrement, se termine en mèches ondulées et distinaes et séparées avec soin. Le nez est un peu camard, allongé et pointu. La bouche, un peu plus grande qu'auparavant, se relève en rictus prononcé. Les pom- mettes sont très saillantes. Les yeux moins à fleur de tête, moins écarquillés, mieux fendus que dans le type chj'priote. Le profil rappelle en tous points celui des personnages peints sur les vases dits étrusques, et nombre de monuments de toutes sortes d'Asie Mineure, disséminés dans les musées et collec- tions. Le cou est gros, les bras et les jambes sont puissants, les attaches fines, les mains petites. Les détails anatomiques sont généralement omis. Les draperies sont traitées d'une manière plus large que précédemment, mais conservent encore la symé- trie primitive. Dans les statues de cette époque, comme dans presque toutes les autres, l'on voit de prime abord qd^ la tète a été, de la part de l'artiste, l'objet de plus de soins que le reste du corps. Cela me confirme dans l'hypothèse que ces figures sont des portraits. Pour ce qui regarde la provenance des spécimens au type anatolien trouvés à Golgos, je suis assez disposé à croire que tous, ou presque tous, sont sortis du vieux sanctuaire, et ce, pour des raisons que je donnerai plus loin (4*»). 3» Par son alliance avec Tlonie, en 5oo, Chypre entama sa GOLGOS 6f rupture avec les Assyro-Perses pour se rallier à rélément grec. D'autre part, Texpédition de Cimon, en 460, est un point de repère, une date qui détermine rétablissement définitif dans rîle de la civilisation hellénique sous sa forme la plus parfaite, la plus exquise, la forme attique, elle aussi d'origine ionienne. Le génie attique, dans les œuvres de cette époque, se mani- feste tout d'abord par l'adoption de ce beau style dit éginé- tique dont le colosse de Dali est le spécimen le plus intact qui nous soit parvenu. Les couronnes de feuilles et de narcisses, la disposition de la barbe et de la chevelure n'ont pas varié, seul le type de figure n'est plus le même. Le nez est droit et régulier, les yeux un peu relevés aux coins, l'arcade sourci- lière bien dessinée ; la bouche n'a plus son rictus, la physio- nomie est sérieuse et pleine de majesté; les draperies sont encore archaïques, mais largement traitées. Les attitudes sont moins raides. Tout fait présager dans ces statues les brillantes époques de Périclès et d'Alexandre. L'art purement grec, de sa splendeur à son déclin, est repré- senté à Golgos par une grande quantité de statues et de têtes en pierre, dont plusieurs sont remarquables de grâce et d'exé- cution. Quant aux productions de la période romaine, les cheveux courts, le front bas, les traits accusés et énergiques des têtes, le costume enfin (pallium et toga), les rendent reconnaissables entre toutes. J'ajouterai que l'on n'a point trouvé au grand temple de spécimen de la décadence de l'art romain (successeurs d'Alexandre Sévère) ; ce qui me fait supposer que l'abandon et peut-être la ruine du sanctuaire marqua, après les règnes des empereurs de la famille de Septime Sévère, l'établissement et la victoire définitive du christianisme dans l'île de Chypre. 4* A mesure que l'influence grecque s'affirma davantage en Chypre, la scission avec l'Orient s'accentua de plus en plus ôi C H Y F R K et tendit à donner, en quelque sorte* à l*ile tout entière une nouvelle nationalité. Cette transformation arriva d'autant plus complète et plus profonde qu'elle fut plus lente et plus paci- fique. Elle dut se faire sentir même dans la religion. Aussi est-ce une des causes auxquelles je rattacherai Tabandon du vieux temple rond, tout chypriote, tout plein d*un passé auto- chtone et asiatique , et l'édification du nouveau sanctuaire carré, qui, sous le prétexte d*ètre la succursale du premier, devait s'y substituer et inaugurer, en quelque sorte, Tère toute grecque où Tile était entrée. Je pense que cette révolution ne s*accomplit point à l'époque purement anatolienne. Aussi les statues de ce temps-là me semblent-elles devoir être toutes attribuées au vieux sanctuaire >. Mais lorsque, dans la période suivante, la Grèce eut imprimé son cachet à la nation chypriote, Ton bâtit le temple grec à côté du temple indigène. Je ne crois donc pas qu'on ait trouvé dans ce dernier aucune des statues de l'école dite éginétique, qui durent inaugurer le nouvel édifice. C'est donc à l'époque qui suivit l'expédition de Cimon (45o; et où la Grèce prit tout à fait pied dans l'ile, que je place la fondation du second et grand temple de Vénus Golgîa. Note additionnelle ^. La planche IV reproduit avec une fidélité parfaite les statues de l'ancien temple de Golgos. Comme on le voit, ces morceaux sont aussi remarquables par leur mérite artistique que par les différences qui les distinguent. Ces trois statues en disent plus sur le passé de l'île de Chypre qu'une longue dissertation; I. Cela est de pure hypothèse, aucune donnée exacte ne venant éclairer la question : toutefois, et en conséquence des prémisses que j'ai posées, si le second temple a donné des statues de ce type, je pense que primitivement elles furent apportées (ainsi que d'autres peut-être) du vieux sanctuaire pour orner le nouveau. * 2. Revue archéologique ^ XXV, p. 3i (1873;. GOLGOS 63 elles représentent trois époques historiques : la suzeraineté chaldéenne, la domination égyptienne, Tinfluence anatolienne. Elles nous montrent, pour ainsi dire, Tîle, objet de convoi- tise et de conquête de la part des puissances voisines dési- reuses d'avoir, dans la Méditerranée, un poste avancé. Comme nous Tavons vu, les peuples marins et commerçants ont seuls pu prendre pied dans le pays d'une façon durable, et les Grecs et les Phéniciens, peuples marins, sont les seuls qui, conjointement avec quelques Libyens, aient vraiment possédé Chypre, ^parce qu'ils la pouvaient garder. Les costumes, les produits industriels ont, comme Tart, subi des influences étran- gères successives. Les dernières découvertes en font foi. Il en était probablement de même pour les coutumes et les institu- tions civiles et politiques. La langue elle-même a dû emprun- ter aux idiomes des conquérants ou des voisins beaucoup de termes (commerciaux principalement), et Ton retrouve dans Talphabet indigène des caractères empruntés aux pays envi- ronnants ou suzerains : Perse et Chaldée, Phénicie, Lycie, Anatolie et peut-être Egypte et Libye. [ ' Beaucoup de bas-reliefs de Khorsabad sont rehaussés de couleurs et surtout de rouge comme les statues de Chypre. De même que sur beaucoup de statues (type égyptien) de Pyla et de Dali, plusieurs vêtements de personnages sont ornés de bas-reliefs. (PI. IX. Botta.) Plusieurs animaux res- semblent évidemment à ceux de Pyla. Les statues trouvées dans les temples de Chypre repro- duisent souvent des types assez divers outre la variété de leurs costumes. C'étaient probablement les portraits des donateurs desdites statues qui se consacraient en quelque sorte en effigie à la divinité. On peut supposer que les moins riches avaient * I. Note retrouvée dans les papiers de Pauteur. 6^ CHYPRE les statues les moins grandes et les moins coûteuses. Les in- scriptions de P\'Ia« votives, semblent venir à Tappui de ce fait. Sauf à l'époque romaine, le style des statues de Chj-preest généralement autochtone, et leurs vêtements et attributs sont uniformes pour toutes les parties de Tile. Le stjle qui prédo- mine le plus est le st}'le assyrien et ég^-ptien. Le style archaïque (étrusque) et grec ne vient qu'ensuite. Toutes les statues trouvées jusqu'ici semblent avoir été votives. Presque toutes viennent de temples et^ non sculptées par derrière, étaient destinées à être adossées]. II UN SARCOPHAGE D'ATHIENAU ' Le général de Cesnola, chargé par TÉtat de New- York d'une mission archéologique en Chypre, a vu son intelligence, son habileté et sa persévérance dans ses recherches couronnées d'un plein succès. Près de soixante inscriptions grecques, plusieurs inscriptions chypriotes (quatorze?), des statues, vases, verreries de tous genres, le déblayement du temple d'Apollon Hylates à Curium et le magnifique sarcophage dont je vais parler sont là pour témoigner des services rendus à la science par cet infati- gable explorateur. — Je remercie ici le général de Cesnola de m'avoir communiqué, presque au lendemain de la découverte, les photographies du sarcophage en question, et de m'avoir autorisé à les publier. La planche VI, exécutée avec talent par M. Dardel, d'après les photographies du général, me dispense de toute description. J'y renvoie le lecteur. Le sarcophage a été découvert au mois de novembre iSyS, à Athiénau, sur l'emplacement de l'ancienne Golgos. II était enfoui à quatre pieds de profondeur et avait jadis été violé. * I. Revue archéologique y XXIX, p. 22 et suiv. 66 CHYPRE Il est en pierre calcaire de Chypre Il se compose d'une cuve évasée reposant sur quatre pieds formant cubes allongés et pris dans la masse, et d*un couvercle en forme de toit à double pente et à pignons inclinés. Dimensions : Longueur : 6 pieds anglais lo pouces 2 lignes = 2'',o8576234. Largeur : 2 pieds anglais 5 pouces = o™ ,7 3658668. Hauteur : 3 pieds anglais 4 pouces 2 lignes = i ",01 898163. A la tête et aux pieds du sarcophage se trouvaient, m'a écrit M. de Cesnola, plantées debout dans le sol, deux stèles pareilles et en pierre calcaire. L'une fut trouvée intacte, l'autre brisée. En voici ci-contre la gravure d'après une photographie. Dimensions : Hauteur : 4 pieds anglais 9 pouces = i ",44777382. Largeur : 2 pieds anglais 8 pouces = o™,8i 27853. Épaisseur : 4 pouces 1/2 = o™,i 1 1429793. La disposition générale du monument rappelle, ainsi que me l'a fait remarquer M. de Cesnola, celle des tombeaux turcs actuels, avec leurs deux stèles à turban ou à tarbouch. Notre sarcophage offre, je crois, le seul exemple connu d'une sépul- ture antique de ce genre. Que représentent ces deux stèles? Un motif de chapiteau qu'on retrouve bien souvent à Chypre et qui n'est autre (comme je l'ai déjà dit dans mon mémoire sur la patère dldalie ') que la traduction architecturale de la fleur de lotus. Ici, les pétales * I. Voir plus loin chapitre m, !• sont représentes par les volutes', les étamincs s'élancent jus- qu'à l'abaque, et le pistil est remplacé par deux sphinx affrontés, mis là sans doute pour symboliser la double énigme de la fécon - dation et de la conception. ^f-1l,l»l*l „,, -" zi'iii L>-^r.rt_ =^3 Que sont ces stèles ? ' Faut-il y voir la dégénérescence figurative et comme la rémi- niscence des tables d'offrandes des tombes égyptiennes ? Celles- I. L'ordre innique, l'ordre aphroditique par eiccllencc, dérive de Ifi très pro bablement. Cf. les chapiteaux chypriotes S CHYPRE ci, comme on le voit dans TAlbum du Musée de Boulaq», se composaient d'un plateau carré en pierre supporté par une colonne ronde un peu conique, et dont le haut est souvent évasé. On la retrouve isolée dans Talphabet hiéroglyphique. Plateau et colonnes seraient donc Torigine des stèles aux sphinx avec leur fût conique et leur abaques Ou bien faut-il plutôt considérer ces stèles simplement comme l'image de pierre d'une fleur de lotus plantée là, aux deux bouts d'une tombe, comme attribut et s)'mbole de la Vénus funèbre ou Épit}mbie: Cette hypothèse est la plus simple et est très vraisemblable. Des quatre bas-reliefs du sarcophage, le plus digne d'atten- tion est celui qui représente la scène de la naissance de Chrysaor et de Pégase issant du cou de Méduse dont Persée emporte la tête. Ce sujet se trouve fort rarement reproduit sur les monu- ments. Parmi ceux où il figure je citerai : i" La célèbre métope*dc Sélinonte où Méduse tient Pégase non ailé sous son bras, mais où Chr\saor manque. 2" Un stamnos étrusque de la collection Campanarî, cité par Ed. Gerhardt {Atiserlesen. griech. Vasenbilder^ t. II, pi. 89). 1. Phot. par Délié et Béchard, texte par Mariette-Bev. Le Caire, Mourés et C*, 1872, un vol. in-4'. 2. Les petites stèles grecques rondes de Larnaca et d'Idalie, décrites dans ma notice des Nouvelles inscriptions grecques de Chypre^, rappellent d'une ma- nière frappante les supports de tables d'offrandes du Musée de Boulaq. La pomme de pin, dont les cippes grecs étaient surmontés, rappelle les cônes mis dans des vases à pieds {révLnis par trois le plus souvent) et gravés sur les tables égyptiennes. Ces objets coniques, que M. Mariette appelle des vases pleins d'une substance inconnue, sont probablement des pommes de pin, ou des cyprès, ou des arbres de forme analogue. Cf. le Thymiaterion cité par Lenormant {Elite des mon, céramogr,, p. 291-304, pi. 87 et o3j et reproduit sur maints monuments et cylindres assyriens. * I. Voir plus loin cliapilrc vi. GOLGOS 69 L'une des sœurs de Méduse y figure ailée, de face, tirant la langue, en tunique talaire, un serpent enroulé aux bras, pieds nus, ailes aux talons. Pégase est ailé. Persée est coiffé du casque ou pétase ailé, chaussé des endromides, et tient une faucille de la main gauche et un caducée de la droite. Derrière lui une femme (Minerve) étend son manteau pour le protéger. 3* Un vase du musée de Naples, cité par H. Heydemann dans Vasensammlungen des Museo naiionale :{u Neapel^ no 1767, p. 91. Sthéno et Euryale poursuivent Persée qui s'enfuit. Insister sur les variantes que nous offrent ces quatre repré- sentations d'un même sujet est inutile ici Je ferai cependant remarquer que le chien seul se trouve sur le monument d'A- thiénau. Le bas-relief qui suit à droite le premier est une chasse. Ce sujet est représenté dans le second registre des peintures du tombeau de Tarquinies, « del fondo Quarciolo » (reproduit pi. XXXIII, vol. IVdes Afow. ined. delV Istituto arch. di Roma). Le char du tableau suivant correspond à la course de chars figurée aussi dans le deuxième registre des fresques du tombeau précité. Enfin le premier registre du même tombeau représente, comme le troisième bas-relief de notre sarcophage, un festin avec femmes, musique et éphèbes nus'. Ainsi donc, comme le sépulcre de Tarquinies, le sarcophage d'Athiénau nous offre, réunies, trois scènes de la vie réelle dont rintcrprétation est facile, je crois. En effet, l'adolescent qui tient un arc et chasse avec les guerriers grecs représente peut- être le défunt. Le coq n'est point ici un emblème funèbre en I. Les vases peints nous offrent le même sujet. Citons entre autres : i* Dubois- Maison neuve, /«f roi. 4 Vétude des vases peints, Ip'vol., pi. XXIX; 20 un sarco- phajge de Pérouse,3/oM. inéd., vol. IV, pi. XXXII; S» id., vol. IV, pi. XXXIV, pein- tures d'un tombeau de Chiusi. 70 CHYPRE tant que consacré à Proserpinc», mais plutôt le symbole des vertus guerrières : vaillance^, vigilance^, prudence-^. Le gibier chassé consiste en sanglier, encore très abondant dans l'île, et en buffle, qui en a disparu. L'adolescent qui tient les rênes du char sous la conduite d'un vieillard, et fait ainsi son apprentissage de guerre, est proba- blement le même personnage que Tarcher, c'est-à-dire le défunt lui-même. «Chasseur et guerrier dès sa jeunesse», tel est le sens que me paraissent résumer ces deux bas-reliefs. Le tableau du festin n'a plus aucun rapport avec le mort, mais a, lui, une signification toute symbolique : L'arbre indique un jardin. Cinq âges de la vie humaine sont représentés par les cinq personnages mâles dont quatre sont couchés. L'éphèbe qui tient un petit vase et un simpulum symbolise l'âge d'innocence. Aussi n'est-il pas vêtu.' L'artiste Ta rappro- ché de l'homme couché qui tend un canthare et qui, sans com- pagne sur son lit et orné d'une barbe caractéristique, est l'em- blème de la vieillesse. Derrière l'éphèbe, sur le lit, est un jeune homme imberbe. C'est la jeunesse. Il caresse une jeune femme qui semble par- tager ses transports. Une flûtiste tournée vers lui célèbre l'amour dans sa plus belle phase. La virilité est représentée par l'homme barbu dont l'amour est plus réfléchi et qui est ici l'objet des agaceries d'une femme. L'âge mûr, sur le dernier lit, penche mélancoliquement la i,Ann. delV Ist, arch,, t. XIX, p. i8i. Bas- relief du Musde de Naples. 2. Comme tel, il était peint sur des boucliers (Ed. Gerhardtj Auserlesen,, t. II, pi. LXXXV). 3. Amph, panath,, publ. dans les Mon, inéd., pi. XXI, t. II, où Minerve est peinte entre deux colonnes surmontées d'un coq. 4. Kélébé de Vulci où il est associé à deux serpents {Mon, inéd,, t. II, pi. XXVII). GOLGOS 71 tcte comme pour se concentrer dans ses souvenirs. Mais c'est encore à la femme qu'il a fait appel pour donner, au son de la cithare, un rythme à ses pensées. Toute cette scène n'est autre chose que le banquet de la vie, et, comme telle, sa reproduction, avec plus ou moins de varian- tes, se justifie aisément sur les monuments funèbres. Mais l'association sur notre sarcophage, avec les trois tableaux précités, de la scène de Persée et de Méduse, demeure fort dif- ficile à expliquer. Elle n'est compréhensible, selon moi, qu'en détournant de son sens primitif le mythe lui-même, et en cher- chant comment on a pu l'adapter à une idée funèbre. Y voir une flatterie posthume pour les exploits du défunt, en le montrant sous les traits de Persée, n'est guère admissible, car alors l'artiste lui eût au moins donné les insignes qui carac- térisent le héros sur tous les autres monuments, c'est-à-dire le pétase ailé et les endromides ailées, et n eût pas mis le chien. Mais la tâche est plus aisée si le raisonnement s'appuie sur un sens de résurrection ou plutôt de transmigration. Dans ce cas, l'explication est celle-ci : Méduse ailée comme le Cronos oriental, ce temps qui s'enfuit avec vitesse, symbolise comme lui la destruction et la mort. Le Chrysaor, c'est l'âme du défunt qui renaît de la mort même. Le Pégase, non ailé ici^ c'est le cheval funèbre qu'on retrouve souvent et qui doit transporter cette âme vers le monde inconnu. En connexion avec Méduse donnant le jour à Chrysaor et à Pégase, est le chien assis'. I. Quelques statuettes de chien assis ont été récemment trouvées à Curium et ailleurs, parmi des tombeaux. Le chien assis est un emblème /unè^re que nous retrouvons, par exemple, sur deux tablettes égyptiennes à inscriptions grecques, publiées par M. Le Blant dans le numéro de la Revue archéologique du mois de décembre 1874 (n®* 3.|. et 36, pi. XXVII bis). D'après Fauteur, le chien est Anubis psychopompe. 11 a le cou passé dans Panneau d'une clef, celle de la porte que les âmes, conduites par Hermès, doivent franchir au sortir de la vie. (Cf. Dupuis, t. IV, p. 612; Parisot, t. I, p. 239.) Comme tel, Anubis est le prototype de Cerbère. 72 CHYPRR Symbole de Y accouchement rapide, selon Panofka Bulleii. deir histit. di corr, arcA.-t.XIX.p. 1 12-184 • il corroborerait, comme tel, l'hypothèse précitée, en tant que se rapportant à la mort considérée comme un accouchement à une autre vie. Tou- tefois il est plus conforme au sens général que j'attribue au tableau de voir dans ce chien : « Anubis », considéré ici non point seulement comme gardien des âmes, psychopompe, chien d'Isis', mais, selon Plutarque de Iside et Osiride. 44.) et Clément d'Alexandrie {S/ rom., liv. V % comme le cercle de rhorizon qui sépare le monde visible et lumineux du monde invisible et ténébreux, comme le seuil même, pour ainsi dire, de la vie et de la mort personnifié^. Le vainqueur, barbu et qui paraît âgé 'Persée est toujours représenté jeune et imberbe;, est le défunt lui-même, dont la sortie de cette vie fut une victoire sur le néant. Si cette interprétation n'est pas juste, elle ouvre du moins le champ à la discussion. Au point de vue de Thistoire de l'art chypriote, le sarcophage d'Athiénau est le morceau le plus complet, le plus rare, le plus concluant qui ait jamais été trouvé. L'architecture de la cuve et du couvercle est égyptienne. Les sujets sont traités à l'assy- rienne, c'est-à-dire en très petit relief se détachant à peine sur champlevé. Les ailes recroquevillées de Méduse sont de tra- dition chaldéenne, mais la gravité d'allure des personnages assyriens manque au Perséc, dont la démarche libre et comme précipitée et le corps porté en avant dénotent une influence 1. Eratosth., ch. xxxviii ; Hygin., liv. II. 2. Cf. Jablonski, Panth. ég,^ liv. III, 1. 25. 3. Aussi le rcpréseniait-on mi-parti noir et blanc (Apulée, liv. H), et lui immo- laic-on un coq tanlôt blanc, tantôt roux (Plut., rft* Isid^, 'm). GOLGOS 73 grecque. Les personnages de la chasse sont grecs, mais les arbres et les animaux sont d'école asiatique. Le chariot, Tatte- lage. les guides, le harnachement, sont d exécution assyrienne, sincère et soignée. Enfin le banquet rappelle d'une façon frap- pante cet art de l'Asie Mineure que nous retrouvons dans les monuments étrusques déjà cités. Ce que j'ai dit précédemment sur Tart chypriote se trouve ainsi confirmé par le monument d'Athiénau, et peut se résu- mer ainsi : L'art chypriote a subi toutes les influences des divers dominateurs de Tile, Phéniciens, Assyriens, Perses, Grecs, Romains. Il n'a d'original que le type des figures qui est, lui, autochtone, et a disparu des monuments seulement à répoque de Thellénisation définitive de Tile, au temps d'Alexandre. En résumé, si dans ces quatre bas-reliefs le faire et le style sont tout assyriens, la composition générale, la vie et le mou- vement des scènes, la largeur et le dégagé d'allures des per- sonnages, leurs costumes, sont plutôt anatoliens et grecs. Peu d'archaïsme dans les figures. Tout indique, à mon sens, dans le monument, cette date de transition que l'on peut fixer à la moitié du y* siècle avant J.-C. D'un autre côté, il est à consi- dérer que les plus belles et les plus nombreuses statues trouvées jusqu'à présent dans l'île appartiennent à cette époque, pro- bablement la plus marquante ,v T^epcaav), parce que son fruit est la figure du cœur et sa feuille l'image de la langue^. » 1. ^n,, lib. I, V. 5o6. 2. Plut., de Iside et Osiride, c. lxviii. 3. Les Grecs ont fait de celte pêche une pomme qu'ils attribuaient à Venus. CVst clTectivemcnt une pomme que les statuettes grecques des Salines tiennent à la main. 1 D A L I E 93 Enfin la tunique talaire, vêtement des divinités chastes, est également celui d'Isis. Je conclus de tout cela que la figure assise est Isis elle-même. Les Ég}^ptiens avaient fait de cette grande divinité Tincar- nation de l'élément humide et par suite de la terre elle-même», fécondée par Tinondation. Isis, pour eux, c'est tout d'abord le Delta, fils du fleuve, et en quelque sorte sorti de son sein, comme la fleur de lotus qui monte à la surface de Teau pour recevoir les baisers du soleil. C'est l'Egypte elle-même, mère sous le contact et, pour ainsi dire, sous la caresse du Nil. C'est ce caractère particulier et primordial de fécondation et de pro- duction que symbolisent la fleur et le fruit donnés ici comme seuls attributs à la figure assise. L'absence d'Horus, de la tête -cornue de la vache, du globe, des ailes de vautour, du voile, du sceptre, s'explique alors d'au- tant plus facilement que nous avons affaire ici avec un des rôles nombreux et variés que jouait Isis dans la philosophie théogo- nique de l'Egypte. Même la divinité, pour chacun d'eux, rece- vait un nom spécial : « Isis, dit Plutarque^, est appelée tantôt Mouth, tantôt Athyri, tantôt Methyer. Par le premier de ces noms on entend la mère^ par le second on entend Vliabita- tion d'Horus ici-bas (Platon le traduit également par lieu de naissance^ réceptacle). Enfin le troisième nom signifie plénitude tt cause. Multiple en effet est la matière du monde; et c'est parle bien, le pur, l'irréprochable qu'elle subsiste. » Chypre ne reçut pas directement des Égyptiens, peuple très peu navigateur, le mythe isiaque. Il lui vint par Péluse et risthme, mais modifié. L'histoire de cet exode se retrouve dans les auteurs. Plutarque dit^ : « On dit qu'Isis, éclairée comme 1. Plut., de Iside et Osiridc, c. xxxix : olU^eï;... Boûv yàp 'Icioo; eixova yalTIIN 2. Plut., de Iside et Osiridc, c. lvi. 3. Plut., de Iside et Osivide^ c. xv. 94 CHYPRE par une prescience divine, s'en fut à Byblos..., pressée, elle y arriva tout droit..., elle y fut accueillie, et la reine, Tayant faite une de ses familières, la chargea de nourrir son enfant... Malkandre est, dit-on, le nom du roi (de Byblos); les uns nomment la reine Astarté, les autres Saosîs', d'autres Ne- manoun. » Isis se fait connaître. Elle raconte son histoire, manifeste sa douleur en recouvrant le cercueil de son époux Osiris (Adonai), et bientôt le roi et la reine de Byblos lui élèvent un temple*. Mais le rôle sidéral de la déesse^, plus conforme à des croyan- ces d'origine orientale, prédomina dans le culte établi en Phé- nicie. En conséquence, l'appellation ég}'^ptienne de Tépouse d'Osiris disparut, et il lui fut substitué le nom astronomique d' Astarté porté par la reine initiatrice. Astarté donc c'est Isîs. Comme celle-ci, elle resta inséparable de son époux, et eut la même odyssée de douleur^. La nouvelle religion se répandit bientôt de Byblos vers le nord, sur le littoral, jusqu'à Aradus; vers le nord-est, dans la Syrie des Rivières 5; à l'est, en Palestine et au-delà du Jour- dain^; au sud, jusqu'au-delà d'Ascalon. Plus tard, à Bambyce ou Hiérapolis7, Astarté eut, sous le nom de Dercéto (voyez plus 1. Saosis est le féminin de Saos^ premier législateur de Samothrace, qui con- duisit dans cette île une colonie asiatique. Ce nom de Saos est probablement d^origine assyrienne, car on le retrouve dans le nom du roi Saosducheus, succes- seur d*Assarhaddon (668 av. J.-C.). Cependant, d'après le passage ci-dessus, il estaus5i phénicien. Saos fut vraisemblablement un de ces navigateurs syriens, sidoniens ou giblites, qui, selon la coutume de ses compatriotes, cherchait à rat- tacher les nouvelles colonies à la métropole par des liens religieux autant que commerciaux* 2. Plut., oivixe; TT.v *A^ç»olivry e ivat ).éYouat. Philon de Byblos, Fragm., ch. XXIV. 8. £s(jl{^(jli; Gvyair.p |JLèv w; çy,«Te Ktr.cîaç A£pxEToû; ty,; Iup(o; Oeoû. (Anonymus, Tract, de mulieribus qtice bello clanicnntt, c i .) 9. Diod. Sicuî., lib. H, c. ir. Paus.,IÎT. I, ch. XIV. 4. Hérod., liv. I, ch. cv. 3. Tac, Hist., lib. Il, c. 1, m, n*. — D'après un passage de Lucien {de Dea Sy- ria c. iz), un temple aurait été fondé aussi dans le Liban, à un jour de marche de Byblos, par le même Cinyras. IDA LIE • iv) ridée abstraite d'Aphrodite, fille du ciel, symbolisaiion de la puissance productrice née du chaos, devait nécessairement, quand elle fut présentée à une plèbe grossière, mercantile et positive, être dénaturée par celle-ci et appliquée à un ordre de choses plus compréhensible pour elle. Reportée en effet sur le monde organique, l'idée de production, de fécondité, devait engendrer fatalement une déesse erotique. Il résulte de tout cela que l'Aphrodite Uranie a dû précéder l'Aphrodite Pan- démie, celle-ci étant la dégénérescence en quelque sorte de celle-là. De sa communauté d'origine avec Uranie, Pandémie con- serva comme principal attribut le croissant, et les monuments peuvent nous donner une idée de la figure sous laquelle on adorait Aphrodite en Chypre et telle que peuple et paj'sans la comprenaient en Phénicie. Creuzer» donne à la planche LVI b:s de son ouvrage la reproduction de deux idoles de bronze d'ori- gine phénicienne. L'une fig. 2 1 3; représente une femme avec le lotus (attribut isiaque] sur la tète; un croissant traverse le dos et ses pointes font saillie à gauche et à droite près des épaules; sur la poitrine, une mamelle unique; six grains sont fixés sur la gaine qui termine le corps. L'autre statuette (fig. 21 5) représente une femme avec le croissant formant cornes sur la tête (cf. la coiffure d'Isis). Elle tire la langue; sur la poitrine, trois mamelles. Le corps se termine en gaine ornée de dix lentilles en applique sur la base et quatre croissants en semis. Ces deux figures sont d'un travail extrêmement gros- sier. Enfin, surles médailles chypriotes, le simulacre place dans le temple de Paphos est un cône flanqué à droite et à gauche du soleil et de la lune sous forme de croissant, et accompa- gne d'étoiles, des colombes de Sémiramis et d'Astarté, et des poissons de Dercéto-. 1. Religions de ^antiquité, etc., trad. Guigniaut, t. IV, planches. 2. Tac, Hist.f lib. H, c. ni. a.^.^ L .^ irf snxL— Tim*ZÎTC 3£**T^iX,. ... ► 2: .nmeAiLa:. t jp».**Cllij>^ II. ^Z. H ■ ■ ■ ■ » » • •tit <•*•■ r» v,rr *îr:Ti5. ii:»i.-- Trr^i-nrrsr m A jîiL ' iCTTg r T- ^ z -.r:tj:-Trn'^ mis 2ar :iir setci— 'îe ' a*» îT. Z'-iî, -r:r*r:r i i::ti!îer^ir iirs mues de ^>i^ ;::. tt f.i*,; irr. i*tc li r:jicr:o:,'Ssf S\t, III, k\\. VIII, ^ 1,41 «l'/fniiffiO'/ii i^gypticnric établie dans Pile sous Amasis contribua aussi à MiMMdi'x)! \v /.iilf<; (fiint *3 forrnc Uiaque primitive. IDALIE loi Comme on le voit« la déesse figurant sur ce petit monument que j'ai remarqué à Beyrouth, dans la collection Péretié, est tout à fait pareille à la divinité de la patère. La tunique talaire de la chaste Isis est donnée ici à Uranie conmie signe de pureté et indice de Tidée toute métaphysique que représente la déesse, en tant qu'opposée à Timpure Pandé- mie, car : « L'Aphrodite Pandémie, dit Himérius', n'a rien de commun avec Uranie. La première, en effet, est, par sa nature même, profane, impure, et engendre les désirs; de l'autre, au contraire, naissent des enfants entourés comme d'une auréole; leurs flèches sont d'or et ne s'adressent qu'aux âmes jeunes et sans tache. » Plotin dit encore » : « D'un côté Aphrodite Uranie, de l'autre Pandémie dite la souillée (éTaipicOcica, adulte- rata\ » Pausanias est encore plus explicite^ : « Urania punim significans et corporum cupiditate vacantem amorem; Popu- laris ob venerios congressus-*. » Les raies fines de la robe pourraient bien représenter le ciel. Quant au chaperon dont est coiffée Astarté, il est orné de raies qui me semblent faites de grènetis ou de perles qui, peut-être, représentent des étoiles. Les cheveux épars rappellent la douleur d'Isis lorsqu'elle fut en présence du cercueil de son époux, à Byblos. Les bracelets qui ornent les chevilles et peut-être aussi les bras de la déesse, sont une importation irano-chaldéenne 5. Ils ont peut-être ici une signification astronomique, et symbolise- raient alors les cercles dont les anciens entouraient la sphère cé- leste (voyez une représentation d'un globe constellé et armillé, 1. Hi mer., fc/o^., i8, 3. 2. Plot., Ennéad,, liv. IX, ch. ix. 3. Paus., liv. IX, ch. xvi. 4* Cf. Cic, de Satur. deor,, lib. III, c. xxiii; Plat., Conyi'y., c. viii. 3. Claud. Quadrig. ap. Aul. Gell., lib. IX, xiii, 2; Suet , AVro, c. xxxvi. 102 CHYPRE placé sur les épaules d'Atlas et reproduit dans Rich, p. 684, première colonne). On a trouvé souvent de ces armîUes dans les fouilles de ces dernières années. Ce sont des spirales d'or (rares) ou de bronze, à triple tour et assez flexibles pour qu'elles pus- sent s'élargir quand on les introduisait et céder sous les contrac- tions des muscles. Ces bracelets sont nommés en grec cçr/XTrlp et en latin spiftiherK Ils étaient usités à peu près partout dans l'antiquité. La déesse porte, ici, sur elle-même, les attributs isiaques, le lotus et le fruit. Quant aux attributs uranicns, ils ont du, logiquement, et en conséquence d'un respect absolu de la tradition, être, sur la pa- tère, seulement juxtaposés à la déesse, puisque ce ne fut que postérieurement qu'Isis fut comprise sous le rôle qui lui valut son nom astronomique. Ces attributs ne peuvent être autres que les éléments constitutifs du mystique emblème posé sur la table devant l'image sacrée. Voyons si l'hypothèse est exacte. Nous avons vu qu'Isis n'apparut en Phénicic que pour in- carner ses attributs astronomiques dans la personnalité d'As- tarte et retourner ensuite en Egypte. Astarté devint à Ascalon, comme je l'ai dit, Aphrodite Uranie, à qui l'on dévolut l'anté- riorité sur toutes les autres Aphrodites et surtout sur Pandémie (celle-ci n'étant que la dégénérescence de celle-là). Platon est ex- plicite sur ce sujet 2 : « L'une, la plus ancienne^ et qui n'a point eu de mère, est fille d'Uranus et nous la nommons à cause de cela Uranie; l'autre, la plus récente, est fille de Zeus et de Diane et nous l'appelons Pandémos^. » Hésiode, enfin, raconte com- ment Uranie naquit d'Uranus '♦^. 1. Plaute, Ménechmes, acte III, se. m, v. 5o8. Cf. Festus et Isidore, Or/g^., XIX, XXXI, 16. 2. Plat., Convivium, c. viii. 3. Cf. Plotin, Ennàad.f liv. V, ch. 11. 4. Hésiode, Théog.^vcrs iSS-igo. IDALIE io3 Maintenant, qu'était au juste cette divinité primordiale qu'on nommait Uranus? Au dire de Sénèque, c'était cette partie du ciel qui contenait les planètes : « Tout ce ciel est limité par Téther igné, partie la plus élevée du monde '. ^ Macrobe expose avec clarté ^ le système cosmogonique des anciens et quel rôle y était dévolu à Uranus. Il dit d'abord ^ : « Scipion fut ramené vers les choses supérieures par un nouvel avertissement de son aïeul qui lui démontra en ces termes la coordination des sphères depuis l'origine du ciel : Pour toi tout se résume en neuf cercles ou plutôt en neuf globes dont l'un, le céleste et le plus lointain, celui qui enveloppe tout le reste, est le grand dieu lui-même qui dirige et contient tous les autres. A ce ciel sont attachées les étoiles fixes qu'il entraîne avec lui dans son éternelle révolu- tion. » Le passage suivant confirme en la précisant la citation qui précède ^ : « Le système du monde comprend neuf sphères ; la première, où sont fixées les étoiles (les étoiles fixes ?), est le ciel proprement dit [summiis ipse deiis du passage précédent), liant et englobant les autres sphères et tournant d'orient en occident. Les sept globes au-dessous, que nous qualifions de 1. Sen.^ Natur,quœst,f lib. VI^ c. xvi. Cf. Aristot., Tcepl xodfiotf, c. ii. 2. Les explications de Macrobe touchant le symbolisme mythologique méri- tent d^autant pi us de confiance que Tauteurétait lui-même un païen éclairé et con- vaincu. La foi païenne, à Pépoque où il vivait (fin du iv* siècle ap. J.-C.), n^a- vait pu devenir en lui, comme jadis en Julien, une conviction réelle qu'autant qu^elIe recevait, dans sa pensée, sa véritable interprétation, c Quand il eut cessé de parler, » dit-il dans ses Saturnales (liv. I, ch. xvii) en parlant de Prétextât, c tous les assistants, les yeux levés sur lui, manifestaient leur admiration par leur silence. Ensuite on commença à louer l'un sa mémoire, Tautre sa doctrine, tous SI religion, assurant qu'il était le seul qui connût bien le secret de la nature des dieux f que lui seul avait V intelligence pour comprendre les choses divines et pour en parler, • (Trad. Mahul.) A cette époque, un lettré, comprenant la poétique splendeur du paganisme, l'originalité de ses allégories, ses symboles pittores- ques voilant des vérités scientifiques et aussi anciens qu^ lui, le penseur en un mot, devait, comme Macrobe, rester païen. 3. Macrobe, Commentarius ex Cic. in Somnium Scipionis, lib, I, c. xvij. 4. Macrobe, Comm, in Somn, Scip., lib. H, c. iv. •jL, ^ i -. '- * % ■»• .^i-ïvi*; ^v dP ^ ^■ Mars, it .V..Vli. Vér.--. Mtrr-rt e: li L--e. Q-j:::: ^ li rerre, Idutcu; *:;^ f,! -r-> C7.pi:c::e er.core dans cène phrase: - Parmi les neuf ^j'/ri'jrc;. ics s^pt errantes rep rtsenienî les pldnèies. » Ce» v^j4 [;i;jrjéte-, v^nt rcprisentées ici par les sept losanges graves Mjr le pl-jtea'j de la table. Pour ce ^jui e>l des pieds de ce meuble, ils simulent ceux d'un I. f,«j' ,, //^ /V4 Syria, c. iv ; l'î-Jt., .\t>:\\\':uv:,ri\ s:iT nombre d; monuments êgj-pticns Tpé ou Atlioi, in- ;Mri.iir/ri 'I';* ;iMf ihuis cilcstes d'Isis, en un mot l'Astarté de PÉgypte, fifjtjK I n'/'i»; i'ft\u': 'lu ri': \':\î\\n: et, comme ciel, entourer de son corps, déme- iiur<':in< ii« »li'»ii|/'', '•: lyt";!»'; »htronomi(|(Jc tout entier. (Voy. les ouvrages de la (^iiiiiiM iftl'/ii «IJ \',)y^"f ^Juimj'ollion, I.cpsius, Kosellini, etc.) /\. Mil' !'»)'<, C.nmm, tu Snmn, Scip., lib. I, c. xvii. '). (). MiiiMliim, /'r/r'm., lil). I| V. Hii. /.. M II i'iIm*, ^'om//i. /;i Stmvh Scip.f lib. II, c. m. iDALIE io5 quadrupède que je suppose être la vache, animal consacré à Isis ' et aussi à Vénus céleste '. De tout ceci il faut conclure, en faveur de Thypothèse émise plus haut, que Temblème tout entier est ici le signe capital du rôle astronomique attribué à la déesse assise et inséparable d'avec elle. Les neuf sphères furent incarnées dans neuf personnalités dont la première conception provient, selon toute vraisemblance, directement d'une tradition ég}'ptienne, arrangée plus tard par les Grecs et qu'on retrouve dans Diodore^, Si Ton juge d'après la tradition, ces déités sidérales auraient pris naissance ou auraient été importées en Asie Mineure (car c'est de là que les Âloîdes en apportèrent trois en Béotie) sous le nom de Muses, où elles faisaient, je pense, partie [du culte d'A- naitis, TAstarté anatolienne, d'origine orientale. En tant que sphères, les Muses renfermaient l'harmonie même produite par celles-ci : « Ils savent bien, dit Macrobe% que les Muses sont le chant du monde, ceux qui les ont appe- lées Camenas^ comme qui dirait Canenas, de canere (chan- ter). » « Huit sphères se meuvent, dit encore le même auteur^, mais sept seulement représentent autant de sons qui, en vertu de la vitesse, font une consonance. » Chalcidius est plus ex- plicite encore^ : « Dans le monde sont sept planètes distantes 1. Hérodote, liv. II, ch. xli. D'après cet historien, on ne pouvait tuer les gé- nisses, consacrées à la déesse. On sacrifiait des bœufs à la place (liv. II, ch. xl). 2. Il faudra, dit Lucien (liv. LXVII, DeL, 7), c immoler à Vénus populaire une chèvre blanche; mais à la Céleste, qui est dans les jardins, une génisse, > Cest le contraire de l'assertion d'Hérodote. 3. Diod., liv. I, ch. xviii : oià xai itepiaYe^Oau icXt|9o< (jlou^ov^ûv, ht oU mipOévovc trdoL SuvoqjLSvx; ^Ssiv xal xarx xà ôXXa iceicatS£U{tévai; ta; tcaipà toî; 'ËXXTiatv 6vo(iaCo{iivflic Mov- ooc. c Aussi emmenait-il (Osiris) avec lui une troupe de musiciens dans laquelle se trouvaient neuf vierges savantes dans l'art du chant et instruites en d^autres choses. Les Grecs les nomment Muses. > 4. Macrobe, Comm. in Somn. Scip., lib. II, c. m. 5. Id., ib., lib. II, c. IV. 6. Chalcidius, Comment, in Timœum Platonis, c. xxxvii. \/j CHYPRE entre elles d'une tonalité musicale, comme l'atteste Platon lui-même. » « Les théologiens, dit encore Macrobe ", font émaner des huit sphères des sons musicaux, et de ceux-ci un seul accord. » D'après Platon enfin, de cet accord naquit l'harmonie : « L'unité, dit-iP,en s'opposant à elle-même pro- duit l'accord, par exemple l'harmonie d'un arc ou d'une lyre. Il est absurde que l'harmonie soit une opposition ou résulte de choses opposées. Mais, apparemment, Heraclite entendait que c'est de choses d'abord opposées, comme le grave et Taigu, et en- suite mises d'accord, que la musique tire l'harmonie. L'oppo- sition, tant qu'elle ne s'est pas résolue en accord, ne peut donc produire Tharmonic. L'accord en tout cela, c'est la musique ^. » Les planètes comparées chacune à une note et séparées entre elles par des espaces proportionnels aux intervalles musicaux,' leur révolution dans un ordre parfait sous la voûte qu'Uranus, cette autre sphère, roulait au-dessus d'eux, telle est donc la source de l'harmonie céleste et l'origine sidérale de la musique. Ce chant de l'univers •^, des astres en un mot, fut, à l'origine, exprimé par les premiers éléments constitutifs de la musique : la voix, les instruments à vent et les instruments à cordes, re- présentés par le tympanon, la flûte et la lyre. Ces trois instru- ments furent mis entre les mains de trois Muses qui symbolisè- rent dès lors, à elles trois, l'harmonie en général. Comme telles, elles furent considérées à part de leurs compagnes, et ce sont celles-là qui tout d'abord furent apportées d'Anatolie sur THé- licon en Béotie^. 1. Macr.y Comm. inSomn, Scip», lib. II, c. m. 2. Plat., Convivium, c. xii. Trad. V. Cousin. 3. Cf. Pseudo-Plutarchi De vita et poesi Homeri, c. eu; cf. Nonnus, Dionys.y c. xLii, V. 410. 4. Macr., Comm, in Somn, Scip.i lib. II, c. m, cité plus haut. Cette inter\'entîon des lois de Tacoustique en astronomie est basée sur des calculs scientifiques qu'il faut peut-être rapporter aux Chaldéens. 5. D'après les Grecs, il n'y aurait eu primitivement que trois Muscs apportées I D A L I E 107 Sur la patère, les déesses de Tharmonie, correspondant aux déités des Aloïdes, sont représentées toutes les trois avec des instruments de musique derrière le trône d'Astarté; tournées vers elle, elles exécutent le concert obligé de toute cérémonie religieuse : « Aussi, dit Macrobe ', les théologiens admettant le chant céleste ont introduit dans les sacrifices les sons musi- caux, qui, chez les uns, étaient produits par la lyre ou la cithare, chez les autres par des flûtes ou d'autres instruments de musique. » La double flûte, la lyre et le tympanon se retrouvent tous trois dans Tantiquité égyptienne comme la fable elle-même. La lyre est ici d'une forme particulière et ne ressemble point à l'instrument grec de ce nom. Le bâton recourbé figure, selon moi, le croissant ; le crochet qui forme l'extrémité de la caisse d'harmonie rappelle la harpe qui mutila Saturne et fit ainsi naître Aphrodite, et la jambe de quadrupède est peut-être celle de la vache isiaque. Les sept cordes correspondent aux sept pla- nètes, les sept notes du concert céleste. Cet instrument se rap- proche beaucoup de celui que décrit Athénée comme étant d'o- rigine phénicienne ^. Josèphe ^ le nomme vàê>.ai, en latin naulia ou nablium (cf. nebel des Psaumes) ; on en jouait, comme sem- parles Aloîdes. Mais si l^on réfléchit à Torigine astronomique de ces trois mu- siciennes^ et au nombre de neuf auquel ces dcitcs furent portées plus tard, on se demande si les Aloîdes ne se sont pas contentés de faire connaître seulement aux Grecs le côté harmonique des Muses, reporté dans le domaine intellectuel, et n*ont pas, pour ainsi dire, tronqué le mythe primordial en laissant de côté les six autres Mus€s dont le rôle, tout sidéral comme on le verra plus loin, ne ca- drait point avec Tidée des premiers importateurs. Plus tard seulement, et pour compléter en quelque sorte l'emblématique spirituelle des Muses, les Grecs firent représenter, par les six oubliées, l'épopée, l'histoire, la comédie et la tragédie, la poésie erotique et Tode, qui ne sont que les diverses formes du récit versifié, lui-même synthèse de la cadence, de la mémoire et de la méditation (àoiSiQ, pi^firi, |uX(Tn) que désignaient les trois premières Muscs. (Paus.^ liv. IX, ch. xxix.) 1. Macrobe, Comm, in Somn. Scip,, lib. II, c. m. 2. Athcn.t Deipnos., lib. IV, c. lxxvii. 3. Joseph., Ant.jud.f lib. VII, c. xii; lib. VIll, c. m (vâ6).ai îalxivûç;»!). s ^ ■■l*ÎJMMg ^jHiiil, hkMbA. sr-jajjalijni» du ro«.a:*î: ^* I ■* I , ■ ♦i— rfj. ^srrsmac M*I -ôrcsk-Ces ■a -^- £ .£? -^« ^-' ^^» ^'&^ 4HL^A ■, ^g^ i3=II=um£Sl. .!« *■-* f . * «^l w t y:nr i:v-iu»:s. Lt n • £ "îJIt .F .fi~rC3g * • * etut er- -v«;£t k:. Lr.rrt e: e- Asis. ec fiîte ce lin a rhoimeur i ^•.r.KZ^i*^ icciel: r car, dit P^riso:-'. le del, s^on les Égjrp- ^>:.^^- r; tît poin: une voire scliJe, un irmjMUMt^ comme ) ^/ypti^t Moive. ces: niie roi/e liquide^ ocêm suspendu en ca- /, '//,, yA,iinft VAi'^ys'.^. iffit ^ - jx Is. sisaè9>r. ol *£f«î; *arrï:> |ts;^-r^ xti ii«»S%st8 îî6<.y>/«.„ ^///, e*-5y. t^-, v:x -4£îT. ia&îr». Herc^., îîb. IL c. xxxni. Cf. Or., /i/W4/w,, ï,"-/, I, V. 717 : « NjriCdsa linigera coîir^r celeberrima lurta. » Cf. M*r» IDALIE ii>> lotte de sphère sur la tête des hommes. Les astres^ les dieux voguent, portés par de sveltes gondoles* sur cette mer d a- zur... » Nous voyons* en effet* le ciel représenté sur la tunique de Tpé par des lignes brisées qui* en hiérogh'phes* sont le si- gne de Teau. Ce sont des lignes droites qui s}'mbolisent^je pense ^ sur la patère^ lejluide éikéré, Hen distinct du fluide aqueux. Le vêtement principal est donc remblème de lorigine céleste des Muses. Mais celles-ci n étaient pas seulement filles du ciel. Comme leurs devancières, les suivantes d*Osiris* elles devinrent des divinités des eaux. Les Aloîdes les placèrent* sur THélicon* près des cours d'eau dont le susurrement est aussi une cadence* une harmonie des champs, la première musique qui ait frappé Toreille de Thomme '. Elles s^-mbolisèrent aussi le murmure monotone et r^;ulier des flots de la mer ^. Cette attribution aquatique est ici reproduite sur un vêtement annexe : le jupon. Celui de la autiste et celui de la txmpaniste sont identiques; ils sont faits d*une étoffe à lignes serpentines qui figurent les ondes de la mer -\ L'hémicycle gravé sur le jupon de la joueuse de hxe ou na- 1. En Sicile le nombre des Muses fut porté d'abord à cinq, puis à sept. On leur domma des noms de fleuves: Nilo, Trito, As^pe, Heptapere, Acheloo, Pstctolo, Erodie. 2. Comme telles elles se dédoublèrent et devinrent, dans la merTrrrhénienne aux mille harmonies, des divinités marines nommées par les Grecs sirènes, L^une d^elIes porte même le nom de Teîxiope^ appartenant à Tune des quatre Moses primordiales mentionnées par Cicéron. 3. Ces lignes, on les retrouve sur un chapiteau du temple de Golgos [Rfvue arck»^ déc 1871) et, comme nous venons de le voir, sur la tunique de la déesse Tpé au plafond du portique du grand temple à Dendérah [Descr. de VÉg., PU. t. IV, pi. XVIII^. De cette étoffe est fai:e la tunique de dessous de plusieurs statues de prêtres chypriotes en pierre calcaire, et notamment du beau colosse découvert par M. Lang. en 1S69, au temple d'Ambelliri. Cette étoife était probablement un tissu gaufré à godrons ondules co:nme celui des chemises portées depuis un temps immémorial par les aimées d'Egypte, dont Torigine est. je pense, aphroditique, ou plutôt isiaque. rizum^ rvz'Z^.t. :.'::::-: sii- -^^ izr ' •' I* * A:r.Lr*-i. 1-*^ Ttim-^r" Hii Er.dn ^ . .^■•^i. t ■ I ^ '-^t: î:i-:iE«.ji *' — ^ i 'T*^ f*^ — - * - '- • secs jC s ^^m » ^ ^LH^ ^ • ^*rt**^ **^ ^"* ^ * ^""^^^ * * * ^"i^^W ^ ^^ • ^^ .J^-_«. ^* «».w JlÂT.Z -Il-i ri"— i î; ^ V W^a-â* W>> v^ *^..».te..a. •...•1 r-:r:ts t:u: r^irsLs i œCu: de leurs umîz: iin5 u~ sens oppwé. Mai- es .es neuî un ccrtece ccnziau. Deux de* cfdan^ des dîr.se uses pcrten: par erreur» comme la En résu.Tié. les Phéniciens de Cirlum et d'Idalie, en recevant d^AsîC Mineure, comme les autres peuples de Ch\-pre» ce mythe dci Muses, ne l'acceptèrent point avec sa signification pure- ment spirituelle qui. comme telle, est d'origine helladique. lU ne purent en adopter que le côté céleste dont les incarna- tions, s'adaptant seules au mythe d'Astané, se retrouvent %, Hom., Od., c, V, V. 23i. 'i. Val, FUcc, \, VI, T. 470. ■î* Macrobc, Comm, in Somn. Scip,,, lib. H, c. iv. 4. L'; j«ip'»n orifl'jlc allernant avec le jupon à bandes. I D A L I E 1 1 1 naturellement gravées ici avec Tlsis astronomique des Phé- niciens. Les deux vases posés sur la table contiennent, je pense, des offrandes. On a trouvé dans les fouilles des six dernières années un grand nombre de spécimens pareils à l'urne de gauche, et de toutes grandeurs. Quant à la bardaque de droite, plusieurs pièces analogues ont été découvenes à Dali et ailleurs, quelques* unes enluminées de scènes curieuses. Ici les deux vases sont ornés de zigzags retracés également sur des pièces fort anciennes, de fabriques diverses et dont la majeure panie provient de la vallée voisine d'Alambra. Le personnage debout entre la table d'offrandes et Temblème^, et tourné vers celui-ci, tient, élevé, un ustensile triangulaire qui me parait être un sistre. En effet, un instrument de même forme se voit aux mains d'un prêtre ég}'ptien dans une peinture de Pompéi '. Le sistre, selon Plutarquc * , servait, dans les céré- monies isiaques, à éloigner Typhon et à réveiller lanature ^. La présence de cet objet s'explique donc naturellement ici en face d'Isis-Astané. Quant à l'objet crochu qui se voit dans la main droite de la figure, il est assez difficile à déterminer, vu l'indication som- maire de la gravure. Je crois cependant y reconnaître un sim- pulum destiné à faire des libations avec le liquide renfermé dans un des deux vases placés sur la table d'offrandes J'ume proba- blement; *. Les piliers terminés par des fleurs de lotus figurent vraisem- blablement les colonnes d*un édifice. Ils sont au nombre de six et l'un d'eux a été raccourci afin d'éviter qu'il fût masqué par le t^'mpanon de la troisième musicienne. Ces piliers ressemblent 1. Cf. Martial, XU, 59 ; cf. Hcrod., liv. H. ch.Lxu 2. Plut., de Iside et Osiride, liv. LXIIÎ, ch. 11. 3. Cf. Ovide, Métûm., IX, v. 112. 4. Varron, Ling. laL, v. 124; Apul., Afol,, p. 43i. 112 CHYPRE aux deux colonnes qui ornent Tune des deux maisonnettes de terre cuite découvertes à Idalie et maintenant au Louvre. Quant aux chapiteaux en particulier, on en voit au Louvre (salle du vase d'Amathontc) deux grands, qui ont dû s'adapter à des pi- lastres carrés et qui donnent une idée de la traduaion architec- turale du lotus dans Tîle de Chypre. Le péristyle occupe près de la moitié de la surface intérieure de la patère. Il représente, je pense, la seule partie d'une cella où pouvait avoir lieu la danse; aussi la voyons-nous occupée par les danseuses. L'espace occupé par la déesse, les musiciennes placées derrière elle, l'emblème, la femme au sistre et la table d'offrandes, me paraît figurer le sanctuaire. Les anneaux qui entourent les troncs à leur milieu et près du chapiteau, à l'endroit nommé hypotrachelium^ ne sont point de simples ornements. Inutiles si les colonnes eussent été de pierre, ils devaient être indispensables à des colonnes de bois comme me semblent l'être celles-ci ' . Au haut du fût, ils l'empêchaient d'éclater comme cela se pratiquait encore au temps de Vitruve * ; au milieu, ils empêchaient les fentes longitudinales de se pro- duire. II. En résumé donc, la déesse et l'emblème, la table aux deux vases et la femme au sistre indiquent une cérémonie religieuse et la présence d'une prêtresse; les neuf musiciennes ou danseu- ses sont également des prêtresses figurant le cortège sidéral d'Astarté. Tout cela est la mise en scène du culte phœnico-ida- liote et la révélation d'un de ses curieux détails. Si, d'un autre côté, on considère qu'un centre religieux im- 1. Si des colonnes soutenaient les charpentes des temples chypriotes construits en mattons, Tabscnce de tronçons et de chapiteaux de pierre dans les ruines fait croire forcément que ces colonnes étaient de bois. Les colonnes armillées que # Ton retrouve en Egypte semblent cire la réminiscence des piliers primitifs en bois cerclés d*anncaux. 2. Vitr., Ilf, X, 2, 1 1. lOALIE ii3 portant était, dans la plaine même, tout proche du lieu où la patère fut découverte, que (à en juger par ce que j'en ai vu) le temple devait être fait de mattons et de bois, on peut reporter dans ce sanctuaire même la cérémonie figurée ici sous les piliers frettés d'armilles. g 4. — DESTINATION DE LA PATÈRE. La patère est-elle votive ? Je pense que non. Si elle l'eût été, elle fût restée dans le temple et n'eût pas été trouvée dans une tombe. De plus, on ne lui eût pas pratiqué, au centre, un om- bilic destiné, comme aux coupes de ce genre, à recevoir le doigt médius qui facilitait la préhension, assujettissait le vase dans l'inclinaison pour le déversement, et le rendait ainsi propre à un service effectif. Votive, la patère eût été d'un travail plus soigné, d'un métal plus précieux, d'une forme plus artistique, en un mot elle eût été plus digne de figurer au trésor d'un temple. Ce vase est donc un objet à usage. L'ombilic est trop petit pour qu'un doigt viril puisse s'y in- sérer. Il a donc été fait pour le doigt effilé d'une femme, et, comme la destination hiératique de la patère n'est pour moi pas douteuse, je suppose que cette femme était une prêtresse dans la tombe de qui on enferma cet ustensile, qui avait dû ne servir qu'à la personne exclusivement. Des tombes contiguës à la précédente renfermaient de curieu- ses bardaques et vases analogues à ceux qui figurent sur la table d'oflfrandes. Je suppose que ces objets avaient été également ré- servés à l'usage personnel de prêtresses dont le cimetière devait se trouver aussi proche que possible du temple qu'elles desser- vaient, probablement à la lisière du terrain sacré, sans doute 8 114 CHYPRE couvert de boisi. Ces prêtresses, je suppose, auraient fait partie du groupe des prêtresses figurant aux cérémonies les neuf mu* siciennes et danseuses, dont la dernière, sur la patère, a la main posée sur l'un des vases comme si elle venait de le déposer sur la table d^offrandes >. La patère contient, à très peu près, une cotyle attique. Une capacité métrique était donnée à ces patères afin, je crois, qu'on pût se rendre compte de la quantité de liquide dépensée pour chaque cérémonie, et rester dans les limites d'un tarif convenu entre les fidèles et le corps sacerdotal. La patère (f lo^r) était donc destinée à des libations^ et aurait peut-être appartenu précisément à la prêtresse représentée avec un sistre et le simpulum, accessoire obligé de la patère en ques- tion. g 5. DATE APPROXIMATIVE DE LA PATÈRE. Quelle date peut-on assigner à ce curieux monument ? Une très approximative, je pense. 1^ Le sujet représenté est d*un travail mauvais et d'une main qui n^est certainement pas grecque. Les costumes ne sont ni grecs ni ég}'ptiens, mais plutôt asiatiques (on en voit encore d'analogues en Orient). Je les suppose phéniciens ou plutôt phoenico-ascalonites, car je pense que la tradition a été aussi fidèlement observée ici en matière de costume qu'en matière 1. c Qusque (Venus) régis Golgos^ quseque Idalium firmdosum.,» 9 Catull., Thet. et PeL, 64, v. 96. 2. Tout ceci est purement conjectural. 3. Varron, Lm^. lat,, v. 126; Virg., yEn., liv. I, v. 739; Ov., Ji/rt., IX, v. 160. D*aprés Macrobe (Sat,, liv. V^ xxi}, la patère serait plutôt un carchésion {vmfyjigwt)^ employé en efl'et pour les libations, d*aprés un passage de Sapho cité par l'au- teur : xotv^ 8* dpaicsvn; xaçi/rfli" tiyjfn xal iUtCov, « ils tirent tous des libations avec des carchésions. • IDALIL: ii3 d'iconographie sacrée. La patère est Tœuvre, selon moi, d'un indigène, d'un Citio-Idaliote ou Phénicien de Chypre. • 2" Les neuf femmes qu'on voit ici autour d'Astarté sont un symbole importé d'Asie Mineure et non phénicien. La patère, par conséquent, serait au moins contemporaine de l'introduc- tion en Chypre de l'influence anatolienne qui remplaça celle des Perses au commencement du vi* siècle av. J.-C. 3* Le vase a été fabriqué sur la jauge d'une cotyle, mesure purement grecque, attique même. Or les mesures attiques n'ont dû être adoptées, dans le petit royaume phénicien de Chypre, que dans l'intérêt même de sa prospérité commerciale, et comme une concession nécessaire à l'influence ionienne de plus en plus envahissante, en premier lieu depuis Darius, et en second lieu depuis l'expédition de Cimon en Chypre, en 460 av. J.-C. C'est donc à l'époque où l'influence ionienne de l' Attique se greffa en Chypre sur celle de l'Ionie asiatique, — à l'époque où un mouvement réformiste dans le sens grec ajouta de nouveaux éléments à la simplicité des vieux dogmes en ne laissant intact à Idalie que le simulacre de la déesse nationale et le costume de ses prêtresses, — à l'époque, enfin, où le commerce même eut subi dans.ses poids » et ses mesures le contre-coup de l'invasion attique, — c'est à ce temps que je crois devoir faire remonter la patère d'Idalie, peu après l'année 460 av. J.-C, et, par consé- quent, bien avant Thellénisation définitive de Chypre au temps d'Alexandre. I. Un poids en plomb, trouvé à Idalie et portant des caractères chypriotes, appartient exactement au système attique. Il vaut 2 onces ou 34 gr. juste, Ponce attique étant de 27 gr. N :t:ce SDR LA 5IGYNE ET LE VERUTUM Z £5 AN IIENS ET sra csrx aixxs pxzTi^AyT &'xaAi-iB* § I. — ÉLÉMENTS DE LA QUESTION. LA SIGTXE. Mvi>o->; il i\niL'jj3L\ tMtAxs. csxiovrx; rÉjT» t^ 'içrpw aMpScous ifiar* ^^ix^ a::'-!»'/-»; Ti-vy?'.... îi-piv^aE^ -ï' if zxjlt^ Aîyjc; oi «»•• icep [HisSorir, l:b. V, c. oc] «ir Seulement j*ai été à même d apprendre par oui-dire qu*il habite au delà du Danube des hommes dont le nom est SËgyn-- nés et qui font usage du costume mède Cependant ils se prétendent issus des Mèdes... Toutefois Sigy'nnes, chez les Li- gycsqui habitent au nord de Marseille, ne désigne que ceux • I* Kevue archéologique, :^XXV\l, p. 363et$uiv. (1879). IDALIE 117 d'entre eux qui sont colporteurs, et, chez les Chypriotes, une arme d'hast. » II. — Crésus, de Cnide, y* siècle A. C. {Apud Stephanum^ By^» v. SC^uvo;.) « Sigyne^ ville des Égyptiens selon Ctésias (I** livre des Pé* riples). » m. — Aristotb, de Stagyre (Macédoine), 3S4-322 A. C. [Foetica, c xxz.) «... Par exemple Sigpie^ particulier à Chjrprc, n'est pour nous qu'une glose. . . > IV. — Apollonius, de Rhodes, 276-186 A. C ao7))r£a{ iQ^i oiy^Vou; lOii; âvaa)ro[uvoi Xlo^u^eu/eo; fiévTioaoxov. (Argonautica, lib. Il, v. 99.} Où yop wo) à^ioç ys ropo; roûl ^f.ût; ïîovxa Sl^UVOU.... {Argonautica, lib. IV, v. 319.) « Cependant les hommes de Bébrycie > ne négligèrent pas le roi. Mais brandissant aussitôt comme un seul homme de rigi- des gourdins ou des sigynes^ ils coururent à PoUux. > I. Peuple de Bithy nie, d'origine thrace (Strabon, liv. VU, ch. m, 2; liv. Xlf» ch. III, 3). i ' 1 i I uiCsrrM:.'Mcz^ s ji< ^Z-T* »f -^ «-. «■» o« V.~> in- T. i «•» ^.« » *— I», [fiïSi me «I ^'-'iT- ji? 'If' £X r^icHL-. £.£( mS' c ■ «Kt I t — ts rcc . > * .- — «,mBg«g:<. I f - f M £AUxsm£^i /*VrTi»T» vî /- -îr- rrn- ;- CA^ A^athod^tj en AfHjue : 'V; T'-y/ '/ZlCZ'J7Z'iw9 VrZTl/TT^ C".?y»T-» ^::T'iuX'î5 i-X TIW» Lir. XX. c iTirrw : Xf'.f.t --ç ff.itî-, ru v^ «-.t p«r dcU :« D*::-bç pér:â-te.. lir. Y. ch. H». IDALIE tiQ cr. • • Les saillies des essieux étaient garnies d'ors, où se voyaient des protomes de lion avec une sibyne entre les dents* » « Archagathe, s'échauffant jusqu*au paroxysme de la colère, prit sa sibyfie à Tun des gardes et en donna dans le flanc (à Ly* ciscus)... > VII. — ÀTHSNJEus^ de Naucratis (Egypte), ii« siècle P. C [Deipnosophistct, éd. ald., p. 20 1.) To^ov xal T^iV Giêuvr.v.... » {De Alexandro Magno, p. SSy.) «... Avec lesquels furent envoyés deux chasseurs ayant des sibynes dorées. . . » « ...Souvent, laissant paraître d'au-dessus de ses épaules le costume perse de dessous, ainsi que Tare et la sibjrne... » VIII. — Appianus, d'Alexandrie (Egypte), ii« siècle P. C. ... Ta Jè JopaTa 7,v oùx èoixoTa obcovTioiç ' à *Pa>[iaioi xaXouaiv û^ 001*; ^uXou Terpaycovou to -SipLiGu xal to oX'Xo ai Jv(pou TSTpaYcàvou xal tou- ie xal (ia>^aoG yjià^i^ ye tx; aiy pi^ç. (Lib. IV, c. I. De rébus galUcis, — Boii.) «... Les hastes ne ressemblent pas à des armes de trait. Les Romains les appellent dts pilums; la moitié est une hampe car- rée, le reste est en fer, quadrangulaire aussi et grêle, sauf la pointe, toutefois. » IX. — Oppianus, de G>rycus (Cilicie), ii«, m* siècle P.C ... aîyjjLTiV Tpr/Xcoyiva, fjv^r,>i rjpuxopr.vov {Çynegetica, lib. I, v. iSa.) !•• * "=» — • zy .hi ■• * .^B. *'' — — " .- ^^^ ^ ' ^ «^"J ^ I2J m RTSilT A trai 3ra:iŒ5-. -rr^nr niar !tir»!irnî rTTTllt J iiTjii^ îïi3ni*Ti»£ir!i 'T'^r^^. SZÏ ir ir.-,r*/rj u-Tîiin: TZdJL ^ . . «> îrn, riches 3s 3fii; • ♦ f>t cri;er., lecamieret le sigrne i 1â dente: f^4ri et duz nymphes Dr/aies qae je les consacre. > crt!choe ' c'est à t, fJ. tU/TfArt, ttuide, I;r, V, t, 3>:. — C»t rrobiblimisn: u^ fer à trois Mfi*^*, i^,f7t,%f,* * U \a^. Xf^Â\ ^^ÀT.''jtA saillantes ou bnrbelures. Des p3:ates de ff^h^ 'U *K ^,uft «• «fi lyfor.r« r*r,t été trouvées à CsTprc. Cf. HêsTchias.) i(, ^A KAf.f< /f4 %\%yuK 4€r»tt refl«embler à des hallebardes usitées au xvi* siè- «|A *f ^//r.f l4 ^^f «f'Uft f^/rtaa un crochet au milieu de sa longueur. lOALlE 121 XIII. — SchoUa grœca in Platonem, — Amatores, c nr. ... irévTaô>.oi ol tov aywva tov T:£vtaô>.ov ôycxyvil^oixevoi • eori yccp 7r£VTa6>>oç o'JTo; toi; véoi; ir((ai la icocXti, Giyuvvoç, okyA, JiGXo; xai Jpo[x.oc. Giyuwo; iè è<7Ti Ç'JCTov iopu • Trap' 'Hpo^orco (lib. V, c. ix) iè to ôXoGiJinpov dbcovTiov. ce ... Pentathles : les lutteurs de la lutte du Pentathle, qui est ceci: «r Ce pentathle pour les jeunes gens est un combat de lutte, sigynne^ saut, disque et course. * « Le sigynne est un trait lisse. Dans Hérodote (V, ix), c'est une haste en fer et tout d'une pièce. » XIV. — Etymologicum magnum (éd. Gaisford). Siyuvo;. Hasta. Kal 01 Kurpioi Jà Ta Jopara Sr^'uvouç 9aGi, evraûlOa Jà tx JopaTX ôXooi^Tipa. « Sigyne. Haste. « Les Chypriotes, eux aussi, appellent les hastes sjrgines^ alors que ces hastes sont en fer et tout d'une pièce. » XV. — Robert Estiescne, Lcxicon, vcrbo TpiYXwx»;*^p»T^^**T«^» Cf. ...6ï.a))(^ivi pcÊXifîxei. (Homerus, Ilias^ lib. V, V. 393.) Cf. ...xal TUTTOv dcX'Xov ereu^ev laoy^coyivi Tpiywvci). (Nonnos, Dionysiaca^ lib. VI, v. 23.) « A trois pointes. » 122 CHYPRE « ... Avec un trait à trois pointes... il Tattcignit. » r ... Et il forma une autre figure arec un triangle aux pointes égales équilatéral^. » Scilîcet origine equidem Persicum vel Sjriacum vocabnlam valde verisimile est vid. inteq>r. Hesvdu in t. lifUjin^. Sed illnd per varias gentes In Europam migrantes prius in Thrada et III7- ria usu receptum fuisse partim ex Ennii loco laudato, partim ex Apoll. Rhod., IVy 320, colligimus, ubi SifiviQi dicuntur Thradae populi et ubi schol. dicit : tan 21 xn ofvvwoç cbç Upcnc t tm ^ m i f m if Avft. Cod. Alex* Mich., IV, 3, pro -A ^iorzm, exhibet t^ oifiiMc. (Tome Vn, p. 214.) « Effectivement, ce vocable est très vraisemblablement d'ori- gine perse ou syrienne [voy. le sens donné par Hésychius au mot Xi&r^vTi). Toutefois, des diverses peuplades émigrées en Europe, ce sont celles de Thrace et dlUyrie qui ont les premières admis ce mot à l'usage. Nous avons relevé dans Ennius un passage bien connu, et dans Apollonius de Rhodes (IV, 32 o) un autre, où les peuples thraces sont appelés Sigjmnes et où le scholiaste dit : « Il y a aussi le sigjmne^ sorte de haste qui porte le nom « même de la nation. » « Le manuscrit Alex. Mich., IV, 3, au lieu de roc j^pora porte XVII. — Qutirrus Eitinus, de Rudiae (lapygie)^ 239-169 A C. Sibyrue ab Ennio apud Festum lllyriis tribuuntun « Les sibynes sont par Ennius, cité par Festus, attribuées aux lilyriens. » I D A L I Ë ia3 LE VERUTUM. XVIII. — M. Acaus Plautus, de Sarsine (Ombrie), 227-184 A. C« Si tibi est machaera, et nobis veruina 'st domi... (Bacchis, acte IV, se. viii, v. 929.} « S'il y a un sabre chez toi, nous, nous avons à la maison une broche. . . » XIX. — Caius Julius CesARy 101-44 A. C« Combat contre les Nerviens. ... Mediocri spatio relicto, Puliio pilum in hostes mittit atque unum ex multitudine procurrentem transjicit; quopercusso et exa- nimato, hune scutis protegunt hostes, in illum tela universi conji- dunt neque dant regrediundi facuhatem. Transfigitur scutum Pulfioni et verutum in balteo defigitur. Avertit hic casus vaginam et gladium educere conanti dextram moratur manum ; impeditum hostes circumsistunt. Succurrit inimicus illi Varenus et laboranti subvenit. Ad hune se confestim a Pulfione omnis multitudo con- vertit; illum veruto transfixum arbitrantur... (De Mlo Gallico, lib. V, c. yliv.) «... Comme il restait un peu de champ libre, Pulfion lança un pilum contre les ennemis et perça de part en pan Tun d'eux qui s'avançait hors des rangs contre lui. Frappé et sans vie, les ennemis le protègent de leurs boucliers, et tous lancent des traits sur Pulfion en lui coupant la retraite. Son bouclier est transpercé et un brochard s'implante dans son baudrier. Cet accident écarte le fourreau de Tépée qu'il tâchait de tirer et arrête sa main droite. Ainsi empêché, les ennemis l'entou- rent. Son ennemi Varénus vient le secourir et l'aider dans son embarras. Contre lui aussitôt toute la cohue se détourne de Pulfion que Ton croyait percé par le brochard,,. » CHYPRE XX. » Catts Csism SAUjrrrm^ ^"Anirsras 'Saaahui)^ SS-3S A.C Vemtum est tclinn brerc c: angusmm. {Hiszarix, b~b. IC.) c Le brochard est un trait court et étroit. « XXL » PcBLirs VacLLirs Ma»o^ (T Andes ^Gasle asaspadaae:, 70-19 A. G. Pila manu sarvosque genmt in beila dolores Et tercti pugnant mncrone »«nique Sabello. {Enéide, Iît. MI, t. 6Ô4 et 663.) Assaetumqae malo Lignrem Volcosqae reruio Extulit... [Géorg;i^pÊa^ Ut. Il, t. 168.) « Les pilums à la main, ils portent en même temps les cruelles douleurs de la guerre, et ils combattent avec la pointe circulaire ' et la broche sabine. > « Le Ligure habitué au mal', les Volsques, il les poursuivit de son brochard... > XXII. — Titus Litius, de PataTium (Gaule cisalpine}, 594 A. C — 19 P. C Bataille de la Trébte. Eos (elephantos) velites ad id ipsum locati, verutis conjectis, et avertere et insecuti averses sub caudis qua maxime molli cute vul- nera accipiunt fodiebant... (Lib. XXI, c L^O « Les vélites, apostés à cet effet et brochards en avant, leur (aux éléphants) firent faire volte-face et, lancés à leurs trousses, les piquaient sous la queue là où le cuir plus tendre qu'ailleurs est sujet à blessure. » 1. Voy. Vcrchérc de Rcffyc, les Armes d'Alise {Revue archéologique, t. X, p. 338, fig. 3). 2. Dur au mal (à mon sens). IDALIE I2S XXIII. — AuLUs Albius Tibullus, 44-19 A. («. Statque latus prœfixa yeru. (Liv. I, Élégie vr, v. 49.) « Au côté reste fichée une broche. » XXIV. — C SiLius Italicus^ 2 5- 100 P. C. ... Vel tenui pugnax instare veruto, {Punica, lib. VII, v. 363.) • ••. Ou le guerrier serrer de près avec un grêle brochard. » XXV. — N0NIU8 Marcellus, III* siècle P. C. Verutum est telum brève et angustum. (Sali. Hist.^ lîb. III.) — Saxaque ingentia et orbes axe vincti per pronum incitabantur axi- busque eminebant in modum ericii militaris veruta binum pedum. — Varro (ivoç Xupoç [èvcî^poç?]) : Ac cervos qui tibi mali nihil fece- runt verutis : oh ! anem praeclaram ! {De génère annorum, v. Verutum.) Venantium telum latissimum a ceteris acies longitudines. (Virg., lîb. IX.) — Supra venabula fertur (Varro, ivoçXupaç). {Ibid., Y. Venabulum.) « Le brochard est un trait court et étroit. (Sali. ///>/., liv. III.) — Et de grands -quartiers de roc, ainsi que des disques re- liés par un essieu, étaient précipités en avant. Sur les essieux faisaient saillie, à la manière des chevaux de frise usités à la guerre, des brochards de deux pieds. — Varron (ovoç Wpa;) : Et les cerfs qui ne t'ont point fait de mal (tu les frappes) avec des brochards : belle invention I » « Fer de pique de chasse le plus large qu'il y ait et tranchant sur sa longueur. (Virg., liv. IX.) Voyez plus haut ce qu'en dit, à propos des armes de chasse, Varron (ovoç Wpaç). » 126 CHYPRE XXVI. — Sextus Pompeius FiSTin» fin du iv* siècle P. C. Veruta pila dicuntur quod veluti venia habeant praefixa. ce Les brochards sont appelés pilums parce qu'ils ont comme des broches en guise de fers. > XXVII. — Fuivius Vegetius Renatus, 35o (?) P. C. Armement des légionnaires pesamment armés (princes y devant et autour des enseignes} : ... Item bina missilia : unum majus ferro triangulo unciarum novem >, hastili pedum quinque semis >, quod /^fVum vocabant, nunc spiculum dicitur. — Aliud minus ferro triangulo ^ unciarum quin- que 4, hastili trium pedum semis ^ ; quod tune vericulmn^ nunc verutum dicitur. (Epitome rei militaris, lib. Il, c. xr.) le edmique J'ajouterai que ce nom de Sigme est celai d'une ville ^yp- tienne IF , peut-être de fondation araméenne. La sigjme paraît avoir beaucoup varié selon les pays oiï elle était employée. IXsons d'abord que c'était une arme dliast analogue à la pique X . C'était une arme percutante {VI, 2}. A Chj-pre, c'est une haste en fer d'une seule pièce JXIV). — En Arcadie, elle ressemblait au pilum mince des Romains (V). — On retrouve la sigjme en usage à Rome et en Macé- doine ptl, ; chez les Bébrjxes |Bith\'niens\ Thraces tfori- r ginc ^IV, 1} ; et il est probable que, chez les Boii« les armes qai ressemblaient au pilum romain pour tout, sauf la pointe, étaient des sigrnes ^'11 r. Tantôt la sigyme avait un fer lai^e IX), tantôt une pointe à trois aiigles pointus 0([, 2, cf. XV.; tantôt c'était une arme de chasse à une barbelure XIF, un épieu parfois doré (VII, i}; tantôt une arme d'athlète lisse et fondue d'une seule pièce (XIII). — Des sibynes dorées étaient fixées aux moyeux des roues du char funèbre d'Alexandre (\'I, i). La sigyne donc varie de formes; toutefois, si à l'époque romaine elle est devenue une variété du pilum, je crois que dans l'antiquité grecque c'était une sorte de hallebarde telle que celle qui figurait dans la colleaion Cesnola et qui prove- nait, très probablement, de l'acropole d'tdalium. C'est une lame de bronze de o",645 de long et dont voici la figure : Les fouilles d'Idalium ont fourni un nombre considérable de lames de bronze de même modèle et de toutes dimensions, depuis o",i4de longueur. Le veru/um était une arme sabine (XXI, i) et ita- liote PCXI, 2). II était en usage chez les Nervïens au temps de César {XIX}. A l'époque d'HannibaI(3 16), les vélites romains étaient pourvus du perutum (XXII), lequel faisait partie de l'armement de la grosse infanterie romaine (XXVII), qui s'en servait encore au v» siècle P. C. (XXVIII). La forme du verutum paraît avoir varié. En gé- néral, c'était un trait court, étroit (XX, XXV, i) et grêle (XXIV). Il y en avait un de deux pieds de long, usité à ia chasse (XXV, i). — ■ Tantôt le veru- tum a un fer large et tranchant (XV, 2) (et ce rare- ment, selon toute probabilité); tantôt, comme à l'époque de Théodose, c'est un pilum dont on comptait deux sortes à fer triangulaire : l'un de neuf onces, c'était le pilum proprement dit ou spi- eulum; l'autre de cinq onces, ou verutum (XXVII); tous deux aux mains des princes, gardiens des en- seignes (grosse infanterie) (XXVII). En -tous cas, le verutum était une arme de jet (XIX, XXV, XXVII) avec laquelle on pouvait aussi charger la pointe en avant (XXII, XXV, XXIX). Pour ré- sumer, le verutum était un pilum (XXVI), La veruina était une arme (XVIII) de jet (XXIII, XXIX) identique au verutum (XXIX). LAveru était aussi une arme de jet (XXIII) ou d'hast (XXVIir, qui ne différait peut-être pas de la veruina et du verutum. Le général de CesDoIa arait dans sa collection une arme de bronze provenant peut-être, comme la précédente, de l'a- cropole d'Idalium. et dont voici la figure. Comme on le voit, c'est une broche lisse terminée par une douille; mais ce n'est pas un pilum. En supposant la hampe de bois de même longueur que la lame, l'arme tout entière avait un mètre, et était même à trois fins: de trait, d'estoc et de taille, [^'oir la coupe.] Je crois qu'il faut la considérer comme une veru orien- tale, prototj'pc du veruium des auteurs, probabiemem l'arme perse dont ils font mention. Les deux curieux spécimens d'armes cypriotes que je viens de faire connaître sont absolument intacts. S'ils ne sont pas au musée de New-York, ils ont passé dans quelque collection particulière. N. B. — Je ne partage point l'opinion du duc de Luynes, qui suppose que la plaque de bronze,.- la douille de bronze I {terminale d'une hampe de haste) h ins- criptions, et d'autres objets de son cabi- net, provenaient du champ de bataille ëi \ d'Idalium. J'ai la presque certitude que 1 1 I ces objets ont été trouvés, comme les deux *" armes ci-dessus décrites, dans l'oppidum même, dans le temple duquel se trouvait appendue la célèbre plaque votive. 1 III UNE PARTIE DE CAMPAGNE A IDALIE DANS L'ANTIQUITÉ» JOUETS EN TERRE CUITE DÉCOUVERTS DANS l'île de CHYPRE Les fouilles faites dans Tîle de Chypre par différents amateurs et sur divers points, pendant ces huit dernières années, ont anniené des découvertes d'une importance considérable. Six temples, dont deux (ceux de Golgos et dldalie) comptent parmi les plus célèbres de Tantiquité, ont été déblayés et ont fourni de précieux renseignements sur le culte de la Vénus chy- priote, sur les costumes et les attributions de ses prêtres, enfin sur le cérémonial, Tornementation et la disposition de ses sanc- tuaires. D'autre part, l'ouverture d'un nombre immense de tom- beaux a donné des objets de tous genres et de toutes époques, objets qui ont jeté une clarté inattendue sur l'antique civilisa- tion de l'île, et révélé maintes particularités sur les usages et, * I. Mafrasift pittoresque, juillet iSj^î, p. 22S et suir. vm- i7i CHYPRE pour ainsi dire, sur la vie intime des habitants de la Chypre païenne. Les sépultures de la vallée d'Idalie ont été fécondes surtout en armes, vases, bronzes, verreries, statuettes, ustensiles de ménage, bijoux, pierres gravées, monnaies, et divers objets d'une classification moins précise, parmi lesquels les singuliers monuments dont nous donnons ici la gravure. Ces six pièces ont été trouvées ensemble dans une tombe et sont vraisemblablement des jouets. Ils sont grossièrement modelés en terre cuite et coloriés très succinctement. Voici d'abord deux ânes chargés de paniers destinés proba- blement à contenir des provisions (fig. i et 2). Un domestique est juché sur un autre baudet omé d'un collier harnaché (fig. 3;. Le serviteur tient fortement pressés contre lui deux vases pansus et à col (qui pourraient bien être des outres), et destinés à contenir des liquides. Puis vient un petit chariot dont le bord est orné de fleurs peintes, muni de roues pleines dont les rayons ont été figurés à coups de pinceau (Bg. 4). '^,1iv Fio. 3. Sur ce char sont couchés un joueur de double flûte et deux chanteurs, accoudés sur des coussins ; les chanteurs ouvrent la bouche toute grande ; ils portent des couronnes, et des nattes ou torsades leur tombent sur le haut de la poitriiie, de chaque côté du cou. J37 Suit un autre chariot-Ut sur lequel se tient alloogé et accoude un personnage coiffe d'un bonnet en forme de fève (fig. 5). Sur un véhicule pareil se voit ensuite, dans la même attitude, une figurine qui paraît être une femme [fig. 6). Sa coiffure est un simple diadème dont les extrémités retom- bent derrière les oreilles. IDALIE i35 Tout informes, toutes primitives que sont ces figurines, elles n'en décèlent pas moins un certain talent de la part de l'artisan qui les a fabriquées. Le naturel et la désinvolture des attitudes, l'accent vrai des physionomies de ces hommes et de ces bêtes, font de cette procession une scène de mœurs vivante et des plus curieuses. C'est une partie de plaisir où ne manquent ni le vin, ni les victuailles, ni la musique. Les poses nonchalantes des personnages cadrent bien avec cette idée. C'est au général Palma de Cesnola, consul des États-Unis en Chypre, et bien connu des antiquaires par les recherches qu'il a faites dans ce pays, qu'appartiennent ces objets décou- verts par lui il y a cinq ans, et c'est à sa gracieuse obligeance que nous devons de les publier ici. CHAPITRE QUATRIÈME AMATHONTE PATERE ET RONDACHE trouvées dans un tombeau de la nécropole .d'amathonte *. •••. ■'«■ '^ Une étude attentive des ruines et de la nécropole d*Ama- thonte a décidé le général de Cesnola à entreprendre des fouilles sérieuses et suivies sur ce point, jusqu'à présent peu ou mal exploré. La découverte de nombreux tombeaux, de deux beaux sarcophages, d'un colosse (volé au général et maintenant au mu- sée de Sainte-Irène, à Constantinople), de plusieurs inscriptions grecques et chypriotes, de quantité d'objets d'art, statues, bron- zes, bijoux, etc., témoigne en faveur de la vieille expérience, de la persévérance et du savoir incontestable que le consul américain a apportés dans ses recherches. Dans la première dizaine du mois d'avril iSyS furent trouvés dans une même tombe les objets suivants ; I* Une patère d'argent dont une moitié environ est détruite par l'oxydation ; * I. Revue archéologique, XXXI, p. 25 et suiv. (1876). Le mémoire est daté de eptembre 1875. i3S CHYPRE 2* Un petit bouclier rond ou rondache, en bronze, très oxydé aussi et assez endommagé : 3* Une espèce de sabre en fer d*environ deux pieds anglais de long, très oxydé ; 4* Une masse de pointes de javelots en fer; 5" Deux haches de bronze ; 6* Plusieurs vases et coupes en bronze très épais et bien conservés; 7* Bandeaux, colliers, bracelets, bagues, boucles d*oreilIes en or; 8* Scarabées et scarabéoïdes en agate blanche ou en corna- line, montés à pivot sur les deux extrémités d'une tigefusiforme en argent, recourbée en fer à cheval; les sujets gravés sont traites dans un style ég}-pto-assyricn ; Sf Cylindres assyriens en pierre dure; \o^ Des anneaux en or, argent et bronze formés d'un boudin recourbe, et dont les extrémités, rapprochées et juxtaposées, sont concentriques Tune à l'autre. Ces anneaux, trop étroits pour avoir été d'aucun usage, ont paru au général de Cesnola repré- senter de la monnaie'. Il y en a de trois grandeurs différentes. Les pièces capitales de toute cette trouvaille sont les deux premières, la patère et la rondache. Le général de Cesnola a bien voulu me les envoyer et m'autoriser à les publier. Qu'il reçoive ici mes remerciements. I. Dans la partie de son mémoire {Poids, mesures et monnaies des Égyptiens) lue à TAcadémie des inscriptions dans la séance du iS juillet iSyS, M. Chabas dit que, postérieurement à Tupoque de Tancien empire, on trouve mentionnées sur les monuments des monnaies de bronze, d'argent ou d'or. Elles consistaient soit en anneaux f soit en disques percés d'un trou au centre. Dans une scène de pesage gravée en champicvé sur le plat d'un grand scarabée de la collection Cesnola, l'un des plateaux de la balance contient le gigot d'une antilope qu'un personnage CM en train de dépecer; dans Pautrc plateau est un disque percé d'un trou au centre, ce qui confirme Passcrtion de M. Chabas. On a découvert à Curium, dans un temple, des anneaux pareils à ceuxd*Ama- (lioiitc; on en u trouve aussi à Pnphos et à Idalie. AMATHONTE iJg Les deux monuments originaux ont été confiés à M. Dardel, qui, d'après eux, a exécuté les gravures très fidèles qui me dispensent de toute description préalable et auxquelles je ren- voie le lecteur (planches VIII et IX). g I. LA PATÈRE (PL. VIIl)- C'est une calotte de sphère en argent fin de o™,ooo5 d'épais- seur, o™,i 88 de diamètre et o™,o36 de hauteur. Le bord est consolidé par un listel plat faisant, en dedans, une saillie hori- zontale de o'",oo4. Les deux patères de vermeil trouvées à Ci- tium et exposées au Louvre (salle des bronzes) sont de forme identique. Les figures et sujets ont été esquissés au repoussé, leurs contours et détails arrêtés par des traits fins et nets et comme burinés, mais dont plusieurs, vus à la loupe, semblent formés par un pointillé très délié. La pâquerette ou fleur épanouie à seize pétales qui occupe le centre me semble être un lotus, fleur d'Isis, vu de haut; ou plutôt le soleil avec ses rayons. Les zones de lignes brisées et réunies en faisceau (et pour le tracé desquelles un trait circulaire d'un pointillé menu a servi de guide à l'artiste) représentent Vêlement humide (où s'élabore tout germe vital ', surtout Veau, principe féminin ^). Les sphinx sont l'image de la déesse Neith, c'est-à-dire la 1. s. AihanasCf De incarnat ione, Contra pentes ; Arisiides Rhet., In jEgyyt,; Jules Firmicus, Deprof.rel,; Cicérone De nat. deorum, lib. I, ex; lib. III^ c. xxii ; Eusèbe^ Prœp* evang.y lib. III, c. ix et xi; Diog. Laért., lib. I, c. i; Sext. Empi- ricus^ Adv, math., lib. V^III ; Myp. Pyrrh,, lib. III, c. iv ; Homère, Iliade, ch. v. Tout animal naît d'un liquide et au sein d'un liquide. (Bérard, Physiologie, t. I, p. 78.) — La vie ne s*accomplit jamais que dans un milieu liquide. (Claude Bernard, Revue des Deux Mondes, i«f sept. 1864, p. 177.) Cf. Plutarch., De placit, phil,, lib. I, c. ii. 2. Plutarch., Quast, Prom., c, i; Pseudoplutarch., De vita et poes, Homeri, c. xciii^ éd. Didot. z^% CziYrRE. Nature, cette énigme i^nt li permanence et Tubiquîté sont figurées p^r des ailes. Sur sa :î:e est îe giobe lunaire d'Isis «. Dans Î2 scconit zone Je sgures. a droite, le scarabée ailé tient au-dessus de si tî:te le g' obe 5*:«Iaire. Lui-même en symbolise le rayon rapide -. rii'ificaîeur et inîelligi fiant ^ le rit a, consi-- lium et lux d Orphée, le spiritus et mens -, Vi-riç ou ratio des anciens *. La masse ovoïde qu'il tient entre ses deux panes de derrière représente îe monde pénétré de ses germes de vie ^ et que les Arabes faisaient, seîon une inscription^, le père d'Osiris, à qui d'ailleurs les Eg}"pî:ens l'avaient consacré 7. Les deux adorants, vcnis de la schenti^ sont coiffés de la tête déper^ier. symbole de Fré ou d'Osiris - surmonté du disque solaire. Celui-ci est orné de Yurœus a^athadjtmon) adoré dans toute r Egypte 9 comme le ton génie ^^^ le pouvoir bienfai- sant, et" en quelque sone médical '% du soleil (serpent d' Esculape . 1. Isisest elle-mcnie la Nauire unÎTcrselîe Apulée, A/rf dm.. Ut. XI]. 2. Les ailes, suirant Porphyre 'a p. Euseb., Prjtp. evjmg^ lib. Ul, c zi), oiracté- rîsent le mouvement. 3. WzcTohz, SaturfuiL, lib. I; Somn.Scif.. lib. l,c xvii; Mart. Capella, Hjrmtu ad Soient; Proclus,/» 7ïm., I; Sallust. Phil., c vu; Virgile, -^ii., VI, v. 727. 4. Tertullien, Apologétique; Lactance, liv. IV, ch. vi. 3. ^lian.y De aninulibus, lib. X, c. xv; Plutarch., De Iside et (hiride, ex; SymposiaCj lib. II, c. m; Porphyr., ap. Euseb., lib. III, c nr; Sanchon., ap. Eu- seb., lib. I, c. x ; Slacrob., Saturn.^ lib. VII, c xvi. 0. Diod. Sic, lib. I, c xvii. 7. Hérodote, liv. Il, ch. xlii. 8. ^lian.. De animal,, lib. XVIII, c. xiv et xxiv; lib. II, c zliii; lib. VII, c. ix. Hor. Apollo,Iib. I, c. vi et xi; Plutarch., De Iside et Osiride,c. li; Clem. Alex., Strom., lib.V; Euseb., Prœp, evang., lib.I, c x; lib. III, c.nr; Strab., lib. XVII, c. I (40, 47), c. II (4], éd. Didot. 9. Hérodote, Euterpe, ch. lxxiv; ^lian., Df ait/md/., lib. XI, c zvii; Eusébe, Prcep, evang., lib. I, c. x. 10. Manilius, lib. III, v. 171 ; cf. lib. III, v. 87 (note de Seal iger); cf.Lamprid., Vit, Hel. 11. Eusèbe, Prœp. evang. ^ lib. I, c. x. 12. Arnob., Contra gentes,\\\y. VI; Sanchon., ap. Euseb., lib. I, c z; Ovide Metam.t lib. XV, fab. i3, i5; Pausanias, lib. VIII, c. xxxi, éd. Didot. AMATHONTE 141 Le personnage suivant est Isis mère^ car son sein gonflé de lait retombe sur sa poitrine. Ses ailes sont, Je pense, celles du vautour qui la coiffe quelquefois et qu'on a à tort, selon Stra- bon ', confondu avec Tépervier. Le vautour caractérise , à mon sens, le pouvoir dévorant de la terre, où sans cesse la ma- tière se transforme ^ et d'où sans cesse la vie naît de la mort. — Sur la tête d'Isis est un modius ou un édifice. Les cheveux sont épars en signe de deuil. Ses colliers sont des insignes royaux. Les lotus qu'elle tient dans chaque main symbolisent la fécondité (celle des deux rives du Nil)^. — La déesse obombre de ses ailes Horus enfant (Har-Pe-Krati) ^ paraissant sortir de la corolle d'un lotus planté en terre. Ce lotus est bien le sein maternel d'Isis elle-même, puisque Harpocrate est né d'elle au solstice d'hiver^. Cette espèce de nymphaea a été choisie et consacrée à la nativité du soleil solsticial parce que c'est à cette époque qu'elle fait son apparition. — Les cheveux du dieu sont rasés pour symboliser la brièveté du Jour au solstice d'hiver ^, et la petite corne tombant de la tempe droite (et qui devien- dra plus tard celle d'Ammon) me paraît représenter la force féconde qui, à chaque aurore, nous parvient de l'orient. Horus 1. Strabon, liv. XVII, ch. 11 (4), éd. Didot. 2. Plut., De Iside et Osiride, c. lxxvii, éd. Didot. 3. Le lotus est essentiellement Pimage des organes maternels et, sur les mo- numents, il est représenté comme un attribut d'Isis ou de ses parèdres, ou comme une sorte d'utérus donnant naissance à un enfant. Aujourd'hui encore, le chou, d'où Ton fait naître les bébés, a remplacé le lotus dans la tradition po- pulaire. (Cf. Descr. de VÉg,] 1. 1, pi. XCV, fig. i.) 4* A. Maury, Rel. de la Grèce ant,, t. III, p. 294. 5. Plut., De Iside et Osiride, c. lxv, éd. Didot; Macrobe, 5a/Mrw., lib. I,c.xxii. Au dire de Pline {Hist, nat., lib. XIIl, c. xvii, éd. Teubner), le lotus était une sorte de girasol s'épanouissant à Paurore et disparaissant au crépuscule. Cest ce qui, sans doute, fit faire de cette fleur un symbole solaire (Plut., De Pyth, orac.yC. xir, éd. Didot; De Iside et Osiride, c. xi, éd. Didot; Pline, Hist. nat., lib. XIII, c. xvii), ainsi que d'une plante analogue qui croît dansTEuphratc (Théo- phraste, Hist, plant., lib. I, c. x). 6. Macrobe, Saturnales, liv. I, ch. xxi. 142 CHYPRE tient le fouet, anribut royal qu'en Asie on mettait entre les mains de Cybèle '. Les deux hiérophantes tournés vers Temblème mystique, planté entre eux deux, portent le costume assyrien et la schenii ég}ptienne. Ils tiennent le lotus, fleur d'Isis, et la croix ansée, symbole de procréation ^ et attribut des dieux mâlesde TÉgj'pte, avatars du soleil. — L'emblème mystique se retrouve sur un grand nombre de monuments, presque tous asiatiques ou chy- priotes, et notamment sur une des deux patères de Citium. Il représente, à mes yeux, posés sur la fleur d'Isis, deux exem- plaires de la baris papyrinea ornée de lotus qui, deux fois, ser\'it à la déesse dans ses recherches du corps d'Osiris^. Cette barque devint le cercueil même du dieu, voire son vais- seau^, et les monuments nous la montrent portant soit Har-Pe- Krati ^, soit Ammon-Ra ou quelqu'un de ses parèdres ^. C'est ce qui me fait voir le soleil lui-même dans la portion de disque garnie de rayons isolés ou non, et qui semble émerger du fond de la nef divine. L'emblème tout entier symbolise donc un mythe funèbre 7 et maritime auquel vient s'ajouter une 1. A. Mauiy^ Religion de la Grèce antique^ t. III^ p. 83. 2. La croix ansée égyptienne, symbole solaire, est absolutnentV'imA^ du phal- lus d*Osiris et signifiait Xjtai^ è7cepx^(ji6nQv (vitam supervenientem) {Sozoméne, HisL eccles,, lib. VU, c. xv). Deux statuettes découvertes en Chypre portent, Tune une croix ansée, l'autre une croix grecque, comme organes sexuels. Lebeau {Hist. du Bas-Empire^ Théodose) voit également dans la croix égyptienne une repré- sentation du phallus ou lingam. Cette croix ansée était aussi uq symbole de ré- surrection, car une vignette du Rituel funéraire nous montre un défunt dont Tâme, épervier à tête humaine, vole au-dessus de lui tenant dans ses pattes la croix ansée, 3. Voyez, sur ce genre de pirogues, Pline, liv. VI, ch. xxii; liv. VII, ch. lvi; liv. XIII, ch. XI (éd. Teubner). 4. Plut., De hide et Osiride, b. Kircher, Œdipe^ t. II, part. II, p. 465. 6. A. Maury, Rel, de la Grèce ant,, t. III, p. 267. 7. Comme tel, il est, sur l'un des sarcophages d'Amathonte, un sujet déco- ratif et forme le» deux côtés verticaux de l'encadrement des deux faces princi- pales. AMATHONTE 143 épopée civilisatrice importante à signaler ici : Anubis, Anbo, Chnouphis ou Knef joua dans le premier voyage d'Isis le rôle d*éclaireur, de mentor, de pilote (Canope). Il était fils de Nefté, personnification du rivage de la mer % et d'Osiris ou du Nil (la branche canopique) ^. Exposé par sa mère, Isis Tadopta et le prit pour compagnon. Il s'embarqua avec elle, se plaça au gouvernail, et mit le cap sur la Phénicie, où il apporta, dans la capitale d'Astarté, les croyances égyptiennes d'Isis et de Séra- pis, et, évidemment, avec le papier qu'on tire du papyrus (Pu- êXoç) et qui semble avoir donné son nom à la ville même, les caractères phonétiques phéniciens. — Pourquoi Anubis diri- gea-t-il le vaisseau égyptien vers la Phénicie ? C'est qu'il était, je pense, Phénicien d'origine. En effet : 1° Il était relégué dans un coin de l'Egypte, car il était fils de la plage et voisin de la mer, ce Typhon ^ dont les Égyptiens abhorraient les appro- ches; comme tel il se trouvait étranger et inconnu au pays; aussi fut-il trouvé. 2® Il était navigateur et marin, ce qu'aucun Égyptien ne fut avant lui, puisqu'il fit connaître à l'Egypte la navigation maritime. Il n'était donc pas Égyptien. 3* Les Phé- niciens étant les seuls marins de cette région orientale de la Méditerranée, il était, suivant toute probabilité, Phénicien. 4* Aussi est-ce aux Phéniciens qu'il songe à être utile ; il est, pour ainsi dire, leur Thot et leur Cadmus. 5** Anubis^ Anbo sont la traduction évidente de Nébo^ dieu de la Chaldée 4 , de la 1. Plut., De Jside et Osiride, c. xxxviii, éd. Didot. C*cst l*'Apit|«ç iropdXta de rinscription grecque des Salines que j'ai publiée dans la Revue archéologie que 1874, p. 86, février; cf. Hérodote, liv. XI, ch. lvi. 2. Plut., De Iside et Osiride, c xxxviii, éd. Didot. En tant qu'opposé à Isis, terre productive, ou à Nefté, sable, Osiris, leur fécondateur, est le Nil. Dans la traduction grecque de la légende de Canope, le pilote de Ménélas fut enseveli dans un îlot de la bouche canopique (Scylax Caryand., Peripl., I, 8i Geogr. min., éd. Didot) ou, selon saint Épiphane (In Ancorat., c. cviii), sur la plage d'Alexandrie. 3. Plut., De Iside et Osiride, c. xxxi, éd. Didot. 4. Isale, XLvi, V. I . ^ ^ 144 CHYPRE Babylonie ' et de la Syrie (où un haut lieu, le mont Nébo, lui était consacré) *, et, nécessairement, aussi de la Phénîcîe, dont la théogonie primitive était asiatique ^. — Si donc Temblème est le signe commémoratif d'une légende qui inté- resse au plus haut point la civilisation phénicienne et son héros^, les deux hiérophantes qui l'accompagnent, et qui portent la schenti avec le costume asiatique, doivent être Phéniciens. La figure qui suit, debout à gauche, est Horus adolescent, l'Apollon grec5,le dieu de la lumière comme son nomTindique^. Il tient la croix ansée, emblème de génération. Il est alors Priape 7, le fertilisant et le fécondateur de l'Egypte ®, en un mot, 1. Nébo était adoré à Borsippa. On le retrouve dans plusieurs noms pro- pres assyriens : Nabo-Nid, Nabo-Nassar, Nabo-Polassar^ Nabu-Chodonosor, et dans celui du satrape d*Égypte Necta-Nébo. 2. On rappelait aussi Nibas ou Nibchas en Syrie. Moïse vint finir sur ce mont Nébo. Comme Anubis, il fut exposé et recueilli en Egypte; comme lui, il joua un rôle civilisateur en Syrie. Anubis israélite, il se confondit avec Nébo. 3. En résumé, le plus clair de cette histoire est que: une colonie phénicienne, établie à Tembouchure canopique, se trouva fortuitement en contact avec la ci- vilisation égyptienne, lui apporta les premières notions de la navigation, et lui emprunta, avec sa philosophie religieuse, Talphabet et l'écriture dont elle dota sa métropole. 4. Mon ami M. CIcrmont-Ganneau a bien voulu me communiquer, pour la pu- blier, Pempreintede la nef isiaque, portant le soleil, isolée, et couronnant Tins- cription phénicienne [* hébraïque en caractères phéniciens] d'un scarabéolde ac- quis à Jérusalem. Cette nef est-elle là comme signe religieux, emblème national syro-phénicien, ou armoirie de corporation maritime ? Je ne saurais le dire. Je pense toutefois (en conséquence de ce que j*ai dit à ce sujet) que, si elle se retrouve sur d'autres cachets, les légendes qui l'accompagneront devront être toutes phé- niciennes de langue et d'onomastique (sauf dans les cas où ces cachets auraient appartenu à des Syriens ou à des Juifs païens), la nef d'Isis ne pouvant être qu'un emblème marin et phénicien, en Syrie et sur la côte. — Je rappellerai ici que les bateliers de Lutèce adoptèrent comme insigne le vaisseau d-Isis, qui figure encore aujourd'hui dans les armes de la ville de Paris. 5. Hérodote, liv. II, ch. cxuv; Diod. Sic, liv. I, ch. xxv, éd. Didot; Plut, De Iside et Osiride, ch. lxi, éd. Didot; Hor. Apollo, Hiéroglyph., I, xvii; Macrobe, Saturn., liv. I, ch. xvii, xviii, xxi. C. Philon, Alleg.j liv. II. 7. Suidas, V. Priap. 8. Macrobe, loc. cit., c. xvii ; ^Elian., De animal,, lib. I, c. ci. AMATHONTE 145 le soleil printanier, jeune et n'ayant rien produit encore, comme l'indique le doigt sur la bouche, geste d'Har-Pe-Krati. De sa tempe gauche part une corne, celle d'Ammon : il est le soleil qui éclaire l'occident de l'Egypte, la Libye, et il regarde Nefté. Nefté, c'est Isis vierge (on le voit à son sein), le sol du désert non arrosé, la Libye et ce rivage marin de Canope ' où Osiris- Nil a furtivement exercé son action fécondante. Nefté est ici en opposition avec Isis mère, et les plumes d'autruche qu'elle tient et qui sont probablement Temblème du vent du désert font antithèse avec les lotus de sa parèdre ; tournée vers Horus, elle semble faire appel à son influence bienfaisante, et rappelle ainsi le vers de Virgile : Vcre tument terras et genitalia semina poscunt. {Géorgiques, liv. II, v. 324.) Enfin, le groupe qui suit paraît être une répétition de celui du scarabée. Toute cette portion de patère que je viens de décrire traduit évidemment une croyance hybride égypto-phénicienne, reflet de Torigine et des mœurs d'une certaine nationalité. Et celle-ci, vu son caractère rien moins que tranché, doit être cherchée dans l'île de Cypre. Or, Etienne de Byzance nous l'indique, c'est Amathonte elle-même : « Très ancienne cité de l'île, dit-il ^. On y adore Adonis-Osiris. Les Cypriotes et les Phéniciens la font égyptienne. » D'après cela elle aurait représenté l'élément éthiopien des premiers colonisateurs dont parle Hérodote ^. — Les riches mines de cuivre et les vins renommés du territoire d'Amathonte* durent amener de bonne heure entre cette ville I. Plut., j> /siie ^/ Osiride, c. xxxviii, éd. Didot. 2« Steph. Byz., v. *A(iaOcu;. 3. Hérod., liv. VII, ch. xc, éd. Didot. 4. Ovide, Métam.y liv. X, v. 53i. — Les vinsd'Amathonte sont célèbres encore aujourd'hui sous le nom de vins de la Commanderie (Pancienne commanderie du Temple à Colossi). Ils sont, avec ceux dits de Chiraz/en Perse, les seuls grands vins de l*Orient, 10 i4fi CHYPRE et la phénicienne Citium (ou les autres ports phéniciens) des relations suivies et assez étroites pour qu'Amathonte ait été regardée, par la suite, comme une colonie asiatique qui aurait reçu son nom « soit d'Amathus, fils d^Hercule, soit d'Ama- thusie, mère de Cinyras' ». Mais Scylax de Caryande réfute cette erreur en faisant la cité autochtone *. — Par suite de cette alliance d'intérêts, il est naturel qu'il y ait eu une sorte d'al- liance religieuse, avec adoption par Amathonte d'un emblème sacré phénicien, et que, par conséquent, le monument lui- même soit amathontin. Partant de là, c'est tout d'abord dans les annales de Cypre que j'ai dû chercher quel fait historique, quel épisode mili- taire mémorable était représenté dans la dernière zone de la patère. Je n'en ai trouvé qu'un qui concordat avec l'œuvre de l'ar- tiste : c'est la défense d'Amathonte contre les rois de l'île coali- sés, l'an !•' de la 70* olympiade (5oo av. J.-C). Comme nous l'avons vu, Amathonte, égyptienne d'origine, de mœurs et peut-être de dialecte, dut conserver, vis-à-vis de l'élé- ment grec circonvoisin, un sentiment de particularisme égal à celui des Phéniciens de Citium et d'Idalie. Aussi, lorsque la révolte de Tlonie fit soulever, à la voix d'Onésile, usurpateur de Salamine, tous les rois grecs de l'île contre Darius, Amathonte et Citium ne bougèrent pas et restèrent fidèles aux Perses. Oné- sile, voulant forcer Amathonte à sonir de sa neutralité, vint l'assiéger. Le satrape Artybius et les Phéniciens arrivèrent au secours de la place, forcèrent les alliés à la retraite, et, peu après, l'insurrection prit fin par la défaite et la mort d'Onésile sous les murs de Salamine ^. 1. Steph. Byz., v. *A|iaOoû;. — Cf. la note savante de Th. de Pinedo sur l'éty- mologic phénicienne de ce vocable. 2. Scylax Caryand., Peripl.^ I, 78 {Geogr, min., édit. Didot). 3. licrodotc, liv. V, ch. cm. AMATHONTE 147 Le siège, la défense et la délivrance d'Amathonte concor- dent exactement avec le sujet gravé sur la patère. En effet : i* La forteresse attaqués, et dont la tour de droite semble assise sur des rochers, domine une ville dont on voit les maisons au pied des murs. Or Amathonte présentait une même disposition : « Ensuite est la ville d'Amathonte, et au milieu est une citadelle nommée Palœa, puis le mont Olympe pareil à une mamelle '. » — 2° La défense est soutenue par des archers de costume asiatique et des piquiers dont Tarme ressemble à la sarisse macédonienne, et dont les casques à cimiers et les boucliers sont grecs. Je vois en eux des auxiliaires non mentionnés dans Thistoirc, peut-être des soldats de ce Sté- sénor, roi de Curium, dont la trahison causa, peu après, la défaite d'Onésile et de ses alliés ^. Les guerriers dont les têtes paraissent au-dessus des courtines n'ont pas de coiffure et semblent égyptiens. — 3" Nous voyons concourir à l'attaque, d'abord, des guerriers que leurs casques à cimiers, leurs bou- cliers armoriés, leurs tuniques, font reconnaître pour Grecs ; puis des hommes montant à l'assaut et dont le costume et les petits boucliers sont évidemment africains. Ce sont, je pense, des Cyrénéens. Deux pionniers, à gauche, cherchent à les pro- téger, par un abatis d'arbres, d'une attaque de cavalerie. N'est-ce point là l'armée toute grecque d'Onésile? — 4" A droite, un bige sous les chevaux duquel court un chien, deux cavaliers (égyptiens quant à l'équipement, mais non quant au type) et quatre archers asiatiques, et, à gauche, deux cavaliers (archer et lancier) accourant au galop, semblent vouloir attaquer non les murs de la place^ mais évidemment, bien plutôt les assiégeants. C'est l'armée d'Artybius. Le cercle de croisillons entrelacés de ces tQuffes de franges 1. ...eiT* *A|Mi6oû; ic6).i; xal iiexo^ ycoXi/vt), llvXaià xaXouyisvY); xal^ôpo; [kOLozoïiZii', ^Xvt&icoc. Strabon, liv. XIV, ch. in. 2. Hérodote, liv. V, ch. cxui. - r. : r T z. *- *> ^ •, \\v:.t tr. -' \.Tr.z\t irztzzinz *r. 'rjkr=i'jzyt irez k sqjcr qu'il tr^t^irt. r r. c d:r-r ps.* et s^cns z:r±::qac oxnsie les lignes brl^^t* tt -t* i'^-î.tt tcrsôds* qjc rions zv&ss vues précédcm- «« V iv«* •• ^2. — LA irONDACHE «PL. IX). I>i«que de tole de bronze de o*.3o5 de diamètre et 1/2 milli- mètre d'épaisseur. Un cône allongé et pointu formé parla feuille même du métaL n^ais brisé maintenant, servait d ombilic, de o*-07 à o*,o8 de saillie. En chacun des quatre points du pounour. équidistants et près du bord, sont deux trous, percés à o*,o23 Tun de Tautre. Ils servaient, je pense* à fixer par des fils de bronze le disque lui- même, sur une armature analogue à celle des rondaches orien taies des musées modernes. I^s ornements ont été esquissés au repoussé et terminés par un trait de gravure. Les plus importants sont : i* la double torsade mystique que nous venons de voir sur la patère et que celle d'Idalie présentait aussi ; 2*" la zone formée d'une suite de groupes représentant le lion solsticial dévorant le taureau équi- noxial, sujet fréquent sur les monnaies et les monuments de rOricntchaldéen. Parmi ces groupes est un emblème qui me paraît représenter le soleil (figuré en demi-pâquerene comme celui de la nef isiaque) s'épanouissant en sortant du calice d'un lotus, symbole de Teau et dlsis. C'est la naissance d'Har-Pe- Krati au solstice d'hiver '. I. li cftt curieux du constater qu'aujourd'hui encore, dans les armoiries du (IliAliin-C.hAii, le lion persan est surmonte d^une moitié de soleil dont les rayons H'ini Ri-parc-H par couples. Ces couples ne se terminent point par des lignes con« vrxcs lOMinic dans la nef d'Isis ou les lotus du bouclier, mais par des queues ir.u'diidc. Ces tri>'s soleils sont tous de même style et de même figure : éventail ou ipiciic lie pno:i employée. ^ AMATHONTE 149 Cette rondache est identique à celle des Sarrasins, encore usitée en Syrie dans la joute au sabre, et qui paraît fort an- cienne. Elle ressemble, en effet, beaucoup à la cetra antique. Celle-ci était ronde % sonore et bruyante, c'est-à-dire en métal *, tantôt ciselée^ tantôt peinte ^, et quelquefois même recouverte de peau d'éléphant 4. La cetra faisait partie de l'armement des Bretons ^, des Celtibériens ^, des Ibériens 7, des Espagnols et des Africains ^ (elle se trouve évidemment dans les mains des deux guerriers qui, sur la patère, montent à l'assaut de la forte- resse, et me paraissent appartenir à l'Afrique). Connue dans toute l'Asie, elle dut être apportée par les Phéniciens Jusqu'en Bretagne par l'Afrique, l'Espagne et les Cassitérides. Il est pro- bable que ce furent les Ibères qui en firent le plus important et le plus constant usage et lui donnèrent son nom, car cetra ou cœtra est, selon Freund [Dict, lat.)^ un mot espagnol, traduit d'ailleurs d'une manière très indécise par les Grecs (xaiTp&tt, xaÎTpai, x^Tpai, xopTtai), Dans tous les cas c'était un bouclier très maniable dont on pourvut, dans l'infanterie romaine, les soldats armés à la légère appelés cetrati (Ces., De bello civ.^ VI, 39 ; I, 70). La rondache d'Amathonte est un rare spécimen, le seul peut- être, d'un prototype des petits boucliers orientaux (sarrasins, 1. Lips., Analect,, De mil. rom., lib. III, dial. i; cf. Varro ap. Non., 82, xtiii; Dîod. Sic, lib. V, c. xzxiii. 2. Lucan., Phars., lib. III, v. 348; lib. X, v. 23i ; lib. XVI, v. 3o. 3. Lucan., Pkars., lib. III, v. 278; Lips., Analect., De mil, rom,, loc. cit.; Silius Italicus. — Pour recevoir la peinture, le bouclier devait au préalable être recou- vert de toile ou de peau. 4. Plin., Hist. nat., lib. XI, c. zciii. 5. « Certabatur Britanni ingentibus gladiis et brevibus caetris. » Tacite, Agric,, c. XXXVI. — La cetra bretonne est devenue le target écossais. 6. •DicXiCovTori ôè... KeXri^iQpoiv ... tivè; 6à xupxiai; xvxXowpwiv àtT/;p), or plein, à peu près pa- reils et pesant ensemble plus de 3 livres anglaises. Ils sont for- més d'un boudin faisant deux spires (i + 1/2 -+- 1/2). Diamètre, o", 1 1 ; diamètre du boudin, o",or. Dans l'intérieur du cercle est gravée cette inscription en chy- priote de première époque : Lecture de gauche à droite. 2* Petits anneaux massifs de même forme, identiques à ceux qui, trouvés à Amathonte, Dali, etc., ont paru au général repré- senter de la monnaie {/?er. archéol.^ janv. 1876, p. 26) '. 3* Grosse bague dont le chaton est formé d'une grande amé- thyste flanquée de deux tctcs. (Bague sacerdotale ?) Beau tra- vail. * I. Voir plus haut, p. i38. i58 CHYPRE 4* Chaîne de cou, chaîne souple dite chaîne-cordon. Elle se termine par deux têtes de serpent de la bouche desquelles sort un crochet. 5** Pendeloques de cou (amulettes) consistant en : Olives allongées en agate-onyx garnies de douilles en or tra- vaillé. La plus belle peut se démonter et est flanquée des deux plumes qui ornent ordinairement icpschent royal égyptien. — Orbite en or d'un œil qui devait être en émail ou en pierre et qui n'existe plus. Trois chaînettes y sont appendues ; à chacune attiennent deux clochettes coniques et godronnées. — Une paire de croissants renversés et dont chaque pointe est ornée d'une chaînette et de clochettes comme ci-dessus. Ces croissants renversés se retrouvent encore aujourd'hui, dans tout l'Orient, comme ornement-amulette sur le poitrail des chevaux ; on les fait alors le plus souvent, en Syrie et en Egypte surtout, de défenses de sanglier réunies par une monture d'argent. — Une paire de disques ornés d'une élégante étoile à six branches dans une bordure de perles et de cercles ; l'un et l'autre en filigrane d'applique. Les pointes de V étoile forment volutes opposées^ entre lesquelles s'épanouissent des palmettes trilobées. Entre les branches, à^s figures coniques à silhouette de pomme de pin ou de cyprès. — Disque plus grand dont la bélière occupe près du tiers du pourtour. Au centre, onyx à deux couches simulant un œil à large prunelle, et encadré d'une étoile à seize pointes et d'ornements formés d'un grènetis microscopique. Pareil semis se voit sur d'autres bijoux et rappelle le travail étrusque. Neuf chaînettes à clochettes, comme celles précitées, garnissaient le pourtour du disque. Il n'en reste que deux. 6** Cachets à pivot, or plein, et pierre gravée avec bélière pour porter au cou. 7® Bagues tout or, et bagues à cachet de pierre monté à pivot; bagues en or vide, etc. Les pierres représentent toutes des divinités égyptiennes ou assyriennes. CURIUM i59 8» Boucles d'oreilles, d'or vide pour la plupart, de différents modèles dont presque tous se sont retrouvés en Syrie. L'une de ces boucles tient à un morceau de bois provenant évidem- ment d'une statue. 9® Bracelets de bronze recouverts de feuilles d'or (baguette ronde formant anneau ouvert); quatre grands, deux moindres. 10® Gros bracelet fait de même; les deux bouts se terminent par une tête de lion à gueule ouverte et par une pointe des- tinée à être insérée dans cette gueule. Il® Feuilles d'or estampées, fleurons, plaques de boucles, bandeaux de front, etc. 12' Grand nombre de feuilles d'or non estampées et débris de feuilles ramassées après tamisage des terres. Je partage l'opi- nion de M. Clermont-Ganneau % qui voit dans ces feuilles des débris de la dorure de statues qui devaient être en bois, comme le ferait supposer le fragment auquel tient une boucle d'oreille (voir plus haut). i3® Colliers : Collier à un rang, perles d'émail noir avec des perles et des tubes d'or; pectoral, une plaque ronde estampée. — Collier d'amulettes (grappes de raisin, phallus, statuettes, etc.) et perles d'or; pectoral, un aninial. — Collier à deux rangs, chaque rang formé de deux perles d'or alternant avec une olive allongée; pectoral, petit vase (?) d'or flanqué de deux bulles piriformes. — Collier à deux rangs formés d'une alternance de perles d'or et d'émail noir de grosseur graduée, les plus petites au fermoir; pectoral, une tête ? — Tous ces colliers se retrou- vent sur des statues. 14® Trois petits alabastrons en cristal de roche savamment évidé. A l'un d'eux est une garniture d'or qui ferme l'orifice en ne laissant qu'un petit trou au centre ; dans ce petit trou s'in- • !• Revue critique {ib juillet 187G). lOo CHYPRE sère une aiguille d*or fixée à un couvercle conique d*or. C'est peut-être un flacon à kohL i5° Un objet en pierre dure qui, dit M. de Cesnola^ paraît être un sceptre. :?\ i6» Une patère d*élearuin. 2* CHAMBRE. — TtiSOT ^OTgenU I® Environ soixante bracelets d'adultes et d'enfants. Ces bra- celets sont presque tous massifs et de forme serpentine. A cha- cune de leurs extrémités est une tête d^aspic. 2'' Anneaux et cachets à pivot formant bagues. La monture de la pierre dans ces derniers est parfois en or. 3" Amulettes. 4* Armilles-spirales de tous genres. 5** Pendants d'oreilles. 6"* Coupes et patères,. dont douze seulement sont en bonne condition. Le reste est très altéré par Toxydation; cinq, entre autres, empilées les unes dans les autres, forment un empâte- ment irréductible. 7* Trois patères de vermeil. Elles étaient empilées; celle du milieu a seule été p^éser^'ée de l'oxydation et est intacte ; elle est gravée planche X. 8" Patère fortement oxydée. L'intérieur était revêtu d'une feuille d'or gravée qui s'est conservée intacte, 3« CHAMBRE. — Bimbeloterie, I® Une lampe et deux fibules de bronze. 2® Petit bige en pierre calcaire avec un attelage rehaussé de couleurs. 3** Vases et fusaïoles (je ne sais qui a inventé ce nom) d'aï- bàtrc. CURIUM i6i 4* Vases en terre cuite : quelques-uns ont la forme d'une femme ; sur d'autres, des figures de femmes se détachent en relief; d'autres présentent de riches peintures purement orne- mentales et de dessins variés. 5® Groupes en terre cuite représentant des chevaux, des cava- liers, des scènes de la vie domestique. 6" Trois statuettes d' Astarté. 7" Ivoire. Figure de style égyptien dans l'attitude du som- meil. (Couvercle de boîte?) 4« CHAMBRE. — Trésor de bronze ^ cuivre et fer, I" Plusieurs candélabres et lampadaires de bronze de hau- teurs diverses. Les uns ont 5 pieds de haut, les autres moins d'un pied. 2® Bassin de bronze de o",3o de diamètre et o",o6 de hauteur (calotte de sphère). Une anse de suspension mobile entre deux anneaux rivés est fixée à l'extérieur, près du bord. Au centre, une pâquerette à 22 pétales que circonscrit la torsade mystique, et, sur celle-ci, 12 palmiers (?). Autre torsade circonscrite par 3i palmiers (?) entre lesquels se voient, à égale distance les unes des autres, 4 antilopes (genre oryx leucoryx de Darwin, Des- cendance de Vhomme, t. II, p. 263). Enfin le bassin est pourvu d'un plat-bord de o",o2 de large et orné de 47 lentilles en relief de o",oo6 de diamètre chacune. 3® Un beau mors de cheval. Bronze. 4® Une sandale de femme. Bronze. 5** Trois grands vases avec poignées figurant des lotus. Bronze. 6® Marmites, vases, coupes, miroirs avec ou sans poignées. Bronze. 7* Fers de lance, dague ou poignard. Bronze. 8** Poignard de fer, presque intact. Il a conservé une partie de son manche fait de bois. 1 1 iG2 CHYPRE 9' Six têtes bovines, deux pattes de lion et deux jambes de cerf, le tout en fer très ox)'^dé. Le général de Cesnola voit dans ces débris les fragments d'un siège. io° Cerfs, éperviers, grenouilles en bronze, etc. PASSAGE SOUTERRAIN OU TUNNEL. On y a trouvé des vases de bronze et beaucoup d'objets en forme de boutons (?), en bronze également. A tous ces trésors il faut ajouter des cylindres assyriens, dont quelques-uns très beaux et en agate blanche. Plus, des amu* lettes en hématite dont une représente une rainette. Après avoir vainement essayé de creuser des puits dans la direction du tunnel pour retrouver celui-ci et y faire pénétrer Tair respirable, le général dut s'arrêter devant la dépense et le temps perdus. A son grand regret, il dut aussi, par ordre de l'autorité, combler les souterrains et niveler le sol, conditions, du reste, énoncées dans son firman. Après quoi il retourna à Larnaca. g 3. — LES PATÈRES. J'en ai vu quatre. Elles ^3nt fort remarquables. J'en décrirai trois ici; la quatrième (pi. X) fera l'objet d'un autre paragraphe. I® Patère d'argent à moitié rongée par l'oxyde. Ce qu'il en reste représente : une fleur épanouie, au centre, puis trois zones concentriques de scènes curieuses où il est possible, je crois, de reconnaître les épisodes d'une campagne militaire. Une étude patiente du monument donnerait quelques résultats intéres- sants. — Patère importante et dont le mauvais état est des plus regrettables. 2* Patère d'argent oxydée. L'intérieur est plaqué d'une feuille d'or pur gravée et que l'oxyde a soulevée en différentes places. CURIUM iG3 Au centre, taureau debout, le globe solaire entre ses cornes. Ctsx Apis-Osiris ; il est exécuté avec une maestria admirable. — Zone circonscrite contenant plusieurs répétitions du même sujet : un cheval paissant ou buvant. Elle est entourée par une autre zone reproduisant plusieurs fois la vache allaitant son veau, — Il est à noter que ces trois sujets sont des revers de médailles (voir les tables de Mionnet). Ils ont été burinés dans la patère avec un rare talent. Ces deux patères ont la même forme et à peu près les mêmes dimensions que les patères d*Amathonte et du Louvre : une calotte de sphère de o",20 de diamètre et o",o35 de hauteur environ. 3* Patère d'électrum, intacte bien entendu. Forme : le bonnet des Dioscures ou un demi-œuf. Diamètre, o", 14; hauteur, o",o5. Cette patère me paraît avoir été un vase à usage, vu sa forme profonde. — Au centre, un gros bouton repoussé d*où s'épa- nouissent des pétales ou des rayons, puis une zone guillochée figurant le sol. Dans ce sol sont plantés, à égale distance, des arbres qui me paraissent être des palmiers et qui forment ainsi une élégante couronne. Sous ces arbres, à égale distance les uns des autres, sept oiseaux aquatiques accroupis. Enfin, circons- crivant le tout et formant bordure, une zone d'arbres iden- tiques sous lesquels sont couchés des biches et des cerfs. — Ces cerfs et biches, dans l'attitude du kief, justifient pleinement le passage d'Élien relatif à ceux de ces animaux qu'on trouvait au bois sacré d'Apollon à Curium [De nat, anim.^ lib. XI, c. vu). Je traduis : « A Curium, quand les biches, ai tkoi(fOi (il y a nom- bre de ces fauves, et beaucoup de chasseurs s'emballent à leur poursuite), s'enfuient vers un sanctuaire d'Apollon qui se trouve là (c'est un bois sacré très étendu), les chiens aboient, mais n'osent pas avancer ni entrer. Ne bougeant pas de là et broutant leur pâture sans émoi et sans appréhension, les biches, par une sorte d'instinct secret, se confient au dieu lui- même pour leur propre salut ' . » {Cf. lib. V, c. i.vi.) D'un autre côté, le palmier était consacre à Apollon de Délos (Élien, Var. Hislor., lib. V, c. vi ; Hymnes homér., lu Apoll., v. 19; Hygin, fab. 53 ; Callimaque, In Del., v. 2o5). Cet arbre avait emprunté son nom aux Phéniciens, qui le propageaient partout où ils allaient. I. M. Clcrmont-Ganneau a relevé une citation analogue dans El Moqaddeef éd. de Goëje, p. ittS); il s'agit, dans l'auteur arabe, de la monxagne Siddiqa.ean- tenant un tombeau du prophète Siddiq et une mosquée, lieu de pèlerinage an- nuel ; » J'ai entendu prétendre que le chien poursuivant un fauïc, quand il ar- rive à cette limite, s'arrête. » D'après Yaqout (t. III, p. a6, éd. Wûstenfeld), le tombeau de Siddiq se voit dans un village de Palestine portant le nom Sylvain de Chadjara (arbre). CURIUM i65 Il est naturel d'inférer de tout cela que la patère confirme à la fois et commente le passage précité d'Élien, en nous mon- trant le bois sacré d'Apollon Curius peuplé de ses biches, en nous apprenant que Tessence de ce bois était le palmier, qu'il y avait des cerfs avec les biches et qu'il s'y trouvait aussi des cy- gnes, seuls palmipèdes, du reste, consacrés également à Apol- lon. [Collection Hamilton, Vases, t. II, pi. 12; El. des mon. céram.^ t. II, pi. 12 ; Callimaque, /// Apoll., v. 5; /// DeL, v. 249; ÈWtn^Denat. ani?n.,l. XIV, c. xiii ; id,^ 1. II. c. 32.) De plus, cette patère permet de supposer que, ayant le caractère hiératique et apoUinique, elle faisait partie du trésor d'un tem- ple d'Apollon dont elle représente le bois sacré, et que c'est ce sanctuaire, cité par Élien, que le général de Cesnola a eu le bon- heur de découvrir et d'explorer (cf. le bassin de bronze précité). Ce fait donne une singulière valeur à tout le reste de la trou- vaille, qui alors représente en totalité (?) les ustensiles et les ex-voto d'un temple chypriote de second ordre, et peut, après étude suivie et attentive, donner lieu à de curieuses remarques, voire à d'intéressantes découvertes. Tous ces objets ont été enfouis sous une couche déterre, et ce aifec soin^ tranquillement et à tête reposée^ c'est-à-dire sous le coup d'un danger prévu et non imminent. Ceux qui connais- saient la cachette, ou sont morts après la catastrophe, ou ne sont jamais revenus. Il est probable qu'ils étaient peu nom- breux. Le fait d'avoir voulu sauver des objets de peu de valeur intrinsèque (bois, fer, bronze, terre cuite, pierre, etc.) implique l'appréhension d'un sacrilège et une préoccupation religieuse qu'on ne peut attribuer qu'à des desservants du sanctuaire. Pour donner une date approximative à l'enfouissement et à l'événement qui y donna lieu, il faudrait examiner attentive- ment toute la collection, étudier ceux des monuments qui paraissent les moins anciens, reconnaître ainsi leur époque et diriger, d'après cette donnée, ses recherches dans l'histoire. — i66 CHYPRE Les guerres ayant un caraaère religieux sont rares dans l'anti- quité, surtout à Chypre ; elles n'apparaissent sérieuses et fré- quentes en Orient qu'après la naissance du christianisme. Ce sont peut-être alors les annales des deux premiers siècles de l'empire qu'il faudrait consulter. g 4. — UNE PATÈRE DE CURIUM'. Trouvée au temple d'Apollon Curius. — Diam., o"',20 ; haut., o",o3. — Vermeil. — Calotte de sphère. — Les figures sont repoussées et gravées. — Style égypto-assyrien. — Assez bon travail, surtout dans les figures d'animaux. EXPLICATION. Centre. — El-Cronos aux quatre ailes tue le lion solsticial avec une cpée de tous points identique au n** i des trois épées de bronze du rocher d'Alies (à Menet, département du Cantal), pu- bliées dans la Revue archéologique (déc. 1872, t. XXIV, p. SSy). Les deux éperviers qui accompagnent Cronos sont deux Horus (voir à l'explication de la deuxième zone, celle du groupe d'Osiris), celui d'orient et celui d'occident, qui se résument sur d'autres monuments orientaux, à Ptérium, par exemple, dans l'aigle à deux têtes (cf. Musée Napoléon III, pi. X, patère de Citium, aujourd'hui au Louvre). Cette scène, tout assyrienne d'origine, représente l'époque caniculaire, dont Hercule étouf- fant le lion est une traduction ultérieure due aux Ty riens ^. * I. Revue archéologique, XXXIII, p. 117 et suiv. (1877). 2. La formation de ce mythe d'Mercule est remarquable en ce qu'elle a été méthodique. EflFectivcment : Horus viril, après avoir vaincu le taureau équi- noxial, prit ses membres de derrière et se vôtit de sa dépouille (voy. Rev. ar- chcoL, août 1874, t. XXVIII, pi. XIV, fig. 3, art. de M. Em. Soldi); puis^ après ce laps trimestriel, où tout est fécondé dans la nature (laps symbolisé par une anti- CURIUM 167 El-Cronos, patron primitif de la Phénicie, est fils d'Uranus, patron de ces Atlantes qui colonisèrent TEurope par Touest et furent les aînés de ces autres Atlantes, les Phéniciens, qui vin- rent par rOrient civiliser le vieux monde. Ces Peaux-Rotiges^ portés par le grand courant équatorial de Tocéan Pacifique, peuplèrent la Malaisie ' et de là, poussant à Touest, abordè- lope), il attaqua, chauve et déjà mûr, le lion solsticîal. Celui-ci vaincu, Horus, vêtu de sa dépouille, est l'Hercule des Phéniciens, qui devrait être figuré sur le déclin de Tâge^ mais qu'une faute orthiconographique et orthomythique a fait représenter quasiment adolescent. DansPidée d:s Phéniciens, sans doute, le so- leil, au summum de sa force, ne pouvait logiquement prendre un aspect sénile, être chauve {hlq = Alc-idcs), comme sur le cylindre précité. Le lion solstitial est le lion de Cybèie; la pomme de pin, par exemple, placée sous le Cronos en fait foi. Le lion symbolise Tintensité productive de la terre à cette époque de Tannée où le soleil, restant au-dessus de Thorizon dix-huit heu- res sur vingt-quatre, surchauffe le sol et fait sentir le bienfait de sou vicicieux rayon, de son glaive d'or (âa>p), jusque dans les couches souterraines, là où sont les racines des plantes. Cet emblème léonin est devenu une constellation. Comme tel, il est intimement lié à la destinée du soleil et inséparable d*avec lui. Ainsi les armoiries du Chdhin Chah nous en offrent un exemple : le mi-soleil paraît der- rière le lion terrestre et celui-ci tient le sabre de victoire, souvenir du Chrysaorius d'antan. Le lion est donc Panimal cybélo-isiaque par excellence; il est à la Ft) M^p, Mater^iaftnere universelle, ce que Taigle est à Jupiter et le serpent à Escu- lape. Aussi est-il funèbre. Avec une tête de femme, il est le sphinx, Neith, la na- ture organisée et vivante; avec une tête aquiline, il est le gryphon, ou Vécorce du globe. Le solstice d'été peut donc être exprimé par un seul ou deux signes : Pun cybé- lique et astronomique, le lion; l'autre purement solaire, le personnage aux pri- ses avec le fauve. La scène du centre de la patère représente donc la pénétration ultime, par le rayon solaire, aux approches de la Canicule, du sol productif à Papogée de sa fé- condité. Les Phéniciens ont quelque peu modifié ce mythe dans la personne de leur Hercule; ils ont d'abord figuré Cronos jeune. Dans la suite, ils ont remplacé son glaive par une massue, qui ne pénètre pas, mais assomme et opère sur la surface. Quelquefois même Hercule n'est pas armé; ilétreint le lion et V étouffe ; il s'en rend maitre. Il est vraiment alors Melk-Arth, le dominateur de la terre. Ce Cronos jeune et sans ailes est, en un mot, un Horus. I. Les Malais d'aujourd'hui sont une race rouge profondément abâtardie par un mélange constant avec les races jaune et papoue. A part cela, leur identité avec les Phéniciens est absolue. Comme eux, ils sont excellents matelots, navigateurs, industriels, teinturiers, négociants, colonisateurs, planteurs, forbans, etc., etc., et de tous points fort intelligents. Thèse à développer. i'^ CHYPRE rent au golfe Persique, où ils fondèrent^ non loin de Tembou- churc du chott El-Arab, Tylos et Aradios, etc. L'El-Cronos de la patère me parait être le Jupiter Chn'saonw^ (et non Chnsaor, Jupiter chrysaorieii ou à Tépée d or; que les Cariens avaient pour patron et adoraient surtout à Stratonicée 'Chn'saoris . Le parèdre femelle d'El-Cronos est, enfin, cette ténébreuse déité aux quatre ailes. Méduse, représentée dans un rôle funèbre sur le sarcophage d'Athiénau Rej\ archéoL, janv. 1875) ', Méduse, dont la tête, reproduaion grimaçante de celle d'Athor, est le disque lunaire et se substitue au disque solaire (voir les antéfixes de la collection Campana au Louvre) pour marquer le temps nocturne. Méduse est le Cronos de la nuit ^. Premier cadre circulaire. — La double torsade. Cette tor- sade jouej'un rôle considérable dans Tornementation grecque et, comme les autres origines de celle-ci^ a un caractère hiéra- tique. Nous voyons en effet cette torsade occuper sur certains monuments, rares du reste, une place des plus significatives et des plus importantes. Ainsi, par exemple : I* Sur une lagène à anse de Dali (collection de Cesnola) une scène est peinte qui nous représente un petit tronçon de la tor- sade posée sur les rayons du soleil placé sur un arbre mystique un peu défiguré; deux oiseaux becquètent les volutes infé- rieures, et deux prêtresses debout, en tuniques talaires et à ' I. Voir chapitre deuxième^ II. 2. Il va sans dire que cette lune demeurant visible, en son pleinj àla clarté du jour quand le rayon solaire a vaincu et fait disparaître les ténèbres, est bien le Gorgonium séparé de son corps aux quatre ailes sombres par la harpe de Reseph- Apollon. Le nombre quatre des ailes des deux Cronos est assez difficile à expliquer. Peut-être symbolisent-elles la division (toute mariiiuie chez nous), par les Chal- déens et par les Phéniciens, du temps en quatre quarts de jour et en quatre quarts de nuit. CU.RIUM 169 queue^ touchent les volutes du haut. L'une des figures tient une aiguière par le goulot. 2* Une grande bardaque de Dali (même forme de ballon que la première, mais pne tête de femme formant goulot), décou- verte par le général de Cesnola et maintenant au Musée de Berlin, nous montre la torsade peinte en blanc et encadrant une grossière et très curieuse figure d'Isis en tunique talaire, debout et tournée à droite. Cette figure est rehaussée de blanc aux bras, cou, épaules, poitrine, ceinture. Elle flaire un lotus blanc. Devant elle, un lotus blanc aussi. Derrière elle, un lotus blanc^ surmonté de deux volutes également blanches^ et sup- portant le soleil levant. Cest, en abrégé, Tarbre mystique. Sauf quelques pétales de lotus et V astérisque ij) qui pend au cou de la figure du goulot, tout le reste du dessin se détache en traits noirs sur le fond ocre du vase. Isis et les emblèmes d'Isis étant marqués en blanc, j'émets Thypothèse que la torsade, en blanc aussi^ et très apparente, est un attribut isiaque. 3* Un cylindre babylonien publié par M. E. Soldi {Repue archéologique^ sept. 1874, t. XXVIII, p. i5i, pi. XV, fig. 5) nous montre une Vénus nue debout, le corps de face, la tête à gauche. De chacune de ses épaules Feau jaillit. A gauche, en haut, une étoile; un peu au-dessous, un objet rond (un fruit?). A gauche encore, une figure en tunique talaire et coiffée d'une tiare (Astarté ?). A droite, une petite figure nue, portant une ceinture (r). De ses épaules jaillit de Teau. Au-dessus d'elle, fragment de torsade de 7 tores; au- dessous, fragment de 5 tores seulement. — Cette scène est l'antithèse de la Vénus conccptive ou aquatique » avec la Vénus astronomique. — La position des deux torsades montre que celles-ci se rapportent à Vénus et encadrent son Jils Eros. I. Voy. Rev. archéol., janvier 1876, t. XXXI, p. 27, note 2 (patère et rondachc d'Amathontc). * Chapitre quatrième. I70 CHYPRE La torsade est bien^ d'après ce cylindre^ un symbole aphro-- ditique. 4* Sur une lagène à anse trouvée à Oromidia par le général de Cesnola, une figure qui semble masculine, et tournée à droite, forme le sujet principal peint sur la panse du vase. Le personnage est coiffé d'un pschent et tient un sceptre de la main droite, un oiseau sur le poing gauche. Il est vêtu d'une tunique collante ; ses jambes sont nues et écartées. Devant lui, une sorte d'arbre (?). Entre ses pieds gît un fragment de tor- sade (3 tores). Les deux torons sont assez écartés Tun de Tautre et semblent deux serpents entrelacés, accouplés. Cette similitude et l'examen du monument précédent m'ont fait penser au ceste de Vénus et supposer que la torsade mystique n est pas autre chose. b^ R. H. Lang a publié dans le Numismatic Chronicle de 1870 {Coins discovered in Cjyrus) la monnaie suivante, qui faisait partie du trésor du temple de Dali : N* 29. Bœuf de- bout à gauche. Au-dessus, lettre cypriote. ^. Deux filets de grènetis se coupant à angle droit et formant un champ occupé presque entièrement par une tête d'aigle tournée àjgauche. Au- dessus de cette tête, tombant de l'angle supérieur gauche, une feuille de lierre ? Sous la tête d'aigle, fragment de torsade de 8 tores. Ici la torsade isiaque fait antithèse à l'aigle solaire, armoirie monétaire de quelque cité ayant Jupiter pour patron. L'importance de ce fragment est évidente et vient à l'appui de ce qui précède. 6" Enfin les plaques de Ruad, rapportées par M. Renan, présentent un fragment de torsade sous forme de bandeau au- dessus du sphinx et de l'arbre mystique, accosté de deux gr)'- phons, sujets isiaques. Première \one, — Sphinx accroupi, coiffé du klaft et du pschent royal. Au-dessus, dans les deux cartouches carrés, des k CURIUM 17* traits informes simulant des hiéroglyphes^ . Devant et derrière, deux cyprès. Le sphinx représente ici la reine Isis, l'épouse d*Osiris, la nature organisée et vivante sous les regards de laquelle se passent les scènes qui forment six groupes distincts , dont presque tous sont des revers de médailles : i* lutte amou- reuse de deux taureaux; 2® le vainqueur emmène la génisse (dont par erreur le graveur a changé le sexe); 3^* vache allaitant son veau; 4** lion ayant fait sa proie d'un des bergers et attaqué à son tour dans les roseaux par un archer et un piquier ; 5* cheval paissant ou buvant; 6" berger terrassé par un lion. Homère a chanté un épisode de ce genre (une attaque de lions) au vers SyS du XVIIP livre de VIliade (description du bouclier d'Achille, don de Vulcain) : « {Il y grava)... un trou- peau de bêtes bovines au front qui se relève. Elles étaient d'or et d*étain. Beuglantes elles se ruaient au sortir de la litière vers le pâturage, à travers le torrent qui gronde et les roseaux flexibles. Des bergers en or accompagnaient les bes- tiaux et ils étaient quatre. Neuf chiens les suivaient d'un pas tranquille. Mais voilà que deux terribles lions s'emparent, à la tête du troupeau, d'un taureau ruminant. Celui-ci, malgré ses mugissements prolongés, est entraîné. Les chiens étaient distancés ainsi que les éphèbes. Les lions déchirent la peau du grand bœuf et se régalent des intestins et du sang noir. Cependant les pâtres les poursuivent, excitant la vélocité de leurs chiens; ceux-ci répugnaient à mordre les lions, mais, s'arrêtant, aboyaient près d'eux tout en les évitant. » Sur la patère, comme on le voit, la scène ne se passe pas tout à fait comme sur le bouclier d'Achille ; mais elle est du même genre et paraît avoir été un sujet traditionnel. J'y reviendrai à la fin de cette notice. X. Tous ceux de la '2« zone sont pareils. 172 CHYPRE Deuxième cadre circulaire, — La torsade. Deuxième :{one. — i® Premier groupe : Osiris vainqueur. Les trois hommes agenouillés et réduits à merci sont les nations de rinde, d'Asie et de Thrace. Osiris porte sur la tête le globe solaire accompagné des deux plumes et flanqué des urœus. Son arme est une massue, car il ne^verse pas le sang. Devant lui, Horus lui tend une palme de victoire; derrière lui, sa suite représentée par un soldat. Celui-ci, qui, je crois, est Mercure, car sur la patère du Louvre il a deux plumes à sa coiffure (les ailes du pétase), porte une prisonnière, TÉthiopie, évanouie sur son bras droit; sa main gauche tient un arbre, symbole des conquêtes, acclimatations et propagations botaniques d'Osiris (cf. Musée Napoléon III^ pi. XI, patère de Citium, aussi au Louvre ' ). Ce groupe est la reproduction, pour ainsi dire canonique^ d'un sujet célèbre sculpté sur maints monuments de TÉgypte, auxquels je renvoie le lecteur. 2** Deuxième groupe à gauche : Personnage perçant un gry- phon de son glaive. Un petit épervier (omis par le graveur) vole derrière la tête de Thomme, qui est ainsi Osiris lui-même, Osiris Chrysaorius^ au glaive^ au rayon d'or. Le gryphon, c'est le sphinx avec une tête aquiline munie d'aigrettes, qui ressemble fort à celle du fameux oiseau secrétaire^ mangeur de serpents^ qu'on ne trouve plus guère qu'au cap de Bonne-Espé- rance. Le gryphon est un avatar d'Isis. C'est la croûte ter- restre qui enfante et dévore sans cesse^ d'où la tête de rapace. Elle absorbe aussi le rayon solaire que symbolise Vurceus sacré, d'où la tête d'oiseau secrétaire donnée au gryphon ^. 1. Sur la patcrc de Citium, le mihir plane sur la tête d'Osiris et Horus est re- présenté par un épervier voltigeant, de tous points pareil à ceux qui accompagnent El-Cronos et qui sont ainsi des Horus. Ces variantes sont de peu d'importance. 2. L'aigrette du gryphon est, dans la plupart des monuments, triple comme CURIUM 173 Ce groupe signifie donc la pénétration du sol par les rayons du soleil, ou le défrichement, le labourage. On le retrouve sur une des patères du Louvre. Derrière le gryphon, Tarbre à bran- chesbien marquéesle sépare du groupe précédent. Sous le ventre de l'animal est une pomme de pin ou un conifère planté en terre, et emblème funèbre d'immortalité. Ce cône est évidemment ici un attribut géen ou tellurique, c'est-à-dire cybélo-isiaque. 3' Deuxième groupe à droite : Personnage enfonçant son glaive dans le bec d'un gryphon terrassé sur des rochers et ne TOUCHANT PAS V arbre mystique placé à côté de lui (cf. patères du Louvre). Si le précédent gryphon est Vhumus de la croûte terrestre, celui-ci est le roc. L'un est fertile et le rayon solaire l'atteint jusque dans ses entrailles ; l'autre est stérile et le glaive d'or pénètre à peine dans ses fissures. Il n'a pas besoin de boire la vie; aussi n'approche-t-il pas de l'arbre sacré placé près de lui ; de cet arbre dont j'ai déterminé déjà le vrai sens », et sur lequel je reviendrai plus loin. 4® Troisième groupe à gauche : Deux gryphons dans l'attitude consacrée et canonique, reproduite dans l'ornementation archi- tecturale, boivent la vie à même l'arbre mystique au moyen de deux tiges épanouies en calices de fleurs. Au ^Louvre (salle sémitique), une plaque de revêtement en marbre blanc, rapportée de Ruad par M. Renan, présente ce même groupe sous un semis de vaisseaux d'Isis, et la torsade mystique. celle de Voiseau secrétaire (voyez, pour Voiseau secrétaire^ le Magasin pittoresque, t. II, p. 12, i834). Lorsque Tanimal a un sens custodique il a des oreilles canines tendues en avant (voy. le musée égyptien du Louvre). Le gryphon (en grec Ypv4;, Ypuirà;i de xpuf(i> pour xpuirrw, couvrir) peut être rapproché de cette divinité assy- rienne ailée, à tête d*aigle, tenant un petit cabas et une pomme de pin qu'elle présente par la pointe. Ce personnage symbolise, dit-on, la mort. I. Voy. Rev. archéol., janvier 1876, mon mémoire sur la patéred'Amathonte. (♦ Voir plus haut, chapitre quatrième.) 174 CHYPRE 5° Quatrième groupe à gauche : La patère a un peu souffert en cet endroit, mais une étude attentive m'a permis de détermi- ner exactement le sujet ; c'est un cynocéphale luttant avec un lion. Le cynocéphale c'est l'incarnation de l'intelligence, du bon sens, du savoir, de la rectitude d'esprit : c'est Thot. Les anciens avaient remarque, comme on l'a constaté maintes fois depuis, que la supériorité intellectuelle du mandrille à tête de chien était reconnue, dans les forêts, par la plupart des petits quadru- manes tels que sapajous, babouins, macaques, ouanderous, ouistitis, etc., qui le prennent souvent pour arbitre de leurs querelles. 11 était tout naturel alors qu'on en fît l'incarnation de la sagesse et de la prudence. Le lion, qui signifie intensité ex- trême^ force suprême^ pourrait symboliser aussi bien la chaleur solaire au solstice d'été que la puissance productrice de la terre. Il serait à la fois héliaque et cybélique. Mais, avant tout^ il est l'animal de la grande déesse, ainsi que l'indique la pomme de pin plantée sous lui. La signification du groupe n'est pas douteuse, c'est la lutte de r intelligence humaine contre les forces brutales de la nature. Une des patèresdu Louvre offre deux variantes du même sujet : le cynocéphale est remplacé par un homme vêtu de la peau d'un lion et luttant contre un lion; derrière lui, un personnage iden- tique l'accompagne, portant sur ses épaules la lionne (dont il s'est rendu maître dans deux autres groupes) ; c'est un person- nage juvénile qui perce le lion de son glaive ; son acolyte, outre qu'il porte la lionne, tient une oie ou un cygne par le cou. Je serais porté à voir dans ces groupes delà patère du Louvre un personnage substitué au cynocéphale et qui n'est autre que Hercule ; celui-ci, le lion de Néméc et un oiseau stymphalide symbolisent ensemble la lutte et la victoire de l'intelligence sur des forces aveugles, indomptées et nuisibles. Hercule, dans ses travaux, c'est Horus qui, ayant quitté le nom solstitial de Melk- ylr//z, prend celui de Hor-Aqil^ Hor us-intellect^ Horus-ii^GÉ- CURIUM 173 NiEUR, dont la légende fut, chez les Grecs, la synthèse immor- telle de Tépopée civilisatrice et utilitaire de la nation phénicienne dans les régions occidentales et maritimes du vieux monde. Hor-Aqil, ou Her^acles^ a gardé Tare et les flèches toutes puis- santes d'Apollon. C'est une preuve d'identité. & Cinquième groupe à gauche : Deux bouquetins dits ibex boivent la vie à même l'arbre mystique. Uibex se retrouve sur- tout sur les monuments de la Chaldée. J'en ai parlé plus haut à propos de la torsade. C'est un animal isiaque, quelquefois associé à la pomme de pin, et funèbre. 7® Troisième groupe à droite : Isis ailée, tenant deux lotus et debout devant l'arbre mystique. Nous avons vu cette Isis sur la patère d'Amathonte, où elle avait un modiiis sur la tête. L'emblème est la modification phénicienne d'un sujet assyrien. En effet, un bas-relief célèbre du Musée britannique représente la grande déesse assyrienne Anat deux fois figurée debout, des deux côtés d'un arbre mystique que je n'ai pas à expliquer ici, mais qui est pour ainsi dire l'épopée de l'épanouissement d'une palmette à sept pennes paraissant être la partie la plus impor- tante de l'emblème, comme l'est, sur l'arbre d'Isis, le double éventail ou queue d'oiseau de cinq éléments. Presque toujours l'arbre mystique est formé de la super- position de deux barques d'Isis (voy. la patère d'Amathonte, pi. VIII) ». L'exemple le plus complet que nous en ayons est offert par la plaque de Ruad (mission de M. Renan), dont j'ai déjà parlé à propos du gryphon. La barque mys- tique y figure isolée et en plusieurs exemplaires, comme semis de champ, et en deux exemplaires superposés comme arbre mystique accosté de deux gryphons. J'ai fait voir cette barque, isolée^ sur un cachet rapporté de Palestine par M. Cler- mont-Ganncau (pi. IX). Elle figure sur une seconde plaque de * I. Voir chapitre quatrième. 176 CHYPRE revêtement rapportée de Ruad par M. Renan et du même genre que la première : un semis de vaisseaux accompagne un sphînx- Isis-reine sur le Sérapéum. — Une monnaie d'argent du trésor de Dali, publiée par M. Lang dans le Numismattc Chronicle [Coins discovered in Cj'prus^ ïSyo), présente au droit un bélier accroupi ; au revers, tête de bélier à droite dans un carré creux; dessous, ligne de grènetis; en haut, dans le coin de droite, le vaisseau d'isis^ avec le petit éventail formé seulement de trois pennes. — Mais un curieux chapiteau d'applique en pierre cal- caire, et venant de Golgos, nous montre l'élément constitutif de l'arbre, la barque du Soleil sur le lotus, sous une forme archi- tecturale toute particulière. Ce chapiteau a été publié par M. Doell ' et consiste en ceci : la barque isiaque renferme, au lieu de la portion de disque et de la queue d'oiseau habituelles, une tête juvénile et souriante, ornée du collier et de la coiffure traditionnelle d'Athor. C'est Athor elle-même, la pleine lune. Méduse, ce Cronos nocturne qui a substitué son disque à faciès à celui du soleil, comme cela se voit le plus souvent (cf. les anté- fixes du musée Campanaau Louvre, etc.). Si Ton compare d'au- tres chapiteaux cypriotes avec celui-ci. Celui de la stèle qui ac- compagnait le sarcophage d'Athiénau [Rev. archéoL^ i875)',par exemple, on voit que la barque, recroquevillée aux deux bouts, n'est, en somme, que la réunion de deux étamines du lotus à grandes volutes, étamines souvent au nombre de quatre ou six et qui parfois embrassent dans leur sinus un sphinx sur une palmette; l'ovaire est figuré sous forme de chevrons superpo- sés, la pointe en haut, deux, quatre ou six, et renfermant dans leur sinus un bouton de fleur renversé (?) seul ou accompagné I. Mémoire intitulé D/> Sammlung Cesnola, et lu le 12 décembre i872àrAca demie des sciences de Saint-Pétersbourg. Publié dans le recueil des mémoires de ladite Académie, Vlh série, t. XXI, n« 4, pi. XIII, fig. 21 (n« 828 du cat. de M. Doell, p. 56). * 2. Voir chapitre deuxième, II. c i; R I U M Ï77 du croissant, aussi renversé et dans la cavité duquel est le disque solaire. Sur six chapiteaux de Golgos, toutefois, des chevrons gravés au trait et divisés par couples me paraissent représenter les pétales de la fleur de lotus. Dans leur sinus il n'y a rien. Comme le lotus est Timage du sein maternel d'Isis, cette figu- ration de la barque isiaque [portant le soleil) au moyen de deux * étamines de la fleur paraîtra toute naturelle si Ton songe qu'a- près tout le soleil est Y époux et le fils de la même déesse. Un autre emblème de celle-ci, le croissant^ est représenté sur la patèred'Idalie dans un rôle analogue et plus étendu encore, c'est- à-dire englobant les neuf sphères ou tous les mondes. Et sur cette patère il présente cette particularité d'affecter la forme des pirogues de papyrus et d'en porter les ligatures équidistantes. Donc la barque est le sein d'Isis, comme c'est le croissant d'As- tartésur le monument d'Idalie. Je dirai plus : c'est le croissant lui-même, et les anciens l'ont compris ainsi. En effet, le chapi- teau d'applique de Golgos, avec ses volutes ioniques, sa gon- dole sacrée et cette Gorgone qui se substitue si souvent au dis- que solaire, est traduit sur un monument assyrien, reproduit d'après Layard dans Touvrage de M. Chipiez ', p. 90, fig. 58, de la manière suivante : Un fût avec base et chapiteau à vo- lutes; celui-ci surmonté d'un grand croissant, les cornes en haut et dans la concavité duquel est le disque solaire, avec une croix grecque inscrite. — La preuve est décisive, je pense. La tige de la fleur de lotus dans l'arbre d'Isis est bifurquée à sa base, et chaque branche porte un fruit. Ce fruit ressemble à celui de nos nympha;as, à la châtaigne d'eau ; c'est l'ovaire de la fleur même. Il joue un rôle important dans l'arbre mystique, car tous les animaux qui s'accotent à celui-ci appuient leurpattc sur le fruit, comme sur un marchepied, pour poser leurs becs I. Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs, gr. in-8"; Paris, Morel, 1876. 12 17» CHYPRE OU lèvres sur les calices supérieurs communiquant avec le Soleil et tombant de chaque côté sur les deux pointes de la barque. L'arbre mystique, dédoublé et accosté soit de sphinx, soit de gryphons, est devenu Tun des ornements les plus beaux et les plus célèbres de l'architecture grecque. Un chapiteau de pilastre ionique du temple de Minerve à Priène nous montre, sur une de ses faces latérales, deux gryphons ailés accotés à l'arbre mystique, où la queue d'oiseau est devenue l'élégante et classi- que palmette. Sur la face principale, ce même arbre mystique est accompagné de deux volutes symétriques, à droite et à gauche, soutenant deux demi-palmettes '. La demi-palmette n'est autre, elle-même, que Yaplustre des navires, le porte-bonheur des marins. De tout ce qui précède nous trouvons un résumé et une interprétation concluante et confirmative de la mienne sur les monnaies sassanidcs : à partir d'Izdegerd II (400-428 ap. J.-C), le globe solaire qui surmonte la coiffure royale est accompagné d'un croissant, pointes en haut, embrassant l'astre sacré; mais ce globe, figuré sous forme d'étoile dans le croissant à l'exergue des pièces et sur le bonnet de Chosroès II (591-628), devient, sur la tête de Cavadès(628-63o) et du dernier souverain Izde- gerd IV (632 -661), /a véritable palmette à cinq pennes qui figure aujourd'hui encore comme aigrette sur les coiffures royales des sultans orientaux. 8** Quatrième groupe à droite : L'arbre mystique, étant, d'a- près les explications qui précèdent, l'arbre du Soleil, est bien réellement, comme tel, l'arbre de la vie où bouquetins, gry- phons, sphinx cherchent à boire celle-ci. La vie, c'est le rayon solaire ; la coupe, c'est la Baris ou la Lune. L'arbre de ce quatrième groupe est réduit à sa plus simple I. Ces pilastres ont été reproduits dans Patlas du Manuel Roret d'archéologie d'Ottfiied Mttller, pi. 14, tig. 147 et 147 bis. CURIUM 179 expression : un lotus à volutes ' et quatre fruits très volumi- neux. Au-dessus, la barque sacrée avec le Soleil qui projette par-dessus les poulaines du navire deux fruits que cherchent à mordre deux sphinx ailés. Les sphinx ont une patte posée sur la pomme de pin, symbole d'éternité, d*immortalité et, par cela même, isiaque et funèbre. L'autre patte, posée sur la mâcle du lotus, affirme l'apparte- nance de celui-ci à Neith-Isis, la nature organique et animée, au sphinx. Celui-ci cherche la régénération et la vie dans le fruit émané du soleil et projeté au dehors, fruit qui semble symbo- liser le rayon vivifiant de l'astre divin. Il y a analogie évidente entre ce tableau et le mythe d'Eve mordant au fruit de l'arbre de la science du juste et de l'injuste, du vrai et du faux, du bien et du mal, cette science que les philosophes ont de tout temps regardée comme une étincelle divine, comme un rayon d'en haut, etc. Le cercle qui encadre cette dernière zone me paraît formé de fruits du lotus, fruit qu'on retrouve à l'état ornemental sur d'autres monuments ' et qu'on a à tort pris pour la fleur du papyrus. 1. La volute de lotus ne fait qu^un tour sur les monuments primitifs ; elle est devenue, sur les chapiteaux grecs, la volute ionique à plusieurs spires; dans la liturgie, le lituus augurai z plusieurs spires également; cette volute se retrouve, chose singulière, dans la coiffure des prêtresses d'Astarté, à Citium et à Idalie. J'ai eu entre les mains plusieurs têtes en pierre intactes, mais petites; d'autresen terre cuite intactes aussi, presque aussi grandes que nature et peintes; tous les détails de la coiffure étaient scrupuleusement reproduits sur toutes ces têtes : presque toutes avaient en avant de Toreille, soigneusement indiqué, cet ornement de che- veux que les Phéniciennes de Gadès ont transmis aux femmes espagnoles et qui s^est propagé dans les modes des deux mondes, que Ton nomme accroche-cœurs. Les têtes dont je parle provenaient toutes de Citium et dldalie. Les plus belles, en terre cuite^ furent trouvées dans le temple de Voppidum d'Idalie. J'en ai des- siné quelques-unes. 2. Pareille couronne encadre sur une des patércs du Louvre le réseau orne- mental du centre. i8o CHYPRE NOTES ET REMARQUES. Le caractère de cette patère est essentiellement hiératique. Elle se rapproche en cela de la patère d'Idalie, d'une des deux du Louvre, de celle du British Muséum, et elle était votive bien évidemment, ainsi que toutes celles trouvées au même lieu, sauf celle d'électrum, qui me paraît, vu saforme^ avoir été un ustensile. Un des traits distinctifs des patères, votives ou non, déjà connues, c'est de présenter gravé, au centre, un sujet le plus souvent solaire,/?///^ rarement isiaque. La patère d'Idalie, la patère d'Amathonte, la patère d'élec- trum et celle de bronze, et une patère militaire d'argent dé Curium décrite dans mon compte rendu des fouilles, ont au centre cette pâquerette épanouie que j'ai prise d'abord pour une fleur de lotus, mais qui représente le soleil^ car nous retrouvons cette pâquerette à seize pétales, embrassée par le croissant^ au revers de certaines tessères de la Palmyrène (voyez, par exemple, de Vogué, Inscriptions sémitiques, Syrie centrale^ Palmyre^ p. 86, tessère 147, et pi. XII, tessère i36). Il est à remarquer qu'un segment de cette pâquerette donne la portion de disque surmontée de la queue d'oiseau qui émerge de la barque sur Tarbre sacré. La patère d'argent doublée d'or trouvée à Curium porte, gravé au centre, Osiris-Apis^ avec le disque solaire sur le front. Celle de vermeil porte El-Cronos^ et une de celles du Louvre, Osiris vainqueur. D'autre part, une patère de bronze du Musée britannique, reproduite en photographie par M. J. Thompson et publiée par M. W.-A. Mansell, porte au centre une fleur épanouie qui me paraît, cette fois, être bien un lotus. Il consiste dans la classique rosace à six branches formée avec le rayon du cercle comme ouverture du compas. Cette rosace se détache sur trois CURIUM i8i autres superposées et formant ainsi le calice de la fleur. L'élé- ment formatif de cette rosace est le losange cyclique qui est aussi rélément formatif de Télégant réseau qui forme le fond d'une des patères du Louvre. Ce réseau se retrouve sur un fragment de pavage de seuil du palais de Sargon (Louvre). Que le losange cyclique, en six exemplaires, forme la rosace, ou, sans nombre, forme le réseau, on le retrouve sur des monu- ments funéraires. Je citerai, entre autres exemples, les ossuaires iiiifs publiés dans la Revue archéologique par M. Clermont- Ganneau *. Tous ces ossuaires portent la classique rosace, soit simple, soit ornée ou modifiée. Un seul porte le réseau divisé en deux portions carrées égales et adjacentes (voir la figure). Le losange cyclique, étant funèbre, est donc nécessairement un emblème isiaque. C'est, à mon sens, la porte de ce monde, du sein de la femme qui laisse passer l'être vivant ; et ce qui m'a induit à assumer cette opinion, c'est que ce même sens s'est conservé, dans le moyen âge religieux, à cette figure géomé- trique. Dans nombre de localités d'Irlande, un personnage grossièrement sculpté et pourvu d'une manière significative du losange cyclique se voit sur les portes d'églises. Ce person- nage s'appelle Sheela na-Jig ou gig^ en hibernien. On explique sa présence et son singulier aspect par ce fait que le diable a plus peur de l'organe femelle que de la croix, parce que celui- là est la porte par laquelle le Fils de V Homme, son plus grand ennemi^ est entré dans le monde. Cela explique alors pourquoi la forme de losange cyclique a été si souvent donnée à des sceaux d'abbayes. La description, dans Homère et dans Hésiode, des boucliers I. T. XXV, p. 398, juin 1873. iSi CHYPRE d^AchilIe et d'Hercule, fait voir que ces œuvres de Vulcain por- taient, comme les patères prémentionnées (et surtout celles en calotte de sphère), des sujets de guerre, de chasse, de mys- tères religieux. J*ai pensé alors que ces patères pourraient bien avoir figuré dans les temples comme boucliers votifs transfor- més ainsi par motif d'économie et d'organisation intérieure des sanctuaires. En effet, la calotte de sphère est exactement Vumbo. Des sujets gravés sur cette convexité ' étaient plus difficiles à saisir dans leur ensemble pour Toeil du spectateur que s'ils eussent été tracés dans la partie concave. Aussi c'est cette der- nière disposition qu'on adopta pour les patères. Rien n'indique sur celles-ci qu'elles aient été suspendues comme les cltpet du même genre qu'on consacrait en commémoration de faits importants. L'absence totale d'ornements sur la surface bom- bée me fait supposer que celle-ci était cachée dans un encas- trement, ou bien encore que les patères étaient simplement adossées à une surface verticale, en face du jour, et réunissaient ainsi dans leur concavité brillante les rayons lumineux qui les faisaient étinceler. Il y avait dans le temple d'Apollon Curius ample provision de cette précieuse et jolie vaisselle qui ajoutait à l'éclat des au- tels, des luminaires, des ustensiles du culte, des riches orne- ments sacerdotaux. — Le lecteur en a jugé en lisant, en tête de cette notice, le succinct résumé des belles recherches du général de Cesnola à Curium. Mais il pourra apprécier de visu le trésor du temple d'Apollon en allant examiner au musée de New- York, qui vient d'en faire l'acquisition, les objets qui le com- posent. I. La statue de bronze de Brescia, qui représente une Victoire (?) gravant sur la convexité d'un bouclier , prouve que ce mode était en usage. CHAPITRE SIXIÈME ÉPIGRAPHIE NOUVELLES INSCRIPTIONS GRECQUES DE CHYPRE § I. — INSCRIPTIONS PUBLIÉES EN 1874». LARMACA. — DALI. — VAL DE LYlfPIA. Dans quelques localités de Tîle de Chypre, notamment à Lar- naca, à Dali et au val de Lympia, les fouilles ont, pendant ces six dernières années, fourni diverses sortes de monuments funé- raires, entre autres un assez grand nombre de cippes ou colon- nes portant de courtes inscriptions, lesquelles se terminent presque toutes par la rubrique XPHCTE ou XPHCTH XAIPE, une de ses variantes. Ces colonnes sont en pierre calcaire. Elles sont rondes et plus ou moins ornées. Elles consistent en un fût soit tout à fait lisse, soit agrémenté de filets ou listels et reposant sur une base ornée de nombreuses moulures : filets, tores, cavets, baguettes, talons, • I. Revue archéologique ^ XXVII, p. 69 et suiv. (1874). 84 CHYPRE etc. ; sur le fut est une sorte de chapiteau tantôt droit, tantôt évasé, et composé aussi de filets, gorges, doucines, etc. Sur la surface supérieure est le plus souvent pratiqué, au centre, un trou carré ou rond dans lequel se fixait, au moyen d'une courte tige, une pomme de pin (emblème funéraire) en pierre calcaire, ou bien encore une sorte de cône renversé éga- lement en pierre et orné de filets, moulures et cannelures torses ou droites V0 CM 4- CM Les inscriptions sont gravées sur le fut, et généralement d'une exécution hâtive et négligée. Ces cippes étaient posés sur le sol ou sur un soubassement, ou encastrés dans celui-ci au moyen d'une tige (rarement). Voici la description de ceux de ces monuments que j'ai pu recueillir. Presque tous appartiennent à la colleaion de Ces- nola. N' I. Hauteur, o",775. Sur le fût et dans un médaillon creux et ovale est sculpté, en haut relief, un buste d'homme. Figure imberbe, cheveux courts; les plis de la tunique montent jusqu'au cou. Travail médiocre. Au-dessous, cette inscription : APTCMIAOPeXPHCTeXAIPe Au premier mot le graveur a mis un O pour un CO. (Voyez n'^S.l EPIGRAPHIE i85 Hauteur, o'",75. Sur le fût, et dans un médaillon creux et d'un ovale plus al- longé que le précédent, est sculpté, en haut relief, un buste de femme. Figure âgée, coiffure en bandeaux. Au cou, un collier. Travail médiocre. Sous le portrait, cette inscription mal gravée : KPATHAXPHC THXAIPe Kpaxyla est une forme dialectique de Kpareia. Cippc trouvé avec le précédent. N^ 3. Hauteur, i'",i3. Le haut du fût est entouré d'une couronne sculptée en très haut relief, fermée par un disque ou rosace formant chaton et composée de pommes de pin géminées. Dessous, rinscription suivante : APTeNIACOPe KYNHreXPHCTC XAIPE Au premier mot le graveur a mis un N pour un M . Hauteur, i",o8. (Voir pi. XI, n" i.) Le haut du fût est orné d'une couronne pareille à la précé- dente. Au-dessous : GN YACniANe xPHCTexepe i86 CHYPRE Au premier mot on serait tenté de suppléer : GMTYMC Mais il est plus probable que les six dernières lettres sont les finales d'un nom propre qui ne s'est pas rencontré Jusqu'ici '. Au dernier mot le premier C remplace la diphtongue AI. Cette substitution se trouve répétée deux fois sur une stèle funé- raire trouvée en Syrie (collection Péretié). Voici cette stèle ' : Hauteur totale, o",32. Fût rond terminé par une couronne de feuilles d'eau et posé sur un socle carré portant cette inscription : AMMIAXP HCTHKCAA Ynexep£ Le graveur a conformé son orthographe à la prononciation, ce qui prouve que, comme aujourd'hui. Al et € avaient dans cer- tains pays, surtout à l'époque impériale, un son identique. N« 5. Hauteur, o",775. (Voir pi. XI, n** 2.) Sous la base est une tige courte servant à la fixerdans l'alvéole d'un socle. Au milieu du fût est un listel plat, et, entre celui-ci et le chapi- teau, cette inscription : evvvxi fw XIANCOY AlCAGANA TOC Les caractères sont négligemment tracés. Le premier mot est CY^YXl, « sois tranquille d'esprit ». — Le second est un nom propre, à moins, ce qui est d'ailleurs peu probable, qu'il ne soit pour un mot CYCOXIANC^ impératif de eùwj^iovû), dérivé de eùwyia, et tout à fait inconnu jusqu'à présent. * I. Peut-être : OATMIIÎANE? * 2. Cf. E. Renan, Mission de Phcnicie, p. 397. KPIGRAPHIE 187 Le sens de ce verbe serait « festoyer », ce qui donnerait à Tépi- taphe un sens trop gai. Le précepte s'adressant au mort comme le démontrent les inscriptions suivantes, eùwyiavg est donc de toutes façons impossible à suppléer ici. Mais pourquoi cette apostrophe à un mort ? Le point de dé- part de la conception de cette formule est, je pense, l'idée de la satisfaction qu'exige Vœtl de l envieux^ idée qui aurait existé en Orient Jadis comme aujourd'hui : l'àme du défunt jalouse les survivants. Inquiète, il faut la calmer : « Dors en paix, un tel, personne n'est à l'abri de la mort. » On peut supposer également que l'épitaphe fait allusion à la prochaine réunion du mort avec les êtres chers qu'il a laissés sur terre. Toutefois l'autre hypothèse me paraît plus plausible. Hauteur, o",435. Architecture grossière et bâclée. L'inscription est tracée à la pointe en caractères hâtifs, informes et peu visibles : KAAAAICON evyvxiovAic AGANATOCCN O05i; est ici pour où^ei;. EN est probablement l'âge du défunt, 55 ans. N»7. Hauteur, o", 60. Cippe grossièrement taillé. Un petit cône renversé le sur- monte. Inscription mal tracée : cYyvxi APICTO NIAINHOY AICAGA NATOC iSS CHYPRE N* 8. Hauteur, o",35. Facture grossière. Un petit cône renversé surmonte le cippc. L'inscription, tracée à la pointe, dénote une incroyable né- gligence. Plusieurs lettres sont de travers ou tout à faithorizon- tales, et à peine reconnaissables. e<-6AMA TOC La lecture est facile. La forme du p est curieuse : une barre verticale terminée par un petit rond. Le a la figure d'un ç majuscule. Quant au « du second et du dernier, la prolongation à droite des deux traits qui forment Tangle de gauche donnerait la figure de l'aleph phé- nicien. Cette épigraphe dénote une grande inexpérience des caractè- res grecs. Si Ton fait attention à ce fait que ce monument, ainsi que le précédent, vient de Citium, il est supposable que l'ou- vrier qui a taillé la pierre et tracé Tépitaphe était ou un étran- ger ou un Phénicien de la ville même. Hauteur, o™,74. N»9. TIMCON XPHCTE XAIPE Gros caractères. Inscription plus soignée que la précédente. Les £ ne sont pas lunaires, mais anguleux. Hauteur, o'",64. épigraphil: 189 N** 10. AnOACO NIAH XPHCTE XAIPE Même remarque pour les e. Hauteur, o'",49. N* ji. ncNrcNiA XPHCTH XAipe N** 12. Hauteur, o'",59. (Voir pi. XI, n° 3.) Le sommet est un cône tronqué très évase et très bas. MAPKNNA XPHCTHXePe Le premier mot est sans doute MAPKIANA. Au dernier mot E remplace Al. (Voir plus haut, n** 4.) N« i3. Hauteur, 1 ",!(). ONHCIKPA THXPHCTC XAIP£ Caractères soignés et terminés en queue d'aronde. N*» 14. Fragment. Partie supérieure. !'/> CHYPRE Hauteur. o^.Sj. KYPIAC XPH£Te Le dernier mot XAIPE manque. Au deuxième, on a mis un C pour un C. X* i5. Hauteur, i",io. Le fût, la base et le chapiteau sont surchargés de moulures [baguettes, filets, tores, gorges. etc.\ RACII /THXPHCTC XAIPe Le premier mot est sans doute lenomTTACIKPATHC.cité dans Plutarque, Alexandre, 29. (Voy. encore Phot Codd- 200; Mionnet, 3. i66-iq6.; V 16. Fragment Partie inférieure. Hauteur, o^.SS. IAOKP XPIHC XAIPE Le premier mot est probablement IAOKPATHC. Au second mot, TE doit être ajouté à la fin et I effacé. N* 17 Fragment. Partie inférieure. Hauteur, o™,26. AHNHTPIA XPHTHXePe ÉPIGRAPHIE 191 Lettres informes, peu lisibles, bâclées, tracées à la pointe. Au premier mot, N est pour M. Au deuxième mot, le C a été omis. Au troisième, E pour Al. Inscription reproduite moins exactement par Sakellarios (p. 49). N'» 18. Sur la base carrée d'une stèle ronde surmontée d'une cou- ronne de feuilles d*eau. — Brèche de couleur rosée, et dure. Hauteur, o",45. AzT-nAmMovr AAIOYCXPHCTE KAlAAOmE XAIPE AfF iz 36i . Année d'une des ères usitées à Chypre. TTANHMOC (qui s'écrit aussi par un A et par un E à Rhodes et à Corinthe) est un mois commun à plusieurs calendriers do- riens et à celui de Macédoine. ï = 10. Quantième du mois. AAIOYC est pour AAIOC, nom propre qu'on retrouve dans Homère [Odyss,^ Vin, 119). A l'avant-dernier mot, 01 est évidemment mis pour Y, en vertu probablement d'un iotacismc du dialecte local. Les E sont anguleux, et, chose remarquable, les O et les C aussi. Quelques personnes m'ont dit que ce monument venait de Caramanie. LARNACA. N« I. Petit piédestal en brèche rouge et blanche. Ce morceau sem- ble avoir été la moitié longitudinale d'une stèle de o™, 1 1 environ 192 CHYPRE de diamètre, montée sur une base ronde de o",i25 de diamè- tre, et dont la stabilité était assurée par un évidement de o'°,07 de diamètre. La hauteur du fût égalant son diamètre (o™,! i) et la base ayant 0^,075 de haut, la longueur de ce petit monument est donc de o'",i85. Le fût a été retaillé en doucine; sur Tévasement de ladoucine pose un abaque dont les côtés ayant o", 1 1 lui donnent la forme carrée. La portion de piédestal me paraît avoir été destinée à être en- castrée dans un mur et à tenir ainsi en saillie le petit piédouche sur lequel devait être fixée une statuette. Le côté droit du bandeau de Tabaque et la partie antérieure de celui-ci et de la doucine portent, tracée en lettres allongées et maigres (époque impériale), l'inscription suivante : APTCMIAIIIA AAlAOAYMniA NOCCYAAIMCON YnePeYTATPlAHC BCPIANHC Lecture de M. Piérides, de Larnaca. Ce monument a été trouvé aux Salines, où s'élevait probable- ment un temple à la Diane des rivages ('ApT£(jLi5i napaXia), divi- nité tutélairc des sauniers » et des caboteurs citiens. N"2. Petite stèle carrée en marbre rouge. Hauteur totale, o™,o9. Elle se compose d'un dé carré de o",o3 de haut sur o"", 075 de large, reposant, par un évasement, sur une plinthe de o",095 I. « Ad Citium in Cypro... cxtrahunt (salcm) e lacu, dein sole siccant. » Plin., Hist. nat.y lib. XXI, c. xxxix. EnliSjo on a découvert en ce lieu une jarre con- tenant 1400 statcres d*or d'Alexandre et de Philippe. ÉPIGRAPHIE 193 de long. Celle-ci se raccorde par une surface inclinée à une base de o",o3 de haut sur o", i35 de long. OHAONI MEAANGini KATArPAc KvOKYCOrONeCONI P COIXAPICeYZ[a|*r,v? CYNACONHAH YNO AhKeTATP' Provenance : Golgos ? ÉPIGRAPHIE 2o3 Fragment de stèle, marbre blanc, orné d'un fronton flanqué d'acrotères. Hauteur, o°,23; largeur à la base du fronton, o°*,29. Très beaux caractères. inrENHi inKPATOY ITEY2 Au dernier mot il faut probablement UpiTeucraç ou 'UpTiTeuaaç. g 2. — INSCRIPTIONS PUBLIÉES EN iSyS*. Le général de Cesnola a bien voulu m'envoyer récemment le résultat épigraphique de ses fouilles dans Tîle. Le lecteur jugera si la moisson a été intéressante et fructueuse *. LARNACA. NM. Stèles rondes ou colonnes funéraires en pierre calcaire ^ : I. 2. 3. AHoAONlAH PHTCINA AHMHTPIANH XPHCTE XPeCh XPHCTH XAiPE xepe xepe • I. Revue archéologique, XXIX, p. 95 et suiv. (1875). ^ 2. Ce sont des copies seulement^ et non des estampages, qui m'ont été envoyés. 3. Voir, dans mon article Un sarcophage (VAthiénau (* plus haut, chapitre deuxième^ II), ma note sur ce genre de monuments). 204 f- i CHYPRE 4- 5. 6. rozECOz EYOAIA NlKOnOAl XPHCTE XPHCTH XPHCTE XEPE XAIPe XEPE 7- 8. 9- AHMHTPIANH cvnpAriAXPH AHDAACONA XPHCTHXAIPE CTHXAIPe xPHCTexepe 10. II. 12. APTCAJllACOPe OIPMEXPH2TE EnhKThTE xpHCTexAipe XAIPE XPhCTE i3. 14. i5. AGHNeAP ANTI enAOPO xiepeoY nATpe AeiTe xPHcie XPHCTe XPHCTe XAipe XAipe XAipe i5. «7- 18. ZOIA IHXPH AY3HTE AnOAACO CTHXEPE XPHCTEXAIPE NIAAHMH OYAEICAeA 0APC(h)OYA(«O PFIOYXPHC NATOC A0ANATOC THXAIPE 19. 20. 21. TEIMCON AHMHTPICON APTEMIACO XPHCTE XPHCTe PeXPHCTC XEPE XePAI XAIPe 22. 23. 24. MAPKGAAe POACON MAPKeAe XPHCTe XPhCTAI XPHCTe XAipe XAIPe XAipe ÉPIGRAPHIE 2C î5. 26. 27. ECOCICOP OACOpe KAPne CAtpe XPHCTC XPHCTC CTet€ XAipe XAiPe 28. 29. • 3o. EnAOPOAEITE DNHCIME AAlnE XPHCTE XPHCTE XPHCTE XAIPE XEPE XAIPE 3i. 32. 33. AOPOAICI OIAOKYnPE APTEMEIACOPE XPHCTE XPHCTE XPeCTC XAIPE XAIPE xep€ 34. 35. 36. TYXIKh XPYCOrONH ZDIAA XPhCTh CCOOPCON XPHCTH XAIPE xAipe 37. ANAPONlKe XPHCTC X€P€ XAIPE Dans ces trente-sept inscriptions, les variations d'ortho- graphe viennent de ce que les graveurs écrivaient comme on prononçait. Il en résulte que le son E ou E était commun aux voyelle et diphtongue suivantes : H (n® 2, ligne 2 ; 25, 1. 2 ; 33, 1. 2). Al (2, 1. 3 ; 3, 1. 3; 4, 1. 3; 6, 1. 3; 9, 1. 2; 19, 1. 3; 25,1. 3; 29, 1. 3; 33, 1. 3; 37, 1. 3 ; 23,1. 2; 20, 1. 3). L'iotacisme se faisait sentir dans £1 (2, 1. i; i5, 1. 2 ; 16, 1. 3; 28, 1. I ; 33, 1. i) et aussi dans H (12, 1. i). Remarquer la forme cruciale des deux X au n* 25. 2o6 CHYPRE N'2. Stèle plate de marbre blanc. Le haut forme pignon. rozEiAnNioz HAIOAflPOY T Tablette très fine de marbre blanc. (Salines.) — Distique (hexamètre et pentamètre). CCMNONACIZHCACBIOTON MAKAPAPTCMIACOPe CCO0POCYNHNAIACHN XAIPeKAICNOeiMCNOIC N'4. Colonne de grande dimension (stèle ronde). — Distique (voir le précédent). eiKAIMOlPIAIONTEAOC HrecerHCYnoKOAnoYc CCOnATPECeMNCeANCON XAIPeKAICNOeiMCNOIC N'5. Pierre sépulcrale carrée (Salines). IVIIAOlVM PIIDONATA HSEST- lOYAlAOAYMnOYAnE AEYeEPAACONATA XPKTHXAIPE ÉPIGRAPHIE 207 Remarquer la traduction grecque de la troisième ligne du texte latin. Lagènes à anses, en terre cuite; dessins et inscriptions rouges et cuits dans la pâte. (Salines.) La première porte à la naissance du goulot le mot : KITIAC La deuxième, sur la surface supérieure de la panse, le mot : epcoc MÉLUSSA. Petit village situé à environ trois kilomètres N.-E.-E. d'A- thiénau et à Test de Golgos. Il s'appelle en grec de Chypre Me^oucria, selon M. de Mas-Latrie. C'est du village même que viennent les deux inscriptions suivantes : NM. Pierre carrée. MHAOYXeATfîNï (^ «{Xiç ou 6%oç ^v^ eHKeN ATA eHITYXHI Le premier mot est Tethnique du nom antique de Mélussa. Ce nom devait être MHAOTX€A ou MHAOrxiA (si inscription porte bien un X au lieu d'un 2). On ne le trouve mentionné nulle part dans les anciens auteurs. Dans l'appellation moderne X aurait-il été changé en 2 ? Toutefois les Turcs de Tîle pro- noncent Melouscha ^. • I. Peut-être : IH^^Sd?? 2. Le village de Mélousia n'est probablement pas le seul en Chypre qui ait conservé son appellation antique. 2o8 CHYPRE Pierre carrée. ONHCArOPACY GPTHCrYNAIKOCNIKIOY KAITHCevrATPOC YA0POAITHIMY KHPOA PCOMHCeAIKoYCHC Un estampage serait nécessaire pour étudier ce monument. KYTHRJEA. En relief sur une coupe en verre à anses et ornée de guillo- chures, palmettes, disques, etc. I. 2. CNNI MNHe coNcn HOAro O e PA2W N Une tasse de verre du Musée de Modène, décrite par Cave- doni {Annales de Vlnst. de corr. arch., t. XVI, p. i63), porte la même inscription (n* 2) : Mv7Î<ï6tï d œ^ofoom {Empture me- mento). Un 2 manque au premier mot de l'inscription n* 2. 'Evvtcûv, nouveau nom d'artiste verrier. MARIUM. En relief sur un gobelet de verre en forme de baril, et sépa- rées Tune de l'autre : I. 2. MerHC MNHceH €nohceN OAroPACAC KPIGRAPHIE 209 Voyez le monument précédent. — Méftiç, nouveau nom d'artiste verrier. IDALIE. Petit aryballe en verre. La panse est formée d'une tête d'éphèbe très bien modelée et d'un joli dessin, et surmontée d'une portion cylindrique ou petit calathos (?) très bas, duquel s'élève le goulot, évasé et aussi haut à lui seul que le reste du vase. Sur le calathos est tracé en relief le mot : eYTGN et, formant bordure ou collerette autour du cou, les deux mots : MeAANeEYTYXI Panotka {Recherches sur les noms des vases grecs) cite un aryballe de Locres qu'il suppose avoir été un vase à parfums ou une fiole de toilette. Le nôtre avait probablement eu la pre- mière destination. CURIUM. N*» I. Piédestal de pierre calcaire, auquel tient encore la partie inférieure d'une statue. Hauteur, o",o6. Largeur, o",i9. AHMOXAPHZ nEPZEYTHI EYXHN aïo CHYPRE N«2. Piédestal de pierre calcaire. A la partie supérieure, dans une Ivéole, était fixée la statuette. Hauteur, o"*,i6. Largeur, o'",23. Longueur, o",23. AHMO ro PATIZ A2 nEPZEYTHIEYXHN Un piédestal de même genre, avec une inscription chypriote de quatre lignes, a été trouvé à côté de celui-ci. DEUXIÈME PARTIE SYRIE STÈLE INÉDITE DE BEYROUTH Dans Tété de i86g, en passant dans une des ruelles qui se trouvent derrière le cimetière français de Beyrouth, j'avisai, à la porte de la maison du colonel Abdallah-Bey, deux pierres placées de chaque côté du seuil et servant de montoirs. L'une était un fragment d'entablement en calcaire et portant encore des traces de sculpture (tores, oves, etc.). L'autre était une stèle en pierre de liais, tronquée à son sommet et figurant un cube posé sur une base. Le colonel Abdallah-Bey me fit don de ce monument. Le voici : L'une des faces du cube porte l'image d'un foudre (?). La face opposée est lisse et devait être appliquée contre le mur. Les deux autres faces portent deux inscriptions : I. KPONOY H A I O Y BCOMOC Autel de Kronos Hélios. * I. Revue archéohf^ique, XXIH, p. 233 et suiv. (1872). 214 SYRIK Kronos est ici considéré comme avatar du Soleil et identifié avec lui. II est tout naturel que les anciens aient transformé et qualifié leurs dieux selon les rôles dans lesquels ils les envisa- geaient. Cette association de Kronos (Saturne, le Temps) avec Tastre du jour se retrouve dans les 365 couronnes qu'on suspen- dait, aux Daphnéphories nonannuelles de Thèbes (Paus., liv. IX, ch. i; Procl. Chrest, ap. Plot.), autour du globe symbolique d'Apollon Isménien ; le soleil, chronomètre du temps, a fini par être identifié avec le temps lui-même, auquel est liée la fatalité. Les Parques fatales dépendirent alors de ce Soleil-Kronos, et répithète de chef des Parques ou Mœragète fut, par suite, donnée à Apollon (Paus., liv. X, ch. xxiv) '. Le monument était un autel votif, BCûMOC. Le sommet, tronqué, devait donc être approprié à cette destination et for- mer un évasement creux, identique peut-être, pour la forme, à la base elle-même. 2. MePKOYPIC YnepccoTH PIACNIKHC ANeOHKCN AYTOKPATOPCON Mercurius a consacré pour le salut de la victoire des empereurs. Les recueils d'inscriptions latines nous offrent fréquemment ce nom de Mercurius dans les listes de souscriptions mili- taires. L'idée belliqueuse qui a^présidé à la consécration de la I. Creuzer(trad.Guigniaut), t. H, p. 229, dit que : c les Grecs traduisent Baal par Cronos et les Romains par Saturne, sans doute à cause du rapport de ces divinités avec Tidée de temps. » P. 23o : « Dans la Carthage romaine, qui con- serve ses anciens dieux tout en changeant leurs formes et leurs noms, le Sa- turne latin semble prendre la place du phénicien Baal. » STÈLE INÉDITE DE BEYROUTH 2i5 Stèle me fait croire que le donateur a pu être un soldat. La dernière lettre de la première ligne est un O brisé parla cassure de la pierre. Le C a disparu. Le dernier mot mentionne des Césars qui, évidemment, régnaient simultanément. Le vœu formé pour leur victoire indique qu'ils avaient à soutenir une lutte contre un ennemi probablement étranger. D'un autre côté, le caractère paléo- graphique du monument révèle une assez basse époque (le m* siècle de notre ère). AYTOKPATOPCùN désignerait ici soit Caracalla et Géta, soit Gallien et son associé officiel Odénath qui lutta contre les tentatives d'invasion des nations limitro- phes de l'Empire, soit Carus et Carin, ou Carin et Numérien, qui guerroyèrent sur les frontières orientales contre les Perses; soit Dioclétien et ceux qui partagèrent le pouvoir avec lui. Le sens des deux inscriptions montre qu'elles sont entières. Le haut des lettres de la première ligne, un petit espace au- dessus de celle-ci et le couronnement de la stèle manquent. En donnant à celui-ci à peu près la hauteur du socle y compris la cymaise, l'autel entier devait avoir environ o'°,65 de haut. Ce qui reste du déa o'",2*2 de haut, o",225 de large sur chaque face. La base a, de haut, o™,i25 pour le socle seul et o",o85 pour la cymaise (en tout o",2i). Chaque face du socle a o'°,3i de long (i pied hellénique). D'où vient ce monument? A-t-il appartenu au même temple que le fragment d'architecture qui l'accompagnait? — Aux alentours je n'ai vu aucune trace d'édifice. Les seuls dé- bris antiques qu'on remarque, à quelque soixante mètres de là, sur les rochers que baigne la mer, sont des restes de maçonnerie formée de gros blocs, bien équarris, bien appa- reillés et de l'époque gréco-phénicienne (?). Sur ces ruines, des empâtements de maçonnerie (petits moellons noyés dans le 2i6 SYRIE ciment) témoignent que, sous la domination romaine, des constructions importantes bordaient le port. Peut-être faut-il y voir des vestiges d*édifices construits par Justinien pour dé- fendre la côte, car ces blocages paraissent avoir fait partie d'une forte muraille qui défendait la ville du côté de la mer. Un peu plus loin en effet, vers Test, ce mur se rattachait à un édifice de même appareil qui semble avoir été une grosse tour avancée. Le circuit de cette tour est bien conservé. C'est un carré long avec une abside en hémicycle dont la convexité est battue par les flots. La maison d'Abdallah-Bey est sise dans des terrains où s'élevait autrefois un faubourg de Beyrouth. Il est possible qu'une chapelle, consacrée à Kronos-Hélios, ait été bâtie en ce lieu pour desservir le quartier de la marine '. Plus loin, à 700 mètres de là, après la pointe de Ràs-Bey- routh, derrière l'ancien hôtel Bellevue, des tronçons de co- lonnes couchés, un fragment de base, révèlent l'existence d'un édifice assez considérable. J'ai ouï dire qu'une des maisons voisines (celle de Djebrail Chentireh) avait été construite sur les restes d'un temple enfoui. Ce temple desservait un quartier tout maritime. Dans le jardin de la maison en question se voit une base servant de seuil et sur laquelle est gravée cette inscription publiée par M. Waddington, dans la partie épigraphique du Voyage de Philippe Le Bas =» : I. Cependant^ diaprés un passage d'Etienne de Byzance (Br,p;«Tà;, iràXic 4K>tvtxn;, ix (iixpâç (te-fdXT), xtiayjo. Kpdvou), il semble que l'on regardait Kronos comme le fondateur et le patron de la ville. On peut supposer alors^que^cette chapelle a été le premier temple consacré à Saturne, au lieu même où s*éleva la ville nais- sante. I^ vieille Bér)'te aurait alors été fondée sur le terrain où se trouvait ma stèle, là où les vestiges de grand appareil, cités plus haut, semblent témoigner en faveur de cette hypothèse. Ces vestiges, débris de la cité primitive, auraient été respectés pendant toute Tépoque romaine jusqu'au temps où l'on assit, sur ce qui en restait, les murs de défense dont les traces se voient encore. * 2. N« 1842 a. STÈLE INÉDITE DE BEYROUTH J17 POMPONIO RVCCIOTRIARIOI LIOSERYCCIARIC LMVCIMEIVSPFCARDICi SACERDOTIANVS Peut-être encore ma stèle provient- elle, comme cette base, de ce temple dédié alors à Kronos-Hélios. Une fouille bien conduite donnera, j'espère, un jour, la solution de cette ques- tion. II SEPULTURE DES ENVIRONS DE BEYROUTH En creusant pour asseoir les fondations de la maison que Fachri-Bey fait construire sur la route prussienne, un peu avant d'arriver à Thôpital allemand, à gauche, les ouvriers ont mis à découvert un grand cippe dont je vous envoie le fac-similé. D n TU [ M VIBIAE AVRELIAE CONIVGI KAR1S SIMA AELIVSDIOSCORVS CONSECRAVIT Ce monument est intact. A quelques pas de là on a découvert, il y a quelques années, une de ces sépultures qu'on rencontre fré- * I. Revue archéologique, t. XIX, p. 224(1869). SÉPULTURE DES ENVIRONS DE BEYROUTH 219 qucmment aux environs de Beyrouth, surtout vers Ràs-Bey- routh. Elles consistent en un cercueil de terre cuite enveloppé d'une chemise de plomb qui est en somme un autre cercueil, et qui porte, estampés sur ses quatre faces, des ornements de di- vers genres: têtes de gorgones, corbeilles de fleurs, figures de nymphes, de dieux, de déesses, etc. Les monnaies qu'on trouve dans ces fouilles ne remontent guère au-delà de Probus. On en trouve très souvent des successeurs de cet empereur jusqu'à Théodose, et presque toujours ce sont des petits bronzes. III LÉONTOPOLIS DE SYRIE- Lorsque de Beyrouth on veut aller au Nahr-el-Kelb (Lycus), on prend la nouvelle route carrossable qui passe un peu avant Toctroi, entre deux massifs ruinés de maçonnerie romaine dits Fontaine Saint-Georges. Des tuyaux de terre cuite sont encore engagés dans le massif de gauche. L'autre massif affecte la forme d'une maisonnette carrée et se trouve, en contre-haut de la route, dans un champ de mûriers. Derrière ce débris est une grotte creusée de main d'homme dans le rocher même de la colline dite de Saint-Geor- ges. Cette grotte ne semble pas avoir eu de destination sépul- crale. La route descend, après Toctroi, vers le Nahr-Beyrouth (Magoras) ^, qu'elle franchit sur un pont d'origine romaine, res- ♦ I. Revue archéologique y XXIII, p. 169 etsuiv. (187a). 2. Pline .'liv. V, ch. xvii) : riB3ii. - Q. Detr Bkerki. - H. Zouk Mitall. - S. Sarbi. — T. Tem- e pins - T. Rochen Uilljs. - constamment des barques en construction ou en réparation. On est à Djouni, sur la grande place. Le chemin tourne ensuite au nord en longeant la rive est de la baie et le grand contrefort dont j'ai parlé, franchit trois lits de torrents, passe au pied de la montée de Ghazir, et là tourne à l'ouest sur la rive nord de la baie. A partir de cet endroit il LE MONUMENT DE SARBA 227 se trouve resserré entre la mer et des rochers formant l'extré- mité d'un autre grand contrefort qui abrite la rade des vents du nord et du nord-est. Quelques pas plus loin le chemin franchit le Nahr-Mamiltein sur un pont antique, puis, au Râs-Mamil- tein, s'infléchit au nord, dans la direction du Nahr-Ibrahim et de Djébeïl, le long de la côte de Syrie. Le sentier pierreux qui part du Lycus occupe, selon moi, à peu près l'emplacement de la voie romaine. Celle-ci, qui fait suite au sentier et le continue, est très distincte jusqu'au Râs- Mamiltein et n'est autre que la route actuelle. Djouni occupe une vaste étendue de terrain, car ses maisons sont très éparpillées. La plupart sont adossées à cette grande montagne ou contrefort dont j'ai parlé et qui, courant du nord- est au sud-ouest, défend la rade des vents d'est et de sud-est. Ce contrefort, dont les pentes sont extrêmement raides, se ter- mine brusquement, à Djouni même, en une sorte de promon- toire séparé des collines de Zouk par le ouâdi Antoura, dont le fond est un lit de torrent, à sec l'été. Ce ouâdi est dominé, à son entrée, par le Deïr Bkerké, construction de caractère féodal et des plus solides. C'est la résidence d'hiver du patriarche ma- ronite. — Un peu plus haut se voit une petite chapelle miracu- leuse. — Ces deux édifices sont, pour ainsi dire, accroches au versant sud du promontoire précité. Quelques arbres les do- minent et les environnent. Au sommet sont des rochers, et un chemin qui mène au pays haut par Harissa, Ghosta, etc. Ce chemin ne communique qu'avec Djouni par un sentier prati- qué sur le versant ouest, en vue de la baie, et dont l'entrée m'a paru avoir été évidemment pratiquée de main d'homme dans les rochers de crête. Ce sentier descend le flanc de la montagne en lacets réguliers, nombreux, relativement peu rapides, tra- verse le village en faisant quelques sinuosités et vient débou- cher sur la place, non loin d'une filature. — Les maisons bâties sur une petite hauteur, au sud de la baie, et que Ton a à sa 228 SYRIE droite en venant du Lycus, forment un petit groupe, une sorte de hameau, nommé Sarba. La baie de Djouni est plus profonde au nord, où l'ancrage est plus sur (et où j'ai vu une fois au mouillage une corvette anglaise), qu'au sud, où le fond est sablonneux. Toute grande ouverte à l'occident, elle n'est exposée qu'au vent d'ouest, vent de pluie, vent d'hiver moins violent et moins dangereux que les vents du nord et de l'est. J'ajouterai que la rade est accessible de nuit pour les barques habituées au cabotage le long de la côte, et le serait pour tous autres bâtiments si un feu de port était établi dans une position convenable. Mais les bâtiments de commerce ne viennent pas à Djouni, et Djouni restera tou- jours ce qu'il est malgré son port, qui est en somme le seul qui mérite ce nom de Péluse à Alexandrette. Pourquoi cela ? C'est que Djouni n'a point de territoire, étant resserré entre les mon- tagnes et la mer, et par conséquent n'est pas dans un pays de production. De plus, Djouni et son magnifique port, que quel- ques travaux rendraient le plus sûr du littoral syrien, sont pour ainsi dire isolés du reste du pays, ne communiquant avec le nord et le sud que par les défilés de Mamiltein et du Lycus, avec les pays hauts et les vallées voisines, à l'est, que par des sentiers de montagne. Djouni est donc resté village tandis que Tripoli, Djébeïl, Beyrouth, Saïda, Sour, Acre, possédant des territoires d'une grande étendue, productifs, et d'un accès et d'un parcours relativement faciles, sont devenues des villes opulentes. Djouni est à peu près à égale distance de deux villes impor- tantes : Djébeïl et Beyrouth. Approximativement il y a, par la route ordinaire : i^'de Djouni à Djébeïl 17,93g mètres; 2* de Djouni à Beyrouth 1 8,488 mètres; ce qui donne pour la dis- tance totale de Djcbcïl à Beyrouth environ 36,377 mètres. La partie de Djouni nommée Sarba est comme un petit fau- bourg à part. Il occupe la croupe terminale d'un massif rocheux LE MONUMENT DE SARBA 229 dont la hauteur varie de 1 5 à 20 mètres et au bas duquel passe la route. Les rares maisons de Sarba (quatre ou cinq) regardent toutes le nord, c'est-à-dire la baie. Sauf le petit café dont j'ai parlé, elles sont bâties au bord du plateau que forme le sommet de la colline et qu'occupe un champ cultivé appartenant au scheikh Nauphal. Pour y parvenir, on tourne à droite lorsque, venant du Lycus, on arrive sur la plage près des barques. On monte ensuite un sentier qu'on trouve bientôt à droite et qui débouche sur la hauteur, longe le champ Nauphal au levant, et conduit au seuil de chaque demeure. — La principale habita- tion est celle de MM. Khadra. C'est la dernière à l'ouest. Elle attient à une petite propriété sise au couchant et consistant en plates-bandes de terrains de culture, s'étageant sur la pente de la colline au moyen de murs de soutènement en pierres sèches, peu élevés (i à 2 mètres). Le premier palier est en contre-bas du champ Nauphal et la différence de ni veau est d'environ 6 mètres. Il n'y a point de mur de soutènement. Celui-ci est remplacé par la paroi d'un grand édifice rectangulaire dont les trois autres côtés sont engagés et enfouis dans le terrain Nauphal, et qui maintient parfaitement les terres. Ce monument, évidemment antique, est plat à sa partie supé- rieure et dallé de grandes pierres taillées avec soin; mais cette terrasse est presque entièrement recouverte par un énorme amas de moellons gros, en moyenne, comme un pavé. Elle était bor- dée par une corniche dont on voit des restes presque au niveau du sol, dans le champ Nauphal. Ces restes appartiennent à la façade sud, maintenant enfouie, et qui regardait Beyrouth. — Si l'on descend dans le premier terrain Khadra, la façade nord apparaît tout entière, regardant la baie et les rochers de Mamil- tein. Elle est, pour ainsi dire, intacte, et permet de se faire une idée exacte du monument. L'édifice se compose de deux massifs de maçonnerie superpo- sés. Comme celui du haut est en retrait sur l'autre, ce retrait est 2 3o SYRIK ménagé par une cymaise renversée, plate, et dont l'obliquité est d'un peu moins de 45°. Le massif inférieur ou base se compose de cinq assises (la plus basse visible au ras du sol), toutes cinq de hauteurs inégales et en pierres taillées de dimensions qui varient de 5 mètres de long à o",5o et même moins. — L'as- sise dans laquelle est pratiquée la cymaise, et les trois dernières qui forment le massif supérieur, sont entre elles d'inégale hau- teur. A cette partie supérieure de l'édifice des pierres manquent au parement extérieur, à l'est et à l'ouest; la partie médiane n'a. • s • • I I I I T pour ainsi dire, pas souffert, et permet de restituer l'ensemble. — A l'angle inférieur occidental du monument, la première pierre de la seconde assise fait une forte saillie et est, dans sa moi- tié supérieure, pourvue d'une sorte de tenon de mortaise comme si elle eut dû s'encastrer dans un autre bloc et être, en quelque sorte, l'arrachement d'une maçonnerie. Cette seconde assise, comme on le voit sur la planche XII, se dédouble jusqu'au roc qui paraît vers l'extrémité est. De gros moellons bien équarris et en deux rangs superposés remplacent une pierre absente, entre la pointe du roc et la troisième assisse. Enfin des pierres de taille font suite jusqu'à l'angle oriental de l'édifice. — A l'est, c'est-à-dire à la gauchedu spectateur, au tiersenviron (io",5o) LE monumi-:nt de sarba de la longueur totale de la façade et entre les deux assises du massif inférieur, immédiatement sous la cymaise, est une niche "i ^êa,é^-^ '"IfM' rectangulaire, large de o",39, haute de o'°,89, profonde de o°,64. Cette niche a été taillée dans les deux blocs superposés de gauche, ceux de droite formant simplement paroi. Du a32 SYRIE milieu de cette paroi de droite se détache un petit cîppe carré, haut de 0*^46 et se présentant comme une console ou un support sculpté (avant sa pose?) dans le bloc de la seconde assise. Ce cippe consiste en un dé haut de o'°i2, ayant une base de o",i7 composée d'une cymaise plate et d'une abaque. Le cou- ronnement est pareil. Sur la face médiane ou antérieure, regar- dant la paroi de gauche, se présente de profil une tête de génisse de style assez primitif, sculptée en relief sur le dé et la cymaise supérieure. 0^,09 séparent la base du cîppe du sol de la niche, et o",34 séparent le plafond de celle-ci du dessus de la console. A gauche de la niche, vers l'angle est de l'édifice, est une brèche produite par Tenlèvement de pierres du parement exté- rieur appartenant aux cinq dernières assises du haut. Un des blocs ou dalles de terrasse, déplacé, a basculé et recouvre obli- quement cette brèche, qui donne accès dans un couloir. Celui-ci est rempli, comme doit Tètretout Tintérieurdu monument, par des pierres, dont les plus grosses ont été édifiées en un mur ver- tical pour empêcher toute descente ou toute tentative de dé- blayement. Le plafond, de i™,85 de large, est formé par les dalles de terrasse, dont une est longue de 3'",45. Les parois du couloir vont en s'élargissant vers le bas, car les assises surplom- bent de o",o8 à o",io Tune sur l'autre. Celles-ci sont, comme ^ LE MONUMENT DE SARBA 233 le reste de Tédifice, de grand appareil (une pierre mesure 2"",57 de long), mais de hauteurs inégales : celle du haut a 0^,57, la seconde 0^,69, la troisième o^^Sy. J'ai mesuré le monument avec un décamètre-ruban ; aussi mes cotes sont-elles approximatives. J'ai trouvé 28'",5o (54 cou- dées philétériennes) pour la longueur du massif intérieur, ce qui donne pour celui du haut 27" ,60 si Ton déduit de chaque côté environ o'",45 de retrait. — La largeur de la terrasse est d'en- viron t4",69 (27 coud, phil.), et celle du bas de l'édifice, par conséquent, est d'à peu près i5'",0o. La hauteur du monumenc prise à l'ouest, depuis le haut jusqu'à la base de la pierre d'ar- rachement, est de 6™,27. A Test, les hauteurs additionnées des six pierres d'angle superposées donnent (les quatre assises du massif supérieur étant d'épaisseur égale) : o'",84 X 4 -h o'",88 -H i",i4 = 5'",38. La moyenne d'élévation serait de 5",82 (i I coud, phil.), mais la mesure vraie ne pourrait être obtenue qu'en déblayant et mettant à nu le rocher qui sert de base à l'édifice. La pierre dont est bâti celui-ci m'a paru être un calcaire blanc, dur et compact, de même nature que la roche environ- nante. Les débris antiques que j'ai reconnus autour du monument sont les suivants : I" A l'angle ouest, gisant sous une broussaille, un fragment d'une corniche de grande dimension, de style simple et sévère, d'exécution vigoureuse. Je crois ce morceau très ancien et d'époque grecque. (* V. page suivante, la première figure.) 2* L'angle oriental se rattache à la maison Khadra par un mur de soutènement en pierres sèches, dans lequel sont en- châssés des tronçons de colonnes de granit gris, de o'",70 de diamètre. 3** Dans le champ Nauphal sont deux citernes, antiques, m'a- t-on dit : Tune proche du monument et que je n'ai pas vue; 2?4 SYRIE Tautre au sud-est, près du sentier de communication, et dont rorifice, carré, est presque entièrement recouvert par un bloc ■ ! * I • I I : H : » ^^ -3 é m .X.-V3L-, k4tlkijlLlJlâi^'kl^iL'Lbù.«a4jlI 'Mii'iiJ.l.i' '!UiriJ)5'.îlà»l,.'a à bossages de i",76 de long, i mètre de large et o",84 de haut. Tout à côté gisent dans Therbe : un fragment de petite corniche en pierre blanche, et deux portions de petits frontons, d'archi- tecture grecque, dont Tun porte une tête radiée d'Apollon. — Je n'ai pas vu d'autres débris aux environs. LE MONUMENT DE SARBA Les rochers de la côte présentent, comme je l'ai déjà dit, des vestiges de travaux antiques, tous groupés dans le voisinage immédiat du grand édifice et sous la maison Khadra, parallèle- ment à la route. A gauche, en venant du Lycus, tout au bord de la mer, une alvéole circulaire, avec un trou central, avait dû recevoir une meule de moulin. Plus bas, un rocher brisé et tombé dans l'eau a été entaillé comme pour recevoir des assises de maçonnerie. Enfin, les roches voisines portent les traces du travail de l'homme. Sous ia maison Khadra, une paroi de roc bien taillée et assez haute est peut-être celle d'une citerne, ou indique, plus proba- blement h mon sens, qu'on avait adossé là une habitation. Un peu plus bas est une citerne à cîel ouvert. Elle est carrée et d'environ 4 mètres de côté. A peu près à 33 mètres de là, au levant, sont six alvéoles sépulcrales pratiquées dans le rocher. Quatre sont dans la di- rection nord-sud (parmi elles est une tombe d'enfant) et deux dans la direction est-ouest. Une de ces deux est une tombe de tout petit enfant. A trois pas de là, vers l'est, est une chambre avec trois tombes d'adultes, orientées nord-sud. Celle du milieu présente une par- ^!i i fc. . la ■HH MraraîijTmifiiiiiiiLuiiiBiiiB'iiiEBiiiBiiiHiii 1 ticularité curieuse : sa longueur est de 2",i i ; sa largeur à la suriace du roc, de o^iGG •, sa profondeur, de o",74 ; un listel ou baguette carrée saillante, qui règne sur tout le pourtour de la paroi interne, à o",26 de distance du fond, divise horizontale- ment le tombeau en deux parties égales et permettait, en ser- vant de support à une dalle intermédiaire, de superposer deux cadavres. Enfin, plus bas, à quelques pas de la route, est une excavation ou chambre taillée dans le roc. Elle affecte la forme d'un trapèze LE MONUMENT DE SARBA 23; allongé dont la base, de 3",i5, est au levant. Le côté sud est de 4°,3o; le côté nord, de 4'°i75. Dans la paroi ouest, qui ■ -- i^.' peut avoir 2", 80 de large (je n'ai pu la mesurer), s'ouvre sur toute la hauteur une sorte de conduit ou cheminée dont la sec- tion est un carré long de 2"*,5o sur i mètre. — Au-dessus de la paroi est sont quelques marches d'un escalier qui s'interrompt brusquement. — A un pied et demi, à peu près, au-dessous, un rebord a été ménagé horizontalement dans la pierre et se pro- longe sur toute la longueur de la paroi sud. — Dans la partie inférieure de la chambre, toujours à l'est, ont été taillés, dans les encoignures nord et sud, deux escaliers, le premier de trois marches, l'autre de quatre. Tous deux tiennent à un palier ; à celui du sud est jointe une sorte de console ou palier annexe en contre-bas de l'autre de quelques centimètres. — Au-dessus de cet escalier, dans la partie sud, ont été creusées, l'une un peu au-dessus de l'autre, deux niches, la plus basse cintrée, la plus haute à voûte angulaire. Elles étaient probablement fermées, car des trous de clous encore visibles indiquent des garnitures d'en- trée. — Sur la même paroi (au niveau de la seconde marche) est une sorte de boyau qui servait, je crois, de rampe ou de point d'appui. — La paroi nord n'a que le tiers environ de la hauteur de celle du sud. Elle est couronnée par un parapet assez bas qui permet de voir toute la chambre. — Le long de ce parapet. un sentier et quelques degrés descendent sur la route. Le fond de l'excavation est un lit de sable que vient sans cesse mouiller le flot de la baie entrant par une anfractuosité de rocher. — Cette chambre est, à mon sens, un curieux spécimen d'une cave marine de maison antique. Je crois en effet que le lit de sable du fond recouvre une cavité ou un bassin où l'eau était sans cesse renouvelée, ce qui permettait d'y tenir du poisson en réser^-e '. 1. A Beyrouth même, vers Ràs-Btyrouih, les roches de côte qui ft'ftenjeni depuis les cimetières (non loin du Port à charbon) jusqu'à une petite anse, vers la ville, offrent de nombreuses traces du travail de l'homme. Outre des débris de maçonneries de plusieurs époques, on peut voir, dans les endroits où le roc est aplani, des bassins carrés, en communication avec la mer au moyen de goulets étroits de deux ou trois doigts, ou rigoles, qui permettaient à l'eau de se renouveler sans cesse. Sauf un ou deux, ces bassins ne sont pas assez pro- fonds pour qu'on puisse s'y baigner. Aussi je les considère simplement comme des réservoirs à poissons. Quelques-uns présenteul sur leurs bords des traces de feuillures, ce qui me fait supposer que des fermetures à claire-voie pouvaient LE MONUMENT DE SARBA 239 La cave, étant fermée du côté nord par une muraille qui con- tinuait la paroi et le parapet, était recouverte d'un plancher portant sur ce mur et sur la feuillure du rocher à Test et au sud. On arrivait sur ce plancher par les degrés cités en premier lieu. Une trappe et un escalier de bois permettaient de descendre sur les paliers de pierre et, par les marches, jusqu'au réservoir. Les niches renfermaient les ustensiles et le luminaire. Quant à la cheminée, elle servait à Taérage, à puiser de Teau, monter le poisson, etc. Avant d'étudier le monument de Sarba et de dire un dernier mot sur les antiquités qui l'environnent, il est nécessaire de préciser, dans la mesure du possible, le passé de Djouni. Rien d'antique dans ce nom de Djouni. Il s'écrit j^^ et est le relatif de ^i», dont la racine est ^l^, être blanc ou rouge; ^^^ signifie baie^ bras de Varc (voy. Dict. de Kaiimirski)^ et ces deux sens rapprochés rappellent ce vers de Virgile : Portus ab Eoo fluctu curvatur in arcum. (Enéide, liv. lU, v. 533.) ^^ veut donc dire golfien. C'est le village de la baie, nom d'origine tout arabe. Les Itinéraires anciens ne m'ont fourni aucun renseignement sur le site de Djouni ; mais Pline l'Ancien m'a donné un nom sur lequel j'ai pu baser des conjectures : « At in ora etiamnum à Palaîbyblos. Toutefois la cane de Peutinger seule m'a donné par ses chiffres une solution satisfaisante. En effet, en allant du sud au nord nous y voyons après Beritho le chiffre VIL A ce septième mille se trouve justement le village actuel d'Antelias^ le Leontos oppidum de Pline. Ensuite Palœbyblos^ sans aucun chiffre, et enfin Biblo suivi du chiffre X//, représentant le nombre de milles qui séparent cette station de la précédente. Or les 17,939 mètres que Ion compte entre Djébeïl (Bybios) et Djouni équivalent kdou^e milles romains de 1,481 ",481, plus un dixième. Le site de Djouni est donc celui de Palaebyblos, que je suppose avoir occupé la rive sud de la baie. — Lorsque des Phéniciens, partis de Test, furent portés, malgré eux peut-être', nom de Ja ville même), beaucoup trop près de Beyrouth pour former une station distincte, et se confondant avec la cité. 2* Pline mentionne )e Magoras comme le premier point de la côte (en venant du sud) où le Liban se rapproche de la mer. Or ce point est justement le Tamyras, 3* Dans son routier du littoral, Pline ne devait pas omettre le Tamyras, halte obligée avant d'arriver à Beyrouth, et célèbre comme limite de l'ancien royaume giblite, dont Pautre frontière était V Adonis. 4<> Il est à remarquer que Pline donne Tépithète de flumen au Lycus et à V Adonis, rivières qui ne sont jamais à sec. Le Nahr-Beyrouth étant dans le même cas, si le nom de Magoras Teût désigné, Pauteur Peut aussi appelé flumen, c cours d^eau ». Mais il le qualifie defluvius, «torrent». Donc le A/o- goras ne peut être que le Tamyras, qui est un torrent, et il n^existe aucune interversion dans les leçons des manuscrits. 50 Le mot Magoras étant familier aux oreilles des Grecs, ceux-ci, aidés par l'assonance des deux noms {Tamyras, Magoras), ont adopté celui dont le sens leur était le moins étranger. I. C'est ainsi qu'à une époque moderne les Hovas, partis de la Malaisie, LK MONUMENT DE SARBA 241 par les courants et les moussons des mers de Tlnde jusque dans le golfe d'Oman, ils continuèrent à pousser leurs praos vers Touest et, trouvant la route fermée au fond du golfe Persique, s établirent sur les côtes d'Arabie, non loin de l'embouchure du Chatt-el-Arab, où ils fondèrent Tylos et Arados {îlesBahreïn; Pline, Hist. nat.^ VI, xxviii). Intelligents, vifs et entreprenants comme des Américains, ils prirent pied sur le continent, s'éta- blirent en Chanaan, et, avançant vers TOccident, sans doute d'après l'opinion (peut-être de source atlante) qu'ils devaient, par cette voie, retrouver leur lieu d'origine, ils arrivèrent aux bords de la Méditerranée. Essentiellement marins, ils s'établi- rent naturellement au seul port du littoral syrien, celui qui prit le nom de Byblos. — Byblos est donc la plus ancienne ville de Phénicie. Etienne de Byzance l'affirme {v. BYBA02 : B\>6>.oç Tzo'kiç çotvixTj àpyaioTaTV) raacov, Kpovou xTi(j[JLa, « Byblos, ville phénicienne, la plus ancienne de toutes, fondation de Chronos »), ainsi que Sanchoniathon (édition Orelli, p. 29: ...6 Kpovo;... lupcirYiv iro>.iv xTi^ei t7;v iizX oivi)cy,; Bué>.ov, « Kronos fonde la première ville qui soit en Phénicie, Byblos »). Ce premier comp- toir donna naissance à deux autres colonies, Gébal et Bérytus. Baaltis, dite aussi Dione^ Neptune et les Cabires eurent leurs temples dans les nouvelles cités (Sanchon., éd. Orelli, p. 38-3y). Ces premiers Phéniciens ou Chananites étaient agriculteurs, pêcheurs et, j'ajouterai, métallurgistes. Mais ce fut surtout à Sidon et à Tyr, fondations plus récentes des Chananites, que l'industrie et la marine prirent le plus beau développement. Les habitants de Byblos étaient aussi maçons et charpentiers (III Rois^ V. 18 ; Eiéchiel^ xxvii, 9). Je vois dans le mont Climax (ou mont Échelle) de Strabon cette montagne sur le flanc de laquelle s'étagcnt les nombreux atterrirent à Madagascar^ dont ils se sont en partie rendus maîtres par leur in- telligence et leur énergie. 342 SYRIE lacets du sentier dont j'ai parlé, lacets comparables aux enflé- chures dune échelle. Ce chemin, je pense, a fait donner au ver- sant qui le porte le nom de Climax et est très ancien. Autrefois, comme aujourd'hui, il était la seule voie de communication de la ville avec le pays haut. Il est large de deux mètres environ en moyenne, ce qui est assez considérable pour la contrée ; il est très usé, pratiqué avec soin sur cette pente rapide, et il forme des zigzags égaux. Enfin, un débouché sur le plateau lui a été taillé dans le roc, au-dessus de Bkerké. Tout ceci vient bien à l'appui de mon opinion, d'accord en tous points, du reste, avec le passage de Strabon. Il reste à savoir pourquoi un nom, celui de Sarba^ a été spé- cialement donné à un coin de Djouni, là même où était la ville de Palœbyblos. Sarba s'écrit U-w ou \»yo et n'a aucun sens. Ce n'est donc pas un nom arabe. C'est, à mon avis, un vocable de tradition dont les trois lettres mères Srb sont identiques à 5fy, constructives du mot Serapis, Sarba tire donc son nom du Sé- rapéum de la vieille Byblos, là où fut le tombeau d'Osiris et le berceau de la civilisation phénicienne. On connaît la légende : Isis, à la recherche du corps de son époux, prend Anubis pour pilote et met à la voile * vers Byblos, où le cercueil d'Osiris, miraculeusement enfermé dans une co- lonne â!ericea scoparia^ fait partie delà construction d'un palais. Isis demande le coffre et l'emporte en Egypte. Le roi Malcandre et la reine Astarté exposèrent la colonne dans un temple élevé à Isis (Plutarque, De Iside et Osiride^ c. xvi), et on l'y vénérait I. En plaçant Anubis dans leur panthéon, les Égyptiens lui donnèrent une tête canine, symbole de flair, d'aptitude à retrou\rer une piste, un sillage, une route de mer. Cependant ils firent honneur de l'invention de la voile à Isis (Hygin; Fulgence; Diod., Hv. I, ch.xv; Ératosth., 35), ainsi que du premier vais- seau (Hygin, Fab,^ 277; Fulgence, liv. I, ch. xxv). Isis ne fut que l'importatrice de la première, car la voile, caractère majeur de la navigation de long cours, est phénicienne comme ccllc-ci, et c'est par son voyage à Byblos que la déesse la connut. LE MONUMENT DE SARBA 243 encore du temps de Plutarque, au deuxième siècle après Jésus- Christ. Ainsi donc, à Byblos était un Sérapéum (cf. Lucien, De dea Syra^ c. vu) qui fit de la cité une Médine phénicienne. Celle-ci, cependant, comme Djouni et pour les mêmes causes, devint dé- serte et se réduisit à un simple village, tandis que Gébal s'éleva en pays découvert et accessible. Pour y attirer le commerce, la légende d'Isis, modifiée et pliénicianisée^ y fut installée, et, I. Osiris devint Adonaï, Isis s'appela Astarté ou mieux Astareth^ et Typhon se changea en sanglier. On sait la légende. n est à remarquer que la reine de Byblos porta, outre les noms de Saosis et de Nemanun, celui d'Astarté. D'après une ingénieuse hypothèse, le nom divin, qui doit s'écrire H y c^^^ x , vient de la racine sémitique trilitère yLm qui veut dire vêtir, et signifierait alors : la vêtue. Dans ce cas le ^ serait une lettre euphonique analogue à celle que l'on met forcément en français, par exemple, devant les mots qui commencent par st, sp, se, — Astareth serait donc une simple épithète donnée d'abord à Isis à cause du voile noir ou multicolore qui la couvre, puis attribuée postérieurement à l'autre reine (temporelle) de Byblos, Saosis ou Nemanun. Sur le nom précis de celle-ci, au dire de Plutarque {De Iside, c. xv), on n'était pas d'accord. Il est probable que plus tard on a con- fondu les deux personnalités. Astareth était bel et bien, à Gébal même, la déesse égyptienne (cf. la stèle de Byblos) adorée conjointement avec Nephtys (Renan, Mission de Phénicie, p. 201 ; cf. p. 214). Astareth fut aussi le nom de la Vénus Uranie, divinité sidérale chaldéenne toujours représentée complètement et même richement vêtue (cf. la Patère d'Idalie, dans la Rev. archéoL, nov. 1872 et janv. 1873) [• voir p. 83 et suiv.]. Cclle — Celte idole est évidemment V^énus-Uranie ou Astaroth, car on a trouvé à Chypre des groupes de l'époque grecque, représentant la déesse com^ platement vêtue , coiffée de la tiare (le modius) et assise sur un trône flanqué de deux prêtresses. — Le fanatisme a, depuis longtemps, fait justice du monument de Byblos ou plutôt de Gébeîl. LE MONUMENT DE SARBA tienne. Ce devait être un énorme cube allongé, couronné par un tore et un évasement, et simulant ces coffres où se trouvent enserrés les cercueils de momies (on voit de ces coffres dans les musées). L'appareil isodomon repré- senterait une réfection exécutée à une époque grecque, comme l'indique la corniche moulurée du couronnement dont on voit des restes au sud. Il n'existe aucune trace d'escalier extérieur, et cette particularité s'est retrouvée sur plusieurs autres tem- ples du Liban. Les débris de colonnes dont j'ai parlé plus haut et le morceau d'entablement que j'ai décrit me sem- blent avoir appartenu soit ù une co- lonnade surmontant le monument même, et soutenant une corniche et peut-être un toit, soit à un temple pourvu d'une cella. Dans la première hypothèse, l'édifice tout entier devait ressembler un peu au célèbre tombeau de Myiasa de Carie, décrit par Ch, Fellows [Lycia), tombeau consistant en une base carrée renfermant la tombe et une sone de temple ou plutôt de colonnade formée de piliers carrés. La deuxième hypothèse me semble plus probable, et je pense que les pre- miers Séleucidcs firent élever sur le cénotaphe d'Osiris un temple dédié à Isis, la patronne de Byblos et la divinité la plus inv I . -i^ 1"H oquéc ( 2.j6 SYRIK marins. En un mot, ils façonnèrent le coffre de pierre en sou- bassement de temple grec \ construisirent celui-ci et conservè- rent ainsi à l'ensemble de Tédifice son sens primitif : Isis sur la tombe de son époux ^. Les colonnes, d'ordre ionique très 1. Ce serait alors pour conserver à l'édifice entier ce caractère d*un tombeau surmonté d'un naos que Ton a supprimé Pescalier, auquel on suppléait par une échelle mobile. En vertu de cette conjecture, le monument de Sarba peut avec raison être rapproché du tombeau de Mylasa, précité. — Mon opinion est aussi que les soubassements des temples, avec ou sans escaliers, sont des réminis- c.*nces de tombeau. 2. Un fragment de plaque de revêtement en albâtre, rapporté de Ruad par M. Renan (Louvre, Salle asiatique), nous montre, sous un semis de vaisseaux isiaques portant le soleil (voy. Rev. archéoL^ janvier 1876, p. 26-3g) [* cf. chapitre iv] et surmonté de la torsade mystique, un sphinx ailé à tête de femme coiffée du pschent royal Cl couché SUT \c Sérapéum. — Le sphinx^ avatar d^Isis, est la Neith des égyptologuçs ou la nature organisée et vivante. Ici il est Isis elle-même, Isis reine, Vépouse d'Osiris sur la tombe de son mari. Le sphinx, représentant Tépouse d'Osiris, est toujours, comme tel, placé im- médiatement sur le tombeau du dieu, et porte alors un attribut royal. Mais il en est tout autrement lorsque, coiffé simplement du klaft, il est destiné à des sépultures de mortels. En effet, Neith, la vie organique, sur un tombeau, sym- bolise la résurrection ou plutôt la palingénésie. Or les Égyptiens, dont les idées étaient nettes et précises, sachant que cette palingénésie ne s^accomplit point directement, mais par un intermédiaire nécessaire, n'ont jamais placé immédiat tement sur des tombes des figures de sphinx, mais ils ont stulcment juxtaposé celles-ci aux monuments funéraires. Ces monuments alors étaient ^re^^ue toujours surmontés de la pyramide. La pyramide est la sixième partie du cube, qui donna son nom à Cybéle ; c'est l'image du tu mu lus, de la Terre-Matière (nj fi^p, Mater-ia), cet intermédiaire nécessaire où tout se régénère, se recompose, et que, dans cette idée de réfection^ on accumulait sur le cadavre. Celui-ci était même introduit au sein de la matière elle-même, c'est-à-dire de la pyramide, tout comme Pest un œuf de scarabée dans sa boule. Gizeh, Saqqarah, Oaschour nous offrent des exemples de ce fait, ainsi que les trois pyramides situées à trois stades nord de Jérusalem et dans lesquelles Hélène, reine d'Adiabène, se fit inhumer avec ses deux fils (FI. Jos., B, J., V, 11, 2}. Lorsque la pyramide était placée sur un cercueil (elle formait alors, sur le couvercle, un toit à double pente et à deux pignons inclinés), elle était souvent cantonnée de sphinx (sarcophage d'^Amathonte, par exemple, etc.) ou, à défaut, de cornières offrant des figures de sphinx en bas-relief, remplacées elles-mêmes très fréquemment par Isl palmette grecque (qui n'est autre que le soleil de la barque isiaque, laquelle symbolise la résurrection, ou mieux, la vi>). J'ajouterai que le grand sphinx de Gizeh n'est pas un tombeau, mais que, juxtaposé à des tombes royales, il représente la déesse vénérée dans le temple qu'il recouvre. — Enfin le sphinx, multiplié de manière LE MONUMENT DE SARBA 247 probablement, pouvaient, vu leur élévation ( 6 mètres environ, leur diamètre étant de 2 pieds philétériens ou o'",7o), être, avec le haut du temple, aperçues du large et servir ainsi aux na- vigateurs de point de repère», d'amer, en un mot. Et je crois même que Tidée utilitaire ne fut pas étrangère à la réédification grecque. La niche de la façade nord est sensiblement reportée vers Test. Cette disposition, qu'il était facile d'éviter, a bien évidem- ment été voulue, et ce pour un motif religieux : vers le levant aussi regarde la tête bovine du petit cippe, et sur cette console était, je pense, une figure tournée aussi au levant. — Mais quelle .figure ? — Le monument renfermait un cercueil de l'Égyptien Osiris, mort et inconnu jusqu'alors au pays, et était consacré à Isis, vivante, populaire et vénérée. Il est donc tout naturel qu'on ait, de préférence, invoqué la protection de celle- ci sur un travail commencé. Aussi le petit tabernacle, ménagé dans les premières assises, dut-il, comme par une dédicace an- ticipée, recevoir l'image d'Isis, qui devint ainsi le talisman pro- à former des avenues conduisant à des sépulcres, intervertit son rôle et semble signifier alors la vie préface de la mort. Ainsi donc la véritable Isis-Épitymbie des mortels est la pyramide (qui, comme r^- Vénus matérielle, prend à Paphos la forme conique), que les hiéroglyphes, d^ailleurs, nous montrent posée sur un tombeau. Le sphinx ne peut que lui être juxtaposé, superposé même, mais ne la remplace que sur le Sérapéum. Faut-il conclure de toute cette note que la plaque de Ruad reproduit le primitif monument de Sarbar Non. Car celui-ci, cénotaphe, n'est que commémoratif de Sérapis (toutefois, oubliant ce point, on revendiquait plus tard, chez les Giblites, la dépouille même d'Osiris; Luc, De dea Syra^ c. vu), dont il ne contenait aucun morceau. Le sphinx royal n^est donc pas admissible ici, et je pense qu'au- dessus de rétui d'éricéa, qui avait contenu le coffre d'Osiris, se trouvait un simple naos dédié à la déesse. I. Le monument des Machabées à Modin, en Palestine, servait aussi de point de repère aux navigateurs : c . . . . ensuite il établit au-dessus des colonnes des panoplies pour immortaliser leur nom y et, devant ces panoplies, des navires (rostres?) sculptés afin d*ctre aperçus de tous ceux qui naviguent sur la mer, » (Machabées, ch. xiii, v. 29 ) L'angle droit que formaient les navires avec les colonnes en rendait, effectivement, la vue plus distinct*. On sait quel rôle basique jouent les amers dans le pilotage. 248 SYRIE tecteur de Tédifice. Comme le cippe semble tout frais épannele, qu'il est blanc encore de Toutil du manœuvre, et absolument intact, il est évident qu'il est resté longtemps caché. Aussi est-il probable qu'une dalle murait la niche ' et n'a disparu qu'à une époque relativement récente. C'est, je crois, pour conserver ce talisman qu'on n'a point remanié la partie construite en pseu- disodomon et que l'on a eu recours à l'artifice de la cymaise pour obtenir les dimensions philétériennes de la plate-forme. La conclusion de tout ce qui précède est que l'habitacle et ce qu'il y a dedans datent de la fondation du temple. La rudesse et la simplicité primitives du cippe et de la tête de génisse attestent d'ailleurs une époque très reculée et corroborent mon opinion. Si, maintenant, l'on regarde à distance cette façade nord dé- chaussée jusqu'au roc, on constate que le sol primitif devait tout au moins aftleurer le bas de la niche (en recouvrant, par conséquent, la pierre d'arrachement en saillie à l'angle nord- ouest) et marquer le niveau du seuil de la porte d'entrée du tombeau (pratiquée au milieu probablement de la façade sud) ainsi que la hauteur du sol de la salle intérieure. Celle-ci et le couloir se trouveraient, d'après cela, avoir à très peu près sept coudées égyptiennes d'élévation, soit 3'",()75. Mais l'édification du temple grec dut amener l'abandon du Sérapéum proprement dit =*, que l'accumulation des débris et 1. Cet usage de murer dans les fondations ou la maçonnerie des édifices des statuettes de vierges se retrouve au moyen âge. Mais le populaire a transformé ces vierges en jeunes filles et fabriqué, comme commentaires à Tappui, de cu- rieuses légendes et des histoires atroces. 2. Le culte d^Osiris, toutefois, ne fut pas délaissé, comme le prouve l'ins- cription en l'honneur de Z€VC CIIOVPAMOC découverte à Sarba même par M. Renan. Ce Zeus avait^ je pense, près ou au dedans du temple, une chapelle à laquelle il est possible qu'ait appartenu le fragment de fronton de marbre blanc à la tête radiée que j'ai décrit plus haut. Z€rC €lI0rPAiNI0C est la traduction littérale de Baal Semin, adoré dans toute la Phénicie araméenne, à partir du Tamyras, limite de l'ancien royaume giblite. Au sud on adorait surtout Vénus et Hercule, à Sidon et à Tyr. LE MONUMENT DE SARBA 249 rexhaussement du sol ne tardèrent pas à recouvrir presque complètement. C'est ainsi que Ténorme massif de pierres de taille s'est conservé intact jusqu'à Tépoque, inconnue du reste, mais relativement récente ', où la formation, pour la culture, de plates-bandes étagées fit débla3'er la partie nord et jouer ainsi au monument, comme je Tai déjà dit, le rôle de mur de soutènement. Il faut aussi reporter à la même date la décou- verte de la niche, la démolition partielle de Tédifice, et l'accu- mulation de pierres dans son intérieur (voy. la relation de Brocchi). Les travaux exécutés dans le roc, aux abords du temple et au bord de la mer, sont un indice de séjour permanent qu'on pour- rait attribuer sans invraisemblance, à cause de la proximité du sanctuaire, à des personnages sacerdotaux. Mais il ne me paraît pas possible de formuler une hypothèse pour attribuer à ces excavations une date même approximative. En résumé, j'ai, dans cette notice, établi nettement : lo que la montagne de Bkerké est très probablement le mont Climax; 2" que DJounî\ et particulièrement le lieu nommé Sarba^ est bien le site de Palœbyblos^^n m'appuyant sur les données de la carte de Peutinger ; 3" que la grande ruine, dont j'ai donné des- cription et détails, ne peut être que le Sérapéum de la vieille cité qui resta, après sa décadence au profit de Gébeïl^ un centre religieux illustre et vénéré ; 4" que les tombes et autres travaux exécutés dans les rochers de la côte et avoisinant le temple doi- I. Le comte de Choiseul-Gouffier, qui explora, il y a cent ans, cette portion de la Phénicie, n'a pas vu le monument de Sarba. L'ingénieur Brocchi s'arrêta à Djouni et le visita, le i*' janvier 1824, à son retour de Djébeïl. (Voy. t. III, p. 319-20 du Giornale délie osserva^ioni faite ne' via^f^i in Ef^itto, Striai etCf Bassano, 184 1-184?, 5 vol. in-8» et atlas de 20 pi.) Il parait être le premier voyageur qui ait vu, à piu près dans Tctat où il est maintenant, le Kalaal Sarba. Je crois donc rester dans les limites du probable en reportant aux pre- mières années de ce siècle IVpoque de la découverte de PédiHce. 23o SYRIE vent naturellement être attribués aux habitants du lieu, peu nombreux et dont le séjour n'était motivé que par le service du sanctuaire. J'ajouterai qu'un déblayement de Tédifice, pour l'isoler, amè- nerait, entre autres découvertes intéressantes, celle de la porte d'entrée. Si, comme je crois l'avoir bien établi, 1 édifice est un Sérapéum, et si, en outre, sa construction est conforme aux traditions funéraires de l'ancienne Egypte, il faut considérer le monument tout entier comme un mastaba (voy. Rev. archêoL^ janv. 1869, les Tombes de F ancien empire^ par A. Mariette), le couloir comme un serdab muré et isolé de toutes parts, et la chambre principale comme la seule partie communiquant au dehors par une porte centrale. — Ces points ne pourront être éclaircis que lorsqu'on aura complètement vidé l'intérieur de la ruine des pierres dont on l'a rempli. Le temple de Sarba n'est pas le seul édifice de grand appareil que j'aie vu dans cette partie du Kesrouan. Pendant un séjour que je fis en septembre 1868 au couvent-forteresse maronite A' Ain- Warka^ situé dans un vallon non loin et au sud-est de Gha^ir^ je fis l'ascension d'une montagne boisée dominant le monastère et haute de plus de 700 mètres. Au sommet étaient les ruines d'un édifice important. Un énorme pan de mur était encore debout, construit en grand appareil isodomon. Je ne sais si ces débris ont été vus avant moi et depuis. Mais à mon retour, ayant jeté les yeux sur la carte et interrogé des gens du pays, je sus qu'il y a, de ces ruines à Djébeïl^ une journée de marche. Or un temple célèbre était situé dans la montagne, à la même distance de Byblos, au dire de Lucien [De dea Syra^ c. rx) : 'Aveêviv $à xal e; tov Aiêavov h. B'j6>.ou o^ov rjjjtipY)ç i7uOo|JLevo; aÙToOi ip/aîov lepov 'AçpoSiTr.ç £»x[jL£vai to KivuprjÇ eicaro xai eîiov to lepov xal âpyaîov y.v ' Ta Je [Jt-ev scTi Ta ev tt, Supiv; àpyaia xai pieYaXa Upa. « De Byblos, je montai au Liban' jusqu'à une journée de là, ayant appris qu'il s'y trouvait un ancien temple d'Aphro- LE MONUMENT DE SARBA 25i dite fondé par Cinyras. Je vis ce temple. Il était vraiment an- cien. Ce sont là les vieux et grands sanctuaires qu'il y a en Syrie. » Lucien n'indique point la direction qu'il prit; mais, le monu- ment que j'ai vu se trouvant dans la vieille Phénicie et proche de Palœbyblos, vers Tyr et Sidon, une identité avec le temple de Cinyras (le Cypriote) s'établit en sa faveur. TROISIÈME PARTIE EGYPTE INSCRIPTION DU CAMP DE CÉSAR A NIGOPOLIS (EGYPTE)» L'inscription dont nous donnons ici un fac-similé ^ fut décou- verte en 1860 au camp romain dit camjt? de César ^ antique ruine située à quatre mille trois cent cinquante mètres nord-est d'A- lexandrie d'Egypte, sur l'emplacement de l'ancienne Nicopolis, au bord de la route qui conduit à Ramlé et à Aboukir ^. Le marteau des Arabes l'a quelque peu mutilée. Il est cepen- dant facile de reconnaître dans la partie du texte encore intacte un monument épigraphique curieux et d'une réelle valeur. L'ensemble du bloc sur lequel il est gravé indique un piédes- tal de statue. C'est un prisme quadrangulaire en marbre blanc, haut d'un mètre cinq centimètres environ. A cinq centimètres du sommet, une corniche, dont on voit un fragment sur la face latérale gauche, ornait les quatre côtés, dont chacun a soixante- * I. Revue archéologique, X, p. 211 et suiv. (18O4}. L'auteur paraissait dispose à apporter quelques modifications à cet article^ qui fut sa première publication archéologique. 2. Voir la planche XIV. * 3. Voir remplacement de ce camp romain sur W plan de la planche XV. ■ibb EGYPTE trois centimètres de largeur jusqu'à vingt-huit centimètres vers la base, à partir de la corniche. De ce point à la base le reste du bloc forme un retrait d'un centimètre et demi et n'a plus que soixante centimètres de largeur. La date de l'érection de ce monument est indiquée par l'ins- cription même et correspond à Tan 199 deJ.-C. En effet, Sep- time Sévère ayant été reconnu empereur le 2 juin 193, son septième tribunat correspond bien à Tan 199 de J.-C, et les monuments épigraphiques de Tépoque nous apprennent que, cette même année, il fut salué imperator pour la onzième fois. Consul pour la première fois sous Marc Aurèle* en 171, avec Aufidius Hérennianus pour collègue, Sévère le fut pour la seconde fois en 194, avec Clodius Albinus César, et pour la troisième en 202. Toutes ces dates sont d'accord entre elles. Deux lignes manquent. La première, formant tête de l'ins- cription, devait, selon l'usage, contenir les mots IMPERA- TORI CAESARI, soit en toutes lettres, soit en abrégé, et en caractères plus grands que ceux du reste de l'inscription. La seconde ligne, où l'extrémité inférieure des premières lettres paraît seule, contenait le nom du personnage dont FILIO, mot initial de la troisième ligne, est le complément obligé, personnage qui n'était autre que Marc Aurèle, dont Sévère se flattait d'être l'émule et le fils adoptif. Il est infiniment probable que les mots DECVRIONES (offi- ciers) et ALARES (soldats) étaient suivis du mot ALARVM, devant déterminer d'une façon précise les deux corps mention- nés à la ligne suivante : les vétérans gaulois et la troupe nommée Prima Thracum Mauretana. On ne pourrait en effet, supposer qu'on eût écrit simplement ce que nous lisons sur la partie res- pectée par le marteau, car nous aurions eu alors une expression défectueuse et vague, équivalant en français à cette phrase elliptique : les soldats du « 32*' de ligne » pour : les soldats du (f 32* régiment de ligne ». INSCRIPTION DU CAMP DE CÉSAR 257 En conséquence des hypothèses que nous avons énoncées ci- dessus, nous proposons la restitution suivante de la partie dédi- catoire de notre inscription : [IMPERATORI • CAESARI] [DIVX . m(aRCi) . AVR(eLII) . ANTOXIM . GERMANICI . SARMATICI .] FILIO . DIVI . COMMODI . FRATRI . DIVI . ANTONl[vi .] PII.NEPOTI . DIVI . HADRIANI. PRONEPOTI. DIVI TRAIANI . PARTHIc(l) . ABNEp[OTl] . DIVI . NERVAE . ADNEPOXI . (lVCIO) . SEPTIMIO . SEVERO . P[l0] . PERTINAC(i) . AVG(vSTo) . ARABIc(o) . ADIAB[E]Nir[o] . PONT(iFICi) MAX(lMO) . TRIBVNIC(iAe) . POTESTATIS . vTl . IM[pERATORI . XÎ] CO(n)s(vLI) . ITERVM . p(aTRI) • p(aTRIAE) . PROCONSVI.(l) DECVRIONES . ALARES . [ALAR(vm) . ] VETERANAE . GALLIC(ah) . et . T . THRACVM . MAV[RETANAE] . Viennent ensuite les deux colonnes de noms, que nous croyons inutile de reproduire ici. Dans notre opinion, c-eux de la pre- mière colonne à gauche sont les noms des décurions, ainsi que les deux noms placés en tête de celle de droite et séparés des suivants par une lacune. Nous voyons par leur nombre que tous les officiers gaulois et que les autres décurions des deux alae^ moins deux, étaient présents. 11 est permis de supposer que les huit ou neuf premiers appartenaient au corps maurita- nien, bien qu'aucun signe, aucune division ne puisse nous guider d'une manière certaine. Dans la colonne de droite, au contraire, les noms des soldats gaulois qui ont coopéré sont nettement séparés par une lacune des Mauritaniens marqués plus bas. Trois Gaulois seulement auraient payé le stip^^^ tandis que neuf Mauritaniens auraient pris part à l'érection du mo- nument. On remarquera que l'orthographe de ces noms est en général défectueuse. Ainsi, à la troisième ligne de la première colonne à »7 258 EGYPTE gauche, l'artiste a mis une S initiale au lieu d'un C au surnom (SESARION pourCAESARION). A la ligne suivante, VIPIVS est vraisemblablement, ainsi qu'à la quatorzième ligne, pour VIBIVS ou VLPIVS, et plutôt pour ce dernier nom, car dans l'autre colonne l'L du mot PLOTIVS n'a pas été non plus pourvue de son trait inférieur, etl'onaccritPIOTIVS. A la dixième ligne, le surnom VITALIVS est pourVITALIS et nous remarquerons la même substitution de la terminaison IVS à la terminaison IS dans la cinquième ligne de la. colonne de droite (MARTI ALI VS pour MARTI ALIS ). Dans cette même colonne de droite, le mot ASCLEPIODO- TVS était accompagné (comme nous l'indique l'expression QVI ET) d'un autre nom, grec comme lui probablement, et qui peut- être était CHARISTIO, en supposant que la lettre presque en- tièrement effacée qui suit le C ait été une H. A la sixième ligne, HERACLIDIS est pour HERACLI- DES. A la ligne suivante, AGRIPPAS est pour AGRIPPA, et à la dixième ligne enfin, ANTESSTIVS pour ANTISTIVS. Remarquons, pour .terminer, qu'un nom, AELIVS, rem- place, à la neuvième ligne, le surnom qui aurait dû accompa- gner le nom AVRELI VS. II LE TEMPLE DE VÉNUS ARSINOÉ AU CAP ZÉPHYRIUM (environs d^alexandrie d'Egypte)» En décrivant la côte entre Alexandrie et la bouche canopique du Nil, Strabon s'exprime ainsi ^ : « Entre la mer et le canal s'étend une étroite bande de terre, où se trouvent la petite Taposiris après Nicopolis, plus le cap Zéphyre, dont la pointe porte un petit temple d'Arsinoé Aphro- dite. C'est là, dit-on, qu'aurait été autrefois une ville de Thonis, qui portait le même nom que le roi de qui Ménélas et Hélène auraient reçu l'hospitalité. » Si, en sortant d'Alexandrie par la porte de Rosette, on suit le rivage en marchant vers Test, on atteint au bout d'une heure de * I. Revue archéologique, XIX, p. 268 et suiv. (1869). Le mcmoirc est daté de Beyrouth, i»» août 1868. 2. XVII, I, 16. 26o EGYPTE marche les débris d*un grand monument que Ton reconnaît, à son appareil, être une œuvre des Romains. Cette grande ruine, dite Camp de César, marque l'emplacement de Nicopolis. Et bien que, jusqu'à présent, aucune inscription ne soit venue confirmer cette assertion, Tétude attentive des auteurs, le calcul des distances ne laissent aucun doute à cet égard. Nicopolis était située à 4,3oo mètres environ des murs de Tancienne Alexandrie, à 20 stades, au dire de Strabon (liv. XVII, ch. xvii) et de Josèphe (liv. IV, ch. xi). Pline, qui lui donne le nom de Juliopolis, évalue cette distance à 2,000 pas romains. Si Ton s'avance vers Canope, on arrive au bout de cinq mi- nutes sur les hauteurs de Ramlé, tumulus qui cachent proba- blement les ruines de Taposiris Parva, et qui sont maintenant couverts d'habitations de plaisance des riches Alexandrins. Des sarcophages de marbre d'un assez bon travail ont été trouvés en ce lieu; des nécropoles, des vestiges d'habitations ont été et sont encore mis à jour lorsqu'on construit quelque nouvelle villa. Des fouilles sérieuses opérées depuis le Camp de César jusqu'au promontoire le plus voisin donneraient une moisson abondante de monuments intéressants et précieux. En marchant en avant, le long de la mer, on atteint bientôt un monticule de terres couvrant probablement aussi des rui- nes. Ce tertre nous cache Textrémité d'un cap. Gravissons- le. Nous dominons les restes d'un petit temple dorique, entiè- rement déblayé et surplombant presque les flots. Il est séparé par une baie d'un autre promontoire où ne se voit aucun ves- tige de construction et d'où la vue du sacellum qui nous occupe a été prise '. Le texte de Strabon est explicite. Le sacellum de Vénus Arsi- noé, dite aussi Vénus Zéphyritis (Pline l'Ancien, liv. XXXIV, ch. xiv), était sur le premier cap que l'on rencontrât en venant I. n. XV, I. LE TEMPLE DE VÉNUS ARSINOÉ 261 d'Alexandrie. Sa distance de Nicopolis est d'environ i,25o mè- tres (soit 7 stades, 0,89), et de la ville, de 27 stades, 0,89 (soit environ 5, 600 mètres). Taposiris Parva se serait étendue alors vers Test sur une largeur d'un kilomètre environ (de Ni- copolis au cap Zéphyrium, en admettant que ce cap fût sa li- mite), et elle touchait sans doute, au sud, au canal de Canope, que séparait de la mer, depuis cette dernière ville jusqu'à Alexandrie, une bande de terre ', et dont nous n'avons pas ici à faire la description. Ce cap Zéphyrium, ainsi nommé parce qu'il était exposé au zéphyr ou vent d'ouest, partageait cette dénomination avec plu- sieurs autres caps qui l'avaient reçue pour le même motif; il y avait un cap Zéphyrium en Bruttium près de Locres, un autre en Cilicie, un autre en Paphlagonie. Ce promontoire est, comme nous l'avons dit, le premier que Ton rencontre en sortant de la porte Canopique. Il ne peut être autre que celui dont parle Strabon, car aucune autre langue de terre, aucune colline s'avançant dans la mer, n'arrête le vent d'ouest auquel il est tout entier exposé, et le nom de Zéphyrium lui convient parfaitement. Les colonnes qui se dressent en- core sur l'espèce de plate-forme ménagée à son extrémité sont bien, selon toute apparence, celles du sacellum dont parle Stra- bon, et qui a été bâti en l'honneur de la seconde fille de Ptolc- mée T', sœur et femme de Ptolémée Philadclphe, et déifiée après sa mort. Pline raconte (ff. A^., XXXIV, xiv) que son frère et mari la fit adorer sous le nom de Vénus. L'architecte Dinocharès fut chargé de lui élever un temple que la mort l'empêcha de bâtir. Au lieu d'un grand et beau sanctuaire, Arsinoé n'eut qu'une modeste chapelle. Le soubassement de l'édifice, construit tout entier avec la ro- I. PI. XV, 2, che tendre de la côte, qui n'est que du sable agrégé, est un rec- tangle de r o^igî de long sur 7'°,3o de large et o'^So d'épaisseur. Il supporte, sur chaque grand côté, quatre colonnes espacées entre elles de i",i5, et deux seulement, espacées entre elles de i",i7, sur chacune des deux faces ou petits côtés. L'entrée du temple regardait l'ouest, c'est-ù-dire Alexandrie. Le soubassement en cet endroit n'existe pas, et les colonnes s'appuient sur des dés de pierre de niveau avec le soubassement LE TEMPLE DE VÉNUS ARSINOÉ 263 susdit et de même épaisseur, et laissent entre elles un passage de plain-pied donnant accès à l'intérieur. Aux angles du monument, le toit s'appuyait sur quatre mas- sifs de maçonnerie, carrés et présentant dans l'alignement des colonnes des fûts identiques engagés à moitié. Deux de ces pi- liers ont disparu : celui de droite en entrant et celui de gauche au chevet de l'édifice. La première des quatre colonnes du côté droit a également été rasée. Les autres sont plus ou moins bri- sées, sauf une seule, la quatrième à droite, au fond, qui a con- servé encore la moitié de son chapiteau. Sa hauteur, qui nous donnera celle de toutes les autres, est de 5 mètres environ ; son diamètre à la base est de o"',7o5, sa circonférence de 2",2 1 5. Depuis leur base jusqu'à une hauteur de i^iSS, les colonnes étaient revêtues d'une chemise de mortier ou stuc blanc, lisse, et effritée en grande partie sous l'influence des brises de mer. De ce point au chapiteau, vingt cannelures à arêtes vives ornent le fût, qui s'évase à son sommet pour recevoir une abaque ou ta- ble carrée sur laquelle reposaient les solives. EGYPTE C'est à l'ordre dorique du Parthénon qu'appartient ce temple, 1 et la sévère élégance de ce style était parfaite- ment en harmonie avec le lieu isolé et mélan- colique où on l'a bâti. A trois pas du temple, un silo ou citerne en maçonnerie, bouché maintenant, servait peut- être aux besoins du culte '. La côte tout au- tour est éboulée en plusieurs endroits, et les sables et roches désagrégées forment des talus en pente vers la mer. Comme nous l'avons vu, Dinocharès ne put exécuter le plan qu'il avait conçu. II est * I. Ce passage donna lieu plut tard à u tion sans fondement, que réfute la lettre suivante publiée dans le tome XXXVl de la Revue archéologique, p. 390 (décembre 1878) : s Monsieur le Directeur, a En parcourant récemment le d* i3 du Bulletin de rinstitut égyptien (années 1874-1875), je fus surpris d'y voir mon nom cité plusieurs fois par NérouCsos-Bcy ce ce à propos du temple de Vénus Arsinoé, décrit par moi dans une notice de la Revue archéologique (datée de 1868), ( Voici comment s'exprime Nérouisos-Bey : ■ Cepcn- I dant il ne faut pas s'y méprendre, comme cela est arrivé t dans le temps avec Colonna-Ceccatdi, qui désigna comme t crypte ou chambre mortuaire le silo en maçonnerie qui • se trouve ù une distance de quelques pas de l'entrée du ■ petit temple, et qui n'est autre chose qu'un four i chaux E tris moderne, datant de onze ans. » n Mon mémoire porte sitnplement ceci : f A trois pas du n temple, un silo ou citerne en maçonnerie, bouché ■ maintenant, servait peut-£tre aux besoins du culte. » a De tombeau, pas un mot. ■ Néroulsos-Bey parle peut-être sans avoir vu le mo- le Directeur, de vouloir bien insérer cette rec' le ma considération la plus distinguée. <• G. CoLONMA-CECCkLDI. • LE TEMPLE DE VÉNUS ARSINOÉ 265 permis de supposer que Ptolémée II, qui avait décerné Tapo- théose à Arsinoé, réduisit son plan à de plus modestes propor- tions, lorsque le temps eut un peu refroidi son enthousiasme. A moins, toutefois, que Ptolémée III Évergète, fils de sa pre- mière femme, ne se soit chargé de la construction du sacellum, plus peut-être par respect pour la mémoire ou les dernières vo- lontés de son père que par dévotion pour la nouvelle déesse. Cependant, Pline dit expressément (liv. XXXIV, ch. xiv)que Philadelphe ajouta le nom de Zéphyritis à celui de Vénus. Le monument du cap Zéphyrium serait alors véritablement son œuvre, et les matériaux dont on se servit furent primitive- ment, sans doute, plus riches que ceux dont on voit les restes aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, cette chapelle, dont la silhouette blanche s'apercevait d'assez loin, était, par sa position sur le cap le plus rapproché d'Alexandrie en venant de Canope, un point de re- père pour les navigateurs. Ce fut sans doute pour cela que, ré- paré et entretenu avec soin, il subsista jusqu'à présent dans un lieu où des bourgs populeux et florissants, des villes même, n'ont pour ainsi dire pas laissé de traces. APPENDICE LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE' La terre à pots est excellente à Chypre, et les fabriques de cé- ramique y prirent un très grand développement. Aujourd'hui encore, on exporte des poteries du pays sur tout le littoral de la Syrie et de TAsie Mineure, et si les produits des fabriques ac- tuelles sont moins élégants peut-être et moins ornés que ceux d'autrefois, beaucoup de modèles néanmoins (grandes pièces principalement) sont restés les mêmes qu'il y a trois mille ans. Les vases indigènes se reconnaissent à leurs ornements carac- téristiques, parfois bizarres et sauvages, n'appartenant spécia- lement à aucun style, mais dont quelques-uns portent les traces évidentes d'une influence étrangère, assyrienne et égyptienne principalement. Le trafic avec les peuples circonvoisins amena l'introduction dansl'ile de poteries étrangères, grecques, syriennes, romaines, égyptiennes même, dont les dernières fouilles ont fourni de nombreux spécimens de toutes grandeurs et de toutes formes. Une particularité curieuse à noter c'est que, dans la plupart des tombeaux où Ton a découvert des poteries, les anciens avaient enfoui avec leurs morts non seulement des vases à usage * I . Étude et fragments inédits retrouvés dans les papiers de Tauteur. 270 APPENDICE et de dimensions souvent respectables, mais encore des réduc- tions de ces mêmes vases fabriquées probablement dans un but purement funéraire et par un motif d'économie. VASES TENDRES A PAROIS ÉPAISSES, NON TRAVAILLAS AU TOUR ET PARAISSANT ÊTRE DE FABRIQUE TRES ARCHAÏQUE. Ils sont formés de glaise fine et onctueuse qui, une fois cuite, a pu, en raison même de sa contexture, recevoir un poli doux et brillant. Cette classe peut se diviser en deux catégories : i** Vases d'un rouge éclatant ou d'un beau noir, ornés de nombreux et élégants dessins gravés à la pointe, et aux traits remplis de blanc; 2° Vases unis, moins fins et de couleur ocre jaune foncé, mé- langée de taches livides ou coups de feu. L'ornementation de la première catégorie a pour caractère distinctif des faisceaux de lignes parallèles, très rapprochées (et figurant pour ainsi dire des hachures), formant des zones droi- tes ou faites de zigzags, des damiers, des carrés, des cercles, des disques, des losanges, etc. Des lignes simples et des points s'y montrent aussi. Cette classe ne comprend guère que des ustensiles de ménage, bouteilles à anses et à cols allongés, évasés ou terminés en becs de burettes recourbés; coupes hémisphériques, bouteilles àdou- bles goulots jumelés au moyen d'appendices ou traits d'union ; doubles fioles; bocaux à col cylindrique dont le diamètre égale quelquefois la moitié ou les deux tiers de celui de la panse elle- même; têtes de fuseaux de diverses grandeurs, etc. (tous ces ob- jets de la première catégorie); porte-épices à deux, trois, qua- tre, cinq ou six godets; bouilloires à bec de la forme de nos théières, mesures hémisphériques garnies d'anses; cuillers, en- tonnoirs, cruches, etc. (seconde catégorie). LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE 271 Beaucoup de ces ustensiles (bocaux, bouteilles, fioles) sont pourvus d'anses ou de rudiments d'anses et même de simples boutons appliqués quelquefois sur la panse même de l'objet et percés à jour, sans doute pour permettre d'y passer des cordons de suspension. Ces vases, à cause de leur forme sphérique, ne pouvaient se tenir debout qu'au moyen de couronnes ou rondelles. Quelques- uns cependant, de formes bizarres, sont pourvus de pieds. Les premiers échantillons de ces poteries ont été découverts dans les collines au nord de Dali, à Hagios Nicolaos. On en a trouvé ensuite dans les tombeaux des vallées de Dali et d'Alam- bra, et, presque toujours, avec eux, des fers de lances et des dé- bris d'armes en bronze, mais jamais de poteries d'aucune autre sorte, ni de verreries, ni de bijoux, ni de médailles, ni de sta- tuettes. Les fouilles d'Hagîos Nicolaos ont fourni surtout les échan- tillons de la seconde catégorie; celles d'Alambra, les vases de la première. Dans sa livraison de décembre 1868, la Revue archéologique a donné les dessins de plusieurs vases analogues à ceux de cette classe (première catégorie principalement) et découverts dans des tumulus. Des poteries identiques ont été trouvées dans les fouilles de Sais en 1867, ce qui indiquerait qu'un commerce de céramique existait autrefois entre Chypre et l'Egypte, à l'époque peut-être où l'île appartenait aux Ptolémées. L'archaïsme de style de ces poteries s'expliquerait alors en supposant que l'on continua longtemps encore à Chypre à fabriquer d'après les an- ciens types et les anciens procédés. VASES DE TERRE GLAISE ROUGE-BRUN DE FABRIQUE ASSEZ PRIMITIVE MAIS BONNE. La plupart semblent n'avoir pas été travaillés au tour, et. 272 APPENDICE bombés, ne peuvent conserver leur stabilité que placés sur une couronne. Ces poteries se caractérisent par des ornements consistant en de petits disques saillants appliqués près des orifices et sur les panses. Ces disques ou boutons, aplatis, sont eux-mêmes or- nés soit de trous (ordinairement au nombre de six, un entouré de cinq autres), soit de petites pastilles de terre disposées de même. Parfois même ces disques sont absents. Ces pièces, généralement de grandes dimensions, affectent le plus souvent la forme de bassines, évasées, en cônes renversés ou aux trois quarts sphériques et munis d'anses et de becs ou goulots, évasés, simples ou doubles (jumelés par le moyen de traits d'union). J'ai vu à Dali, en 1868, un vase de cette classe dans la cour d'une maison. Sa hauteur est de (»™,59, son plus grand dia- mètre de panse de 0^,445. L'aplatissement du fond en assure la stabilité. Les spécimens de ces poteries que j'ai vus viennent très pro- bablement de Dali ou des localités voisines. VASES NON TRAVAILLÉS AU TOUR DE TERRE BLANCHE PLUS DURE QUE CELLE DKS VASES DE LA CLASSE PRÉCÉDENTE. Presque toutes les poteries de ce genre sont des ustensiles de formes analogues ou identiques à celles déjà décrites. Leur or- nementation consiste en traits noirs ou rouges, tracés au pin- ceau, simples ou entre-croisés et formant hachures. Parfois les dessins sont rouges d*un côté et noirs de l'autre. Comme aux pièces mentionnées plus haut, des boutons ou appendices percés de trous (pour passer probablement des cor- dons de suspension ou fixer des ornements quelconques), se re- marquent aux anses, sur les panses, à la naissance des goulots ou cols de ces vases. LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE 273 Sans rien affirmer de positif, on peut dire cependant que les premiers échantillons de cette classe ont été découverts à Dali ou aux environs. VASES EN TERRE BLANCHE ET ASSEZ DURE EN FORME d'animaux, d'uN ART TRÈS GROSSIER ET TRÈS PRIMITIF, ORNES DE DESSINS AU PINCEAU (traits ENTRE-CROISÉS El FORMANT HACHURES) Presque toutes ces poteries sont pourvues de bases ou de pieds qui assurent leur stabilité. La plupart ont des anses fixées près des goulots ou orifices qui servaient à introduire les liquide^^. Beaucoup ont des orifices de déversement pratiqués dans la bouche même des animaux qu'ils représentent : oiseaux, bé- liers, bœufs, poissons, toutes bêtes consacrées et destinées aux sacrifices dans le culte de Vénus. De pareils vases ne pouvaient guère servir pour l'usage cou- rant. Il est supposable que, remplis d'offrandes, soit sèches, soit liquides, ils étaient destinés à remplacer les bêtes vivantes que les pauvres gens notamment ne pouvaient guère présenter à la déesse, ou à donner simplement aux tributs apportés la figure des victimes les plus agréables à Vénus. Quelques pièces représentent des groupes de deux animaux (béliers surmontés d'un oiseau ou portant un oiseau attaché aux flancs). Parfois la forme du vase ne rappelle que d'une manière très approximative celle de l'animal, de Toiseau par exemple, et, dans ce cas, la tête est représentée par un bec de burette très allongé et légèrement courbé. Beaucoup de vases de cette classe sont pourvus de boutons saillants percés de trous et destinés vraisemblablement, en rai- son même de leur position, à servir de points d'attache à des ornements. Presque toutes les poteries de cette classe viennent d'Hagios 18 274 APPENDICE Nicolaos, au nord de Dali. On ne les a jamais rencontrées avec des verreries ni des lances de bronze, mais souvent avec les pièces grossières de la classe n** i et des vases d'offrandes, en forme de petits bœufs (d'une fabrique plus soignée que les ani- maux de terre blanche dont nous venons de parler) ; en un mot, ils proviennent de tombes qui, selon toute apparence, ont été des tombes de pauvres. Parfois la forme de l'animal disparaît pour ainsi dire com- plètement. On n'a plus alors qu'une cruche ordinaire avec sa base, une œnochoé avec une tête de bête (de bœuf le plus sou- vent) formant goulot ou encore issant en saillie sur la panse, à la base du col. Parfois aussi c'est une tête d'animal fixée à la courbure de l'anse et se rattachant au rebord du goulot. Un vase de la col- lection Cesnola représente une tète humaine, informe, coiffée d'un disque ou bouchon cannelé, simulant une couronne. Les oreilles sont remplacées par deux saillies percées chacune de deux trous où l'on fixait, je pense, des ornements comme aux vases déjà décrits. Cette tête surmonte un vase allongé en forme d'olive. Deux petits bras grêles et allongés, terminés en mains où les doigts sont visibles, partent du col, et, embrassant la panse du vase, se réunissent sous une anse saillante fixée à l'endroit qui figurerait le sternum. Un goulot, planté oblique- ment du côté gauche et taillé en sifflet, présente, du côté de l'anse, son ouverture béante. Ce petit monument est de même fabrique, de même matière que les animaux de terre blanche décrits plus haut. Symbolisait- il l'être humain que l'on offrait en quelque sorte à la divinité (en supposant, bien entendu, que ce vase eût la même destina- tion que nous avons attribuée aux animaux), ou était-il la simple effigie du donateur de Tollrande, qui se consacrait ainsi lui- même au dieu ? Quoi qu'il en soit, ce vase est le prototype de monuments céramiques de même espèce dont nous étudierons LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE 27$ les variétés plus loin et qui rappellent le type primitif d'une manière plus ou moins fidèle, selon que la tradition s'est plus ou moins bien conservée et que l'idée d'offrande religieuse s'est plus ou moins affaiblie dans l'ornement des poteries susdites. Nous verrons les figures modelées se transformer en vases à usage à une époque où la fabrication atteignit sa perfection ; puis les figures elles-mêmes complètement supprimées et rem- placées par des animaux peints (oiseaux notamment), ou même simplement par deux yeux dessinés de chaque côté du bec du goulot et rappelant vaguement une tête d'oiseau. L'idée reli- gieuse et consécrative s'était ainsi conservée pour ces pièces de céramique, qui, par leur ornementation caractéristique, sem- blent exclusivement indigènes. A la classe des bêtes votives appartiennent aussi des vases en terre blanche assez dure, aux parois minces et affectant gé- néralement des formes bizarres. Ils sont également garnis, sur leur pourtour et leurs anses, d'anneaux saillants où l'on fixait des ornements. Cette série se compose presque exclusivement de fioles jumelées dont le spécimen le plus remarquable, et intact, est une pièce de la collection Cesnola. Elle consiste en deux panses lenticulaires et de forme ovale très allongée, réunies latéralement et surmontées de deux cols, unis également, et taillés en becs de burettes. Une anse de sus- pension, très saillante et percée d'un petit trou, s'attache aux deux fioles un peu au-dessous de la naissance des goulots. Ceux- ci sont ornés de chaque côté de doubles anneaux ainsi que l'anse et le corps même des fioles ; ces anneaux sont réunis, sur les deux faces, par des filets saillants, partant de l'anneau supé- rieur latéral, et venant, après avoir formé guirlande, se réunir au point de jonction des deux vases. Le tout a 20 centimètres de hauteur '. — Cette double burette était-elle un ustensile • I. Voir plus loin> pi. XXXII, n© 34, une gravure de ce monument d'après un dessin retrouvé dans les papiers de Tauteur. 276 APPENDICE de ménage ou un vase religieux? Cette dernière opinion semble la bonne si Ton voit dans ce monument Temblème des deux testicules. — Cette curieuse pièce vient de Dali, ainsi que toutes celles de même catégorie qui sont dans le même genre. VASES EN TERRE BLANCHE ASSEZ DURE ET PARAISSANT AVOIR ÉTÉ FAITS AU TOUR. Ces vases sont de formes irrégulières, mais indiquent de notables perfectionnements dans les procédés de fabrication. Leur caractère distinctif est dans leur ornementation, qui con- siste exclusivement en traits entre-croisés ou hachures, dessinés au pinceau en noir, très rarement en rouge, et formant des bandes, des zones, des figures géométriques distribuées d'une façon sobre et élégante sur la surface du vase. Les poteries de cette classe affectent généralement la forme de cratères pourvus d'anses. Quelques-uns portent un appendice, recourbé en arrière, saillant sur le bord de Torifice, au point d'attache de l'anse, et taillé en encoche à son extrémité. Cet appendice servait sans doute de point d'appui au pouce de la main qui tenait le vase. — D'autres cratères portent en outre, vers leur partie inférieure, et fixé antérieurement sur la panse, un autre appendice destiné peut-être à servir de pivot, d'appui au pot pour aider au déversement. Les premières pièces de cette classe ont été trouvées à Hagios Nicolaos. D'autres viennent d'Aradippo. A Verghi, on a trouve une coupe à fond plat, haute de 0^,05 et ovalaire (o",i45 sur o",i35)'. Le fond du vase, blanc d'argent, est appliqué à dessein pour faire mieux ressortir les ornements de couleur vermillon tirant sur le brun qu'on y a tracés au pinceau. — A cause de cette particularité, cette pièce est unique jusqu'à présent. — Elle fait partie de la collection Sandwith. I. Un petit trou placé près du bord servait à passer un cordon de suspension. LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE 277 VASES AU TOUR BONNE FABRIQUE, TERRE ROUGE ORDINAIRE, DURE ET SONORE. Le caractère distînctif des pièces de cette classe consiste dans une ornementation bizarre, originale, dont on retrouve cepen- dant des analogues chez d'autres peuples et à d'autres époques, mais qui, par son style, tend à faire assigner à ces poteries une origine purement indigène. Elles sont, en effet, ornées soit de figures peintes, soit de figures en relief ou complètement déta- chées, et dont on retrouve les reproductions parmi les statuettes, hiératiques pour la plupart, de types chypriotes, découvertes sur tous les points de Tîle où on a fouillé. — Les figures peintes se ressentent de l'influence égyptienne : elles sont accompagnées d'ornements dont les uns sont chypriotes, les autres d'origine évidemment assyrienne. Les pièces de cette classe sont peu nombreuses, mais elles sont toutes remarquables. Nous décrirons chacune d'elles séparément et aussi brièvement que possible. I® Bardaque trouvée à Dali (?). Elle est sphérique. Le goulot est formé d'une tête de femme de même style que les figurines chypriotes découvertes dans l'île depuis quatre ans, et ayant, comme celles-ci, pour ornement caractéristique un bandeau à franges sur le front, et, tombant sur chaque épaule, deux dou- bles torsades. La figure est hideuse : les sourcils peints, les yeux à fleur de tête et remplis de blanc, le nez droit, aux narines ouvertes, la bouche large et béante; au cou pend un disque à rosace, retenu par un cordon dessiné au pinceau. Deux petites saillies figurant des mamelles sont fixées immé- diatement sous chaque tresse pendante, à gauche et à droite. Les oreilles sont saillantes et non protégées par des oreillères, comme on le voit sur les statuettes. Sur chaque tempe pend, un peu 278 APPENDICE plus bas que le lobe des oreilles, une mèche tordue et raide. L'anse du vase, fixée à l'occiput de cette tête, s'attache un peu au-dessous de la naissance du goulot, sur la panse même. Sur cette panse est peint en couleur bistre un personnage qui paraît être une femme. Le stjle de ce dessin est très pri- mitif. La figure est vêtue d'une longue robe, sans plis. Au cou est un double collier de pendeloques. La tête, de profil, regarde à gauche. Les cheveux tombent sur le dos. Le personnage sem- ble flairer une fleur de lotus que tient la main gauche relevée à hauteur d'épaule; la main droite tombe le long du corps en s'é- cartant un peu. Une bande droite formée de dessins (ou de ca- raaères ? ) fort altérés tombe sur le devant de la robe, du sein aux pieds. Sous le coude gauche est une fleur de lotus épanouie, garnie de feuilles. Derrière le personnage, un peu plus bas que répaule est une autre fleur épanouie, d'où sortent deux cornes ou montants de lyre. L'artiste a rehaussé de blanc l'œil de la figure, la fleur qu'elle tient, les deux bras et toute la partie supérieure du corps jusqu'au-dessous du sein, ainsi qu'une partie de la traîne de la robe, les deux grandes fleurs épanouies, et deux zones en torsade double formant encadrement au su jet principal et le sépa- rant des deux calottes sphériques latérales du vase. Ces deux dernières portions sont elles-mêmes divisées en bandes concen- triques. La zone qui touche la torsade est ornée de fleurs de lotus dessinées au trait et retouchées en blanc. Une rosace, aux feuilles rehaussées de blanc, termine chaque calotte. Nous retrouvons sur les monuments d'origine assyrienne les fleurs de lotus du genre de celles de notre bardaque. Quant à la figure, elle paraît de style égyptien. Cette double influence de l'art égyptien et de l'art assyrien se remarque sur bon nombre de monuments chypriotes découverts aux grands centres reli- gieux de Dali, Golgos, Paphos, Amathonte, Pyla, etc. — Ce remarquable vase, qui faisait partie de la collection Cesnola, se trouve maintenant au musée de Berlin. C'est une terre ordinaire LA CÉRAMIQUE DE CHYPRE 279 de couleur rouge clair tirant sur l'orange. Hauteur : o"*,4o. Était-ce un vase votif? Il serait assez difficile de le préciser. Les vases à usage ont des ornements bien moins riches, moins compliqués, moins soignés, et composés, pour la plupart, de simples figures géométriques, cercles ou zones concentriques, rapidement tracées. Ils sont généralement unis, sans saillies ni sculptures, et plus commodes que celui-ci, où le déversement des liquides, par la bouche et les narines, percées à jour, de la tête du goulot, ne devait pas être très facile. Les poteries à cercles concentriques paraissent avoir été en usage général à Chypre jusqu'à la domination romaine; à cette époque probablement la fabrication commença à se restreindre. Ces cercles concentriques se trouvent généralement sur des vases de fabrique très soignée, bien qu'on les rencontre aussi sur des poteries archaïques et de tout autre fabrique (vases rouges et noirs à traits gravés). Ce genre d'ornement, long et difficile à faire, relativement, devait avoir, comme la croix et la quadriquetra qui souvent l'accompagne, une signification hiéra- tique. Ils représentent à mon sens, en perspective, un sein de femme, et leur présence sur les vases serait un symbole de fécon- dité, d'abondance, qu'on n'aurait point, pour plus de commo- dité dans l'usage, mis en relief sur le flanc du vase comme dans certaines poteries d'où ces vases sont dérivés (vases à col étroit, vases de Corno modernes, vases à têtes de prêtresses et ma- melles saillantes percées pour déverser l'eau). Les vases à figures sculptées, ceux dont le goulot est formé d'une tête en relief, se retrouvent chez les Étrusques [Vulci^ p. 201, t. II, Birch), avec l'œil au goulot (/rf., p. 202). On les retrouve encore chez les Américains (poteries du Mexique et du Pérou). Analogie entre les parfumoirs du Louvre (maisons à per- sonnages) et les figurines étrusques de terre cuite (cabane de Romulus) d'Albano. Les poteries de terre fine de Samos ornées d'arabesques, qu'on trouve dans tout l'empire, sont classées par Birch dans la poterie romaine. A. de la Marmora avait dé)à remarqué l'analogie des or- nements phéniciens de Gozzo {Nonv. Annales des voyages^ p. 19) avec ceux des poteries mexicaines. — A consulter là- dessus, Franz Kryler, Handbuch der Kunstgeschichte (3* éd., p. l3). A Hagios Nicolaos, au nord de Dali, on a trouvé des po- teries blanches à traits noirs {canthares ou cratères), ainsi que des poteries en forme d'animaux, petits bœufs, etc.; des poteries grossières, non travaillées au tour, et dont plusieurs stfectent la forme de théières et d'ustensiles de cuisine. A Alambra, ce sont surtout les poteries noires et rouges, jt traits gravés, qu'on a trouvées dans les fouilles .... Layard, Nineveh and ils remains. On a trouvé à Ninive, entre autres poteries, des gourdes tout à fait analogues à celles d. Chypre (pi. XCII). Plusieurs vases chypriotes ont pour ornement des fleurs de lotus tout à fait analogues aux ornements assyriens de même fcnre, comme celles du pavage du seuil d'une porte du palais ^Koyoundjik. II INSCRIPTIONS GRECQ.UES DU LYCUS PRES BEYROUTH* A MONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA « REVUE ARCHEOLOGIQUE ». Monsieur, La revue périodique publiée par le Palestine Exploration Fitnd contenait, dans un de ses derniers numéros, la relation de la découverte, par un explorateur américain, de trois nou- velles inscriptions grecques au Nahr-el-Kelb ou Lycus, près de Beyrouth, en Syrie. Permettez-moi, Monsieur, de revendi- quer ici, pour mon compte personnel, la priorité des deux tiers de la trouvaille que le hasard me fit faire dans le courant de mars 1871. A cette époque, j'étais à demeure au couvent des PP. lazaristes d'Antoura, dans le Liban, et je descendais fré- quemment à Beyrouth, distant de quatre lieues. Un matin que j'étais parti de meilleure heure que de coutume, j'arrivai au Lycus au lever du soleil. Au lieu de traverser le gué, je mis pied à terre et dis au moukre ou muletier d'aller m'attendre sur la * I. Revue archéologique, t. XXVH, 1874, p. 273-274. ^ 28a APPENDICE route, à un kilomètre de là. Je fis à pied le détour par le pont, le traversai, passai devant l'inscription de Saladin et m'assis devant l'inscription d'Antonin, jusqu'alors dans l'ombre. Tout à coup le soleil s'éleva au fond de la vallée et l'éclaira, et ses rayons, rasant la surface des rochers sans pénétrer dans les creux des caractères de l'inscription, firent ressortir ceux-ci, qui m'ap- parurent se détachant nettement en noir et comme tracés à l'en- cre sur un fond éclatant. J'étais le premier voyageur témoin d'un pareil spectacle, car je pus, sur mon calepin, dessiner le monument, dont le cadre est surmonté d'un fleuron à six lobes omis, je crois, dans toutes les descriptions, et relever le texte, dont les lettres étaient d'une netteté parfaite et dont toutes les copies publiées jusqu'à présent sont plus ou moins fautives '• Je ne le donne point ici. Je dirai seulement qu'à la cinquième ligne il y a INMINENTIBVSpour IMMINENTIBVS. A la sixième ligne il y a LICO pour LYCO. A la huitième, ANTONINIA- NAM pour ANTONINIANVM. Je continuai ma route et j'ar- rivai au petit doukkan situé en face du gué et au bas de la mon- tée de la voie. Là se détachait de la même manière, et comme peinte, l'inscription que le général Ducrot a fait graver dans le champ d'une stèle égyptienne. Sur le cadre, dajis le coin à droite, se voit encore distinctement un cartouche, mais fruste et illisi- ble. Je montai le lacet que fait la voie à partir de là et que les Turcs, dans une réparation récente, ont pourvu de degrés. Je tournai à gauche, puis à droite, puis à gauche, puis à droite, puis à gauche, et à deux pas de là, en levant la tête à gauche, j'aperçus à environ deux mètres de hauteur et se détachant éga- lement en noir une magnifique inscription grecque gravée sur la surface un peu déprimée du rocher. C'est cette inscription que le numéro de la revue du Palestine Exploration Fund a publiée d'une façon inexacte et fautive, car le milieu et la partie t. Voir le Corpus de Berlin. INSCRIPTIONS GRECQUES DU LYCUS 283 inférieure de Tinscription ont souffert, mais qu'une étude plus approfondie sur estampage permettra de restituer sûrement. Je l'examinais attentivement et me disposais à la copier quand mon muletier m'appela. Je me levai pour rejoindre ma monture. J'a- vais fait à peine vingt mètres et j'étais arrivé au point où la voie tourne brusquement à gauche pour côtoyer la mer, lorsque sur la paroi du rocher qui fait le coude, à gauche, je vis sur une sur- face plane, un peu oblique, ménagée ad hoc^ une autre inscrip-r tion (encadrée cette fois) de dix lignes de caractères presque aussi grands que ceux de la première, mais frustes. Je ne vis pas d'au- tre inscription grecque que celle de la borne milliaire couchée à droite, à deux pas de là, et publiée dans le recueil de MM. Lé Bas et Waddington. Deux fois encore je repassai aux mêmes lieux à la même heure, deux fois je revis ces inscriptions, deux fois le temps me man- qua pour les copier. Je ne pus que prendre à la hâte les com- mencements des douze lignes du premier texte; pour déchiffrer le reste, il m'eût fallu arrêter le soleil qui, en s'élevant, finit par éclairer les creux des lettres et les fait disparaître avant de les replonger dans l'ombre; et en même temps il m'eût fallu une science du grec qui me manquait. Au mois d'octobre suivant, j'allai, accompagné d'un ouvrier et aidé du concours de M. Louis Laurella, agent du Lloyd autrichien, prendre les estampages de ces textes, inédits jusqu'alors, et qu'on ne peut bien réelle- ment apercevoir que pendant un quart d'heure environ chaque jour, au lever du soleil. Je suis le premier chercheur qui ait passé par là à pareille heure, rien d'étonnant à ce que le hasard m'ait favorisé. Je parlai de ma découverte à Beyrouth et je ne doute point que quelqu'une des personnes que je mis dans la confidence n'en ait fait part à l'explorateur américain, ou même peut-être le secret a-t-il été divulgué par les moukres qui me virent en extase devant ces lignes d'écriture. A mon retour en France, Monsieur, je vous parlai de ma trouvaille, j'en parlai à 2H4 APPENDICE M. de Saulcy, et, il y a plus d'un an, je confiai le^ estampages à M. Waddington, à qui le temps manqua pour les étudier, et qui les a encore. Je ne veux point ici discuter sur le sens de la grande inscrip- tion, qui me paraît fort curieuse. Que dit l'autre ? Elle est fruste et je ne sais ce qu'on en pourra tirer. Je pense toutefois qu*il est intéressant de rapprocher et de citer ici la traduction d'un pas- sage de Nicolas de Damas, publié dans les Fragmenta historié corum grœcortim, éd. Didot (t. III, p. 414-74) : Cumque ille (Antiochus) in Parthos expeditionem faceret, eum comitatus est Hyrcanus* At Antiochus, erecto tropseo ad Lycum fluvium, cum Indaten Parthonim ducem superasset, illîc per biduum substitit ad preces Hyrcani Judaei, quod forte inciderat patrium quoddam festum in quo Judaeis non licebat iter facere. Qui sait si la seconde inscription n'est point relative soit à ce trophée d' Antiochus, soit au séjour des deux rois au Lycus ? En terminant, je dirai que les antiquités du Lycus n'ont jus- qu'à présent été vues qu'en passant et décrites incomplètement ou inexactement. Sans avoir la prétention de dire le dernier mot sur cette question, j'ajouterai, dans un article spécial, mes observations personnelles à ce qui a été déjà écrit là-dessus. Veuillez agréer. Monsieur, etc. G. COLONNA-CECCALDI. III NOTES BIBLIOGRAPHIQ.UES 1 . — Cyprus, 1/5 historjTy its présent resources and future prospects^ by R. Hamilton Lang. London, Macmillan and Co., 18781. Les huit premiers chapitres du volume traitent de Thistoire de Chypre, depuis les premiers temps Jusqu'à nos jours. Comme Touvrage tout entier a un caractère plutôt agricole, commercial et administratif qu'historique, je crois que Tauteur eût pu re- trancher cent quatre-vingt-cinq pages de son livre et prendre l'histoire de l'île à la conquête turque. Un tableau de l'adminis- tration ottomane depuis 1571 eût servi de transition pour passer aux chapitres économiques qui font tout le prix de l'ouvrage. Les produits agricoles, les questions de la sécheresse et des sauterelles, les minerais, le sol, l'administration turque et celle qui lui succède, forment autant de sujets traités avec une rare compétence par M. Lang, qui met sous les yeux des lecteurs des faits nombreux et d'intéressantes données statistiques. Le dernier chapitre, intitulé : My fann in Cfpnis^ est un manuel du parfait métayer cypriote. Au chapitre xiv l'auteur raconte ses pérégrinations dans l'ile et montre dans ses remarques de tous genres l'esprit judicieux, critique, épris de la vérité et de l'exactitude, que j'ai personnel- • I. Revue archéologique^ t. XXX VIII, p. 324 et suiv. (1879). 286 APPENDICE lement connu. Les chapitres xv, xvi, xvii, trop courts, forment la partie archéologique de Touvrage. L'auteur donne d'exacts et précieux renseignements (importants pour les questions de provenance) sur les fouilles faites de son temps, et spécialement sur les siennes. Ces chapitres, intéressants à lire, sont le résumé des articles publiés par l'auteur dans différents périodiques anglais. Dans ses notes, M. Lang mêle l'humour à la précision scientifique. Elles élucident et complètent tout ce qui a été dit sur les fouilles des années 1866-76. L'ouvrage contient quatre cartes : une de position, une de la Chypre agricole (frontispice), une de la Chypre géologique (ces deux cartes sont des réductions de celles de M. A. Gaudry), et une très bonne carte de l'île, réduite, pour les contours, de celle du capitaine Graves, R. N., et pour les détails intérieurs de celles de MM, de Mas-Latrie et Kiepert. L'auteur y a en outre mis l'identification des localités antiques avec leurs noms mo- dernes, et joint dans des cartons les plans de Larnaca, Limassol, Kyrénia, Nicosie, Famagouste, Salamine. Cette carte est la meilleure qu'on puisse consulter en attendant celle de l'état- major anglais. M. Lang n'a point perdu son temps pendant son séjour à Chypre. Il a étudié l'île d'une manière intelligente et fructueuse sous tous les rapports, et je ne serais pas étonné que le gouver- nement britannique lui offrît un jour une haute position offi- cielle à Nicosie. 2. — Cyprus, its ancient citieSy tombs and temples. A narrative of resear- ches and excavations during ten years résidence in that island, by gêne- rai Louis Palma di Cesnola. New-York, 1878. Harpers and Brothers*. Après avoir retracé succinctement, dans une introduction, * 1. Revue arcltèologique, t. XXX VUI, p* 325 et auiv. (1879), NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 287 l'histoire de Tîle, Fauteur raconte d'une manière humoristique et familière, fort intéressante ma foi, les péripéties de ses voyages dans Tintérieur de Chypre, et de ses recherches archéo- logiques. Aucun recoin de l'ancien royaume des Lusignan n'est resté ignoré du général, comme on peut s'en assurer sur une élégante petite carte où l'itinéraire du voyageur est marqué: et des descriptions consciencieuses font de ce volume un curieux guide, qui complète ceux qui ont été faits sur celte partie de l'Orient. Mais ce livre est surtout précieux pour les archéologues à cause des renseignements qu'il contient. On y trouve : Une carte générale de l'île (état moderne), dressée d'après les cartes du capitaine Graves, R. N., et de H. Kiepert; Une carte itinéraire; Des vues pittoresques de sites archéologiques ; Un grand nombre de bonnes gravures d'antiquités de tous genres et qui ont été faites soit d'après nature, soit d'après les photographies exécutées par l'auteur; La reproduction, en onze planches, de toutes les gemmes du musée Cesnola; Enfin toutes les inscriptions grecques, phéniciennes et cyprio- tes recueillies par l'auteur. Certes cet ouvrage n'est pas complet. Il ne donne qu'une idée approximative de l'ensemble de merveilles dont les unes ont passé dans les collections particulières, les autres sont allées enrichir le musée de New- York. Tel qu'il est, cependant, il sera consulté avec intérêt en attendant la grande publication, abso- lument complète pour ce qui regarde le Musée métropolitain^ que prépare le général de Cesnola. Dans de savants articles, parus dans la Revue des Deux Mon- des^ M. G. Pcrrot a raconté l'histoire des fouilles de Chypre où M. Lang et surtout M. de Cesnola ont trouvé gloire et fortune. J'ai personnellement pris un peu part à cette brillante odyssée, 288 APPENDICE et puis témoigner ici que c'est bien plus à son activité surhu- maine et à son énorme capacité de travail qu'à sa chance seule que le général a dû ses trouvailles. Ce ne sont pas les antiquités qui sont seulement venues à lui, mais aussi lui qui est allé à elles. Il s'est, dès l'origine, improvisé photographe pour les faire connaître. Les produits des premières découvertes ont payé les fouilles suivantes, et permis de multiplier les recherches. Le général a pu ainsi subvenir aux frais énormes du déblayement de Golgos et conserver tous les objets qu'il y a trouvés. Le musée du consulat américain à Larnaca était accessible à tous. Pendant mes séjours chez mon frère, alors consul de France à Chypre, j'ai pu étudier à fond tous ces trésors. Avec une in- telligente et chevaleresque courtoisie, le général me confiait les clefs de ses vitrines et m'autorisait à en tout publier^ n'aimant point mettre, comme certains collectionneurs, la lumière sous le boisseau. Je renouvelle ici à Téminent directeur du jeune musée de New- York l'expression de mon affectueuse gratitude. Le succès de l'ouvrage dont je viens de parler a été très grand en Amérique, en Angleterre et en Allemagne. Il serait à désirer que, traduit en français, il devînt, conjointement avec les beaux ouvrages de M. Schliemann sur Mycènes et sur Troie, le point de départ, la base d'une bibliothèque archéologique populaire. 3. — Sur le déchiffrement des inscriptions prétendues anariennes de l'île de Chypre, par Léon Rodct. Paris, Leroux^ 1876^ Sous ce titre, M. Léon Rodet vient de faire paraître une bro- chure destinée à initier le public français aux travaux anglais et allemands relatifs au déchiffrement de la langue cypriote. C'est d'après le plus récent de ces ouvrages, celui de MM. Wilhelm Dcecke et Justus Sicgismund [Die jvichtigsten Kyprischen In- • I. Rsvue archéologique^ t. XXXII, p. 280 (1876). NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 289 schriften, dans les Siudien \iir griechischen und lateinischen Grammatik de Curtius, 1874), que M. Rodet a fait son résumé et dressé le tableau synoptique de Talphabet syllabique cy- priote. Les travaux de Brandis', Schmidt (Moriz), Euting, Smith, Deecke, Siegismund démontrent que le cypriote est du grec. Rien d'étonnant à cela : sauf un petit coin resté phénicien et un autre plus petit encore d'origine africaine, tout le reste de l'île est devenu grec après la guerre de Troie, et est resté grec. Si donc il y a eu en Chypre une langue anarienne, elle a du dispa- raître devant les idiomes des nouveaux colons, et on ne pourrait guère la retrouver que dans des inscriptions très anciennes qui restent encore à découvrir. MM. Deecke et Siegismund ont en général bien déterminé les signes alphabétiques cypriotes. Ils ont, bien entendu, donné seulement des fac-similés d'après les originaux ou copies qu'ils avaient entre les mains. Les cinquante inscriptions découvertes jusqu'à présent pourront, bien étudiées, servir de base à un travail de détermination définitive de l'alphabet cypriote. On trouvera que les signes qui la composent sont réguliers, géo- métriques, et peuvent se construire sur une grille de vingt car- rés (5X4). ïl sera alors possible de graver et fondre des carac- tères d'imprimerie dont le besoin se fait sentir. M. Rodet explique et étudie quelques inscriptions et monu- ments, d'après des copies, de mauvaises empreintes et des cop/e^ de copies, entre autres le tableau de Golgos dans le mémoire de M. Dumont. Le livre se termine par l'examen de quelques mon- naies du recueil du duc de Luynes. Je ne suivrai pas l'auteur dans ses commentaires, où il me semble avoir fait preuve d'érudition et de logique. Je terminerai en constatant Tutilité et l'opportunité de son travail, et en le recommandant aux philologues, chercheurs et curieux. '9 IV DESSINS INEDITS DE DIVERS MONUMENTS RETROUVÉS DANS LES PAPIERS DE L'AUTEUR * L'on a cru utile d'extraire des papiers de l'auteur un certain nombre de dessins reproduisant des monuments destinés, dans son esprit, à être l'objet d'études ultérieures, et dont quelques- uns même sont visés incidemment dans les mémoires précé- dents. Ce sont des matériaux non encore mis en œuvre, mais qui ne sauraient manquer d'être accueillis avec intérêt. Ces dessins forment la série de planches XX à XXXIV. On leur a donné à chacun un numéro d'ordre, et, dans la liste ci-dessous, l'on s'est attaché, chaque fois que la chose a été pos- sible, à les accompagner d'indications établissant la provenance des monuments, leur nature ou leur matière, leurs dimensions et, dans certains cas, de références au texte quand ils y sont cités : 1. Dali, 1866. Au pied de Li colline O. d'Ambelliri. Tombeau en pierres de taille (rescalier débouche au nord). 2. Ibid. Même tombeau. Degrés de Tescalier. DESSINS INÉDITS DE DIVERS MONUMENTS 291 3. Ibid. Même tombeau. Mur du fond. 4 et 5. Dali. Paraissent être le détail, à plus grande échelle et plus complet, du Silo à conduit souterrain^ marqué. W sur le plan géné- ral (pi. I). 6. Dali? Chapiteau, 7, 8 et 9. Dali? 10. Beyrouth, 1870. Cippe romain votif. Mur du jardin Pestalozza, derrière les ateliers de la compagnie Ottomane. Pierre froide* 1 1 et 12. Râs-Beyrouih, 1868. Cippe votif grec : 4 faces. Maison d'Ab* dallah-bey près du cimetière français. Cf. p. 21 3 et suiv. i3, 14, i5, 16 et 17. Collines de Pyla, 1869. Tombeaux creusés dans le roc. Le n» 1 5 représente une dalle de fermeture. 18, 19 et 19 bis. Collines de Pyla. Tombeau creusé dans le roc, 20. Scarabée : dos et plat. Cf. p. i38, note i. Long., o",i35; haut., o",o35; larg., o™,io. 2 1 . Chypre. Pomme de pin^ surmontant un cippe funéraire. Haut , o»,27. Cf. p. 84. 22. Provenance incertaine. Couronnement de cippe funéraire? 23. Item. 24 et 2 5. Environs d'Athiénau, Hagios Photios, 1870. Objets en verre. Verre verdâtre *. 26. Ibid. Verre blanc. 27* Ibid. Verre blanc. 28. Dali. Rhyton. Terre cuite rose. Haut., o»,26. 29. Environs d'Audimou (Apollonie), 1868. 30. Provenance inconnue, 1866. Granit noir* Probablement les cinq faces d'un cube gravé. Haut., o™,32. I. Les verrerie^ appartiennent à une époque relativement récente et sont toutes de fabrique phénicienne ou grecque. Deux verres avec l'inscription KATAIXAIP€KA!€r*PAINOr viennent d'Hagios Photios, près d'Athiénau, à 5oo mètres au nord du temple de Golgos, du terrain du S» Stavrachi Pereto. On a également trouvé avec eux un verre à cercle. D'autres verreries viennent de Pyla et les pièces de verre verdâtre épais, incrusté de lentilles de verre bleu, viennent du grand tombeau grec de Pyla et d'un tombeau double de la vallée de Lympia. — Les verreries n'ont jamais été trouvées avec les poteries à cercles concentriques ni avec les vases du genre de ceux d'Alambra ou d'Hagios Nice- lacs : poteries en forme d'animaux, poteries archaïques à traits gravés, rouges et noires. (* Note de Tauteur.) 293 APPENDICE 3k Item, i866. Granit noir. Probablement les cinq faces d'un cube gravé. Haut., o",o45. 32. Vallée de Lympia, i868. 32^5.? 33. Pyla, 1870. 34. Dali? Double burette en terre cuite blanche. Haut., o">,2o. Cf. p. ayS. 35. Dali, 1869. Coupe de verre blanc d'opale^ trouvée dans un tombeau. Diam.^ o"*,i 19. Cf. p. 297. 36. Ibid. Baguette de verre blanc irisé^ trouvée dans la coupe ci-dessus. Long.| o°*,i425, Cf. p. 297. 37. Inscription bilingue de Dali, phénicienne et chypriote. COMMUNICATIONS DE M. LE COMTE TIBURCE COLONNA-CECCALDI SUR DIVERSES ANTIQ.UITÉS DE CHYPRE' § I. — LETTRES AU DIRECTEUR DE LA C REVUE ARCHÉOLOGIQUE :d Monsieur, Je viens vous donner quelques nouvelles des découvertes archéologiques de Tile de Chypre. Bien que les débris antiques se rencontrent à peu près par- tout dans l'île, le champ des principales découvertes reste jusqu'à présent la plaine de Dali, où s'élevait l'ancienne ville * I. L'on a cru devoir joindre aux mémoires de M. G. Colon na-Ceccaldi di- verses communications de son frère M. le comte Tiburce Colonna-Ceccaldi, ancien consul de France à Larnaca, aujourd'hui ministre plénipotentiaire et conseiller d'État. Ces communications, contenant dMntéressants renseignements pour rhistoirc des antiquités chypriotes, sont extraites de la Revue archéoio» gique (t. XVIII, p. 367; t. XIX, p. aSy; t. XX, p. ao8). 294 APPENDICE d'Idalium et où se trouvaient les temples et les bois consacrés à Vénus. Je crois donc utile de vous en donner sommairement la topographie. A. Village d'Alambra. — B. Village de Limpia — C Tombeaux. — D. Tombeaux. — E. Village de Dali. — F. Emplacement d'un édifice sous les ruines duquel ont été trouvées récemment de grandes statues. La plaine de Dali, qui n'a guère plus d'une lieue carrée, est enfermée dans un cercle de collines peu élevées, sauf au nord- est où elle communique en terrain plat avec la plaine de Nicosie. Les collines situées au nord et au nord-ouest se terminent généra- lement vers la plaine d'une façon assez brusque, souvent même en falaises; celles qui sont situées au sud et au sud-ouest vont, au contraire, s'aplanissant en pentes douces ; de plus, c'est de ce côté qu'ont été trouvées les traces de construction, les dé- bris de statues, les nécropoles ; tout semble donc indiquer que la ville d'Idalium et les temples se trouvaient sur les pentes des hauteurs du sud et du sud-ouest. Parmi celles-ci, il est deux collines qui se relèvent à peu près par le sud-est du village actuel de Dali ; elles sont séparées par un espace de cent pas environ, où passe un chemin en contre- bas qui met la vallée de Dali en communication avec celles de DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 295 Lîmpia et d'Alambra au sud et au sud-ouest; on nomme ces deux collines Ambelliri. Comme leurs flancs sont plantés de vignobles, il n'est pas improbable que ce nom soit une corrup- tion chypriote du mot grec a[jL7;e>.oç, la vigne. Ce lieu d' Ambel- liri renferme le gisement le plus considérable d'antiquités dé- couvert jusqu'ici. Celle des deux collines que l'on a à sa gauche, c'est-à-dire à l'ouest, quand on fait face au village de Dali, est comme aplanie de main d'homme à son sommet ; le côté qui regarde la plaine est en pente ménagée, et une arête assez étroite semble avoir été jadis un escalier ou un sentier aplani.par lequel on se rendait sur la hauteur. Du côté opposé, dans la vallée de Limpia, la colline finit brusquement à pic; à droite, à l'est, elle présente un flanc assez abrupt, qui longe le chemin en contre-bas ; à gau- che, à l'ouest, elle se relie au système de petites collines qui cn- ceîgnent toute la vallée de Dali. Sur le sommet aplati de cette première élévation, ont été trouvées, il y a plus de vingt ans, quatorze coupes en argent ciselé, dont les paysans ont fait fon- dre treize et dont la quatorzième, rachetée par M. Péretié, puis cédée par lui au duc de Luynes, se trouve, je crois, aujourd'hui à la Bibliothèque impériale. Les fouilles ont également mis au jour à cette époque des fers de lance, des ustensiles de ménage en cuivre; dans le voisinage (le lieu n'a pu m'être indiqué d'une manière précise) a été trouvée la fameuse plaque en bronze dite de Dali, avec inscription cypriote. La seconde des collines désignées sous le nom commun d'Am- belliri est un peu plus haute que celle que je viens de décrire; elle offre à l'œil deux pitons ; le moins élevé porte des traces de constructions anciennes, d'une citerne entre autres; on y a ra- massé des débris d'idoles en pierre calcaire et quelquefois, mais plus rarement, en terre cuite; le deuxième piton, qui domine le premier, est un peu aplati; on y a trouvé à moins d'un ou deux mètres de profondeur des statues en pierre calcaire, les unes de 296 APPENDICE grandeur naturelle, comme celle que je viens de céder au musée du Louvre, d'autres moyennes, d'autres plus petites, de styles fort divers, depuis Tarchaïque jusqu'au grcco-romain. Cette seconde colline est en pente un peu inclinée à Touest vers le petit chemin qui la sépare de sa voisine ; elle se relie à l'est au système des autres élévations ; enfin elle communique à la plaine de Dali, comme la première, par une arête aplanie en escalier. Au point de rencontre de ces deux escaliers, à la naissance de la plaine de Dali et le long du petit chemin, on vient de décou- vrir, ces jours derniers, à un mètre à peine sous terre, un nombre considérable de fragments en pierre calcaire, les uns re- présentant des personnages de dimensions colossales dont les bras et la partie inférieure du corps sont brisés, d'un type qui rappelle le style assyrien, la tête ceinte d'une couronne de laurier, avec un bandeau à rosaces au-dessous, les cheveux et la barbe frisés, portant d'assez longues moustaches ' ; les autres de di- mensions moindres, paraissant être des prêtres et des prêtresses du culte de Vénus ; à côté de cela, des statues purement romai- nes, avec la toge ; tous les types s'y trouvent réunis, y compris le phénicien, et celui assez particulier qu'on peut, je crois, qua- lifier de cypriote : nez saillant et arrondi à l'extrémité, yeux à fleur de tête et tirés vers les tempes, menton proéminent. Une grande vasque en pierre, dans laquelle on a trouvé un grand nombre de têtes séparées, semble indiquer, ainsi que des débris de colonnes et un chapiteau ionique, la présence d'un temple en cet endroit. Je laisse à de plus compétents que moi le soin de tirer des con- clusions de l'exposé que je viens de faire ; mais de ce que l'on sait de Tusagc antique d'établir les temples sur les hauteurs, et I. Une de ces statues^ brisée à la ceinture et dont la tête est parfaitennent in- tacte, appartient, ainsi que la plupart des objets trouvés en cet endroit^ à M. Lang, directeur de la banque ottomane de Larnaca. DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 297 de ce passage de Virgile qui nous montre la déesse parlant des lieux élevés et des bois qui lui sont consacrés à Idalie, enfin et surtoutdes découvertes faites, ne pourrait-on inférer que des édi- fices religieux s'élevaient sur les deux collines appelées aujour- d'hui Ambelliri, et qu'à la rencontre des sentiers descendant de cesdeuxhauteurs, dans la plaine, se trouvait un troisième temple ? Pour terminer la description du terrain et l'exposé sommaire des fouilles de Dali, il me reste, Monsieur, à vous parler de la nécropole. Les terrains qui sont situés au bas et à peu de distance des collines d'Ambelliri, et ceux qui les prolongent à l'est et à l'ouest, sont remplis de tombeaux anciens; on en a ouvert plusieurs cen- taines et on y a trouvé des poteries, grandes jarres avec des cer- cles peints, dont un des plus beaux spécimens figure dans la collection que j'ai cédée au Louvre, vases plus ou moins fins, bardaques à tête de femme avec des tresses noires et figures sur la panse, dont la plus curieuse appartient à mon collègue des États-Unis; représentations grossières en terre cuite qui parais- sent être des jouets d'enfants ; rarement des objets en bronze ; beaucoup de verreries, quelquefois admirablement irisées et de formes très diverses. Je citerai parmi ces dernières une timbale à cercles en relief, cédée par moi au Louvre, et un canthare de la plus pure forme, d'une parfaite conservation, avec sa baguette finement irisée. Je vous envoie le dessin exact de cette coupe, qui est en ma possession '. Enfin beaucoup de lampes, les unes grossières et évidemment d'une époque très reculée, d'autres romaines, chrétiennes même, ont été recueillies dans ces grottes sépulcrales, qui ont généra- lement la forme d'une voûte arrondie en four. Bien rarement on a rencontré des sarcophages en pierre, et quand cela est arrivé, ils étaient presque toujours vides. ^ I. Cf. Appendice f IV, n«« 35 et 36 et pi. XXXIII, mêmes numéros. 298 APPENDICE Ainsi dans la nécropole, comme dans les gisements de statues, se retrouvent confondus les objets de toutes les époques et de tous les styles, depuis le phénicien jusqu'au gréco-romain. Je remets à une autre fois à vous parler des découvertes qui ont eu lieu sur quelques autres points de Tîle. Veuillez agréer, etc. TiBURCE Colonna-Ceccaldi. Larnaca^ 22 avril i86g. P.'S. — On me remet à l'instant la photographie d'un des beaux morceaux de ma collection ; je vous en envoie une épreuve, malheureusement très médiocre, le photographe étant des plus novices. Cette tête, qui est, sans contredit (à mes yeux du moins), la plus belle terre cuite qu'aient produite jusqu'à ce jour les fouilles de Chypre, a été trouvée ici, à Larnaca, dans un tombeau ; elle est en ronde bosse, convexe par conséquent ; ce n'est pas un fragment, c'est un morceau complet, une sorte de portrait qu'on accrochait sans doute par les deux trous qui sont au sommet. T. C. Monsieur, Je continue à vous adresser quelques renseignements sur les fouilles de l'île de Chypre. Dans ma dernière lettre, je disais que jusqu'à ce jour Dali avait été le terrain des principales découvertes; toutefois il n'est guère de points de l'île où l'on ne trouve des poteries anciennes d'un genre plus ou moins commun, des jarres avec ou sans des- sins, des verreries, des fragments de statues ou de statuettes en pierre calcaire. Il s'en rencontre notamment aux environs de Baffa, d'Amathonte, de l'ancienne Trémithus, de Larnaca (Citium), et dans la presqu'île nord de l'île appelée le Carpas. DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 299 Aux environs de Baffa, d'Amathonte et de Trémithus il n'a jusqu'ici, à ma connaissance, été découvert aucun objet de grand intérêt. A Larnaca, l'ancienne Citium, sur de petites hauteurs qui dominent les salines, on a trouvé principalement, je crois vous l'avoir dit, des débris de figurines en terre cuite, des têtes d'une rare finesse d'exécution et de la plus pure élégance ; à côté de cela, d'informes représentations rappelant le style le plus pri- mitif phénico-égyptien . Ces débris se trouvaient presque à fleur de terre et comme si on eût jeté les objets pêle-mêle dansune sorte degémonies, après les avoir brisés. Sur le même emplacement de Citium, un cer- tain nombre de tombeaux de la même forme que ceux de Dali (une grotte souterraine fermée par une simple pierre) ont donné des poteries de diverses sortes, parfois avec des inscriptions phé- niciennes à l'encre noire (le médaillon dont je vous ai envoyé la photographie en provient) et des verreries plutôt communes. Les découvertes les plus intéressantes de ces derniers temps, en dehors de celles de Dali, ont eu lieu du côté du Carpas, à l'extrémité nord-est de l'île. Vous trouverez, Monsieur, sous ce pli, les photographies de deux statues trouvées dans le voisi- nage de Tricomo, à l'entrée du Carpas, et qui sont, je crois, de quelque intérêt. La première représente de face et de profil un personnage très archaïque^ de grandeur naturelle, une prêtresse de Vénus selon toute probabilité; les ornements de la tête, du cou, de la poitrine sont prodigues avec une profusion qui me paraît un des signes caractéristiques du style que j'appelle (peut-être à tort) du nom de cypriote. C'est, je crois, le plus curieux des monuments de ce style qui ait été découvert jusqu'à présent dans l'île; la partie inférieure de la statue manque, il est vrai, mais c'est de beaucoup la moins importante, et la partie supérieure est admi- rablement conservée. 3o2 APPENDICE grandeur (pi. XVII, 2). — Les statuettes tiennent des fleurs de lotus, des disques, des palmes; la dernière, la plus petite, est une joueuse de cithare. 5. — Sept têtes. — Quatre femmes assises dans une sorte de fauteuil, tenant un enfant sur leurs genoux. — Trois sta- tuettes, dont celle de droite fort mutilée. — Ces objets au 6 1/2 de leur dimension réelle (pi. XVII, i). Ces objets, tous en pierre calcaire, ont été trouvés au village de Dali, qu'on suppose voisin de l'ancien Idalium, célèbre sanc- tuaire de Vénus dans Tîle de Chypre. — On les a découverts sur deux collines dénudées, situées à cinq ou six cents mètres du village et dont Tune porte le nom d'Ambelliri (probablement d'a[jLire>.oç, vigne ; il s'en trouve des plants dans le voisinage). Des masses de cailloux roulés et de galets parsèment les champs, au bas de ces collines, et indiquent que le torrent qui coule au- jourd'hui à un kilomètre devait passer jadis au pied de ces élé- vations. Les statues, statuettes et objets découverts dans ces fouilles ont été jusqu'ici trouvés à un mètre ou deux de profon- deur. TiBURCE Colonna-Ceccaldi. § 3. — COMPTE RENDU DE L ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES (Extrait de la séance du i6 octobre 1868). M. T. Colonna-Ceccaldi , consul de France à Larnaca, dans l'île de Chypre, fait à l'Académie une communication verbale au sujet de fouilles récemment exécutées sur divers points de l'île dans les années 18G6-1868. Les résultats les plus importants de ces fouilles ont été obte- DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 3o3 nus à Larnaca^ ville située sur la côte est de Tîle, qui est consi- dérée comme occupant l'emplacement de l'ancienne Citium, et à Dali, village de l'intérieur, voisin de l'ancien sanauaire d'Idalium, consacré à Vénus. A Larnaca, sur un monticule au S.-E. de la ville, dominant les Salines^ qui furent peut-être l'ancien port de Citium, on a trouvé sur la déclivité occidentale de la hauteur, souvent à fleur de terre, ou à de petites profondeurs, une grande quantité de débris de figurines en terre cuite. Presque pas une n'est intaae; généralement les têtes sont brisées au ras du col, le nez endom- magé, les jambes et les bras rompus ou mutilés. Les fragments indiquent que les représentations variaient des dimensions de grandeur naturelle aux plus petites. Il n'y a pas moins de va- riété dans l'espèce des objets trouvés : certains sont le produit de l'art le plus grossier et le plus primitif; ils sont faits à coups de pouce, tandis que des têtes travaillées avec la plus exquise finesse, des fragments, des jambes, des bras et des draperies traitées avec une rare élégance indiquent au contraire un art arrivé à la perfection et une civilisation des plus avancées. Parmi ces terres cuites, il y a à signaler les représentations sui- vantes : Des femmes à orçilles de chat, le corps en forme de four- reau, tenant dans leurs bras un enfant ou soutenant leurs seins dans leurs mains ; elles sont assez informes, sans être grossières, et on en a trouvé un certain nombre d'intactes. — Des déesses assises ayant, comme bras de siège, deux femmes tenant des boîtes à parfums; toujours brisées. — Des têtes séparées, d'un beau type grec, dont les unes portent la couronne haute, souvent avec de grands sphinx ailés sur le pourtour, dont les autres portent d'autres ornements ou sont simplement coiffées de leurs cheveux arrangés de la manière la plus variée et la plus élégante ; quelques-unes enfin sont voilées, comme les femmes de l'Orient de nos jours. Il est à remarquer que les figurines brisées sont celles dont le col 3o4 APPENDICE ! était mince, bien détaché du reste du corps, tandis que les quel- .' ques objets que Ton rencontre entiers représentent des person- j nages au coi enfoncé dans les épaules, sans saillies dans les I membres et n'offrant pas par conséquent ces points faibles qui I permettent de casser si facilement une statuette. Cette observa- tion pourrait confirmer Tidée d'une destruction volontaire, faîte : en quelque sorte objet par objet, peut-être lors de l'établissc- ! ment du christianisme dans l'île. j De la grande diversité de style des objets dont il vient d'être I parlé et de ce fait qu'il a été trouvé, conjointement avec les ter- res cuites, des statuettes (en petit nombre) en pierre calcaire, de style phénicien ou égyptien, on peut inférer que ces objets étaient des ex-voto rassemblés dans les temples depuis des siècles. Un second genre de découvertes a été fait à Larnaca, dans des tombeaux; mais, comme elles sont identiques à d'autres qui ont eu lieu à Dali, il en sera parlé à l'occasion de ces dernières. Les fouilles faites à Dali peuvent être rangées dans deux caté- gories : celle des statues, statuettes ou fragments en pierre cal- caire, et celle des poteries, verreries, bronzes trouvés dans les tombeaux. Les premières ont eu lieu sur une colline située au S.-E. de Dali et nommée Ambelliri, nom dérivé de celui d'ampelos vigne) ; il y a en effet des vignobles aux alentours. Elles ont amené la découverte d'un certain nombre de statuettes en pierre calcaire, quelquefois coloriées en rouge en certaines de leurs parties, dont les dimensions varient de [5 centimètres à i mètre et qui représentent généralement des femmes tenant sur la poi- trine une jBeur de lotus, ou un disque. Un certain nombre de ces figures sont complètement intactes. Leur type participe de l'assyrien et de l'égyptien, mais il y a moins de raideur dans les attitudes; les lignes des vêtements, les traits du visage sont plus arrondis, plus moelleux. Doit-on voir là une sorte d'art chypriote, résultat de l'influence du milieu indigène sur les arts I i é ô e iid e t' xpli cM K'o . AAA Mur ou maf;oin>erM', N Iraïf^ J uii]H>hi nuii* B Mur eu jùe^rre dr taillf ' IVri-c caiiv»* C Feiu-lre! • PPPP. IWeskmx D TVlilmur bas en âros moellon* | Dallr ireiis^f (le puM'iM- ' luMst^c ■ VÇ' Sil) a cuiuluil souirj'i'Uiii I ' XKi^ole • Iwrdéc en pierres ilf l;ull«" j \\X^ Déblais Z Mur eu pfliU mi)rUoiu\l»)ubus '■ LIKUX DE DECOITERTES X Sliduo colossaJr j .> J Bêtes et sUihieilrs y- SialueUr eu bronze \ MouuaxuN tti Fiiscriptious V V Trou cari'é ' G Dali e »" ei \ c oub'e baa % 'il Mui* ei\ petits uu>ëlluns l Cellule ? JKra4,nieul df mur* K Grosse pierre L DaMa^e eu couh*t'4iaiil M Marcluî» •J. ^\ *'j '' ''. ' ■• * . » 'iî^''. PLAN DES FOUILLES DE DALI. PI II É jk k (\ w II ^ Cu Iwv^ Mil M "\ 1 ^. \ p GOLGOS Temples OLOSSE DU OHAND SANCILI.M ^ GOL.GOS . .. Temples. 4 jk^jiiB = ATÉ RE D' I DALIE RONDACHE DAM AT HONTE ^ PAT ERE DE COP-IUM y mjr:.'v'>m. \}J) t¥XAPoVD'' K * i ^ ÎMIANI-PAl\lHRAl5Nll|^)IVINi),W^' ADNiPOII- i5iPTlM)0(IVîRO) PiRlINACAVt AI!/l6l(A0IA^i( MAXTRlBVNICPÛÎÎilAniWI 1^ (û(-lll'PPRû(ONSVJ. t vnfKANAEc-AluaTllHRACMAl^__ MESJlVS' rv«IANVS AitLtflOOO WUVi- HEKONlANvi C IVllVS AVntL' ili/^KIOH VII>iVi' MAHLtANVt A8R|vf. M/\niv>' fVOAEMON- ANNEiivS- AVdEHWJ- t>«oro6fNfS. AtLIVJ. *ELIV$ ANTiO^HIANvï- IVUVÏ^ lONGINV» AVRELIVS- ANroNIVj- ANTl0(HIANVi- tlAVBl^V t'MgHKiVJ- VIFAIIVS' Af Llvj- AVREIIVS- ISlpOnVi AVRFllvî. MfBAdiDijl;- AûBlppAJ. HADKlANVS^ MïMlJlANV) ^e- INSCRIPTION DU CAMP DECESAR A NiCOPOlliS r DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 3o5 des peuples conquérants? Ce qui est certain, c'est qu'en mtm^ temps que ces représentations en pierre calcaire, on a trouvé des têtes en terre cuite de grandeur naturelle, coloriées, au nez allongé et un peu arrondi par le bout, aux lèvres bien accentuées, dont les traits généraux enfin rappellent tout à fait le type chypriote de nos jours. Ces têtes, qui faisaient partie de statues de grandeur naturelle, sont bien conservées; quelques-unes sont ornées de lauriers ou de casques, ou de sortes de coiffures ron- des avec ornements en forme de perles. Enfin, il a été trouvé sur la même colline d'Ambelliri par M. Ceccaldi, à une profondeur d'environ un mètre, une statue de femme, en pierre calcaire, de grandeur naturelle (j "^64), d'une magnifique conservation. Le type est grec, la physionomie est belle et austère ; la main gauche tient un oiseau ; au côté gauche pendent des attributs qui semblent être un disque ou un miroir et une équerre. Tels étaient les résultats obtenus par les fouilles de Chypre quand, au mois de janvier dernier, les ouvriers employés par le consul de France découvrirent une autre veine. A mi-côte d'une hauteur près de Dali, ils trouvèrent des tombeaux grossiers creusés dans le sens horizontal et contenant les objets suivants : de grandes écuelles en terre blanchâtre, ayant la forme d'une moitié de noix de coco ; des plats très communs, des vases en terre cuite et autres ustensiles de ménage, paraissant avoir été à l'usage de pauvres gens. En continuant les fouilles pendant les mois suivants dans la plaine de Dali, on découvrit nombre d'autres sépultures conte- nant des objets de plus en plus variés, dont voici l'énumération succincte : Des vases de moyenne grandeur (lo à i5 centimètres), repré- sentant des animaux bizarres, des boeufs avec des ramures de cerf ou d^élan, des oiseaux en forme de bateau, des gourdes ter-^ minées par des têtes de lièvre ou de chauve-souris, etc., etc.; 20 3oô APPENDICE une vingtaine au moins de ces objets ont été recueillis intacts; De grandes jarres atteignant dans leurs dimensions jusqu'à 65 et 70 centimètres, de couleur jaunâtre ou rougeâtre avec des raies rouges et noires et des cercles concentriques, d'autres fois avec des hachures diagonales ou rectangulaires sur leur pour- tour: beaucoup dintactes; Des vases de toute forme, coupes, aiguières, flacons, la- cn^matoires, etc., dont quelques-uns sont ornés de fleurs, d'au- tres, mais rarement, de représentations d'animaux, et dont cer- tains, d*une poterie roiige extrêmement fine, ont les formes les plus élégantes ; Des bardaques ou sortes de vases à panse ronde, à col et à goulot sortant de la panse; le col est une tête de femme coiffée de grandes tresses coloriées en noir retombant des deux côtés de la figure ; le type paraît phénicien ; Deux maisons carrées, à jour intérieurement, de 35 centi- mètres environ sur 3o; Tune a des fenêtres et une grande porte dont rentablemcnt est supporté par deux colonnes terminées par la fleur de lotus, la seconde n'a que des fenêtres; à ces ouvertures sont fixées des figures à mi-corps au type phénicien, assez grossières : De petits chariots, des guerriers, des chevaux avec un harna- chement complet, des chevaux à roulettes, qui paraissent être des jouets d'enfant; Des verreries : coupes, plats, gobelets, pots, lacr3'ma- toires, etc.; Des lampes, dont quelques-unes fort primitives et grossiè- res, dont d'autres, de fabrication romaine, portent, avec divers dessins d'hommes et d'animaux, quelquefois le nom du fabri- cant (FAVSTI, par exemple, sur plusieurs) ; Des bronzes généralement très oxydés, parmi lesquels des fers de lance, des poignards, des javelines, des bracelets, des miroirs, des marmites, des anses terminées par la fleur de lotus; DIVERSKS ANTIQUITÉS DE CHYPRE 307 Des bijoux en or : boucles d'oreilles, bagues élégamment montées; quelques cachets bizarres en pierre ou composition verdàtre, des cylindres avec des figures hiéroglyphiques, un pe- tit vase couvert d'hiéroglyphes ; Une spatule d'argent avec inscription de treize lettres, pu- bliée dans le numéro de juin de la Revue asiatique; Enfin, quatre à cinq vases ou amphores de forme mince et allongée, mesurant lo à 1 5 centimètres de diamètre sur 40 à 5o de longueur, terminés en pointe et portant soit une, soit deux et trois lignes d'inscriptions à l'encre noire, les lignes n'ayant guère plus de quatre lettres (un de ces vases a été présenté à l'Académie dans la présente séance : les caractères ont paru être phéniciens). Tel est l'ensemble des découvertes faites dans ces tombeaux. Voici maintenant quelques circonstances particulières des fouilles. Les tombeaux ont été découverts tantôt à mi-côte de petites hauteurs ou tumuli assez nombreux dans le territoire de Dali, tantôt dans la plaine même; les mêmes tombeaux et les mêmes objets ont été trouvés à Larnaca, sur un terrain uni, dans des jardins et des cours de maisons particulières ; mais ces objets sont moins variés et, jusqu'ici, moins fins que ceux de Dali. Il est à croire que l'on trouverait des sépultures semblables sur toute la surface de l'île, car M. Ceccaldi en a découvert dans dif- férents endroits, à- Go'schi, à Mospiloti, à Taouti. Voici comment les choses se sont généralement présentées sur ces divers points. On creuse le sol et l'on arrive assez promp- tcment à une ouverture demi-circulaire, quelquefois fermée par une pierre plate, d'autres fois obstruée seulement par delà terre. Après avoir doblayé l'entrée, on se trouve dans une sorte de grotte sépulcrale, dont la voûte s'est parfois éboulée en divers endroits, probablement par l'action des eaux qui filtrent dans le sol : alors les poteries sont brisées ; dans d'autres grottes où le 3o8 APPENDICE terrain est d'une nature rocailleuse et résistante, la voûte ne s*est point affaissée et les objets sont trouvés intacts. Ces sépultures renferment assez rarement des sarcophages en pierre commune, sans inscriptions et toujours vides jusqu'ici ; des ossements se rencontrent très fréquemment dans les chambres sépulcrales. D'après une autre remarque, les lampes de fabrication ro- maine paraissent jusqu'à présent ne se trouver qu'avec des ver- reries et jamais avec les jarres et les poteries qui affectent un caraaère phénicien. Avec celles-là, au contraire, on trouve de ces lampes grossières sans dessins, dont le bec semble avoir été façonné par la simple pression du pouce et de l'index. TABLE DES PLANCHES CHYPRE I. Plan des fouilles de Dali (dessin inédit). II. Colosse du grand sanctuaire de Golgos. III. Tètes de colosses. 9 IV. Golgos. Premier temple. Epoques égyptienne, assyrienne, anato- lienne. V. Golgos. Second temple. Bas-relief d'Hercule; tcte de colosse, etc. VI. Sarcophage d'Athicnau. VI ï. Patère d'Idalie. VIII. Patère d*Amathonie. IX. Rondacbe d*Amathontc. X. Patère de Curium. XI. Bases et stèles rondes de Chypre. SYRIE XII. Monument de Sarba. XIII. Astartc sur le pavois. EGYPTE XIV. Inscription du camp de Ccsar à Nicopolis. XV. Vue et plan du temple de Venus Arsinoé. 3in TABLE DKS PLANCHES APPENDICE XVI. Figures trouvées dans Tile de Chypre, i" série. XVII. Figures trouvées dans Hle de Chypre, 2* série. XVIII. Statues trouvées à Chypre. XIX. Miroir trouvé dans un tombeau à Chypre (dessin inédit). XX h XXXIV. Dessins inédits de divers monuments, retrouvés dans les papiers de l'aUteur (décrits p. 290 et suiv.).- TABLE DES MATIÈRES Avertissement 3 PREMIERE PARTIE CHYPRE CHAPITRE I. — DÉCOUVERTES EN CHYPRE Coup d*œil générûl 1 5 CHAPITRE II. — GOLGOS I. — Les sanctuaires chypriotes 35 1. Remarques générales. 3. Les sanctuaires de Golgos. }. Conclusions. 4. Note additionnelle. II. — Un sarcophage d*Athiénau 65 m. — Bas-relief votif à Apollon 75 CHAPITRE III. — IDALIE I. — La patère d'Idalie 83 I. Découverte de la patère. 3. Description. 3. Explication. 4. Destination. 3. Date approximative de la patcre. II. — Notice sur la sigync et le verutum des anciens et sur deux armes provenant d'Idalie 116 I. Eléments de la question. 3. Conclurions. ï^ TABLE DES MATIÈRES ni. — Une panie de campagne à Idalic dans rantiquité 1 3 1 CHAPITRE IV. - AMATHOXTE l'atcrc et rondnche trouvées dans nn tombeau de la nécropole d'Amathonte 157 t. Lm patcre. 3. l^ roniache. 3. Pcmârque» et conc osîorif. CHAPITRE V. — CURIUM Les fouiltcs de Curium i53 I. Curium. s. I^ foujJle et le trésor. 3. lx% paicrct. |. I.'nc pattre de Carium. CHAPITRE VL - ÉPIGRAPHIE Nouvelles inscripticns grecques de Chypre . i83 1. înMriptioot pobliécs en 1S74. 2. Inscriptions publiées en iH'b. DEUXIÈME PARTIE SYRIE L — Stèle inédite de Beyrouth 2i3 IL — Sépulture des environs de Beyrouth 218 IIL — Lcontopolis de Syrie 220 IV. — Le monument de Sarba (Djouni de Phénicie) et le site de PaUcbyblos 225 TROISIÈME PARTIE EGYPTE I. — Inscription du camp de César à Nicopolis 2 55 IL — Le temple de Vénus Arsinoé 259 APPENDICE L — La céramique de Chypre (étude inédite) 269 TABLE DES MATIÈRES 3i3 II. — Les inscriptions grecques du Lycus 281 1 1 F. — Notes bibliographiques 285 1. Cypnis, \tn history, its présent resources and future prospects, by R. Hamilton Lang. 2. Cyprus, its ancient citics, tombs and temples. A narrative of resear- ches and excavations during ten years résidence in that island, by gênerai Louis Pal ma di Cesnola. 3. Sur le déchiffrement des inscriptions prétendues anariennes de l'Ile de Chypre, par Léon Rodet. IV. — Dessins inédits de divers monuments retrouvés dans les pa- piers de Fauteur 290 V. — Communications de M. Tiburce Colonna-Ceccaldi, sur di- verses antiquités de Chypre 293 I. Lettres au Directeur de la « Revue archéologique ». 3. Fouilles faites dans l'ile de Chypre. 3. Extrait des Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles- lettres. Table des planches 309 FIN Paris. — Imp. Pillkt et uumjulin, 9, rue des Grands-Augustins. ^ PLANCHES l \ >< <^ / ^' V, >^ IM lu . « ■ -'1 .'J O T c o o c c o o o Jt. i 1 I I 2 o o o o C g- O o «; o o o o O u ^ V. F; C/O -(ll: LU CM P- «o •— > o ex, • S o ex. -a ;3 FIGURES TROUVÉES BANS UILE DE CHYPRE ^ PI MB STATUES TROUVEES A CHYPRE MIROIR TROUVE DANS UN TOMBEAU ( CHYPRE ) r\ DESSINS INÉDITS 3. lit o A Mm K DESSINS INÉDITS 1>1. XXIV 13 •'* . I % iS ...o."'oy ^g .-m 16 n DESSINS INÉDITS PI. XXV 47 18 / DESSINS [NÊOITS \/ TOC > X X C/3 Q 7) z o 6 o , 5ro Jt ^ K o 6 i "^^^ fc^ ImI - -^ ■^~: S//0 yu - ri c ^ MJ) c- ^ rf *. rs ^ DESSINS INÉDITS PI. XXX 30 i'-y \ W \ 7.) s \ \, ' V - '_V -r. î^i^^ ""WT^ ^' 31 c o- •"•M ""pï^'î:? ^ DESSINS INÉDITS PI. XXXI 3*i 32 bis r '\ 00 od 33 bis 33 o -X DESSINS INÉDITS PI. XXXfïI 3 k» 36 ^3dno3it5 DESSINS INÉDITS PI. XXXI V 3" VA A/9/ l^oo o^^ 77 77**' A / M /Z2L ^ n } \ ■/ i.-i nrt-yiK unni-iinih: REVUE ARCHEOLOGIQ.UE liK L'AN IU>I[TK r:i' 1)1" M(IYi:X AGK MM. Al i.\. ItiiitiiMM. tl l)>'.<».,.y l>i: I', J>i'<:.:ii;iir>: MM. I IeiuItûl-. K'I'iviiv. 11. M,ini!i. Alf. M;-.;i:i. Miil;;!-. i-.rn. Dcsii^r.iii.», V.-^iiv. K. .u-rarl. f;>:ilr..v, tU-ii/tv. I:J'ii. [,l- !H,i;il, l.jri..ini.i,îl. [( nai-s-v. Km. Kuiian. 1.. lU-Hur. Ch. Kohcrt. .1. .1.; \Vi;:c. i!ii;-til':vs J^ l'insi^ii::: i:li.il-.,.,i[Lt. o.k.-.«, vauur .!» ^:,ibiii.-. .'l-s iniMiclli'*; Uv: .:i .1-,- Villtl-^'c. Tionvi. L-..r-.s^r\,iii:Lirs .lu muJÎc .lu 1...;(irc: M..SP.-C... Jiri.k-.-.:- .1.: ji.Ti-ô; ,1c l!..til...i; Ku^. M.inî/. <:krm..nl- (ijriiuMi', ^-.imtc .II- \ .i.;'i>;.( i. Schliim--.re>:r. .lArb..!- .k- JiiK.iiivilli:. R. M.)«ai. MarnrJ. lU., et l-.-« i''-i:i---îpi"ï Ar,.:ii.-.l.f;iiL> tran.ais ^l ûlraniicrii. \.a Revue .nrli,..l..f.-Ljt,.' l'a:.,;-. l...is l.s :;i..is i:l l-.rniL- di.i.iuc .inn..-.; ,leut \..liim,-^..iii,;> de rl.i:i,:hi:s i;r.iv<:.-s s:ir iiok-r m Je cr.i. lires sur Mis inwrLMlJos .lans le (eue. ■■ iTk: ]'a;is. .i:i .lii. .:- tr. - nép.irlemerit.*. u;i .m, -i- tV. ■rRKS Je M. Aeliille C-.I[a>. sous I;; .Ih-e.-'ii.r .k .MM. I'..^;l iie!.i!..^lie. i'..i:iire: llciiriqud Duponl, pr.ivcur; Cli. ; ■'.... i-l,iiii.iies .iv\":!i|ai::-.ée> .Iti;: ie\ie liisi-m-nie i.-; .les^rij-.îf. Prix r i,;ti., fr. K O M E SOUTERRAINE KKiiMi: in:.- i)i:(:oi:vi;Hi i:s dl m. ni: ko^m l.,\\s 1 1 s t: VI M.UMIM > |.M\iAIMN l'il' .1. .Smmik N.,,:ii-..i.Ti: ir W.-K. llii0WM,'.>\ Pur M. PAUL ALLABD HËHOIRES D ARCHËOLOBIE. OÉPIGRAFBIE ET D HISTOIRE, pni (). l>KRitiiT. Je riiiMimi. I V..1. in .'(avej i-liin.l.es .S fr. ARCHÉOLOGIE CELTIQUE ET GAULOISE. Me ires ei J'.jiiineni-. lelaiifsnuN 1 \.,\. i:.-s ace....iv,.i:iiJ >lc (-lai.die,. ^' e.liii.ii. >.US ^^e^^e>. BAS-BELIEFS DU PARTHENOM ET OU TEMPLE DE FHIGALIE. .lisr'>ses »ui- va.n r..rdie de la .■..:r.p.sili..n ..ripnale cl firaiés dapv^ le- yvcéMi ,r.\n). i;oLL.\s. I ji'li alSuni in-4 obl-.nc, soutenant io planelies el un te\ie de jij piBes, j-arCn. Li.n-.rm.^st, de ritia-.init, inn. à l'a:.f!l4Îse 1? Ir. LE MORO DE L'AFRIQUE DANS L'ANTIQUITÉ (;ree.]ue ei ruiiuine. Ktiide l,h- Uir.mie et pedprarliiijue (-ar \ ivik\ UK Saint-.VI.MUIN. Dinnipe l'uurunné jir rAêailêniie des Insvrij-lii'iis. i vul. pr, in-'<, oartes 1 j ft. LES JEUX DES ANCIEHS. Leur de^^riplion. leur •niuine, leurs rapports avcv- U relifiioii. les arts et les inceurs. par Hk- y i,t l-""-,-.jru:i(i.s. .' édiiitm illustrée de gravures sur b.is d'apr-ù» i'aini.)ui:. 1 \ol. tjr. ir.-N « fr. ^ ^ i' \ 4--> *■ ."•-.- r. s. r- - f ft ' ■*• » •: ,*;•■•